L'élevage porcin dans l'Yonne, comme partout en France, est soumis à des réglementations strictes, notamment en matière de prophylaxie sanitaire. Au fil des années, de nombreux arrêtés ont été pris pour lutter contre la maladie d'Aujeszky et pour définir les conditions sanitaires exigées pour les verrats destinés à la monte publique naturelle. Ces mesures visent à garantir la santé des animaux et à protéger les élevages contre les risques sanitaires.
En 2020, une nouvelle réglementation « biosécurité » a été appliquée à l'ensemble des élevages de porc, sans distinction. Élaborée principalement par les services de l'État et les filières industrielles, cette réglementation est souvent perçue comme inadaptée aux élevages en plein air. Elle reflète une volonté d'étanchéifier l'agriculture vis-à-vis d'une nature perçue comme « dangereuse », ce qui peut entraîner un risque de disparition pour les élevages de porcs en plein air, malgré leur contribution à la qualité des produits, au dynamisme territorial et aux attentes des citoyens.
Sur le terrain, les contrôles « biosécurité » menés par les DDPP se sont multipliés, tout comme les interprétations erronées d'une réglementation déjà complexe. Face à cet arsenal réglementaire, il est essentiel de trouver des solutions adaptées aux spécificités de chaque élevage, en particulier pour ceux qui pratiquent le plein air.
Face à ces défis, des initiatives locales émergent pour soutenir et promouvoir l'élevage porcin durable. Le Parc naturel régional du Morvan a initié en 2017 la création d’une filière d’élevage de porcs en plein air pour venir en complément de l’élevage de bovins allaitants, principale activité des fermes morvandelles. Le Parc s’est fixé l’objectif d’accompagner les éleveurs du territoire vers la diversification, permettant de multiplier les sources de revenu et de pérenniser l’exploitation sur le plan économique.
Une agriculture diversifiée présente l’avantage d’être plus résiliente face aux aléas et les différentes productions peuvent se compléter. C’est pour répondre à cet objectif que le Parc a lancé la création d’une filière de porc plein air élevé dans le Morvan. Une marque et un logo ont été créés pour démarquer cette production. À l’heure où 95 % de l’élevage porcin français se fait en bâtiments et 70 % des porcs sont élevés dans l’ouest de la France, cette filière se démarque avant tout par son souci du respect du bien-être animal, de l’environnement et le caractère local de la production.
Exemple d'élevage de porcs en plein air.
Un cahier des charges a donc été élaboré par la commission agricole du Parc afin de définir les règles d’élevage à respecter pour pouvoir bénéficier de la marque « porc plein air du Morvan » et de son logo. Ce cahier des charges est accessible à différents types de systèmes : élevages naisseurs et/ou engraisseurs, transformation à la ferme ou non, en vente directe ou non… Des élevages aux profils variés peuvent donc s’approprier la marque « porc plein air du Morvan ».
Par ailleurs, les partenariats initiés par le Parc permettent de rassembler les différents acteurs de la filière. Des opérateurs locaux ont été identifiés avec l’aide de l’association Jambon du Morvan, pour assurer l’abattage, la découpe, la transformation et la commercialisation d’une quinzaine de porcs par semaine.
L’association Jambon du Morvan s’est quant à elle donnée plusieurs missions :
Le GAEC Gobier des Merles, situé dans le pays de Puisaye - Forterre, offre un exemple concret d'exploitation agricole engagée dans l'élevage porcin biologique. Jusqu’en 2017 la ferme s’étendait sur 121 ha, dont 64 ha en céréales, consacrés à l’élevage de porcs et de vaches laitières. En 2018 nous nous sommes agrandis. Le sol est de nature argilo-calcaire et moyennement profond. Le passage à la bio s’explique par un désir de ne plus utiliser de produits chimiques. L’atelier de porcs était déjà présent dans la ferme avant le passage en bio. Il a été converti en 2000. La proximité d’Auxerre permet un lien avec les consommateurs et de commercialiser une partie des porcs charcutiers directement.
Porcs élevés en agriculture biologique.
Jusqu’en 2012 les truies gestantes étaient conduites sur des parcelles de forêt. Mais suite à des problèmes récurrents d’avortement et de troubles urinaires (problème d’abreuvement), nous avons pris la décision de construire un bâtiment (gestion plus facile de l’état sanitaire et de l’état d’engraissement des animaux, biaisé par la consommation de glands). Chaque truie en lactation est logée dans une cabane en demi-lune, au milieu d’un parc de 1250 m², jusqu’au sevrage des porcelets à 49 jours, sur un couvert implanté en trèfle violet - ray grass. Les porcelets, une fois sevrés, sont conduits en bâtiment sur de la paille. Ils disposent de 2,5 m² chacun pendant un peu plus de deux mois.
L’autonomie alimentaire est un objectif à rechercher. Grâce à de nouvelles parcelles récemment (2018) passées en bio, nous nous fixons d’être presque autonomes pour les deux ateliers. Avec un prévisionnel de 300 T de céréales par an, il y aura suffisamment de céréales pour les 2 troupeaux. Pour les porcs, il ne me manquera qu’environ 50 t de protéagineux, en plus des 20 t / an de tourteaux de soja et de la levure que j’achète déjà l’extérieur. Quant à la fertilisation des cultures, elle est basée sur la valorisation des 1000 t de fumier produites par les deux ateliers d’animaux. Le fumier de bovin domine dans le compost. Ce dernier est retourné une fois grâce au retourneur d’andain de la CUMA. Le compost est épandu à raison de 15 t / ha en août pour les céréales d’hiver, et en décembre pour les céréales de printemps. La luzerne ou le trèfle en bénéficient l’année de leur implantation.
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