Au cours des dernières décennies, le maintien du bien-être animal en élevage est devenu une préoccupation sociale majeure en Europe.
En 1993, le Farm Animal Welfare Council (1993) a défini le bien-être animal comme un état respectant cinq grandes libertés, à savoir i) l’absence de faim, de soif ou de malnutrition, ii) l’absence d’inconfort physique, iii) l’absence de douleur, blessures ou maladies, iv) l’absence de peur et de détresse, et v) la possibilité d’exprimer les comportements typiques à l’espèce.
En 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a proposé de redéfinir le bien-être animal comme « l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal » (ANSES, 2018).
Alors que l’importance de l’expression des comportements typiques de l’espèce est également incluse dans cette définition, ce concept propose d’évaluer le bien-être du point de vue de l’individu, en prenant en compte sa perception mentale de l’environnement qui l’entoure, qui varie en fonction de son expérience, de ses capacités sensorielles et cognitives, et de ses attentes.
À l’instar de la majorité des animaux d’élevage, le porc est une espèce sociale qui évolue au sein de groupes dont la structure et l’organisation sont maintenues par un ensemble d’interactions agonistiques (agressions, évitements) et non agonistiques (p. ex. contacts du groin, flairages ; Rault, 2012).
La possibilité pour les animaux d’exprimer l’ensemble de leurs comportements sociaux et d’évoluer au sein de groupes stables est donc vraisemblablement primordiale au maintien du bien-être des porcs en favorisant l’établissement d’états mentaux positifs, et devrait être prise en compte dans les pratiques de gestion des groupes d’animaux et lors de la conception des systèmes.
Des connaissances approfondies sur la structure sociale au sein des groupes de porcs en élevage, ainsi que sur les comportements sociaux exprimés par le porc à différents stades de vie sont nécessaires pour mieux comprendre leur importance pour le maintien du bien-être animal et pour une bonne gestion des groupes d’animaux en élevage (Gonyou, 2001).
Néanmoins, jusqu’aux années deux mille, les travaux sur le bien-être des animaux d’élevage avaient principalement pour objectif la réduction du mal-être, et les efforts de recherche sur les comportements sociaux ont porté presque exclusivement sur l’étude des comportements agonistiques, comme les combats et les agressions.
Dans le même temps, peu de travaux se sont intéressés à l’étude des comportements non agonistiques, comme les flairages sociaux.
Dans des conditions de liberté ou de semi-liberté, les porcs domestiques adoptent la même organisation sociale que les sangliers ou les cochons retournés à l’état sauvage (Podgórski et al., 2014), et évoluent au sein de groupes matriarcaux relativement stables composés d’une à quatre femelles et de leur progéniture, constituée d’une ou de plusieurs portées les plus récentes (Gonyou, 2001 ; Graves, 1984).
Le porc est une espèce nidicole.
Ainsi, entre 48 et 24 heures avant la mise bas, la femelle s’éloigne du groupe et part à la recherche d’un site propice à la construction d’un nid pour accueillir ses porcelets.
La truie et ses porcelets restent ensuite généralement séparés du groupe pendant la première semaine après la mise bas (Jensen, 1986).
Les porcelets commencent à explorer l’extérieur du nid avec la mère à partir de la seconde semaine de vie (Jensen, 1988), et s’éloignent ensuite progressivement du nid et de la mère dans les semaines qui suivent pour rejoindre les autres truies et porcelets du groupe.
Cela s’accompagne d’une diminution progressive de la fréquence des tétées et une augmentation des contacts sociaux avec les porcelets issus d’autres portées (Petersen et al., 1989).
Le sevrage, c’est-à-dire l’arrêt de l’alimentation lactée au profit d’un aliment solide, est progressif et s’étale sur plusieurs semaines, les porcelets étant totalement sevrés en moyenne entre 13 et 19 semaines d’âge, bien qu’une variation importante (entre 9 et 22 semaines) ait été rapportée en fonction des conditions et méthodes utilisées (Newberry & Wood-Gush, 1985 ; Jensen & Recén, 1989 ; Stolba & Wood-Gush, 1989 ; Jensen & Stangel, 1992).
Les mâles juvéniles quittent le groupe autour de sept à huit mois pour former des petits groupes de deux ou trois mâles.
