L'année 2020 a marqué le début d’une période complexe, où s’entremêlent différentes crises qui touchent les systèmes alimentaires à toutes les échelles. Dès lors, comment concilier ces attentes alimentaires, témoins d’enjeux plus globaux ? Comment se saisir des crises actuelles pour trouver des réponses aux défis qui s’imposent, de l’assiette au champ et, plus largement, du champ à la planète ?
Plusieurs tendances émergentes avant la crise Covid, axées sur l’environnement et la santé (circuits courts, bio, végétalisation…) ou le e-commerce alimentaire ont connu une forte croissance pendant les confinements, et l’on aurait pu penser qu’ils poursuivraient leur ascension.
Si l’ensemble des crises actuelles accélère la nécessité de garantir à tous un accès quantitatif et qualitatif à une alimentation saine et variée, l’écart se creuse parfois entre aspirations et contraintes face à l’inflation.
Afin d’identifier les voies à explorer, les chercheurs mènent des études prospectives à partir des données et tendances actuelles.
Après avoir envisagé, au début des années 2000, la question de la sécurité alimentaire exclusivement sous l’angle de la production, prônant une augmentation de la productivité sans tenir compte de son impact sur l’environnement, ni de la qualité et la diversité de l’alimentation, les études ont rapidement intégré la question des pertes et gaspillages, ainsi que celle des nécessaires évolutions à mettre en œuvre au niveau des consommations alimentaires.
Le secteur agroalimentaire est confronté à une multitude de défis qui influencent la demande alimentaire mondiale. Parmi ces défis, on retrouve :
Les tensions géopolitiques, les fluctuations de l’offre et de la demande, ainsi que les problèmes de transport, sont autant de facteurs qui peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement, entraînant des pénuries, des retards et des hausses de coûts. Ces problèmes peuvent être accrus par le changement climatique, qui influe sur les matières premières disponibles et sur la production agricole.
Les entreprises de l'agroalimentaire peuvent diversifier leurs fournisseurs, recourir à la technologie pour améliorer les prévisions, renforcer leurs relations avec leurs fournisseurs et accroître leur flexibilité pour atténuer les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. La résilience peut encore meilleure en mettant en œuvre des pratiques de développement durable et de gestion des risques. Tout cela facilite et permer une meilleure adaptation face aux obstacles imprévus.
La production de produits alimentaires est gravement affectée par le changement climatique, ce qui a également un impact sur les rendements, les prix des produits agricoles et sur l'agriculture durable. La hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations et les sécheresses, ainsi que les variations des saisons sont des facteurs qui contribuent à modifier la qualité et la disponibilité des matières premières, ce qui crée des faiblesses dans la chaîne d’approvisionnement. Les risques pour la sécurité alimentaire sont également accrus, notamment par les niveaux élevés de mycotoxines, la dégradation des sols et les défis liés au contrôle difficile des conditions météorologiques.
Le secteur doit mettre le développement durable au premier plan pour surmonter ces obstacles. D'après Climate Trade, l’agriculture et l'agroalimentaire sont deux des industries les plus polluantes au monde. Par conséquent, l’industrie devrait s’efforcer d’atteindre des "zéro émission nette" en tenant aussi compte des effets environnementaux et sociaux au sens large. Renforcer la résilience au-delà de la simple compensation carbone, adapter les chaînes d’approvisionnement aux changements climatiques et élaborer des plans à long terme face à l’incertitude du marché sont autant de stratégies importantes.
Les risques de contamination, les maladies d’origine alimentaire et les normes réglementaires strictes sont à l'origine de nombreuses préoccupations concernant la sécurité et la qualité des aliments dans le secteur agroalimentaire.
La gestion de la chaîne du froid, en particulier, est un des principaux défis auxquels est confrontée l’industrie alimentaire. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec leurs normes de sécurité parfois incohérentes, et le fait que les consommateurs se tournent toujours plus vers des aliments frais et peu transformés, accroissent ces difficultés. Étant donné que ces produits ont une durée de conservation plus courte et que la prolifération microbienne y est plus fréquente, ces préférences des consommateurs compliquent le maintien de la sécurité alimentaire.
