Gomme arabique, guar ou carraghénanes… Ces émulsifiants couramment utilisés dans certaines pâtisseries, gâteaux et desserts, yaourts, glaces (y compris en bio) semblent associés à un risque accru de diabète de type 2. Après le E551, c’est au tour de plusieurs autres additifs émulsifiants des familles des E3XX et E4XX d’être accusés d’augmenter le risque de développer un diabète de type 2. Mais de quels risques s’agit-il et comment les éviter ?
Selon une étude de l'Inserm, publiée le 24 avril 2024, la consommation d'émulsifiants, des additifs qui améliorent la texture des aliments, augmenterait les risques de diabète de type 2. Les résultats sont cependant nuancés par les chercheurs, qui attendent de mener d'autres études pour les confirmer.
Pour la première fois au niveau international, une équipe de chercheuses et de chercheurs français s’est intéressée aux relations entre les apports alimentaires en émulsifiants, cumulés sur un suivi maximal de 14 ans, et le risque de développer un diabète de type 2 dans une grande étude en population générale.
Des chercheurs et des chercheuses de l’Inserm, d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’université Paris Cité et du Cnam ont entrepris d’étudier les possibles liens entre les habitudes d’apports alimentaires en additifs émulsifiants et la survenue de diabète de type 2 entre 2009 et 2023. Ils ont analysé les données de santé de 104 139 adultes participant à l’étude de cohorte française NutriNet-Santé, en évaluant spécifiquement leur consommation de ce type d’additifs grâce à des enquêtes alimentaires tous les 6 mois. Les résultats de cette recherche suggèrent une association entre l’ingestion chronique de certains additifs émulsifiants et un risque accru de diabète. Ils sont publiés dans la revue Lancet Diabetes & Endocrinology.
En Europe et en Amérique du Nord, 30 à 60 % de l’apport énergétique alimentaire des adultes provient d’aliments ultra-transformés. De plus en plus d’études épidémiologiques suggèrent un lien entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et un risque accru de diabète et d’autres troubles métaboliques.
Les émulsifiants figurent parmi les additifs les plus couramment utilisés dans ces aliments. Ils sont souvent ajoutés aux aliments industriels transformés et emballés tels que certaines pâtisseries, gâteaux et desserts, yaourts, glaces, barres chocolatées, pains industriels, biscottes, margarines et plats préparés, afin d’améliorer leur apparence, leur goût, leur texture et leur durée de conservation. Ils comprennent notamment les mono- et diglycérides d’acides gras, les carraghénanes, les amidons modifiés, les lécithines, les phosphates, les celluloses, les gommes et les pectines.
Comme pour tous les additifs alimentaires, la sécurité des émulsifiants a été précédemment évaluée sur la base des preuves scientifiques qui étaient disponibles au moment de leur évaluation. Néanmoins, certaines recherches récentes suggèrent que les émulsifiants pourraient perturber le microbiote intestinal et augmenter le risque d’inflammation et de perturbation métabolique, pouvant entraîner une résistance à l’insuline et la survenue du diabète.
Les participants ont renseigné en ligne tous les aliments et boissons consommés et leur marque (pour les produits industriels), sur au moins deux journées d’enregistrements alimentaires. Ils étaient régulièrement réinterrogés sur leurs consommations alimentaires, tous les 6 mois sur 14 ans. Ces enregistrements ont été mis en relation avec des bases de données afin d’identifier la présence et la dose des additifs alimentaires (dont les émulsifiants) dans les produits consommés. Des dosages en laboratoire ont également été effectués pour fournir des données quantitatives. Cela a permis de calculer l’exposition chronique au fil du temps à ces émulsifiants.
Au cours du suivi, les participants ont déclaré la survenue de diabète (1 056 cas diagnostiqués), et les déclarations ont été validées grâce à une stratégie multi-sources (incluant la déclaration et le remboursement d’anti-diabétiques). Plusieurs facteurs de risque bien connus pour le diabète, notamment l’âge, le sexe, le poids (IMC), le niveau d’éducation, les antécédents familiaux, le tabagisme, l’alcool et les niveaux d’activité physique, ainsi que la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation (dont les apports en sucre) ont été pris en compte dans l’analyse.
Après un suivi moyen de 7 ans, les chercheurs ont observé que l’exposition chronique - évaluée par des données répétées - aux émulsifiants suivants était associée à un risque accru de diabète de type 2 :
Cette étude constitue une première exploration de ces relations mais d’autres investigations sont désormais nécessaires pour établir des liens de causalité. Les chercheurs ont évoqué plusieurs limites de leur étude, telles que la prédominance des femmes dans l’échantillon, un niveau d’éducation plus élevé que la population générale, ainsi que des comportements généralement plus favorables à la santé parmi les participants de l’étude NutriNet-Santé. Il s’agit donc d’être prudents quant à la généralisation des conclusions à l’ensemble de la population française.
L’étude bénéficie néanmoins d’une taille d’échantillon considérable et les chercheurs ont pris en compte un grand nombre de facteurs susceptibles d’induire des biais de confusion. Ils ont en outre utilisé des données fines et uniques sur les expositions aux additifs alimentaires, avec un niveau de détail allant jusqu’aux marques des produits industriels consommés. De plus, les résultats demeurent cohérents à travers diverses analyses de sensibilité, ce qui renforce leur fiabilité.
« Ces résultats sont issus d’une seule étude observationnelle pour le moment, et ne permettent pas à eux seuls d’établir un lien de cause à effet. Ils doivent être reproduits dans d’autres études épidémiologiques à travers le monde, et complétés par des études expérimentales toxicologiques et interventionnelles, pour éclairer davantage les mécanismes liant ces additifs émulsifiants et la survenue du diabète de type 2. Ils donnent des éléments clés pour enrichir le débat sur la réévaluation de la réglementation relative à l’utilisation des additifs dans l’industrie alimentaire, afin de mieux protéger les consommateurs », expliquent Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, et Bernard Srour, professeur junior à INRAE, principaux auteurs de l’étude.