Dès les premiers jours de vie, les porcelets nouveau-nés établissent un ordre de tétée en se battant pour obtenir l’accès aux tétines.
Les porcelets les plus gros ont alors tendance à se positionner préférentiellement sur les tétines les plus antérieures et les plus postérieures pendant les tétées, et à ensuite défendre leur position, laissant ainsi l’accès aux tétines centrales aux porcelets les plus petits (Ewbank, 1976).
Cette préférence pour les tétines situées aux extrémités pourrait s’expliquer par le fait que les tétines antérieures seraient plus grosses et plus espacées les unes des autres (et donc plus accessibles), et que les tétines antérieures et postérieures produiraient plus de lait, comparées aux tétines centrales, ce qui pourrait néanmoins être un effet direct d’une plus forte stimulation de la part de porcelets plus gros et plus vigoureux (Ewbank, 1976).
Outre l’ordre de tétée chez les porcelets non sevrés, les groupes de porcs sont structurés sur la base d’une hiérarchie de dominance quasi linéaire, i.e. impliquant l’existence de quelques relations triangulaires, qui est établie précocement et qui repose sur des relations de dominance-subordination (Meese & Ewbank, 1973 ; Puppe et al., 2008).
Ces relations de dominance-subordination se mettent en place à la suite d’interactions agonistiques, regroupant des agressions physiques, des menaces et des évitements (Meese & Ewbank, 1973), répétées entre une paire d’individus et caractérisées par une issue constante en faveur d’un des deux membres de la paire.
L’animal sortant régulièrement vainqueur de l’interaction acquiert alors un statut de dominant, et celui sortant régulièrement perdant obtient un statut de subordonné.
Dans des conditions optimales de liberté ou semi-liberté, une fois que l’ordre hiérarchique est établi, généralement dans les 24 à 48 heures suivant la perturbation sociale (i.e. départ d’un animal dominant ou arrivée de nouveaux individus au sein du groupe), il est maintenu sans que les animaux n’aient recours à de l’agression physique.
En effet, les animaux subordonnés ont alors plutôt tendance à esquiver systématiquement les confrontations avec les individus dominants, évitant ainsi une escalade des attaques de la part de ces individus.
Les comportements agonistiques regroupent les comportements agressifs et les réponses d’évitement et de fuite vis-à-vis de ces agressions (Meese & Ewbank, 1973).
Les comportements agressifs avec contact incluent les morsures, les coups de tête et les coups d’épaule (Jensen, 1980 ; Samarakone & Gonyou, 2009).
Lors des combats mutuels, qui sont des agressions bilatérales entre deux individus, les animaux se tiennent alors côte à côte (position parallèle) ou bien face à face (position antiparallèle) et se poussent violemment en se donnant des coups d’épaule et des coups de tête, et en se mordant ou en tentant de se mordre mutuellement le cou, la tête ou les flancs (figure 1a).
Comme mentionné plus haut, les comportements agressifs avec contact, et en particulier les agressions bilatérales, surviennent principalement lors d’évènements venant perturber la stabilité sociale, par exemple lors de l’arrivée d’un ou de plusieurs individus dans le groupe (Ewbank, 1976).
Dans ces conditions, les porcs non familiers s’engagent dans des combats mutuels intenses afin d’établir leur position hiérarchique (Puppe et al., 2008 ; Peden et al., 2018).
La résolution des combats est habituellement rapide, avec l’établissement d’un nouvel ordre hiérarchique dans les 24 à 48 heures suivant le début des combats (Meese & Ewbank, 1973 ; Ewbank, 1976).
Bien que sources de dépenses énergétiques importantes, de stress et de blessures pour les animaux, ces combats mutuels intenses sont nécessaires.
En permettant la mise en place initiale de l’ordre hiérarchique, ces combats participent à l’établissement d’une stabilité sociale, qui permet de diminuer les interactions agressives directes futures au sein du groupe (Puppe et al., 2008).
En effet, une fois l’ordre hiérarchique établi, chaque individu connaît sa position par rapport à chacun des autres membres du groupe par reconnaissance interindividuelle, et l’ordre est alors généralement maintenu par des réponses d’évitement de la part des subordonnés, plutôt que par des combats (Jensen, 1980).
Ainsi, les agressions sont relativement rares, voire inexistantes, au sein des groupes stables (Stolba & Wood-Gush, 1989).
