Crise Alimentaire à Madagascar : Causes et Solutions

La crise humanitaire à Madagascar est catastrophique et a des conséquences multiples, « c’est une atteinte aux droits humains, aux droits à l’accès à l’eau, à l’éducation. » Un peu plus d’un million personnes se trouvent actuellement en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans le sud de Madagascar. Selon les Nations Unies, 2,2 millions de Malgaches sont en « insécurité alimentaire aiguë élevée » : plus du tiers (36 %) de la population du sud et de l’est du pays se retrouve au bord de la famine.

La situation est telle que des femmes, des enfants et des familles mangent des cactus ou des criquets pour survivre à cette sécheresse et plus d'un demi-million d'enfants souffrent de malnutrition aiguë.

« Ces populations quittent leur lieu de culture et lieu de vie pour aller s’amasser dans des camps et des bidonvilles en périphérie de villes, dans des conditions d’hygiène et de vie catastrophiques » déplore Elisa Naccarato, responsable de campagne Climat Sécurité Alimentaire chez Oxfam France.

Ces images illustrent le désastre qu'est cette famine pour ces femmes, ces hommes et ces enfants, assoiffés et amaigris, et la détresse de certaines familles, faisant bouillir des morceaux de bœuf en guise de soupe.

Causes de la crise alimentaire

Plusieurs facteurs sont à l'origine de cette crise complexe :

  • Sécheresse persistante : Sur place, la pluie n’est pas tombée depuis trois ans. Depuis des années, le Sud de Madagascar connaît une baisse des précipitations. La sécheresse a commencé il y a trois ans dans le sud. Le sud du pays connait depuis toujours des périodes de sécheresse du mois d’’octobre à celui d’avril, durant laquelle la production agricole chute. Depuis quelques décennies, sa durée s’étend et la sècheresse devient encore plus sévère.
  • Changement climatique : Un récent rapport des Nations Unies décrit cette catastrophe humaine et environnementale comme la première famine climatique de l’Histoire, liée au réchauffement climatique. Selon le PAM, la famine à Madagascar est actuellement la seule crise de la faim directement causée par le changement climatique. Selon Elise Naccarato, « c’est une conjonction de facteurs, notamment les conflits, le changement climatique et la pandémie de COVID ». « Le changement climatique n’est pas une augmentation linéaire de la température du globe. La conséquence va être une augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, dont la sécheresse est une des manifestations à Madagascar ».
  • Déforestation: La détérioration de l’environnement joue également un rôle important. A cause de la déforestation, il y a moins d’évapotranspiration, peu de formations de nuages et donc moins de précipitations. Ce fléau est alimenté par la déforestation à peu près totale par endroits, détruisant les champs, s’infiltrant dans l’eau et jusqu’aux voies respiratoires.
  • Crise liée au COVID-19: Mais la crise liée au COVID-19 est aussi en cause, comme l’explique la militante climatique et éco-féministe Marie Christina Kolo : « lorsque des épisodes de sécheresse arrivaient auparavant, ces populations pouvaient migrer dans d’autres régions pour avoir une source de revenus et continuer à soutenir leur famille. Avec les restrictions de déplacement et les différents confinements, cela n’a plus été possible pour eux. » Une des conséquences du COVID a été de creuser les inégalités pré-existantes et de renforcer la pauvreté des personnes vulnérables. Notamment par des pertes d’emploi, des pertes de revenus, surtout dans des régions du monde sans protection sociale » affirme Elise Naccarato.
  • Insécurité: Enfin, le sud est en proie à une insécurité croissante, qui se manifeste notamment par des vols de zébus. Le banditisme oblige également les populations à se déplacer et, sans animaux pour labourer, la productivité agricole chute.

En 2020, CARE publiait une étude ayant pour visée de définir quelles étaient les 10 crises humanitaires les plus oubliées et invisibilisées par les médias dans le monde. « Pour 2019, c’est la crise alimentaire à Madagascar qui arrive en tête de ce triste classement avec uniquement 612 mentions » expliquait CARE en publiant ce classement.

