Crise de la Viande : Causes et Conséquences en France

La filière de la viande bovine traverse une période de turbulences, marquée par une succession de défis qui impactent à la fois les producteurs et les consommateurs. Parmi ces défis, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a émergé comme une préoccupation majeure, soulevant des questions sur son impact potentiel sur les prix et la disponibilité de la viande.

La Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) : Une Menace pour le Cheptel

Depuis juin 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie bovine transmise par des insectes, frappe un certain nombre d'éleveurs en France. Au total, d'après le dernier point de situation du ministère de l'Agriculture, 113 foyers ont été détectés dans le pays. Cette situation inquiète particulièrement les agriculteurs, car même si une seule de leurs bêtes est touchée, ils doivent jusqu'alors abattre l'intégralité de leur troupeau.

La DNC a été détectée en France, pour la première fois, le 29 juin 2025 en Savoie. Cette maladie virale fortement préjudiciable à la santé des bovins (allant potentiellement jusqu’au décès) conduit à des pertes de production importantes du cheptel infecté.

La DNC est originaire d’Afrique et s'est propagée vers l’est, puis vers l’ouest. Elle s’est arrêtée en 2018 en Grèce grâce à la vaccination. Cette maladie de catégorie A est très contagieuse et se propage par des insectes hématophages et par le transport d’animaux infectés.

Pour limiter la propagation du virus, le gouvernement compte vacciner l’ensemble du cheptel des zones touchées en plus d’abattre les troupeaux au moindre cas.

DNC bovine : la menace pour les élevages français en 6 minutes

Impact de la DNC sur les Prix de la Viande

La question de savoir si la DNC aura un impact sur les prix de la viande rouge dans les rayons des supermarchés est légitime. Le président du Groupement Les Mousquetaires (Intermarché), Thierry Cotillard, a agité ce spectre, affirmant qu'il y aura bien un "impact" sur le coût en magasin si l’offre diminue.

Néanmoins, il est important de nuancer cet impact. Si c’est un élevage isolé, il n’y aura pas de conséquence. Mais la demande continue à être importante, et si l’offre diminue, évidemment les prix explosent.

Les déclarations du patron d'Intermarché s'appuient sur la réalité: il est vrai que la viande bovine a augmenté dans ces proportions récemment. Néanmoins, il fait un raccourci en liant cette hausse des prix aux problèmes sanitaires, et surévalue l'impact que pourrait avoir la DNC.

Récemment, l'UFC-Que Choisir s'est intéressée à cette augmentation du prix de la viande. À partir de relevés effectués dans 5.500 drives de supermarché entre novembre 2024 et novembre 2025, l'association de consommateurs a constaté une hausse de 10% sur la viande de bœuf, et même de 12% sur la viande de veau.

Par exemple, la DNC depuis la détection du premier foyer en juin dernier, a conduit à l'abattage de quelque 3.300 bovins. Sur un cheptel total (allaitant et laitier) de plus 16 millions, cela en représente 0,02%, selon les chiffres de l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev).

Autres Facteurs Influant sur les Prix

La première cause de cette augmentation n'est pas la succession d’épidémies animales que la filière a connue ces dernières années (la DNC, mais aussi la maladie hémorragique épizootique et la fièvre catarrhale ovine). Non, la principale raison est démographique.

La profession d'éleveur bovin traverse une importante crise liée au fait que toute une génération de producteurs soit partie en retraite sans successeur pour reprendre leur troupeau. Une crise des vocations donc, qui ne date pas d'hier certes. Mais qui a pu pendant un temps être légèrement compensée par l’agrandissement des troupeaux existants.

Malgré tout, le cheptel français a tout de même diminué d'un million de vaches en huit ans. Et les prix payés aux agriculteurs n'ont jamais été suffisants. Augmenter la taille des troupeaux n'était pas une solution miracle. Les éleveurs n'ont donc pas eu d'autre choix que de tout simplement augmenter les prix.

Bien entendu, la multiplication des épidémies animales ces dernières années n'a pas arrangé la situation. Mais leur impact en lui-même, s'il est terrible pour les éleveurs touchés, est plus anecdotique pour le consommateur.

Conséquences sur la Consommation de Viande

Cette crise de la dermatose nodulaire intervient alors que les Français ont déjà drastiquement réduit leur consommation de viande bovine. Selon un sondage Opinion Way commandé par la société Charal en avril 2025, plus de la moitié des Français (53%) assure manger moins de viande de bœuf qu'avant.

