Combat de Porc : Histoire et Législation

La revue Parlement(s) Hors-série n° 17 a pour thème : Le parlement des animaux. Ce dix-septième dossier Hors-série a été coordonné par Malik Mellah (Docteur en histoire, membre associé du Collège des Études mondiales, IHMC), Pierre Serna (Professeur d’histoire moderne à l’Université de Panthéon-Sorbonne, IHRF-IHMC-UMR 8066).

Comme d’habitude, le dossier se compose de deux éléments distincts : une première partie consacrée à la [Recherche] (avec 6 contribution de 6 chercheurs, jeunes ou confirmées) et la seconde à des [Sources] (au nombre également de 8) commentées par 8 enseignants-chercheurs : Arnaud Exbalin, Boris Cattan, Anne-Louise Le Cossec, Élisabeth Plas, Benoît Martin, Raphaël Devred ainsi que, Pierre Serna et Sylvain Ledda.

En guise d’introduction (p. 11-18), a priori, les règles du contrat social, reposant sur les lois et la représentation des citoyens dans leur Parlement, ne peuvent concerner que les humains. Pourtant, l’une des fonctions de la loi étant de protéger les biens, les animaux ont attiré l’attention des législateurs. Le plus souvent, ils ont été considérés comme des propriétés qu’il fallait sécuriser.

Avec les Révolutions des droits de l’Homme, à la fin du XVIIIe siècle, et la transformation des sensibilités pour « les compagnons de travail » ou « les frères inférieurs », progressivement, un nouveau regard a été porté sur les vivants, autres qu’humains. La notion de bien-être animal, de devoir de protection, de considération de la vie interne des animaux, ont fait de la loi l’un des éléments essentiels pour la prise de conscience de la souffrance animale et du caractère insupportable des mauvais traitements qui leurs étaient infligés.

Du Japon à l’Italie, en passant par la France, pour aboutir à la législation européenne, ce hors-série de Parlement[s] esquisse les rapports que la loi, entre impératif normatif et devoir éthique, construit entre les animaux, dits politiques selon Aristote, et les autres. Nous sommes parvenus à l’âge des droits pour les animaux.

La revue Parlement[s], Histoire et politique, créée en 2003, a pour vocation de couvrir tous les domaines de l’histoire politique. Chaque volume est constitué pour l’essentiel d’un dossier thématique (partie Recherche), composé d’articles originaux soumis à un comité de lecture. Quelques varia complètent régulièrement cette partie. La séquence (Sources) approfondit le thème du numéro en offrant au lecteur une sélection de sources écrites commentées. Enfin, une rubrique (Lectures) regroupe les comptes rendus de lecture critiques d’ouvrages récents. La revue se termine systématiquement par des résumés des contributions écrits en français et en anglais (suivis de mots-clés).

Le Cochon au Moyen Âge

De tous les animaux qui composent l’imaginaire occidental, il y en a un qui porte la mauvaise réputation de siècles de littérature injurieuse : le cochon (Paris, BnF, fr. 22532, fol. 310r). Omniprésent au Moyen Âge, il est élevé pour sa viande qui constitue un mets de choix. Il est avant tout nécessaire de définir ce qu’est un cochon pour les hommes du Moyen Âge, nos classifications scientifiques des animaux étant en effet une invention récente à l’échelle de l’Histoire.

Dès l’Antiquité, et à partir d’Aristote (IVe siècle av. J.-C.) auteur de l’Histoire des animaux, se met en place une taxinomie qui divise les bêtes en cinq catégories. Les oiseaux désignent ainsi tous les animaux qui volent, y compris la chauve-souris par exemple. Viennent ensuite les animaux terrestres, les poissons, incluant sans distinction toutes les espèces aquatiques jusqu’aux mammifères marins, et les serpents, désignant de manière générale tous les reptiles, dont le dragon est le plus célèbre représentant. Pour finir, les vers entrent dans la catégorie de tous les animaux inqualifiables et inquantifiables, comme les insectes ou les petits rongeurs.

Le cochon est donc perçu comme un animal terrestre mais, dès l’Antiquité, s’opère une distinction prononcée avec le sanglier. Bien que l’on sache aujourd’hui qu’ils sont bien une seule et même espèce, désignant respectivement l’animal sauvage et celui apprivoisé, une nette démarcation s’observe alors dans les sources littéraires entre les deux animaux. Pourtant, il y a durant l’Antiquité et le Moyen Âge une plus faible différence morphologique entre les deux. Dans les enluminures, les cochons paraissent ainsi plus robustes, aux poils bruns ou noirs parfois hérissés, moins rondouillards et plus hauts sur pattes.

