Ingres, l'artiste et ses princes : Une exposition événement à Chantilly

Artiste à succès de la première moitié du XIXe siècle, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est un peintre inclassable et souvent visionnaire. Du 3 juin au 1er octobre 2023, l’exposition événement de Chantilly, « Ingres, l’artiste et ses princes » raconte « comment le prince des artistes est devenu l’artiste des princes ».

Cette exposition, qui ne se veut pas une rétrospective stricto sensu, comme le souligne Mathieu Deldicque, directeur du musée Condé, parcourt cependant l’œuvre d’Ingres à travers certaines de ses toiles et dessins majeurs. L’exposition comprend en tout 110 œuvres provenant du musée Condé mais aussi de nombreuses autres institutions françaises et étrangères prestigieuses, The Frick Collection par exemple pour le portrait de Mme d’Haussonville qui quitte rarement les rives de l’Hudson, et de collections particulières.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Œdipe explique l’énigme du sphinx, 1808, huile sur toile, Chantilly, musée Condé.

Provenant de collections nationales et internationales prestigieuses, tableaux et dessins commandés ou collectionnés par les princes d’Orléans sont réunis à Chantilly, aux côtés de leurs études et leurs variantes. Ils permettent de « comprendre le travail perfectionniste et méthodique de l’un des plus grands peintres français ». Des analyses nouvelles sur quelques-uns des plus importants chefs-d’œuvre de l’artiste, mais aussi des œuvres inédites ou retrouvées, viennent « éclairer d’un jour nouveau la personnalité unique de l’une des grandes figures de l’histoire de l’art ».

Un partenariat exceptionnel

Une exposition organisée grâce au partenariat exceptionnel du musée Ingres-Bourdelle de Montauban. Le concours exceptionnel du musée Ingres Bourdelle de Montauban a permis de réunir près d’une quarantaine d’œuvres du maître afin d’étudier la genèse des principales œuvres exposées.

Au fil du parcours, 4 écrans interactifs sont présents aux côtés des œuvres originales. Ces écrans permettant également de visionner des vidéos immersives (sous titrées en français et en anglais) qui dévoilent les secrets de l’œuvre (dessins sous jacents, esquisses et repentirs, détails, coups de pinceaux et variété des touches utilisées, composition, techniques picturales utilisées par le peintre…).

Grâce à l’expertise de la société Artmyn, certains chefs-d’œuvre du musée Condé ont été numérisés en très haute résolution afin de livrer tous leurs secrets. Sur son site web, le musée présente également l’e-Catalogue digital des 4 tableaux de l’exposition numérisés par Artmyn. Ce catalogue digital permet d’accéder à du contenu, au jumeau numérique de l’œuvre (pour interagir avec lui) et aux vidéos immersives en anglais et en français. Une autre manière de « plonger dans l’univers fascinant de l’exposition Ingres.

Les liens entre Ingres et les Orléans

Déjà au faîte de sa maturité, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) avait, sous la monarchie de Juillet (1830-1848), des liens privilégiés à la famille d’Orléans. Tel est le fil rouge de l’exposition « Ingres, l’artiste et ses princes » présentée dans la salle du Jeu de Paume du Château de Chantilly, du 3 juin au 1er octobre.

Avec l’avènement de la monarchie de Juillet (1830-1848), Ingres trouve notamment dans la famille d’Orléans un soutien de poids lui permettant de réaliser parmi ses plus grands chefs-d’œuvre. À partir de la monarchie de Juillet, Ingres bénéficie de l’appui de la famille d’Orléans. Le duc Ferdinand, fils aîné du roi Louis-Philippe, devient ainsi son principal commanditaire.

Portrait de Louise-Albertine, comtesse de Haussonville

Alors qu’il refuse inlassablement les commandes les plus imposantes et rechigne à multiplier les portraits, Ingres n’osera pas renoncer à celui qu’attend de lui l’héritier du trône de France, lequel avait déjà acquis les œuvres Antiochus et Stratonice et Œdipe et le sphinx. Le portrait du duc d’Orléans, exécuté avec une rapidité et une facilité peu commune chez un artiste accoutumé aux retouches et aux tâtonnements incessants, scelle dans la douleur sa relation à la famille royale. La fringante effigie du prince est encore dans son atelier lorsque ce dernier meurt tragiquement dans un accident de voiture à la sortie de Paris.

Les œuvres exposées

Riche de 110 œuvres, l’exposition fait apparaître le caractère perfectionniste du maître au regard des nombreuses études, versions et retouches. Chronologique, l’exposition présente plus de 110 œuvres permettant de retracer un panorama de la carrière d’Ingres, de ses débuts parisiens à ses dernières années, en passant par ses deux séjours italiens.

