Diversification Alimentaire et Allergies : Recommandations Essentielles

Le développement des allergies alimentaires au sein de la population française est devenu un problème de santé publique majeur. Les parents sont désormais encouragés à introduire les aliments potentiellement allergènes dès l’âge de 4 mois, en même temps que les autres aliments. Cependant, l’impact de ces nouvelles mesures restait à évaluer.

Une étude de l'INRAE, portant sur 6.662 enfants, constate que seuls 62% d'entre eux ont débuté la diversification alimentaire entre quatre et six mois, la période recommandée. Ils courent ainsi un risque deux fois plus élevé de développer une allergie alimentaire.

L’étude Elfe a permis d’analyser les habitudes de diversification alimentaire au cours de la première année de vie et les allergies alimentaires chez 6 662 enfants de la cohorte. Les données ont été collectées mensuellement, fournissant ainsi un aperçu précis de l’alimentation de l’enfant de 3 à 10 mois.

Dans un premier temps, les scientifiques ont constaté que seuls 62 % des enfants ont débuté la diversification alimentaire sur la période recommandée, soit entre 4 et 6 mois. Ils ont ensuite étudié précisément le lien entre l’introduction retardée des allergènes majeurs et le risque d’allergie alimentaire.

Pour 1 enfant sur 10, au moins 2 allergènes majeurs, parmi les oeufs, le poisson, le blé et les produits laitiers, ne sont pas encore introduits dans l’alimentation à l’âge de 10 mois. Ces travaux confirment donc l’importance de ne pas retarder l’introduction des allergènes alimentaires majeurs pour prévenir la survenue des maladies allergiques dans l’enfance.

Ils apportent de nouveaux arguments convaincants pour étayer les nouvelles recommandations des sociétés françaises de pédiatrie et d’allergie et de Santé publique France.

Jusqu'en 2021, les recommandations de Santé publique France "déconseillaient l'introduction trop précoce de certains allergènes", rappelle Blandine de Lauzon-Guillain, directrice de recherche à l'INRAE. "Aujourd'hui, il n'est plus dangereux de diversifier l'alimentation dès l'âge de quatre mois", ajoute-t-elle. "Notre étude montre qu'il est important de suivre les nouvelles recommandations, on doit informer les gens qu'elles ont évoluées".

Il est toutefois conseillé de ne pas introduire simultanément mais successivement les allergènes pour repérer tout signe allergique en lien avec un allergène.

En effet, pour un enfant sur dix, au moins deux allergènes majeurs (parmi les œufs, le poisson, le blé et les produits laitiers) ne sont pas introduits dans l'alimentation avant l'âge de 10 mois.

L'étude n'inclut que quatre des quatorze allergènes alimentaires dans ses travaux qui "confirment donc l’importance de ne pas retarder l’introduction des allergènes alimentaires majeurs pour prévenir la survenue des maladies allergiques dans l’enfance", souligne l'INRAE dans le communiqué.

L’influence de l’alimentation en début de vie sur la santé et la croissance de l’enfant est un des axes de recherche.

Grâce à cette cohorte, une équipe de scientifiques, reposant sur plusieurs unités INRAE[1], associant l’Ined et le CHRU de Nancy, a fait le point sur l’état des associations entre les pratiques de diversification alimentaire et les maladies allergiques chez les enfants français.

L’étude a porté sur 6 662 enfants n’ayant présenté aucune manifestation allergique avant l’âge de 2 mois et pour lesquels toutes les informations nécessaires aux analyses étaient disponibles. Leur alimentation a été collectée mensuellement de 3 à 10 mois. L’âge à l’initiation de la diversification alimentaire a été calculé, de même qu’un score de diversité alimentaire ultérieur à 8 et 10 mois. Le nombre d’allergènes alimentaires majeurs (produits laitiers, œuf, blé et poisson) non introduits aux âges de 8 et 10 mois a également été déterminé. Les pathologies allergiques (allergie alimentaire, eczéma, asthme et rhino-conjonctivite) ont été rapportées par les parents à 2 mois, 1, 2, 3,5 et 5,5 ans.

L'Etude Elfe : Un Suivi Longitudinal Essentiel

Elfe (Etude longitudinale française depuis l’enfance) est la première étude longitudinale française d’envergure nationale consacrée au suivi des enfants de la naissance à l’âge adulte. Plus de 18 000 enfants nés en France métropolitaine en 2011 ont été inclus dans l’étude, ce qui représente 1 enfant sur 50 parmi les naissances de 2011.

Depuis le premier contact avec les familles à la maternité, les parents qui ont accepté de participer à cette grande aventure scientifique sont régulièrement interrogés pour mieux comprendre comment l’environnement, l’entourage familial et les conditions de vie influencent le développement, la santé et la socialisation des enfants. L’étude Elfe mobilise environ 150 chercheurs appartenant à diverses disciplines scientifiques.

