Dans la liste des ingrédients, il est parfois difficile de comprendre ce qui se cache derrière certaines appellations, notamment lorsqu'il s'agit des colorants alimentaires. Outre le goût et l’odorat, la vue détermine en grande partie notre comportement, surtout dans les sociétés occidentales où la faim n'est plus une préoccupation majeure. Ainsi, pour choisir ce que nous mangeons, nous exigeons que le produit soit non seulement bon pour notre santé, mais aussi désirable, avec une couleur séduisante et "normale".
C'est pourquoi, les colorants sont largement utilisés, comme le faisaient déjà nos grands-mères en badigeonnant leurs brioches de jaune d’œuf pour les rendre plus appétissantes. Mais quelle est la composition chimique de ces colorants et quels sont les différents types existants ?
Il existe trois catégories principales de colorants alimentaires :
Jusqu'en 1850, les colorants alimentaires étaient exclusivement d'origine naturelle.
Le groupe fonctionnel responsable de la couleur d'un colorant est appelé groupe chromophore. Ce sont des systèmes moléculaires insaturés, souvent aromatiques, contenant des atomes d’azote et existant sous forme ionique. Ils absorbent certaines longueurs d’onde de la lumière, ce qui les rend colorés.
Dans les colorants utilisés, les chromophores sont associés à un auxochrome, qui permet de les fixer sur le produit. Les auxochromes sont principalement des groupes acides ou basiques qui, grâce à leur caractère polaire, forment des liaisons ioniques avec le substrat. De plus, ils amplifient la couleur en élargissant la bande d’absorption de la lumière.
Par exemple, les anthocyanes, présents dans les fruits rouges et le raisin noir, sont des anthocyanidines portant des sucres. Ils appartiennent à la classe des flavonoïdes et sont localisés dans les couches externes des plantes.
Toutes les nuances de couleurs sont répertoriées dans le « Colour Index », qui comprend les formules des colorants, leurs méthodes d’application et leurs propriétés.
Structure chimique de l'anthocyanine
La sécurité de tous les colorants alimentaires autorisés dans l’Union Européenne (UE) est rigoureusement évaluée par les experts scientifiques du groupe ANS (Alimentation, Nutrition, Sécurité) de l’EFSA. Leurs résultats sont publics.
Le règlement n° 257/2010 de la Commission établit un programme pour la réévaluation des additifs alimentaires, en fonction des nouvelles données scientifiques et des allégations concernant leur innocuité. La dose journalière acceptable (DJA), c'est-à-dire la quantité d’une substance qu’un être humain peut ingérer chaque jour sans risque notable pour sa santé, peut être réévaluée.
En 2010, six colorants alimentaires ont été réexaminés en priorité. La DJA a été réduite pour le jaune de quinoléine (E 104), le jaune orangé (E110) et le Ponceau 4R (E124), tandis qu'elle est restée inchangée pour la tartrazine (E 102), l’azorubine/carmoisine (E22) et le rouge Allura AC (E 129).
Il est courant de penser que les produits naturels sont meilleurs que les produits synthétiques. Cependant, lorsqu’il s’agit de colorants identiques au naturel, qui ont exactement la même structure moléculaire que ceux biosynthétisés dans les plantes ou les animaux, cette distinction n’a pas de sens. Dans ce cas, le chimiste ne fait que reproduire synthétiquement ce que la nature produit biologiquement.
Il est important de différencier les colorants synthétiques des colorants artificiels, qui n’existent pas dans la nature et sont créés par l’homme pour répondre à des besoins spécifiques ou pour améliorer l’efficacité. Le premier colorant artificiel, la mauvéine, a été découvert en 1856 par William Henry Perkin.