Le terme "sanglier" est à rapprocher de la même étymologie que "singulier". Celui-ci est considéré comme un cochon s’étant isolé pour vivre dans la nature. Aujourd’hui encore il existe des pratiques de marronnage visant à libérer des cochons dans la nature pour en faire des sangliers. Le cochon s’avère donc à l’origine du sanglier dans la littérature médiévale, et non l’inverse comme nous le savons aujourd’hui. Son nom est toutefois un peu obscur. Il dériverait d’une onomatopée apparue dans la langue française entre le XIe et le XIIIe siècle, relative au cri d’appel "coch coch".

Le terme remplace "porkos" qui a donné le mot "porc" en français et qui renverrait à des mots comme "sombre" ou "tacheté" pour rappeler son pelage.

Durant l’Antiquité grecque, l’animal a globalement une bonne réputation, et est par exemple associé à la déesse Déméter. Dans l’Odyssée cependant, la transformation des compagnons d’Ulysse en cochons par la magicienne Circé est une scène perçue comme sale et dégradante. Pour comprendre la diabolisation du cochon, il faut se tourner du côté sémitique. Dans l’Ancien Testament, l’animal n’a pas bonne presse et engendre des interdits alimentaires.

Encore aujourd’hui les juifs et les musulmans, sur la base des livres saints comme le Lévitique, condamnent la consommation de porc, considérant que l’animal est sale et impur. La différence majeure - sur cet aspect-là - avec le christianisme est que le Nouveau Testament insiste plusieurs fois, notamment dans les Actes des Apôtres, sur la levée de l’interdiction alimentaire. Jésus-Christ se révèle ainsi à saint Pierre pour l’autoriser explicitement à manger du porc, en déclarant qu’aucun animal de la création n’est maudit.

Pourtant, cette scène reflète bien, à l’origine, un refus de la part de Pierre, même après la mort du Christ. C’est un débat qui a perduré dans les premiers temps du christianisme tant cette interdiction était profondément ancrée culturellement.

Pour terminer sur les sources antiques, il est nécessaire de s’arrêter sur la culture latine. Au croisement entre une vision positive de l’animal, avec le monde grec et celtique, et des considérations issues du judaïsme, la littérature romaine fait preuve d’ambiguïté voire de contradiction à propos du cochon. Ce dernier est d’abord envisagé dans un cadre sacrificiel, dont les rites sont codifiés par la législation, tel que le rapporte Cicéron (106 - 43 av. J.-C.) dans son De Legibus.

Les aspects davantage culturels relèvent quant à eux de la politique d’expansion agricole menée par Rome qui, sous la République et le Haut-Empire, gagne des territoires sur le pourtour méditerranéen et en Europe continentale. C’est dans les villae, domaines agricoles réglementés, que l’on élève entre autres le cochon, activité pour laquelle les agriculteurs se voient prodiguer des conseils par Varron (116 - 27 av. J.-C.), auteur du De re rustica.

Celui-ci fait l’éloge de l’animal, le décrit comme noble au point d’ailleurs que certaines familles de Rome se revendiquent avec fierté comme des descendantes d’Eumée, le porcher d’Ulysse. Malheureusement, les dénigrements de Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle (Ier siècle ap. J.-C.) semblent avoir raison du cochon qui, un temps, avait pourtant redoré son blason. L’auteur écrit que « c’est le plus stupide des animaux, et [que] l’on a dit assez plaisamment que l’âme [lui] a été donnée en guise de sel pour conserver [sa] chair ».

Le Cochon dans la Vie Quotidienne Médiévale

Le cochon est omniprésent dans la vie quotidienne au Moyen Âge. Comme le dit le dicton : "tout est bon dans le cochon !". L’intégralité de sa chair est consommée, ses os sont utilisés pour faire de la colle, sa peau sert pour les reliures de livres, ses poils sont transformés en pinceaux et sa vessie en cornemuse.

Au Moyen Âge, les porcheries n’existant pas, les cochons sont élevés en plein air dans les forêts. À la fin de l’année en particulier, durant les mois de novembre et décembre, les paysans frappent les chênes avec des perches pour y faire tomber les glands au sol, afin de nourrir et engraisser les animaux : la "glandée" (Lyon, BM, ms 1390 (1265), fol. 7r) est ainsi effectuée en vue de l’abattage.