La recherche permet "de mieux comprendre les facteurs, de la période intra-utérine à l’adolescence, qui influencent leur développement, leur santé, leur socialisation et leur parcours scolaire", explique l'INRAE.

Comment introduire les allergènes dans l'alimentation de bébé avec Dr Sabouraud

Recommandations pour la Diversification Alimentaire et l'Introduction des Allergènes

Les recommandations pour la diversification alimentaire chez un enfant ayant un terrain atopique sont les mêmes que ceux sans risque allergique. Il n’y a pas d’aliments spécifiques à exclure ni spécialement recommandés, tout est question de dosage et d’introduction progressive, et le plus tôt possible, des aliments les plus susceptibles de provoquer une réaction dermatologique.

Dès quatre mois, vous introduisez les légumes mixés lors du repas du midi : avec des légumes de saison de préférence ! Pomme de terre, carotte, épinard (bon courage !) et bien d’autres encore. Faites doucement entrer la viande dans son alimentation dès cinq mois ; préférez, pour commencer, plutôt de la viande blanche.

Finalement, l’objectif de la diversification alimentaire consiste à faire découvrir les goûts à votre enfant atopique, en variant les textures, les couleurs afin de l’apprendre à goûter de tout.

Introduisez progressivement la diversification alimentaire à votre enfant en bas âge, qu’il souffre d’eczéma atopique ou pas. Introduisez déjà les aliments salés à votre enfant ayant un terrain atopique et non des aliments sucrés. Enfin, rien ne sert de saler vos plats, surtout lors de l’introduction aux légumes.

L’allaitement maternel est fortement recommandé pour prévenir le risque d’allergies en général. Si vous allaitez exclusivement votre bébé, vous pouvez introduire le lait de vache comme ingrédient pendant la diversification alimentaire : il ne remplace pas le lait maternel, mais s’utilise comme un ingrédient, ou un aliment complémentaire.

Tous les aliments qui contiennent des protéines peuvent être allergisants. Néanmoins, en France, on dénombre 14 allergènes majeurs.

Si votre bébé n’est pas à risque allergique, il n’est pas nécessaire d’établir une procédure pour l’introduction de ces aliments. Il n’y a pas d’ordre spécifique pour les introduire.

Une fois que la diversification a commencé, il est recommandé d’introduire sans tarder les allergènes alimentaires majeurs. En effet, il n’est aujourd’hui plus recommandé de retarder l’introduction de ces aliments, comme cela pouvait être le cas il y a quelques années.

Il est très important de faire comprendre à la famille qu’une fois introduit dans l’alimentation, l’allergène doit être consommé régulièrement pour éviter la survenue d’une allergie. C’est la raison pour laquelle les allergènes introduits précocement doivent être des aliments consommés habituellement par la famille.

Attention toutefois à la voie cutanée ! Si la voie orale, digestive, est tolérogène, le contact précoce de la peau du nourrisson avec l’allergène, avant l’introduction par voie orale, favorise l’allergie.

Allergie à la Protéine de Lait de Vache (APLV) et Dermatite Atopique

Votre bébé de quelques mois pleure régulièrement, surtout la nuit ? Des plaques rouges apparaissent sur son corps et il se tortille dans son landau ? Prenez garde à ces signes qui pourraient annoncer une dermatite atopique (DA). Votre bébé a besoin de diversifier son alimentation à partir d’un certain âge.

La majorité des bébés atopiques ne sont pas forcément allergiques aux protéines de lait de vache, cependant les nourrissons souffrants d’eczéma atopique sont plus sujets à développer cette forme d’allergie alimentaire. Dans ce flou total, comment distinguer une allergie à la protéine de lait de vache d’une dermatite atopique ? La réponse : n’auto-diagnostiquez pas votre bébé en modifiant son alimentation à base de lait infantile ou maternel, seul un médecin allergologue saura vous proposer la bonne alimentation à votre bébé.

Un bébé ne peut pas développer d’allergie au lait maternel, sauf dans certains cas où la mère consomme des produits laitiers, car les protéines de lait de vache peuvent passer dans le lait maternel. Par contre, s’il est nourri avec un lait infantile, l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) peut apparaître dès les premières semaines de vie.

L’APLV est la plus connue chez les bébés, elle guérit souvent pendant les premières années, mais certaines formes sont graves et/ou persistantes.

L’APLV ne doit pas être confondue avec l’intolérance au lactose qui n’est pas une allergie.