Les colorants alimentaires naturels sont des substances colorées issues de sources naturelles :
Les colorants appartiennent à deux catégories, alimentaires et pharmaceutiques, mais la plupart figurent dans les deux. Voici quelques exemples spécifiques de colorants et leurs caractéristiques :
| Code | Nom | Description | DJA (mg/kg mc) | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| E101 | Riboflavines | Vitamine autorisée dans de nombreuses préparations | - | Également appelée lactoflavine |
| E102 | Tartrazine | Colorant azoïque de synthèse | 7,5 | Autorisée à hauteur de 50 mg/kg dans les soupes et potages |
| E104 | Jaune de quinoléine | Colorant de synthèse | 10 | Interdit au Japon et dans l’alimentation aux États-Unis |
| E110 | Jaune orangé S | Colorant de synthèse | 2,5 | Autorisé dans de nombreux produits, à hauteur de 400 mg/kg au maximum |
| E120 | Carmin (ou rouge de cochenille) | Colorant d’origine naturelle | - | Utilisé dans un grand nombre de préparations |
| E122 | Carmoisine | Colorant de synthèse | 4 | Usage doit s’accompagner en France de la mention « Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants » |
| E123 | Amarante | Colorant azoïque synthétique | - | Interdite aux États-Unis en raison de sa toxicité |
| E129 | Rouge allura AC | Colorant azoïque issu du pétrole | 7 | - |
| E131 | Bleu patenté V | Colorant issu de la pétrochimie | - | Non listé par le codex alimentarius |
| E133 | Bleu brillant FCF | Colorant synthétique | 6 | DJA revue à la baisse en 1984 et en 2010 |
| E141 | Complexes cuivre-chlorophylles et chlorophyllines | Obtenus à partir des chlorophylles et chlorophyllines par addition de sels de cuivre | - | Permet de stabiliser les chlorophylles et chlorophyllines |
| E150 | Caramel | Colorant caramel industriel | - | Les quatre types existant diffèrent tant par la couleur que par le procédé d’obtention |
| E160a | β-carotène | Caroténoïde courant | - | Présent notamment dans les carottes |
| E162 | Rouge de betterave, bétanine | Colorants de la betterave | - | Appartiennent à la classe des bétalaïnes |
| E171 | Dioxyde de titane | Colorant minéral blanc | - | Applications en cosmétique et produits pharmaceutiques |
L'ajout de colorants alimentaires, qu’ils soient naturels, identiques au naturel ou synthétiques, soulève des questions quant à leur utilité et nécessité. Nos habitudes alimentaires et notre plaisir, qui associent odeur, texture et couleur, justifient-ils la prise de risques, même faibles ?
En faible quantité, tous ces produits sont généralement considérés comme inoffensifs et font l'objet d'une réglementation stricte. Toutefois, à des doses très importantes, les effets peuvent varier.
La dangerosité des colorants alimentaires est relative et dépend de leur nature chimique et de leur mode d’utilisation. Contrairement à une idée répandue, les colorants ne sont pas toujours responsables des "maux allergiques". Il existe une phobie des colorants et additifs, souvent alimentée par des rumeurs infondées.
Les additifs alimentaires, notamment les colorants artificiels, sont couramment utilisés pour rendre les aliments plus appétissants. La consommation de colorants alimentaires artificiels a augmenté de 500 % au cours des 50 dernières années, les enfants étant les consommateurs les plus exposés.
Le sujet est controversé et il existe de nombreuses opinions contradictoires sur la sécurité des colorants alimentaires artificiels. Bien que l’EFSA ait conclu que les colorants ne présentaient pas de risques importants pour la santé, ce rapport ne fait pas l’unanimité.
Certains colorants alimentaires artificiels peuvent provoquer des réactions allergiques, comme le Yellow 5 (tartrazine), connu pour causer de l’urticaire et de l’asthme. De plus, certains colorants peuvent contenir des contaminants cancérigènes.
Plusieurs études ont montré que les colorants alimentaires augmentaient l’hyperactivité chez les enfants, avec ou sans TDAH. Si votre enfant présente un comportement hyperactif ou agressif, il peut être utile d'opter pour des aliments sans colorants.
Alternatives naturelles aux colorants alimentaires
Pour éviter les colorants artificiels, il est possible d’utiliser des ingrédients naturels présents dans votre cuisine ou votre jardin. Les plantes, fleurs, épices, fruits et légumes offrent une large palette de couleurs, éthiques, saines et accessibles.
Les colorants alimentaires naturels donnent un résultat moins "flashy" que les pigments chimiques, mais plus authentique et gustatif. Par exemple, le dioxyde de titane, utilisé pour obtenir le blanc immaculé de certains bonbons, est interdit depuis le 1er janvier 2022. De même, le nitrate de sodium, qui donne au jambon sa couleur rose, est classé comme cancérogène.
Pour colorer une assiette de pâtes ou de purée de pommes de terre, incorporez du jus de carotte orange ou du vert d’épinard. Osez le risotto jaune au curcuma ou bleu-vert à la spiruline ! Vous y rajouterez aussi du goût ainsi qu’une belle dose de vitamines ou d’oligo-éléments.
Faites de votre apéro un arc-en-ciel en colorant houmous et tzatzíki grâce à la betterave ou la spiruline. Yaourts, fromages blancs et petits suisses rosiront de plaisir agrémentés d’une purée ou d’un sirop de fruits rouges.
A l’approche de Mardi gras, crêpes, blinis, gaufres ou pancakes, salés ou sucrés, peuvent se teinter de différentes nuances allant de l’orange carotte au brun cacao.
En pâtisserie, colorez vos pâtes d’amande, macarons et meringues de jus de fruits. Pensez aussi à intégrer des pigments végétaux dans vos gâteaux aux yaourts, cakes et muffins et transformez ces aliments tout simples en plats de fête !
Ces colorants peuvent être utilisés pour les loisirs créatifs de vos enfants : pâtes à modeler maison ou pâte à sel, «peinture» pour les mains de bébé etc., maquillage maison.
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