Crise Alimentaire Mondiale : Causes et Conséquences

Au moment où une nouvelle crise alimentaire s’installe dans le monde et devrait faire connaître un état d’« insécurité alimentaire aigüe » à entre 20 et 40 millions de personnes supplémentaires, il importe d’identifier les causes de cette détérioration de la situation humanitaire mondiale.

Peut-on en faire porter la responsabilité uniquement à Vladimir Poutine et à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

L'impact de la guerre en Ukraine

Depuis l’agression russe, l’Ukraine est en guerre, affectant une grande partie de la population. Une partie de la population est affectée à la défense du territoire, une autre a migré vers l’ouest du pays ou vers des pays frontaliers. En plus des pertes de force de travail, des récoltes ont été détruites, mais aussi des infrastructures permettant le transport des produits agricoles.

Le transport maritime dans la mer Noire est significativement perturbé, notamment les transports de céréales en provenance d’Ukraine.

L’Ukraine, la Russie et la Biélorussie sont des acteurs majeurs des marchés alimentaires, de l’énergie et des fertilisants. En particulier, la Russie et l’Ukraine contrôlent une part majeure des exportations mondiales de blé, de maïs, de tournesol, d’huile de tournesol et d’orge (graphique 1).

Répartition des exportations mondiales de céréales et d'oléagineux

Environ 90 % de ses exportations de blé étaient dirigées vers l’Afrique et l’Asie entre 2016 et 2021. Elles contribuaient ainsi à assurer la sécurité alimentaire dans certaines des régions les plus défavorisées du monde.

En raison du blocus des ports ukrainiens par la Russie depuis le début de la guerre, ce sont quelque 20 millions de tonnes de céréales qui ont été bloquées dans les silos de stockage sur les rives de la mer Noire. En juillet 2022, la Russie a mis fin au blocus des ports ukrainiens sur la mer Noire, à la suite d’un accord avec l’Ukraine négocié par l’ONU et la Turquie. Les expéditions via la mer Noire ont repris.

L’année 2022 a été touchée par des pénuries alimentaires très ciblées autour de produits tels que la moutarde et l’huile de tournesol.

Perturbé par la guerre en Ukraine, l’approvisionnement en blé, dont 30 % des exportations mondiales sont assurées par les Ukrainiens et les Russes, pourrait conduire à une situation de pénurie.

La guerre en Ukraine affecte la sécurité alimentaire mondiale : l’Ukraine et la Russie sont des acteurs clé de l’alimentation mondiale. Or, leur production et exportations de céréales sont aujourd’hui perturbées par le conflit qui les opposent. Cela a de graves impacts sur des pays comme la Somalie, le Rwanda, le Pakistan, mais aussi l’Égypte qui dépendent à 80% de leurs importations de blé de l’Ukraine et la Russie.

La confédération internationale des légumineuses craint une nouvelle pénurie de pois chiches. L’offre mondiale pourrait en effet chuter de 20 % d’après les Echos.

En effet, les prix élevés des denrées alimentaires affectent très fortement la capacité des personnes à avoir accès aux denrées alimentaires.

En conclusion, la guerre en Ukraine ne peut être tenue pour seule responsable de la crise alimentaire mondiale. Le conflit en Ukraine aggrave la crise alimentaire mondiale. Les répercussions du conflit se font ressentir dans le monde entier, exacerbe la montée des prix et rend la lutte contre la faim complexe.

Guerre en Ukraine : quelles conséquences sur les marchés agricoles ?

Montée des prix agricoles mondiaux

Jusqu’à quel point la guerre explique-t-elle la montée des prix agricoles mondiaux ?

En ce qui concerne les prix des céréales depuis le début de l’année 2019 (Graphique 2), plusieurs conclusions apparaissent.

D’une part, le prix du soja et du maïs sont en augmentation depuis novembre 2021 pour le soja, septembre 2021 pour le maïs alors que le prix du blé est, à peu de choses près, constant entre mai 2021 et mi-février 2022. La montée des prix des céréales (maïs et soja) a donc commencé avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais à partir de cette date, l’augmentation des prix concerne aussi le blé.

D’autre part, si on compare la situation actuelle à celle de la précédente crise alimentaire en 2008, on est au 2e trimestre 2022 à des niveaux similaires aux journées les plus hautes de 2008 pour le maïs et le soja.

Évolution des prix des céréales depuis 2019

Le graphique 3 donne l’évolution du prix des huiles végétales depuis le début de l’année 2021. Ces huiles sont un élément nutritionnel essentiel, en termes d’apport calorique et de vitamines.

Le graphique 3 indique clairement que le prix des quatre huiles végétales les plus importantes au niveau mondial a commencé à augmenter avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie : au dernier trimestre 2021 pour l’huile de palme, de soja et de tournesol ; début février 2022 pour l’huile de colza.

Depuis cette invasion, c’est le prix de l’huile de tournesol qui a le plus augmenté, car le conflit affecte le potentiel de production de cette huile (graphique 1).

Évolution du prix des huiles végétales depuis 2021

Les prix des fertilisants augmentent en fait avec les prix de l’énergie, prix qui commencent à s’accroître début 2020 : le gaz naturel est un input important pour la fabrication des engrais minéraux.

