Techniques d'élevage de bovins viande : Optimisation et durabilité

Gérer un élevage de bovins pour qu'il soit rentable, tout un programme. Mais si on vous disait que vous avez les moyens de parvenir à trouver l'équilibre dont vous rêvez pour vivre de votre passion ? On ne parle pas de formule magique, seulement de bon sens.

Vous avez sûrement connu des évolutions conjoncturelles. Les fameux hauts et bas des prix de la viande, influencés par les aléas de marché. Baisse de la consommation de viande, manque de fourrages pour les bêtes, augmentation des coûts de production... Ainsi, on a vu une baisse de 58 000 de vaches allaitantes abattues en 2023 en France (France Agrimer). Pour s'imposer dans le paysage, il est donc important de travailler sur votre rentabilité.

Troupeau de bovins viande en hiver.

I. Analyse des systèmes d'élevage et optimisation économique

Le réseau Inosys viande Ouest a réalisé un dossier de 9 fiches systèmes viande dont 3 en conduite bio. Ces fiches réalisées par le réseau Inosys viande Ouest (Bretagne, Pays de Loire et Deux-Sèvres) décrivent des exploitations modélisées, créées à partir d’élevages suivis. L’actualisation économique 2022 situe ce système à 42 000 € d’EBE soit à un niveau proche de 2021. Les systèmes bio n’ont en effet pas bénéficié de la même hausse de cours que les systèmes conventionnels en 2022.

Les trois systèmes bio sont décrits avec une taille d’atelier pour 1 UMO. Le débouché des mâles constitue la principale différence entre les fiches : le Naisseur vend tous ses veaux mâles en broutards, le naisseur-engraisseur de bœufs vend les 2/3 de ses mâles en bœufs et le troisième système vend tous ses veaux mâles (plus quelques femelles) en veaux sous la mère.

A. L'importance de l'alimentation

La SFP est uniquement constituée d’herbe permettant d’alimenter le troupeau au pâturage et de réaliser les 2.19 tonnes de MS nécessaires par UGB pour l’hiver. Le foin représente près de 70 % des récoltes. De l’ensilage d’herbe et de l’enrubannage permettent d’optimiser les rations des animaux en croissance et en finition. 8 ha de méteil grain permettent d’atteindre l’autonomie complète pour l’alimentation des bovins.

Les ressources naturelles sont un trésor. Une matière première précieuse à entretenir avec bon sens, là encore. Ne dit-on pas "Qui veut voyager loin ménage sa monture" ? Vous n'êtes pas responsable de tout ce qui vous arrive, mais vous pouvez décider de ce que vous en faites.

L'optimisation de l'alimentation pour un bon rapport coût/performance ? On l’a évoqué plus haut, si vous vous intéressiez plutôt aux coûts de production, plutôt qu’aux prix de vente ? On vous parlait de tourteau plus haut, mais l'idéal est sans doute d'être en capacité de produire sa propre matière première pour limiter les coûts liés à leur transformation, dans l'industrie. Les mélanges céréales-protéagineux ont déjà fait leurs preuves d'un point de vue zootechnique comme agronomique. Dans tous les cas, vous devez savoir ce que vous coûte votre aliment.

L'Institut de l'élevage a observé une hausse considérable des coûts d'alimentation ces 6 dernières années (autour de 20 %), essentiellement liée aux épisodes de sécheresse qui ont conduit à acheter de la nourriture. Les plus heureux sont ceux qui ont su anticiper, et/ou adapter leur système de production au nombre d'animaux présents, et inversement.

B. Performances du cheptel et reproduction

Le cheptel de race charolaise obtient de bonnes performances de reproduction et de poids des animaux. Les vêlages sont groupés en fin d’hiver et la productivité est de 0.96 veaux produits par vache présente. A part 8 veaux mâles vendus en broutards, tous les animaux sortent en boucherie après une phase de finition.

En élevage allaitant, les vaches ont une espérance de vie d’une douzaine d’années, elles donnent naissance à 9-10 veaux en moyenne. Leur qualité génétique a une grande valeur pour assurer le revenu. La sélection des animaux en utilisant le contrôle de croissance permet d’améliorer rapidement la valeur génétique du troupeau.