Les porcs expriment de nombreuses interactions non agonistiques, parfois appelées interactions sociopositives, même si leur caractère « positif » reste encore à confirmer.
L’interaction non agonistique qui a reçu le plus d’intérêt est le flairage social, qui consiste pour un animal à sentir ou à toucher une partie du corps d’un congénère avec son groin, et qui implique donc un rapprochement et une proximité étroite entre les deux individus impliqués.
Plusieurs types de flairages sociaux ont été décrits chez le porc, comme les flairages groin à groin (figure 1b) et les flairages d’une partie du corps et de la tête (figures 1c et 1d ; Jensen, 1980 ; Camerlink & Turner, 2013 ; Camerlink et al., 2021 ; Clouard et al., 2022, 2023).
Les porcs pratiqueraient également le toilettage social, à l’instar d’autres espèces d’ongulés sauvages, comme les antilopes et les cerfs (Spruijt et al., 1992), ou domestiques, comme les chevaux et les bovins (Val-Laillet et al., 2009).
Le toilettage consiste à frotter le museau contre le corps d’un autre animal, et à lécher ou à mordiller doucement la peau ou les poils de manière systématique avec les lèvres ou les dents (Spruijt et al., 1992 ; Camerlink et al., 2021 ; Clouard et al., 2024b).
Les porcs expriment généralement ce comportement lors de séquences de quelques dizaines de secondes.
Alors que le toilettage social a été observé chez le porc en conditions de semi-liberté et en élevage intensif (Stolba & Wood-Gush, 1989 ; Camerlink & Turner, 2013 ; Camerlink et al., 2021, 2022 ; Clouard et al., 2024b), son existence ne fait pas consensus (Špinka, 2009) et, pendant longtemps, le toilettage social n’a pas été distingué du flairage social dans les éthogrammes des études sur le comportement social du porc (Camerlink & Turner, 2013 ; Clouard et al., 2022).
Depuis quelques années, cependant, les éthologues se questionnent sur l’intérêt de l’identifier comme un comportement à part entière (Camerlink et al., 2021, 2022 ; Clouard et al., 2024b).
Que cela soit dans des situations sociales stables ou après un allotement, dans des conditions de semi-liberté ou d’élevage intensif, et quel que soit l’âge des individus, les interactions non agonistiques sont naturellement plus nombreuses que les interactions agonistiques (Stolba & Wood-Gush, 1989 ; Camerlink et al., 2021 ; Clouard et al., 2022).
De fait, les interactions non agonistiques sont très fréquentes, puisque les contacts groin-corps et groin-groin peuvent représenter jusqu’à 78 % de toutes les interactions sociales observées chez les porcelets (Clouard et al., 2022, 2023), même si les prévalences diffèrent entre les études en fonction des comportements sociaux considérés et des méthodes d’observations utilisées (Camerlink et al., 2021).
La reconnaissance interindividuelle est une capacité cognitive indispensable au maintien d’une structure et d’une organisation sociale stable.
Les contacts du groin jouent vraisemblablement un rôle important dans les processus de reconnaissance des congénères, mais également dans la communication sociale, via la détection, la reconnaissance, et le traitement de nombreux signaux olfactifs (Clouard & Bolhuis, 2017).
En effet, le porc peut reconnaître ses congénères sur la base d’informations olfactives seules (Kristensen et al., 2001).
L’ocytocine est une hormone stimulant la mémoire olfactive et la reconnaissance sociale (Ferguson et al., 2001).
Camerlink et al. (2016) ont montré que, suite à une séparation, la fréquence des interactions groin à groin lors de la réunion des individus, mais pas celles des interactions groin à corps, était réduite par une administration d'ocytocine.
Les porcs traités à l'ocytocine seraient ainsi plus aptes à reconnaître leurs congénères, et auraient donc besoin de recourir à moins de contacts groin à groin pour recueillir des indices olfactifs sociaux.
Ces résultats suggèrent que les contacts groin à groin participeraient aux processus de reconnaissance sociale via la collecte d’indices olfactifs nécessaires (Camerlink & Turner, 2013 ; Clouard et al., 2024b).
Outre la communication entre juvéniles ou adultes, les contacts groin à groin joueraient un rôle important dans la communication mère-jeunes.