Conseils Spécifiques pour Certains Allergènes

Les arachides et les fruits à coque (amande, noix, noisette, pistache..) sont des aliments ronds, petits et durs. Il est recommandé de les introduire un par un, en petite quantité pour tester la tolérance : commencer par une demi-cuillère à café puis augmenter a 1 cuillère à café. Vous pouvez commencer par introduire l’œuf comme ingrédient. Certains enfants tolèrent l’œuf dans une recette mais réagissent à l’œuf cuit seul.

Il y a quelques années, il était d’usage d’introduire le jaune d’oeuf avant le blanc d’oeuf. Ce n’est plus d’actualité : vous pouvez introduire le jaune et le blanc en même temps, dès le début de la diversification !Votre bébé pourra consommer de l’oeuf une à deux fois par semaine, à raison de ¼ d’oeuf entre 6 mois et 12 mois, puis ⅓ entre 1 an et 2 ans.

On conseille d’introduire en priorité les noisettes, les noix de cajou et les amandes : elles sont parmi les plus courantes dans notre alimentation et permettraient de couvrir la majorité des protéines allergènes des fruits à coque !Comme les noix sont des aliments ronds, petits, et durs, ils ne sont pas adaptés pour être proposés tels quels à bébé. On pourra donc les proposer sous forme de poudre (intégrée dans une recette) ou sous forme de purée d’oléagineux.

Sous forme de poudre, vous pouvez par exemple réaliser des muffins à la pomme et amandes ou des energy balls.

Pour les bébés comme pour les adultes, le PNNS recommande la consommation de poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras. 💡A noter : une allergie au poisson peut être limitée à une seule espèce, par exemple le cabillaud, mais le plus souvent elle concerne plusieurs espèces de poissons (allergies croisées). Le poisson doit aussi être proposé bien cuit au bébé.

Autrefois, il était conseillé d’introduire le gluten entre 4 et 7 mois. Si vous n’allaitez pas vous pouvez ajouter dans le biberon de lait infantile du matin ou du soir 1 à 2 cuillères à café de céréales infantiles. Dans le commerce, ces céréales infantiles 4/5 mois sont sans gluten, or on peut prendre des céréales avec gluten dès 4 mois. Afin de limiter le risque d’intolérance au gluten (maladie cœliaque), il est aujourd’hui recommandé d’introduire le gluten dans l’alimentation de bébé entre 4 et 12 mois.

En France, il est déconseillé de consommer du soja et des produits à base de soja avant 3 ans. Pas certain dans ce cas du bénéfice de l’introduire de façon précoce et régulière pour éviter cette allergie. Le soja est déconseillé dans l'alimentation des 0-3 ans par l'ANSES, on ne va donc pas chercher à l'introduire.

Facteurs de Risque et Précautions

Voici les facteurs de risque à considérer :

  • Les enfants avec au moins un parent du premier degré (père, mère, frère, sœur) qui a, ou a eu, une allergie prouvée, ou de l’eczéma.

👉 Attention a ne pas exposer la peau de l’enfant aux allergènes auxquels il n’a pas encore été exposé par voie orale. Les symptômes graves restent rares a cet âge et ne doivent pas empêcher l’introduction des aliments allergènes.

Tableau Récapitulatif des Recommandations

Allergène Âge d'introduction recommandé Précautions
Arachides et Fruits à Coque Dès 4 mois Introduire un par un, en petite quantité, sous forme de poudre ou purée
Oeuf Dès 4 mois Jaune et blanc peuvent être introduits en même temps
Poisson Dès 4 mois Bien cuit, privilégier les poissons gras
Gluten Entre 4 et 12 mois Introduire progressivement
Soja Non recommandé avant 3 ans Éviter

Références:

  • Adam T, Divaret-Chauveau A, Roduit C, et al. Complementary feeding practices are related to the risk of food allergy in the ELFE cohort. Allergy. 2023;00:1-11.
  • Avis du 30 juin 2020 relatif à la révision des repères alimentaires pour les enfants âgés de 0-36 mois et 3-17 ans.
  • PNNS (2021) - Introduire les allergènes alimentaires dès 4/6 mois
  • HCSP (2020) - Avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les enfants âgés de 0-36 mois et de 3-17 ans.
  • Bidat, E., & Benoist, G. (2019). Prévention des allergies alimentaires : la diversification en 2019. Revue Française d’Allergologie, 59(4), 341‑345.
  • Roduit, C., Frei, R., Depner, M., Schaub, B., Loss, G., Genuneit, J., Pfefferle, P., Hyvärinen, A., Karvonen, A. M., Riedler, J., Dalphin, J. C., Pekkanen, J., von Mutius, E., Braun-Fahrländer, C., Lauener, R., & PASTURE study group (2014). Increased food diversity in the first year of life is inversely associated with allergic diseases.

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