Jey Brownie : L'ascension d'un artiste franco-congolais à la croisée des genres

Artiste franco-congolais à la croisée des genres, Jey Brownie s’impose comme l’une des voix les plus singulières de la scène musicale francophone. Révélé au grand public avec le titre « GTB » en 2023, issu de son projet Faits Divers en collaboration avec le producteur Flem, Jey Brownie confirme son univers à la fois mélancolique et percutant avec Mélodie Céleste, un projet salué pour sa richesse artistique et ses featurings avec des artistes tels que Dinos, Zamdane ou Tiakola.

Après avoir imposé sa singularité dans le paysage musical, Jey Brownie s’apprête à franchir un cap déterminant. Son prochain projet, G-pop Classiks marque le lancement d’un genre inédit qu’il a lui-même façonné : la G-pop, pour ghetto pop. Ce genre, à la fois brut, mélodique et avant-gardiste, reflète l’aboutissement de son identité artistique.

C’est le cas de Jey Brownie, sous les radars depuis 2019, mais qui prend une nouvelle envergure depuis peu. Le Congolais d’origine vient de sortir son nouvel album, “Faits divers“, en collaboration avec Flem. Les deux, pourtant musicalement aux antipodes, ont su trouver une alchimie inédite pour proposer un disque réussi. Jey Brownie est venu nous en parler, et nous en dire davantage sur sa jeunesse, sa jeune carrière et ses collaborations.

De Kinshasa à la France : un parcours musical riche et diversifié

Né à Kinshasa et bercé très tôt par la musique grâce à son père, Fofo Le Collégien (guitariste de Koffi Olomidé), il développe une esthétique sonore hybride mêlant trap, R&B, rumba congolaise et pop.

Pour débuter, je voulais revenir sur ta jeunesse au Congo. Au Congo, j’ai été choriste dans une église catholique pendant trois ans et demi. C’est à ce moment-là que je me suis vraiment intéressé à la musique. J’ai aussi réalisé que j’avais ce don d’avoir une belle voix.

D’ailleurs, quand petit à petit, je commençais à me lasser de la chorale, les gens venaient me chercher chez moi pour que je vienne à l’église. Ma mère savait que j’avais une belle voix et voulait que j’en fasse profiter le groupe. Dans ma famille, mon père était musicien, il a notamment travaillé avec Koffi Olomidé. Il n’arrêtait pas de jouer de la guitare à la maison et ramenait toujours les cassettes de son groupe.

Je suis arrivé en France à treize ans et demi, et je n’y suis jamais encore retourné. J’aimerai bien le faire dans les années qui arrivent, en tant qu’artiste cette fois. Ça me manque, je te cache pas mais d’abord, il me reste beaucoup de choses à accomplir ici. Je regarde beaucoup la scène congolaise, même si je n’ai pas encore réfléchi à collaborer avec un artiste en particulier.

En arrivant du Congo, j’ai été hébergé par mon tonton et je vivais avec mes cousins. Un d’eux avait un ordinateur et une Playstation alors qu’il n’avait que sept ou huit ans. Au bled, je travaillais déjà à mon âge et mon argent servait à payer l’entrée des salles de jeux. Ici, tout était à disposition dans la chambre de mes cousins, et je n’avais pas besoin de payer pour jouer.

Si on parle de musique, au Congo, j’écoutais un peu de musique française, mais seulement ce qui passait à la télé. Boulbi de Booba est le seul morceau de rap français que j’avais écouté, par exemple. J’ai aussi découvert Michael Jackson, qui m’a donné envie de faire de la musique. J’écoutais ses albums en boucle pendant des jours et des jours.

Les débuts de sa carrière musicale

A partir de 2015, quand j’étais encore au lycée. Un jour, encouragé par un ami, j’ai mis 20-30 euros pour deux heures de studio à Corbeil-Essonnes. J’ai enregistré un son afro, très nul (rires). J’ai continué les cours jusqu’à l’obtention de mon CAP en 2017. Il ne savait pas que je chantais, mais il a aimé le truc. Il a commencé à me manager puis à me produire. Aujourd’hui, il est toujours à mes côtés, on avance ensemble.