Ensuite vient la saignée (Lyon, BM, ms 5135, fol. 8v), le sang étant récolté dans un récipient pour en faire du boudin par exemple, puis le buclage (Châlons-en-Champagne, BM, ms 0028 (0030), fol. Une fois rincé, le cochon est suspendu par les pattes arrière (Lyon, BM, ms 1351 (1223), fol. 41r) et c’est à ce moment que vient la découpe par une grande fente verticale.

Les calendriers et autres ouvrages d’agriculture et de santé conservent de nombreux témoignages de ces scènes, rythmant la vie à la campagne, par exemple les Très Riches Heures du Duc de Berry (Chantilly, Musée Condé, ms 65, fol. 11v), le Rustican de Pierre de Crescenzi (ibid., 0340 [0603]) ou encore le Tacuinum sanitatis (Paris, BnF, lat. 9333, fol.

Ce dernier manuscrit, « manuel de diététique, qui, pour toute une série d'aliments, d'éléments ou d'activités, en caractérise en quelques lignes la nature, l'utilisation, les inconvénients et les moyens de remédier à ces derniers », est une des versions de la traduction latine du Taqwīm al-Ṣiḥḥa du médecin bagdadi Ibn Butlān (XIe siècle).

Le cochon y apparaît à plusieurs reprises notamment, au-delà de son élevage, par le biais des bouchers qui commercialisent sa viande. Le chapitre des « carnes porcine » (folio 72v), sans doute illustré par une « scèn[e] de halles ou de marché », montre au premier plan un homme chevauchant un porc et l’égorgeant, tandis qu’une femme agenouillée récupère le sang à l’aide d’un récipient.

Derrière eux, un homme découpe la viande sur un étal devant un client et un autre s’affaire autour d’une des carcasses pendues à des crochets.

Un cochon produisant une grande quantité de viande, de grandes fêtes sont donc organisées, des "cochonnades", que l’on retrouve encore aujourd’hui en milieu rural. Au Moyen Âge, il n’est pas rare de voir des cochons errants dans les rues des grandes villes.

Le crime le plus grave reste sans conteste le meurtre de Philippe de France au début du XIIe siècle. Né en 1116, Philippe est le fils du roi Louis VI le Gros. Dans une période d’affirmation de la dynastie capétienne et de réformes juridiques, celui-ci décide de faire sacrer son fils afin de préparer sa succession. Philippe est ainsi sacré roi des francs associé en 1129.

Alors qu’il entre aux côtés de son père dans les rues de Paris, le 13 octobre 1131, les sources mentionnent qu’un cochon affolé se rue sur lui, renversant son cheval (Besançon, BM, fr. 677, fol. 67v). Philippe meurt peu après de ses blessures. Toutes les annales du Moyen Âge insistent sur le caractère « infâme » de la mort du jeune roi.

Cet événement a bouleversé la dynastie capétienne, en particulier à un moment trouble, où simultanément le pape Innocent II est aussi à Paris pour résoudre le conflit entre Louis VI le Gros et Henri Ier d’Angleterre.

Cet incident a plusieurs conséquences sur le cours de l’histoire de France. Le roi Louis VI le Gros interdit ainsi la présence des cochons errants dans les cités pour éviter que la situation se reproduise. Restructurant aussi la monarchie, il est en recherche d’un nouveau symbole royal.

Après l’affaire du cochon régicide, l’animal est interdit dans toutes les zones urbaines, à l’exception des cochons de saint Antoine. Ces derniers sont très appréciés de la population et reconnaissables par des clochettes autour du cou.

Leur élevage était pratiqué par l’ordre des hospitaliers de Saint-Antoine, implantés à Saint-Antoine-l’Abbaye (Isère). Guiot de Provins, moine clunisien critiquant les antonins, écrit d’ailleurs dans sa Bible Guiot, au début du XIIIe siècle, qu’« il n’est ni ville et ni château où l’on ne voit d’Écosse à Antioche leurs pourceaux ».

Selon l’historien Michel Pastoureau, « il va sans dire que ces porcs […] n’eurent jamais le monopole de la rue […], et que bien d’autres cochons de toutes provenances s’y rencontrèrent jusqu’au XVIe siècle ».

La présence des animaux est bien sûr liée ici au culte de saint Antoine le Grand qui, ayant vécu entre le IIIe et IVe siècle de notre ère en Égypte, est considéré comme un père du désert, à l’origine du cénobitisme.

Ses reliques arrivent en Dauphiné, au village de la Motte-aux-Bois (future Saint-Antoine-l’Abbaye), à la fin du XIe siècle et sont confiées aux moines bénédictins de l’abbaye provençale de Montmajour.