L’utilisation de systèmes de gestion de la sécurité alimentaire tels que le système HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point , ou analyse des dangers et des points critiques) facilite l’identification et le contrôle des risques. Afin de réduire le risque de contamination et de maintenir la conformité aux normes, le renforcement des relations avec la chaîne d'approvisionnement et le financement d'une formation continue en matière de sécurité alimentaire pour les membres du personnel peuvent contribuer à améliorer la qualité et la sécurité globales des aliments. L’industrie alimentaire peut également recourir à des capteurs IoT pour surveiller l'entreposage des aliments et à la blockchain pour assurer la traçabilité, et répondre ainsi aux préoccupations concernant la sécurité et la qualité des aliments.
L'agroalimentaire doit relever le défi de développer et de diversifier son offre pour répondre à l’évolution des goûts des consommateurs, qui recherchent des options alimentaires plus saines et durables telles que des produits biologiques, sans OGM et sans additifs artificiels, ainsi qu'à la demande de protéines végétales, à base de plantes et alternatives non animales. La stratégie de création de produits doit évoluer pour répondre aux attentes des consommateurs soucieux de l’environnement et de leur santé.
L’investissement dans la recherche et le développement (R&D) permet le développement de produits répondant aux exigences des consommateurs grâce à l’utilisation de technologies alimentaires de pointe, de pratiques d’approvisionnement durables et d’ingrédients innovants.
Les entreprises devraient envisager de collaborer avec des start-up et des institutions universitaires pour accéder à des innovations alimentaires de pointe et à des informations sur les consommateurs, afin de répondre efficacement à ces tendances. Renforcer la confiance des consommateurs passe par un marketing ouvert et un étiquetage sans ambiguïté concernant les avantages des produits pour la santé et l’environnement. Les entreprises doivent également veiller à ce que la production durable soit encouragée dans l’ensemble de leurs réseaux de fournisseurs. En mettant en œuvre ces tactiques, les entreprises peuvent transformer le défi posé par l’évolution des goûts des consommateurs en une opportunité de se positionner à l’avant-garde en produisant des aliments respectueux de l’environnement et de la santé.
La mondialisation et la conformité réglementaire représentent un défi complexe pour l’industrie alimentaire. Les entreprises doivent se conformer à un large éventail de lois nationales et internationales complexes, qui réglementent les restrictions à l’importation et à l’exportation, ainsi que les directives santés et labels. La mondialisation accroît cette complexité en obligeant les entreprises à adapter leurs produits aux exigences de nombreux marchés et cadres réglementaires, tout en stimulant la compétitivité. Maîtriser ces différentes normes peut exiger des ressources considérables et requiert une connaissance approfondie des systèmes juridiques locaux.
Les organisations peuvent utiliser des logiciels de conformité pour automatiser les processus et suivre les mises à jour réglementaires, afin de gérer les défis posés par la mondialisation et les réglementations. La mise en place d’une équipe dédiée à la conformité ou le recours à des cabinets juridiques régionaux facilitent la gestion des réglementations et l’adaptation des produits aux marchés régionaux, sans compromettre l’intégrité de la marque.
Le durcissement de la contrainte budgétaire impacte l’évolution des pratiques alimentaires. Un Français sur quatre déclare ainsi se restreindre sur le poste « alimentation », en priorité sur la viande (pour 76 % de ceux qui se restreignent), les produits « plaisir » (69 %) et le poisson (60 %). Ils usent de stratégies diverses face à la hausse des prix alimentaires : des stratégies qualitatives, comme la descente en gamme (marques de distributeur, etc., pour 50 %) ou le report sur des produits de substitution (17 %) ; des stratégies quantitatives, comme acheter moins souvent (47 %) ou diminuer les quantités (31 %) ; et des stratégies de transfert, comme des économies sur d’autres postes (habillement, vacances, loisirs…)
Le contexte multi-crises a entraîné une augmentation de la précarité alimentaire. En France, environ 9 millions de personnes sont considérées en situation d’insécurité alimentaire. Un signal fort de cette augmentation a été le recours accru à l’aide alimentaire pendant et après la crise Covid. Les difficultés financières sont le plus souvent à l’origine de la précarité alimentaire, mais les situations sont diverses, comme en attestent les enquêtes réalisées pendant la pandémie.