Quand j’ai décidé de me lancer en 2015, je faisais de la musique parce que j’aimais ça, tout simplement. Je n’avais pas forcément envie de percer à tout prix, même si j’avais cet objectif de me faire connaître et qu’on réalise que j’ai quelque chose de spécial. Depuis 2015, c’est forcément beaucoup de travail ; c’est pour cette raison que je parle « d’efforts ». Je sais pertinemment que tout ne se fait pas d’un coup et que tu peux traverser plein de choses avant d’y arriver.

En mars 2022, tu as sorti ton premier projet, EXORDE. J’en suis très satisfait, les retours ont été énormes pour un premier projet. On a beaucoup travaillé dessus, même si je considère avoir encore davantage travaillé pour le projet qui sort aujourd’hui. Sur EXORDE, j’écrivais beaucoup de chez moi puisqu’en même temps, je cherchais des prods sur YouTube. Aujourd’hui, je n’ai pas forcément de rituel pour écrire, tout se fait à l’inspiration. La différence majeure entre les deux projets, selon moi, se trouve dans les thématiques abordées. En réécoutant EXORDE, j’ai réalisé que je voulais aussi parler de l’amour en général. Pas seulement de l’amour entre deux personnes, comme j’avais fait sur ce projet.

La collaboration avec Flem et la création de "Faits Divers"

Ce nouvel album, Faits divers, est en collaboration avec Flem, qui produit l’intégralité des titres. C’est lui qui est venu vers moi. Il me connaissait depuis le morceau Hennessy, même si le son ne correspondait pas à sa direction musicale. D’ailleurs, c’est même Osirus Jack qui avait montré le son à Flem. Il a remarqué ma voix et s’est dit que notre alliance allait forcément mener à quelque chose d’intéressant musicalement.

Flem avait envie de collaborer avec un chanteur, et à partir de là, il m’a contacté et m’a invité plusieurs fois en studio. Au début, j’étais un peu sceptique parce qu’il venait de sortir DRILL FR 4, c’est-à-dire un délire très sombre, très éloigné de ma mélancolie de chanteur. Au final, la première fois que je suis en studio avec lui, on fait le morceau Grizbi.

Toute l’équipe du 667 est derrière moi depuis longtemps, ça fait plaisir de voir que ces mecs t’encouragent. Par exemple, le jour où j’arrive au studio pour voir Flem, Freeze [Corleone] se lève, m’acclame et m’accueille, donc naturellement le feeling est super bien passé. Pour lui, c’était la première fois qu’il allait travailler avec un chanteur, et non un rappeur : il a directement accepté. C’était des moments de partage entre nous, et j’ai vraiment pris du plaisir pendant. J’étais présent lorsqu’il composait, donc je pouvais lui faire part de mes idées. On partage deux univers différents, donc c’était important de trouver comment les allier. On a mis deux ans à construire le projet donc forcément, au départ, il a fallu tester des choses, les supprimer et en tester de nouvelles.

Si on avance sur les collaborations, on peut évoquer celle avec Tiakola sur Cadenacer. Comme toi, il impressionne le public par son sens de la mélodie [son premier album, sorti en 2022, est d’ailleurs intitulé Mélo]. En 2017, j’enregistrais ma musique au studio de Wati B. A l’époque, lui était en groupe avec 4Keus et parfois, on se croisait en studio. On se connaissait déjà avant de travailler ensemble, et il me demandait toujours où j’en étais avec la musique.

Et enfin, dernier invité sur Faits divers, Guy2Bezbar. Je ne le connaissais pas, son nom est venu en faisant l’album. Flem était en séminaire avec lui, et pendant une pause, il a mis les sons qu’on avait déjà fait tous les deux [pour Faits divers]. Guy a beaucoup aimé et a tout de suite voulu faire partie du projet. A ce moment-là, il nous restait un morceau à faire, sur lequel j’imaginais Gazo ou Guy.

Oui, et j’adore ça ! C’est bien beau d’être au studio, mais la scène sert aussi à montrer au public tout le travail que tu fournis. Et aussi, les gens voient vraiment la passion qui se dégage de toi.

Fascinant est l’outro du projet, et concentre beaucoup d’émotions différentes qui forment un bilan équilibré et fidèle à la globalité du projet. J’étais dans un mood très nostalgique, où j’ai surtout repensé à mes débuts. Certains ne croyaient pas en moi, au point de me le dire frontalement. Un jour, j’étais en studio avec un ingénieur du son qui m’a dit : « frérot, en France, personne ne va écouter ce que tu fais ».