Réputés guérir du mal des Ardents ou ergotisme, les précieux ossements attirent pèlerins et malades, ces derniers étant pris en charge par la "fraternité laïque", institution charitable fondée peu après. L’expansion de la fraternité durant tout le XIIe siècle, essaimant nombre de préceptories, ainsi que l’efficacité des soins qu’elle prodigue, entraînent son érection au rang d’ordre religieux au milieu du siècle suivant.

Les thérapies développées par les hospitaliers, dans leur prise en charge des malades atteints d’ergotisme, revêtent plusieurs aspects. L’intercession du saint, aux pouvoirs thaumaturgiques, s’avère bien sûr essentielle pour les fidèles et relève d’une forme de "magie". À cela s’ajoute la phytothérapie, à travers l’administration du Saint-Vinage, boisson donnée à la prise en charge des malades « dans [laquelle] - au cours de la grande procession de l’Ascension, on trempait quelques ossements du saint - [et] auquel on adjoignait des herbes considérées comme remèdes à ladite maladie », pouvant dégénérer en gangrène.

Les plantes entrant dans sa composition ont des « effets anesthésiants et vasodilatateurs qui combat[ent] la vasoconstriction liée à l’ingestion d’ergotamine », tout comme celles du "baume Saint-Antoine" - entre autres le noyer, le sureau, le plantain etc. - dont la recette a été redécouverte par l’historienne Élisabeth Clementz sur un document du XVIIe siècle et qui, pour certaines, possèdent des « vertus vulnéraires ou anti-inflammatoires ».

Une nourriture saine, enrayant les symptômes, est également administrée et passe par la consommation de la viande des cochons élevés par les hospitaliers. Pour Adalbert Mischlewski, spécialiste de l’histoire antonine, « au XVe siècle […], les seuls produits en nature que les maisons des antonins livraient au Grand Hôpital de Saint-Antoine, à côté du vin, consistaient en viande de ? porc ».

Le cochon est d’ailleurs si important qu’il en devient un des attributs d’Antoine, fréquemment représenté en enluminure (Paris, BnF, Latin 10538, fol.

Il convient de signaler que le cochon est aussi très présent dans la littérature médiévale, notamment dans le monde celtique. Dans les cas d’Yr Oianau (Les salutations) et d’Yr Afallenau (Le pommier), un « "petit cochon" […] figure à l’ouverture de chaque strophe d’un poème "prophétique" au cœur du corpus merlinesque ».

Dans le Lai de Guingamor, l’animal poursuivi « tantôt appel[é] le blanc sengler (v. 214, 522) tantôt le blanc porc (v.

Au-delà de ces références, l’animal demeure l’« attribut de la saleté et de la goinfrerie ». À partir la fin du Moyen Âge, il devient progressivement un symbole de luxure à la suite du chien.

Du 13ème à la fin du 17ème siècle, les animaux pouvaient faire l’objet d’un procès au même titre que les humains. Nombre de leurs détracteurs n’hésitent pas à caricaturer les défenseurs de la cause animale et à les accuser d’anthropomorphisme.

Il y a plusieurs siècles de cela, la question ne se posait pas. Des centaines de procès ont ainsi mis en scène des animaux entre le 13ème et la fin du 17ème siècle en France. Perroquet, cochons, chevaux ou encore chats ont ainsi occupé les bancs des accusés.

Une présence qui démontre qu’à l’époque, les animaux avaient bien une conscience aux yeux des humains. « Mais aussi une personnalité, renchérit Eric Baratay, historien et spécialiste de la relation homme-animal. Toutefois, il faut prendre en compte le contexte. Il y avait à l’époque une empreinte de l’Eglise.

Il est l’un des procès d’animaux les plus célèbres. « Jacot », le perroquet de Louis Auguste, conseiller auprès du roi sur le terrain de la justice, était célèbre pour ses convictions un brin… royalistes. Et pour cause, l’animal avait pour habitude de répéter « Vive le roi ! », « Vive l'empereur ! » Voire « Vive l’Eglise ! ».

Des cris qui passaient plutôt bien au sein de la société… jusqu’à la Révolution ! En 1793, « Jacot » et son maître sont arrêtés. Le perroquet se retrouve à la barre et le juge attend de lui qu’il répète ses fameuses tirades royalistes… ce qu’il ne fait pas ! Bien sûr, l’idée était de piéger Louis Auguste qui, malgré la fidélité de son animal, est condamné à la guillotine le soir-même.

Ce n’est un secret pour personne, les chats noirs ont souvent (et à tort) été associés à la sorcellerie entraînant leur condamnation à mort. De nombreux procès ont ainsi été intentés pendant le Moyen-Âge contre cet animal portant prétendument malheur. Au 13e siècle, le chat était un véritable martyr et est pourchassé par l’Église et l’État.