Chaque tableau majeur exposé (outre ceux que nous avons déjà cités, on peut voir Portrait de Mme Duvaucey (1807), Paolo et Francesca (1814), Stratonice, ou La Maladie d’Antiochus (1840), Portrait de Ferdinand Philippe, prince royal (1842), Virgile lisant L’Énéide (1819) et les dessins préparatoires pour les vitraux de Neuilly, Dreux et Chantilly) se voit pris dans un réseau dense de références artistiques et historiques qui éclairent à la fois sa genèse et sa postérité.

Parmi les œuvres exposées, on retrouve :

  • L’Autoportrait à l’âge de vingt-quatre ans
  • Le Portrait de Madame Duvaucey
  • Paolo et Francesca
  • Antiochus et Stratonice
  • La belle Vénus Anadyomène
  • Le portrait de la comtesse d’Haussonville

Les chefs-d’œuvre d’Ingres, acquis à prix d’or par Henri d’Orléans, apparaissent transfigurés après une série de restaurations très attendues. Les perles de Vénus ruissellent à nouveau de sa chevelure, Madame Duvaucey a retrouvé son regard sombre de sphinge, et les amants maudits s’embrassent - une dernière fois - sur un tapis fraîchement toiletté, d’un vert tendre à mourir.

Dans le secret de l'atelier

Cette exposition va donc bien au-delà d’un simple regroupement des tableaux commandés ou acquis par les Orléans - ce qui constitue déjà une excellente raison de retourner à Chantilly. Chaque œuvre est accompagnée des dessins, esquisses, répliques et autres variations sur un même thème qui forment l’essence même de son travail.

Pour un tel gage de son admiration, l’artiste prit soin de raffiner le mobilier renaissant et choisit d’illuminer la scène d’un précieux lavis gris et or qui fait de cette petite feuille un véritable trésor.

Il arrive que les idées soient superposées par Ingres sur une même toile, retravaillée des années durant, ou reprise après des décennies de doute. Cet étrange laboratoire de l’harmonie forgera bien des mystères. Tel ou tel tableau réputé disparu s’avère parfois soigneusement dissimulé sous un autre, comme l’Autoportrait fondateur, dit « à 24 ans » mais en réalité remanié à à plus de 70 ! Ce que confirment d’ailleurs les dernières analyses menées au C2RMF, le Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Le catalogue de l'exposition

Un catalogue scientifique accompagne l’exposition, réunit les meilleurs spécialistes du sujet et permet de présenter des avancées nouvelles sur la connaissance de l’artiste. Catalogue aux éditions In Fine, sous la direction de Mathieu Deldicque et de Nicole Garnier-Pelle, avec les contributions de Côme Fabre, Adrien Goetz, Bruno Mottin, Alice Thomine-Berrada, Gennaro Toscano, Georges Vigne et Florence Viguier-Dutheil. Le catalogue d’exposition est rendu possible grâce au soutien de M. Date de parution : 31/05/2023. Dimensions : 22,0 cm à- 28,0 cm. Nombre de pages : 288 pages.

Ce catalogue vous plonge au cœur du succès d’Ingres et dévoile les clés de sa notoriété. Rassemblant des œuvres issues de collections nationales et internationales, ce livre présente les tableaux et dessins commandés ou collectionnés par les princes d’Orléans, accompagnés de leurs études et variantes.

Grâce aux recherches menées pour l’occasion, le catalogue de l’exposition fourmille de petites et grandes découvertes : on y lit avec délectation les commentaires cruels suscités par telle toile désormais universellement célébrée; on y apprend que Madame Duvaucey était la maîtresse de l’ambassadeur près le Saint-Siège; on découvre que le décor de Stratonice fut d’abord imaginé par l’architecte Victor Baltard ou encore que le duc d’Aumale aurait pu, pour la valeur de ce dernier tableau, s’offrir un joli château en région parisienne.

Informations pratiques

L'exposition « Ingres, l’artiste et ses princes » se tient au Château de Chantilly du 3 juin au 1er octobre 2023.

Commissariat général : Mathieu Deldicque, Directeur du musée Condé.

Commissariat scientifique : Nicole Garnier, Conservateur général honoraire du patrimoine.

Scénographie. Conception : Studio JAAMS, Claude Dreyfys et Isabelle Devin. Construction : MPI. Éclairage : Stéphanie Daniel et MDA.

Visite adaptée aux enfants de plus de 7 ans.

"Secrets de Maîtres" par Etienne Establie : Ingres

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