Parmi les prochaines étapes, l’équipe de recherche va s’intéresser aux variations de certains marqueurs sanguins et du microbiote intestinal en lien avec la consommation de ces additifs, pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. Elle va également s’intéresser aux impacts sur la santé des mélanges d’additifs et de leurs potentiels « effets cocktails ». Des travaux en collaboration avec des toxicologues vont également permettre de tester l’impact de ces expositions dans le cadre d’expérimentations in vitro et in vivo, pour rassembler plus d’arguments en faveur d’un lien causal.
L’étude NutriNet-Santé est une étude de santé publique coordonnée par l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (CRESS-EREN, Inserm/INRAE/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord/Université Paris Cité), qui, grâce à l’engagement et à la fidélité de plus de 170 000 « nutrinautes », fait avancer la recherche sur les liens entre la nutrition (alimentation, activité physique, état nutritionnel) et la santé. Lancée en 2009, l’étude a déjà donné lieu à plus de 270 publications scientifiques internationales. Un appel au recrutement de nouveaux Nutrinautes est toujours en cours afin de continuer à faire avancer la recherche publique sur les relations entre la nutrition et la santé.
En consacrant quelques minutes par mois à répondre, via Internet, sur la plateforme sécurisée etude-nutrinet-sante.fr, aux différents questionnaires relatifs à l’alimentation, à l’activité physique et à la santé, les participants contribuent à faire progresser les connaissances, vers une alimentation plus saine et plus durable.
La gomme de guar ou E412 est une poudre de couleur blanche au beige d’origine végétale utilisée pour ses capacités à épaissir facilement un mélange légèrement liquide. En agro-alimentaire, elle est d’autant plus plébiscitée puisqu’elle peut prendre la place des farines sans gluten pour les régimes alimentaires des intolérants à cet élément. Pour en savoir davantage sur cet additif alimentaire, nous avons compilé dans cet article tout ce qu’il faut savoir sur la gomme de guar ou E412.
La gomme de guar est un additif alimentaire de texture. On l’appelle ainsi, car sa présence dans l’aliment change la texture de ce dernier. En effet, une des facultés de la gomme de guar est sa capacité à épaissir de manière très rapide, un mélange liquide. En plus, d’être un épaississant, il contribue à la conservation de ladite denrée.
En ce qui concerne sa classification, savez-vous qu’à partir du numéro 400, on appelle les adjuvants, des additifs de texture ? En effet, ces agents agissent sur la structure de l’aliment : soit en l’épaississant, soit en l’émulsifiant, soit en le stabilisant ou modifiant son acidité. C’est le cas essentiellement des gommes comme la gomme de caroube ou E410, la gomme xanthane ou E415. Par ailleurs, la gomme de guar agit également comme conservateur. Cette propriété combinée avec son pouvoir épaississant lui permet de stabiliser l’aliment.
Certains additifs comme l’acide malique ou E296 agissent sur l’acidité tandis que d’autres comme le xylitol ou E967 édulcore la denrée, d’autres apportent une plus-value comme le cas du bêta-carotène. La gomme de guar quant à elle, permet de combiner toutes ces aptitudes. Elle permet d’alléger certains produits en remplaçant le rôle de l’amidon, de sucre ou de matière grasse.
La gomme de guar se classe comme un agent de texture. C’est un polysaccharide à galactomannane, de la famille des gommes, extrait de la graine du haricot de guar. Elle est donc d’origine végétale et contient beaucoup de fibres.
Son utilisation dans les denrées alimentaires Bio est autorisée. Toutefois, la possibilité d’existence d’éléments allergènes dans la gomme de guar n’est pas à exclure. C’est d’ailleurs pour cela qu’on la classifie comme ayant une toxicité faible et non nulle. Aucune Dose Journalière Admissible (DJA) n’a été défini pour l’E412. Une autre caractéristique concerne son utilisation dans les régimes alimentaires spéciaux.
La gomme de guar est considérée comme sans risque pour la santé des consommateurs. Cependant, l’ingestion d’une dose excessive de denrées alimentaires contenant de la gomme de guar peut engendrer :
Cela est dû à la haute présence de fibres végétales dans l’E412. Dans de rares cas, il est possible d’observer des réactions allergiques.
D’ailleurs, en France, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) a publié un communiqué sur la gomme de guar. Il stipule qu’une ingestion d’une grande quantité d’aliments contenant de l’E412 peut entraîner des troubles digestifs chez les enfants de moins de 8 ans. À cet effet, certaines confiseries sont interdites d’emploi de gomme de guar dans leurs ingrédients. La raison est qu’il y a un risque potentiel d’étouffement chez les enfants en bas âge après leur consommation.
La gomme de guar n’est pas uniquement un additif alimentaire.
| Émulsifiant | Code | Augmentation du risque par tranche |
|---|---|---|
| Carraghénanes | E407 | 3 % par 100 mg/jour |
| Phosphate tripotassique | E340 | 15 % par 500 mg/jour |
| Esters d’acide acétyltartrique de mono- et diglycérides d’acides gras | E472e | 4 % par 100 mg/jour |
| Citrate de sodium | E331 | 4 % par 500 mg/jour |
| Gomme de guar | E412 | 11 % par 500 mg/jour |
| Gomme arabique | E414 | 3 % par 1000 mg/jour |
| Gomme xanthane | E415 | 8 % par 500 mg/jour |
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