En 2021, l’augmentation du prix réel des fertilisants s’accélère avec les restrictions d’exportation de ces produits par la Chine qui est un acteur majeur de ce marché (barre jaune verticale sur le graphique 4).

Une interdiction ou une taxation des exportations, surtout lorsqu’elle est mise en place par un grand pays, constitue un choc négatif sur l’offre d’un produit sur le marché mondial, contribuant ainsi à élever son prix.

L’invasion de l’Ukraine a amplifié le phénomène car la Russie et la Biélorussie jouent un rôle majeur sur le marché mondial du nitrogène (azote), du phosphate et de la potasse ; en 2019, la Russie réalisait respectivement 15%, 14% et 19% de ces exportations mondiales, alors que la Biélorussie représentait 18% des exportations mondiales de potasse.

Évolution du prix des fertilisants

Autres facteurs contribuant à la crise

  • Changement climatique: Le changement climatique affecte chaque année de manière significative la production mondiale de céréales et d’huiles végétales.
  • Forte demande mondiale: Au niveau mondial, la population continue de croître et de s’urbaniser, ce qui favorise des régimes alimentaires carnés et donc une forte demande de céréales destinées à l’alimentation animale.
  • Restrictions d'exportation: Des pays comme la Russie, mais aussi la Moldavie, la Serbie, la Hongrie, le Kazakhstan ont imposé des restrictions d’exportations, voire des interdictions d’exportation de blé, dès la fin de l’année 2021.
  • Coûts de production en hausse: Les coûts de production du secteur agricole sont en augmentation depuis le début de l’année 2020 : énergie, fertilisants, et manque de main d’œuvre aggravé par les politiques de confinement qui ont ralenti brutalement les migrations frontalières, essentielles pour ce secteur.

Avec une demande relativement élevée et croissante pour les céréales et les huiles végétales, avec des chocs négatifs, climatiques ou politiques, sur l’offre de ces produits, enfin avec des coûts de production en hausse, il n’est pas étonnant que les prix de ces biens essentiels soient en hausse.

Des tensions sur les marchés agricoles sont généralement observables à partir des statistiques sur les stocks mondiaux.

Le changement climatique cause des crises alimentaires : Il y a eu une perte de 9 à 10% de la production totale de céréales (maïs, soja, riz et blé) liée au changement climatique entre 1981 et 2010.

L’alimentation est utilisée comme arme de guerre dans de nombreux conflits. Les réserves sont pillées, les infrastructures ravagées et les agriculteurs ou paysans se retrouvent dans l’impossibilité de semer, récolter, prendre soin de leurs cultures et du bétail.

Les conséquences météorologiques liées au dérèglement climatique sont également un facteur de plus en plus important dans l’apparition des pénuries. Les sécheresses, les inondations, et les tempêtes mettent en péril le secteur agricole et sa capacité à produire et récolter les cultures.

Vulnérabilité des pays en développement

David Laborde a construit un indice de vulnérabilité des pays en développement, à partir de différentes composantes :

  • l’exposition directe de chaque pays à des importations en provenance de la mer Noire ;
  • la dépendance alimentaire sur les importations et donc l’exposition à l’augmentation des prix mondiaux ;
  • la vulnérabilité macroéconomique, et notamment la possibilité ou non pour chaque pays de compenser la hausse du prix des importations par une hausse du prix des exportations ;
  • la dépendance vis-à-vis des importations de fertilisants ;
  • des dynamiques positives ou négatives des marchés agricoles locaux.

Cet indice fait apparaître des situations alimentaires extrêmement périlleuses en Mauritanie, au Soudan, au Congo, en Égypte pour l’Afrique, au Yémen, au Liban, en Géorgie, en Mongolie en dehors de l’Afrique.

Mesures prises et solutions proposées

L’UE et ses États membres sont les premiers pourvoyeurs d’aide au développement dans le monde.

Concernant le conflit en Ukraine, la Commission européenne a présenté un plan d’action en mai 2022, afin de créer des corridors de solidarité Europe-Ukraine. L’objectif était de développer d’autres itinéraires terrestres pour aider l’Ukraine à exporter ses produits agricoles. Depuis le début des opérations, ce sont 69 millions de tonnes de produits ukrainiens qui ont été exportées via les corridors de solidarité.

L’élimination des pénuries alimentaires passe par la lutte contre la pauvreté et la faim qui dépendent entièrement des efforts visant à accroître la production alimentaire, la productivité agricole et les revenus ruraux.

Les systèmes agricoles du monde entier doivent devenir plus productifs et plus économes en ressources. Les terres, les sols sains, l’eau et les ressources phytogénétiques sont des éléments essentiels de la production alimentaire. Leur raréfaction dans de nombreuses régions du monde souligne la nécessité de modifier nos habitudes et de les gérer de manière durable.

L’augmentation des rendements sur les terres agricoles existantes, y compris la restauration des terres dégradées, grâce à des pratiques agricoles durables, réduirait également l’expansion de la production agricole au détriment des forêts.

Agriculture durable

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