Contrairement à d’autres animaux d’élevage, comme les bovins ou les ovins, la truie n’effectue pas de toilettage ou de léchage de ses porcelets (Whatson & Bertram, 1983).
Ainsi, que ce soit en conditions de liberté ou en élevage intensif, la truie communique essentiellement avec ses petits via des vocalisations, des flairages et des contacts du groin (Whatson & Bertram, 1983 ; Jensen, 1986, 1988 ; Gonyou, 2001).
Les porcelets initient eux aussi fréquemment des contacts groin à groin avec leur mère, principalement lors des épisodes de tétées, avant le début de massage prététée et, plus fréquemment encore, dans les minutes suivant l’éjection.
Cette rampe innovante conçue par Hylife améliore le bien-être des porcelets et réduit la pression physique sur le personnel de l’élevage pendant le processus de sevrage.
La tâche laborieuse du sevrage, de la vaccination et parfois du tri des porcelets par taille ou par sexe a été rendue plus facile pour le personnel de l'élevage comme pour les porcelets grâce à une nouvelle invention.
Deux employés des élevages de truies HyLife à La Broquerie, Manitoba (Canada), Robert Lafrenière et Barak Doell, ont créé la "rampe de sevrage Hylife".
Normalement, au moment du sevrage, le personnel doit soulever à plusieurs reprises les porcelets depuis le sol pour les passer à un autre travailleur qui leur administre le vaccin.
Cela met à rude épreuve les bras et le dos du personnel.
L'utilisation d'une rampe de sevrage résout ce problème tout en améliorant le bien-être des animaux.
Dans le couloir de la zone de mise bas, les porcelets se dirigent vers la rampe et y montent par groupes.
Une fois à l'intérieur, une porte équipée d'un système de poulie s'abaisse.
De là, ils sont déjà à hauteur de la ceinture et le personnel de l'élevage peut prendre les porcelets et les vacciner de manière plus ergonomique.
Les porcelets peuvent ensuite être triés, dans le cas de la figure 2, par sexe, en les plaçant sur le toboggan correspondant de chaque côté de la station, qui les ramène progressivement et en toute sécurité au sol.
La rampe a reçu le prix F. X. Aherne de la Production Porcine Innovante lors du Banff Swine Seminar 2023 ainsi que l'approbation du Dr Temple Grandin, éminent spécialiste du comportement animal.
"J'ai été étonné de voir à quel point ces porcelets utilisaient bien la rampe ; c'est le genre de chose qui facilite la conduite."
De nombreux éleveurs décident de fabriquer leurs propres rampes pour charger leurs animaux, soit pour économiser de l'argent, soit parce qu'ils ont besoin d'un produit sur mesure.
Cependant, il ne s'agit pas d'un outil anodin, le chargement des porcs sur un camion est un travail pénible qui requiert de l'expérience : il est important de savoir comment ils se comportent et de créer un parcours "attractif" qui favorise d'abord l'approche de la rampe et ensuite la montée.
Les porcs doivent être canalisés le long d'un chemin unique qui évite les entassements dangereux.
Nous vous présentons une rampe "de secours" que cet éleveur a réalisée avec des panneaux d'isolation provenant de la construction du bâtiment de sevrage.
Trois panneaux isolants, du type de ceux utilisés pour le bardage des hangars, sont boulonnés sur trois cadres en fer en forme de U qui servent de support à la structure.
Il est très important que les porcelets puissent bien se tenir avec leurs pattes lorsqu'ils grimpent la rampe.
Ces panneaux sont si légers que la rampe est facilement transportable, même sans roues.
Bien entendu, une telle structure ne peut être utilisée que pour charger des porcelets (et non de gros animaux).
Dans le cas présent, elle est utilisée pour charger des porcelets ne dépassant pas 30 kg de poids vif.
La rampe est placée dans le couloir de service du bâtiment, prête pour le chargement, avec un panneau mobile pour rediriger les porcelets.
Détail du système d'accouplement du panneau qui se réoriente vers la rampe : deux baguettes de fer convenablement pliées et fixées au panneau sont insérées dans deux tubes correspondants fixés au panneau gauche de la rampe.
En outre, il a utilisé un quatrième panneau qui, grâce à un simple système de fixation à la rampe, sert d'entonnoir vers la rampe de chargement.
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