Les circuits courts et de proximité ont été très sollicités pendant la crise sanitaire. Toutefois, le retour à la vie « normale » a marqué pour beaucoup l’arrêt de ces pratiques nouvellement acquises, jugées parfois trop contraignantes ou incompatibles avec le rythme retrouvé. Le facteur « inflation » a aussi indéniablement joué.
L’alimentation biologique a connu en France un fort essor entre 2010 et 2020, et un boom pendant la période Covid. Elle reste toutefois un marché de niche : selon l’Agence Bio, seulement 6 % de la consommation alimentaire des ménages français est biologique en 2022, et la vente de produits bio tend à diminuer à partir de 2021. L’inflation joue un rôle indéniable : les produits bio sont souvent perçus comme très coûteux.
| Année | Pourcentage de la consommation alimentaire biologique |
|---|---|
| 2010 | Non disponible |
| 2022 | 6% |
Une autre des grandes tendances émergentes avant la crise Covid était la végétalisation de l’alimentation et la réduction de la consommation de viande, avec la montée du flexitarisme. En 2023, plus d’un Français sur deux déclare avoir réduit sa consommation de viande au cours des trois dernières années, majoritairement par contrainte, en raison de restrictions budgétaires, et, dans une moindre mesure, pour des raisons de santé, de bien-être animal et de protection de l’environnement.
Paradoxalement, la consommation de viande des Français, mesurée par FranceAgriMer, augmente depuis la crise Covid : +0,7 % en 2021 et +0,8 % en 2022, à nuancer selon les types de viande. La consommation de porc augmente depuis deux ans, celle de la viande bovine croît légèrement en 2022 et celle de la volaille diminue légèrement en 2022 après avoir augmenté en 2021, mais la tendance globale est à la hausse sur ces dix dernières années, portée par l’essor du poulet.
La prospective Agrimonde-Terra visait à identifier les leviers susceptibles d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition à l’échelle de la planète à l’horizon 2050. Elle s’inscrit dans la priorité de recherche sur la sécurité alimentaire mondiale explorée par le programme interdisciplinaire de recherche INRAE-Cirad « Glofoods ».
Cinq scénarios ont été ainsi proposés : trois basés sur des tendances concurrentes observées dans la plupart des régions du monde (« Métropolisation », « Régionalisation » et « Ménages ») et deux correspondant à des ruptures qui pourraient bouleverser la relation entre l’usage des terres et la sécurité alimentaire (« Régimes sains » et « Communautés »). Le scénario « Régimes sains » permettrait le mieux de réduire la prévalence de la sur- et de la sous-nutrition ainsi que les maladies chroniques associées. Il propose des régimes alimentaires associant une diversité de produits : poissons, viandes, lait, céréales, fruits, légumes et légumineuses dont on aurait préservé les micronutriments et les fibres.
Dans tous les cas, le commerce international jouera un rôle-clé pour assurer la sécurité alimentaire au niveau mondial en 2050, et certaines régions, en particulier l’Afrique du Nord, le Proche et le Moyen-Orient, resteront a priori fortement dépendantes des importations alimentaires.
Si trois axes fédèrent à présent les recherches des communautés scientifiques sur la sécurité alimentaire - le changement des modes de production basé sur la transition agroécologique, la réduction des pertes et gaspillages, et l’évolution des modes de consommation alimentaire -, le défi est complexe, avec de nombreuses questions qui se chevauchent et recoupent les secteurs, les territoires et les acteurs.
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