La productivité des troupeaux de bovins viande est un pilier de la constitution du revenu. Des différences notables existent entre élevage. Le nombre de veaux sevrés est un indicateur précieux de productivité et d’efficacité, il doit être compris entre 95 et 100%. Pour cela, les intervalles vêlages-vêlages moyens ne doivent pas dépasser 380 jours. L’Age au vêlage des primipares sera compris dans un intervalle entre 26 à 35 mois selon la période de vêlage. Chaque année un bilan de productivité doit être réalisé.

C. Maîtrise des coûts de production

Certains éleveurs commettent une erreur fatale. Ils se concentrent uniquement sur le prix de vente de leurs bêtes, s'en satisfaisant ou s'en plaignant (parfois à raison). C'est ce dont on va parler un peu plus bas, patience.

L'Institut de l’élevage (IDELE), avec son échantillon de 25 fermes du réseau Inosys, a montré que plus les charges de production étaient hautes, moins leur revenu était important.

Rationaliser et équilibrer le partage des tâches, en fonction des compétences et affinités de chacun, est assez bénéfique sur l'efficacité et la productivité. Sachez aussi être raisonnable. Rien ne sert de se lancer au four et au moulin si vous n'avez pas les moyens de les alimenter. Autrement dit, si vous n'avez pas les équipements ou la main d'œuvre pour vous rajouter du travail, oubliez.

Il existe des logiciels qui permettent de centraliser un grand nombre d'informations liées à la gestion de votre troupeau comme de votre exploitation. Si vous n'avez pas réellement pris le temps d'évaluer votre système et son niveau de rentabilité, cela peut valoir le coup de s'y mettre.

La finalité de cette réflexion est bien là : surveiller cette balance. Si non, cela peut être l'occasion de prendre conscience de la part de chaque poste de dépense dans votre système afin d'identifier les leviers d'amélioration. Spécialisation, diversification, réduction des charges ou augmentation des revenus ? Ou bien tout ça à la fois, peut-être.


Les aides financières peuvent soutenir les investissements dans les exploitations agricoles.

II. Adaptation aux marchés et valorisation des produits

Justement, une des règles de la filière viande, c'est : les bons animaux chez les bons clients. Ainsi, l'industrie du steak haché n'a pas les mêmes besoins qu'un boucher traditionnel. Rappelez-vous toutefois qu'en vente directe, il faut intégrer le temps de travail passé sur la partie commercialisation pour calculer le coût de revient.

Il y a des avantages à se spécialiser dans des niches de marché (race, type de produit). Exemple : les bêtes de cheville. Avec leur conformation R+/U- minimum et poids carcasse > 450 kg, elles sont destinées aux artisans bouchers. Mais attention : veillez tout de même à avoir plusieurs clients pour ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier.

La production de viande bovine souffre régulièrement de la chute des cours. Si les prix de vente en 2017 sont supérieurs à 2016, la volatilité des matières premières et la baisse de consommation constatée fragilise la production.

🚨Viande bovine : l’amélioration génétique de la race locale au service de la qualité de la viande

III. Transition et accompagnement des éleveurs

En 2022, face à la conjoncture difficile et l’important renouvellement des générations à venir, la région Grand Est décide de se mobiliser pour faire perdurer son modèle de polyculture-élevage en accompagnant les éleveurs dans la recherche de durabilité. Le programme « Ambition éleveurs », construit en partenariat avec le réseau des chambres d’agriculture du Grand Est, repose sur trois piliers.

Le premier comporte 60 fermes de démonstration dans toutes les productions et sur les 10 départements, qui ont testé la démarche et sont des vitrines sur le territoire. Depuis novembre 2024, le second pilier permet aux exploitations volontaires d’être accompagnées et d’entrer dans un parcours de transformation. Enfin, troisième pilier, l’émergence de 10 à 15 projets de territoires et de filières est attendue pour opérer des transformations collectives impactantes.

« Ce programme a été bâti pour une période de quatre ans, de 2024 à 2028, retrace Joris Simon, chargé de mission appui à la transformation des exploitations au conseil régional Grand Est. La communauté des financeurs publics et privés se mobilise pour accompagner les projets des exploitations agricoles en faveur d’un élevage résilient. En quelques mois, un peu plus de 1400 éleveurs se sont inscrits, ce qui confirme l’intérêt de notre accompagnement. »

A. Les axes de transformation

Le parcours débute par un conseil stratégique et/ou technico-économique avec un conseiller de l’une des 17 structures habilitées (chambres d’agriculture, centre de gestion, coopératives…). Ce conseiller aide l’agriculteur à prendre de la hauteur, et à définir son projet pour faire gagner des points de triple performance à son exploitation.