Une tendance déjà expliquée dans un sondage Harris Interactive pour l'association Réseau action climat en mars 2025, où les raisons qui sous-tendent cette diminution sont d’abord d’ordre économique pour 52% d’entre eux devant des raisons de santé (38%), de conscience environnementale (35%) et de bien-être animal (33%).

En 10 ans, le territoire français a perdu près de 1,16 million de vaches, dont 647 000 en races à viande.

Entre janvier et fin septembre 2016, par rapport à la même époque l’an passé, les achats toutes viandes confondues ont chuté de 3,4 %. « Même la volaille baisse de 1,4 % en volume. Pour expliquer cette baisse, le monde agricole dans son ensemble pointe du doigt les nombreuses actions des groupes « anti-viande » et les discours négatifs sur les viandes.

Pour la viande de bœuf plus précisément, 50 % des volumes sont achetés par des personnes de plus de 50 ans. Les « moins de 35 ans achètent plutôt de la viande de volaille… »

D’un côté, trop d’abattages, de l’autre une consommation qui s’amenuise, et pas seulement du fait de la tendance « vegan ».

Recommandations Nutritionnelles et Impact Environnemental

Le Programme national nutrition santé 2019-2023 recommande au consommateur des régimes limitant la viande rouge (- de 500 g/semaine) , les produits laitiers (2/jour) et la charcuterie (- de 150g /semaine) et augmentant la part de légumineuses et légumes secs (au moins 2 fois par semaine) et de fruits et légumes (5 par jour), naturellement riches en fibres. Ces recommandations intègrent pour la première fois le développement durable et les modes de production en conseillant de privilégier des aliments de saison, provenant de producteurs locaux et si possible « bio ».

On estime ainsi qu’entre une alimentation « classique » et un régime moins carné, les émissions de gaz à effet de serre passent de 1,6 tonne à 1 tonne de CO2 équivalent par an et par habitant. Ceci est lié au fait que la production de viandes et laitages est plus émettrice de gaz à effet de serre que celle des fruits et légumes.

Mesures de Gestion et Vaccination

Dans les zones réglementées, la vaccination massive est obligatoire et intégralement prise en charge par l’État. Ces zones sont instaurées par arrêté préfectoral autour de chaque foyer de DNC détecté.

Une zone réglementée est susceptible d'évoluer en zone vaccinale après 45 jours à compter du dernier dépeuplement de foyer dans cette zone, et si au moins 75 % du cheptel bovin y est vacciné depuis plus de 28 jours.

Le comité national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV) a toutefois voté, le 28 août, en faveur d'une vaccination préventive de l’ensemble des élevages bovins en Corse, face à la menace de propagation depuis la Sardaigne, touchée par la maladie.

La France poursuit ses négociations avec ses autres partenaires commerciaux, afin d’obtenir l’accord d’autres pays, pour la reprise des exports.

Face à la colère des éleveurs contre les mesures d'abattage de troupeaux touchés par la dermatose nodulaire, la ministre de l'agriculture a annoncé vouloir "élargir le territoire de la vaccination" et avoir commandé un million de doses de vaccin pour pouvoir faire face à cet élargissement du périmètre.

Certaines organisations agricoles sont pour une vaccination nationale généralisée, afin de protéger efficacement les animaux.

D'autres sont contre une vaccination généralisée pour une raison économique, car une telle décision entraînerait la perte du statut indemne de DNC de la France, ce qui permet d'exporter sa production sans restriction.

Tableau Récapitulatif des Zones Réglementées

Zone Réglementée Départements Concernés Date d'Instauration
ZR1 Jura, Isère, Ain, Savoie, Haute-Savoie Juin - Septembre 2025
ZR2 Ain, Isère, Loire, Rhône 18 Septembre 2025
ZR3 Pyrénées-Orientales Octobre 2025
ZR4 Jura, Doubs, Côte-d'Or, Haute-Saône, Saône-et-Loire Octobre 2025
ZR5 Ain (recoupe ZR1, ZR2 et ZR4) 14 Octobre 2025
ZR6 Ariège 9 Décembre 2025

Les listes de communes concernées par ces zones réglementées, sont précisées sur les sites des DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie.

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