Solutions proposées

Face à cette situation alarmante, plusieurs pistes de solutions sont envisagées :

  • Aide humanitaire immédiate : Pour répondre à cette malnutrition aiguë, l’aide internationale est trop juste. Selon la responsable de campagne Climat Sécurité Alimentaire, les aides doivent soulager la région à deux niveaux. Le premier, sur la perte et les dommages immédiats.
  • Investissement dans l'adaptation au changement climatique : Selon Oxfam France, il faut agir maintenant et sur place, mais également agir sur le problème de fond qu'est le réchauffement de la planète. « En tant que collectif, en France, on peut augmenter nos financements à l’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique et à la décarbonation de l’économie malgache. Ce sont des choses que l’on peut faire et que l’on ne fait pas assez » regrette la représentante d’Oxfam France.
  • Développement de l'accès à l'eau : Pour Mahatante Paubert, enseignant chercheur à l’université de Tuléar, sur la côte sud-ouest de la Grande Ile, la cause est le manque d’eau. Il faut multiplier les forages de puits et les unités de dessalement le long du littoral, comme ce qui est fait en Israël ou au Qatar.
  • Soutien à l'agriculture durable : Sur la commune rurale de Behara, il a supervisé l’avancement d’un projet d’agriculture vivrière à partir de deux terrains appartenant au Comité de solidarité de Madagascar (CSM), partenaire du Secours populaire depuis plus de 70 ans. Pour leur programme de maraîchage et une fois les puits forés, le Secours populaire* et le CSM vont travailler avec des ONG qui ont une expérience de l’agroécologie dans la région, comme le GRET.
  • Lutte contre la déforestation : Faire pousser des haies de buissons semble une méthode qui empêche l’assèchement des plantes par le vent et qui bloque le sable avant qu’il ne recouvre les surfaces cultivables.
  • Amélioration de l'accès à l'éducation et à la santé : La crise humanitaire est catastrophique et a des conséquences multiples, « c’est une atteinte aux droits humains, aux droits à l’accès à l’eau, à l’éducation. Trois enfants sur quatre ont dû être retirés de l'école car leurs parents n'ont plus de revenus, [cela concerne] plus particulièrement les jeunes filles » déplore la militante.

Cinq années de sécheresse et une grave crise alimentaire à Madagascar

Il faut absolument que le gouvernement dédie une plus grosse part de son budget aux projets de développement. Collecter des fonds pour distribuer de la nourriture n’est pas une solution : on ne rend pas les populations plus autonomes et plus résilientes.

Ces initiatives vont dans le bon sens, mais il faut aussi allouer plus d’argent sur le long terme, et plus seulement dans le soutien d’urgence. L’Etat est le premier responsable de la population malgache.

Le Secours populaire a financé une étude pour réaliser deux forages et va entamer des travaux de captage. Une fois que tout sera en place, la production alimentera 1500 à 2000 familles, soit jusqu’à 10 000 personnes des villages alentours.

Dans le village de Belambo, le Secours populaire a financé la construction et le fonctionnement d’une cantine scolaire pour 300 élèves. Le repas du midi est souvent le seul que les enfants prennent dans la journée pendant les périodes de soudure entre deux récoltes, c’est-à-dire durant les mois qui correspondent à l’automne et à l’hiver dans l’hémisphère nord.

La construction de latrines et la captation d’un point d’eau sont à l’étude, avec le financement d’agences de l’eau en France et avec des ingénieurs du ministère malgache de l’eau.

Tableau : Indicateurs clés de la crise alimentaire à Madagascar

Indicateur Statistique
Personnes en insécurité alimentaire aiguë Plus d'1 million
Population au bord de la famine (sud et est) 36%
Ménages faisant moins d'un repas par jour 72%
Mortalité infantile (avant 5 ans) 66 pour 1000

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