Si son projet demande des investissements sur l’une des sept thématiques du programme Ambition éleveurs (sécurisation des ressources alimentaires du cheptel, maîtrise de la ressource en eau, performance énergétique, numérique, adaptation et atténuation au changement climatique, bien-être animal et bien-être de l’exploitant), il pourra bénéficier d’une aide à l’investissement. Jusqu’à 150 000 euros, les investissements peuvent être aidés à hauteur de 40%.

B. Exemple d'une exploitation en transition

Au Gaec des Cerisiers, à Charmes en Haute-Marne, la cohabitation d’un troupeau laitier et d’un troupeau allaitant a failli s’arrêter plus d’une fois, avant que Sandrine et Sylvain Bougrel ne prennent la décision définitive en 2023. Dans les années 2000, l’exploitation, conduite par les parents de Sylvain, était trop petite pour lui permettre de s’installer.

Pour concrétiser son projet de devenir éleveur, Sylvain intègre, en 2004, un Gaec avec des tiers. En 2011, l’éleveur ne peut que constater que les objectifs des quatre associés ont évolué trop différemment pour continuer à travailler ensemble. « J’ai repris mes 70 hectares et j’ai rejoint la ferme de mes parents », retrace Sylvain Bougrel.

Ces parents, qui avaient envisagé d’arrêter le lait, continuent cette activité et augmentent la production de viande pour permettre l’intégration de Sylvain en remplacement de son père, arrivé à l’heure de la retraite. « Il y avait toujours deux actifs, mais il fallait faire vivre deux foyers, explique l’éleveur. Nous produisions 300 000 litres pour 50 vaches laitières. En plus, il y avait déjà 40 vaches allaitantes. »

Des reprises de terre portent la SAU à 320 hectares. En 2022, au départ en retraite de la mère de Sylvain, Sandrine s’installe, après avoir été pendant trois ans salariée sur l’exploitation.

La perspective de revenir à un seul foyer à faire vivre avait déjà relancé la réflexion de Sandrine et Sylvain sur l’avenir de la production laitière sur leur exploitation. Plusieurs paramètres alimentent leur réflexion. Le premier est une surcharge de travail. «Avec deux productions, nous avions encore besoin d’un coup de main des parents. Mais nous voulions leur permettre de profiter pleinement de leur retraite », explique Sylvain Bougrel.

De plus, installée il y a 30 ans, l’installation de traite était en bout de course. « Pour continuer le lait dans de bonnes conditions, il aurait fallu beaucoup investir, embaucher un salarié ou nous associer avec un tiers, ce que nous ne souhaitions pas », récapitulent Sandrine et Sylvain. De plus, si un de leurs trois enfants est intéressé par l’agriculture, la production laitière ne lui plait pas.

Les deux éleveurs décident de se concentrer sur l’élevage allaitant en augmentant progressivement leur cheptel jusqu’à atteindre 85 mères.

Dans leur réflexion vers une spécialisation en viande, Sandrine et Sylvain ont décidé de se faire accompagner pour valider les aspects économiques. « L’arrêt du lait pour se concentrer l’activité de l’exploitation sur le troupeau allaitant était possible du fait de la bonne santé économique et d’un endettement limité », rassure Laurent Antoine, conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de Haute-Marne, qui a accompagné les exploitants dans leur choix d’investissements aidés par le programme « Ambition éleveurs », porté par le conseil régional Grand Est.

« Cet audit a été pensé pour aider les exploitants à définir là où ils veulent emmener leur élevage, puis à formaliser leurs objectifs, à hiérarchiser leurs investissements», explique Laurent Antoine. Un des deux bâtiments est en cours d’agrandissement, avec l’objectif d’être opérationnel pour les prochains vêlages. Une 2e caméra aidera à la surveillance pendant cette période, car la maison n’est pas sur le site d’élevage.

Dans l’autre bâtiment, deux cases de vêlages ont été installées, ainsi que deux cages de contention, qui ont pris place dans l’ancienne salle de traite. « Nous faisons beaucoup de prévention. Entre les vaccinations, le déparasitage, la tonte des lignes de dos, il était important de pouvoir travailler en sécurité », estiment les éleveurs. La toiture aura besoin d’être rénovée. Les éleveurs réfléchissent à y ajouter des panneaux photovoltaïques.