C’est le procès le mieux documenté en termes de jugement d’animaux, d’après France Culture. En 1386, alors que des cochons se trouvaient dans les rues afin de « collecter » les détritus dans la région de Falaise (Normandie), une truie serait à l’origine d’un accident avec un nouveau-né.

Ce dernier serait tombé et l’animal aurait commencé à le dévorer. Le procès fait l’effet d’une bombe et durera neuf jours ! La truie est lourdement condamnée à être traînée sur une claie avant la pendaison.

« Avant de la pendre, on l’a habillée avec des vêtements de femme, explique Michel Pastoureau, historien et auteur de l'ouvrage « Le Cochon : histoire d'un cousin mal aimé », sur France Culture. Et le juge bailli de Falaise a eu deux idées extraordinaires : d’une part, il a demandé à ce qu’une grande peinture soit faite pour l’église de la Trinité de Falaise, pour garder mémoire de l’événement.

A noter que 35 affaires judiciaires de cochons ont pu être retrouvées dans les archives. Il serait l’animal le plus jugé en Europe entre le 13e et le 17e siècle représentant 90% des procès d’animaux.

« Les cochons et les chevaux étaient des animaux très présents dans les rues des villes, explique Eric Baratay, auteur de l’ouvrage « Aux sources de l’histoire animale (Ed. de la Sorbonne, 2019). C’est pourquoi ils étaient plus sujets aux incidents.

D’autres animaux ont également fait l’objet d’une attention particulière de la justice d’antan. Comme ces dauphins qui se sont invités sur le Port de Marseille en 1596 avant de faire des dégâts provoquant la convocation de l’évêque de Cavaillon pour les… exorciser ! De même, des limaces, des sangsues, des rats ou encore des mulots ont dû « répondre » de leurs actes devant la justice.

Assez communs, les animaux dits « ravageurs » comme les insectes pouvaient se retrouver sous le joug de l’excommunication ou l’exorcisme. Ils font d’ailleurs partie des derniers procès mettant en scène des animaux à la fin du 17e siècle où ces procès vont disparaître.

« On trouve une quantité de textes de théologiens qui s’élèvent contre ces procès en disant que c’était tout à fait ridicule étant donné que les animaux n’ont ni âme, ni intelligence, ni raison, documente Eric Baratay. C’est un des effets du cartésianisme. On met en place une restriction du droit aux humains.

Si ce pan de l’histoire peut surprendre aujourd’hui, il est cocasse de constater qu’un retour à la reconnaissance d’une conscience chez l’animal s’élève au sein de la société. Après avoir obtenu en 2015 que l’animal ne soit plus considéré comme un objet mais comme un être vivant doué de sensibilité dans le Code civil, la Fondation 30 Millions d’Amis veut aller plus loin en réclamant un statut de « personne animale » pour mieux défendre les animaux.

« C’est effectivement intéressant car cela coupe le pied aux détracteurs caricaturant les défenseurs de la cause animale en les taxant de radicaux, exprime Eric Baratay. Le fait de vouloir étendre le droit à d’autres êtres que les humains n’est pas une nouveauté. D’ailleurs, plusieurs pays considèrent des espèces voire des fleuves comme des sujets de droit. Elargir le droit, ce n’est pas faire des animaux des humains.

En attendant la consécration juridique de cette personnalité animale, des milliers d'animaux innocents sont condamnés à mort chaque année... en dehors des tribunaux ! Abandonnés, les animaux amenés en fourrière peuvent être euthanasiés s'ils n'ont pas été réclamés par leur maître dans le délai légal de garde de 8 jours ouvrés.

Certes, la loi prévoit la possibilité de confier ces animaux à des organisations de protection animale, seules habilitées à les proposer à l'adoption. Mais eu égard au nombre incommensurable de chiens et de chats abandonnés - 100.000 chaque année - les refuges sont engorgés et ne peuvent tous les recueillir. De sorte que l’euthanasie, censée constituer un dernier recours, concerne, dans les faits, de trop nombreux innocents.

Abattage de porc dans les années 1940

Tableau récapitulatif des procès d'animaux :

AnimalExemple de ProcèsPériode
TruieAccusée d'avoir dévoré un nouveau-né1386
Perroquet"Jacot", accusé de royalisme1793
Chats noirsAssociés à la sorcellerieMoyen-Âge

Les terribles procès d'animaux du Moyen âge - ft @notabenemovies

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