Inspirations et influences

Ta musique est très mélodique, c’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques lorsqu’il s’agit de te décrire. Comment l’inspiration te vient ? Je n’ai jamais pris de cours de chant, à part la chorale quand j’étais plus jeune. Les mélodies me viennent très naturellement, et d’ailleurs, je dirai que c’est très spirituel. Je ne fais même pas d’effort, quand ça vient et que je le sens, c’est que c’est la bonne ! Pour cet album, je ne préférais pas enregistrer mes mélodies en cabine tout de suite.

A l’écoute du projet, on te sent particulièrement fier et heureux d’être Congolais, à l’image de cette phrase sur le titre « Fascinant » : « Mon côté zaïrois m’a aidé à ne pas dériver ». Je sais d’où je viens, et que tout n’a pas été facile pour moi. En arrivant ici, j’ai eu l’opportunité de mettre mon talent en œuvre, malgré les mauvaises choses que j’ai pu rencontrer.

Sur « Laptop », tu dis « J’ai fait trop d’efforts pour en rester là ». J’ai surtout pensé à des moments où je me suis beaucoup remis en question. Tu vois, j’ai arrêté l’école pour me consacrer pleinement à la musique. Je suis allé voir mes parents pour leur dire que j’étais persuadé que j’allais réussir dans la musique, ou du moins, que la musique ferait partie de ma vie. Je pensais qu’ils allaient mal le prendre, mais pas du tout.

Sur ce même morceau, tu dis « Dans la vie, tu ne peux pas réussir en hésitant / Faut pas se précipiter, fais les choses bien et ça viendra ». En ce moment, je dirais même que les artistes qui cartonnent le plus viennent d’Afrique. On a Ninho, SDM, Tiakola, Aya Nakamura… Je parle davantage de la société en général. J’ai déjà subi des contrôles judiciaires alors que j’étais juste en train de prendre l’air en bas de chez moi.

Personnellement, je te découvre en octobre 2021 avec « Rockstar » et, avec le recul, j’ai l’impression que c’est l’époque où tu t’ouvres à une nouvelle audience. Non, pas forcément, je vois ça davantage avec le morceau Hennessy, sorti quelques années plus tôt. J’avais eu beaucoup de bons retours dessus, j’avais vu une vraie évolution. C’était un titre afrobeat, et le genre revenait en force à cette époque. Les gens ont peut-être aussi capté, à ce moment-là, que j’avais ce truc qui pouvait me faire durer à l’avenir.

Déjà, Genezio. Ensuite, je dirai Ms Tungi, c’est un frérot. En ce moment, j’écoute beaucoup Jim Legxacy, qui vient de Londres. Il est très chaud !

Jey Brownie sera en concert au Mans le 27 mai, dans le cadre de la Ginga Party (avec Allebou, SDM, Heezy Lee et Susanôo entre autres).

TitreFeaturing
MovieFreeze Corleone
Week-endGuy2bezbar
CadenacerTiakola

Jey Brownie sait tout faire. Il est de ces artistes qui s’épanouissent dans la diversité et la versatilité musicale, que l’on ne peut cantonner à un genre. C’est dans son ADN, certes, mais également dans sa dernière mixtape : Faits divers. Conçu en étroite collaboration avec le producteur Flem, ce projet montre que le chanteur originaire de Kinshasa peut prendre la lumière tout en s’épanouissant dans les sonorités ténébreuses, il sait faire jaillir les mélodies au milieu de la gravité. Son désir d’explorer la noirceur ne pouvait pas trouver meilleur support que Flem, architecte sonore du collectif 667. Lorsqu’il s’agit de convoquer les méandres de la Drill, les basses nébuleuses, c’est lui qu’il faut invoquer. Cette patte unique tranche superbement avec la voix douce et limpide de Jey Brownie, et provoque un contraste rarement entendu. Elle donne de la puissance aux morceaux, leur confère un équilibre, une force. Avec le succès du titre GTB, certifié single d'or et bientôt platine, Jey Brownie rentre dans une autre dimension : celle des artistes qui sont observés, analysés et attendus.

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