Au niveau technique, les éleveurs sont satisfaits de leur calendrier de vêlages, qui sont concentrés de la mi-août à la mi-octobre. Sur les conseils d’Olivier Tinus, de l’Union Lorraine des éleveurs limousins, Sandrine et Sylvain Bougrel achètent des taureaux à la station de Lanaud, ce qui a permis d’améliorer les croissances. « On a gagné 50 kilos sur les jeunes bovins, se félicite Sylvain Bougrel. Nous sommes attentifs dans nos choix génétiques pour continuer à améliorer la conformation. »

Pour optimiser les performances technico-économiques, les éleveurs souhaitent améliorer l’autonomie alimentaire en récoltant un fourrage de la meilleure qualité et en distribuant une ration bien homogène, grâce à l’achat d’une mélangeuse. Une nouvelle bascule aidera à bien suivre les croissances. Le projet d’achat d’un semoir devrait permettre aux éleveurs d’optimiser leur conduite des cultures.

Pour l’ensemble de ces investissements, ils bénéficieront, dans le cadre du programme « Ambition éleveurs » de 120 000 euros d’aides pour un total investi de 300 000euros, dont 190 000 euros d’investissements réalisés à mi-2025.

C. Soutien financier et autonomie alimentaire

Persuadée qu’il est possible de concilier la préservation du climat et de la biodiversité avec un élevage rémunérateur, la Fondation travaille depuis 2 ans à identifier les causes profondes de la détresse des éleveurs et à démontrer que l’agroécologie est la voie à suivre.

Durant plusieurs mois, la Fondation pour la Nature et l’Homme a travaillé avec l’appui technique du bureau d’analyse sociétale LE BASIC pour identifier les causes socio-économiques responsables de la crise qui touche depuis des années les éleveurs de bovins destinés à la production de viande (aussi appelés éleveurs allaitants). Dans son nouveau rapport, elle révèle une réalité pour le moins déconcertante : les exploitations spécialisées en bovins viande sont les exploitations les plus soutenues financièrement par les subventions de la Politique Agricole Commune (PAC) : 50 302 euros en moyenne par exploitation, contre une moyenne de 33 618 euros pour les autres orientations technico-économiques (en 2020).

Jusqu’à quand continuerons-nous à augmenter nos subventions vers un élevage qui rémunère de moins en moins ses éleveurs ? En cause : les prix de vente des bovins sont inférieurs aux coûts de production.

L’autonomie alimentaire des systèmes, la montée en gamme et l’implication des éleveurs et éleveuses dans la commercialisation sont trois leviers permettant d’améliorer le revenu des producteurs·trices. La progression est constante grâce aux conversions (+8% en 2018) et aux installations. L’effectif moyen est de 44 vaches allaitantes pour une centaine d’hectares de terre. Un quart des animaux sont vendus en vente directe.

L'autonomie alimentaire est un enjeu clé pour la rentabilité des élevages bovins.

IV. Le rôle des formations et du conseil

Dans le grand ouest, bassin laitier par excellence, les éleveurs de bovins viande sont minoritaires et souvent isolés. Les formations regroupant les éleveurs par petit groupe (7 à 10 personnes) favorisent les échanges sur différents thèmes comme l’alimentation, la santé des veaux. Des nouveaux thèmes comme les prairies pharmacies ou l’éthologie favorisent de nouvelles pratiques.

Riche de sa forte expérience en élevage de bovins viande, Eilyps grâce à ses conseillers spécialisés apportent de multiples conseils aux éleveurs.

V. Prix moyens des produits viande bovine

Voici un aperçu des prix moyens des produits viande bovine en 2024, selon la Chambre d’agriculture de Haute-Marne :

Produit Race Poids moyen (kg) Prix moyen (€/kg)
Génisses Limousines 402,12
Génisses Charolaise 497 6,3
Jeunes bovins Limousins 492 7
Jeunes bovins Charolais 504 6,4
Vaches de réforme Limousines 486
Vaches de réforme Charolaises 472 6,2

tags: #éleveur #viande #bovine #techniques #d'élevage

Articles populaires: