La Langue des Signes : Plus qu'une Simple Traduction Gestuelle

La langue des signes est un moyen de communication riche et complexe, mais elle est souvent entourée d'idées reçues. Cet article explore les nuances de cette langue, en mettant en lumière sa diversité et son impact culturel.

Idée Reçue N°1 : La Langue des Signes Est Universelle

Comme les langues orales, les langues des signes sont locales, et c’est logique. L'idée que la langue des signes est universelle et permet de communiquer avec n’importe quel·le sourd·e dans le monde est fausse. Les langues des signes sont des langues naturelles : c’est-à-dire que ce ne sont pas des langues qui ont été créées artificiellement par l’humain (comme c’est le cas par exemple pour les langages informatiques ou pour le morse). Et comme les langues orales, les langues des signes sont très liées à la culture.

Si on ne connaît pas bien la langue des signes, on peut se demander pourquoi elle est différente selon les pays. Le raisonnement se tient quand on ne s’y connaît pas, “C’est des gestes !

Si vous découvrez à peine la langue des signes, vous pouvez avoir l’impression que la plupart des signes sont mimés : on appelle cela des signes “iconiques”, c’est-à-dire des signes qui imitent visuellement l’idée qu’on souhaite représenter. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des signes.

Pour représenter des concepts et des idées, il est impossible d’avoir un signe iconique : comment représenteriez-vous les signes “temps”, “communauté”, “attente” ? Est-ce que les signes iconiques sont les mêmes dans tous les pays pour autant ? Bref, que les signes soient iconiques ou non, les langues des signes sont bien différentes d’un pays à l’autre… Et même pour des pays dont les langues orales sont similaires ! On pourrait penser que les langues phonétiquement proches ont des langues des signes similaires.

Comme vous l’avez compris, le développement des langues des signes suit le développement des langues orales : elles sont liées à un environnement, une culture, une communauté, une histoire.

La première école britannique pour sourd·e·s a été créée en 1760 par Thomas Braidwood, qui y enseignait alors la langue des signes britannique de l’époque. À cette période, il n’existe pas d’éducation spécifique pour les sourd·e·s aux États-Unis. Thomas Hopkins Gallaudet, un pasteur américain s’intéresse alors à la question. C’est là qu’il rencontre Laurent Clerc, français sourd professeur de LSF, qui décide de lui enseigner sa langue. Ensemble, ils créent la première école américaine pour sourd·e·s (American School for the Deaf) en 1817.

Les Accents Régionaux et la Langue des Signes Internationale

Vous pensiez que les sourd·e·s n’avaient pas d’accents régionaux, qu’ils échappaient aux débats type “chocolatine VS pain au chocolat” ?

Une langue des signes internationale (LSI) existe. Malgré toutes les différences qu’il peut exister entre les langues des signes selon les pays et même les régions, les sourd·e·s se comprennent mieux à l’international que les entendant·e·s.

Plusieurs facteurs contribuent à cette compréhension mutuelle :

  • Une partie des signes est iconique
  • Les sourd·e·s sont plus habitué·e·s à communiquer avec des personnes qui ne parlent pas leur langue au quotidien (les entendant·e·s), et sont donc plus habitué·e·s à s’adapter
  • Voir et copier des signes est plus simple qu’entendre et copier des sons. Les entendant·e·s rencontrent parfois des difficultés pour reconnaître et reproduire des subtilités dans la prononciation des autres langues (pensez aux différents tons en chinois, ou aux lettres imprononçables en islandais). Ce problème n’existe pas en langue des signes ! Les paramètres sont toujours les mêmes : forme que prend la main, amplitude du geste, expression du visage,…
  • Une syntaxe partagée : si vous avez appris d’autres langues, vous avez dû comme moi connaître l’angoisse de la conjugaison, des déclinaisons, du placement des verbes, du genre des mots… Tous ces problèmes n’existent pas en langue des signes ! C’est une langue visuelle, qui se structure toujours de la même manière.

Comme vous l’avez compris, les langues des signes sont différentes selon les pays, et il y a même des accents régionaux ! Ces langues sont naturelles, et ont été développées au fur et à mesure par les différentes communautés. Grâce à une syntaxe partagée et à l’iconicité de certains signes, les sourd·e·s se comprennent tout de même assez rapidement à l’international.

Les langues des signes sont donc des langues riches, avec des spécificités pour chaque pays, mais en même temps des sourd·e·s qui peuvent se comprendre plus rapidement que les entendant·e·s d’un pays à l’autre.

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La Langue des Signes pour Bébé (LSB)

Des crèches aux haltes-garderies en passant par les RAM, certaines structures d’accueil de la petite enfance utilisent la Langue des Signes pour Bébé (LBS) au quotidien. Aux Etats-Unis, la Langue des Signes pour Bébé (LSB) rencontre de nombreux adeptes tandis qu’en France sa diffusion reste plus confidentielle. Des structures d’accueil pour jeunes enfants expérimentent néanmoins cet outil. C’est le cas par exemple de la micro crèche les Petites Graines à Harnes (Pas de Calais), de la crèche intercommunale de Marnay (Haute Saône), ou du RAM du SIVOM de la Vallée de La Save en Haute-Garonne. Leur motivation commune ? Des bienfaits estimés pour les enfants comme pour les professionnels qui les encadrent.

Langue des Signes pour Bébé en collectivité : une relation individualisée avec l’enfant

Au premier rang des bénéfices observés par Dominique Carpe, formatrice du réseau Signe avec moi depuis 4 ans, « un meilleur dialogue car l’adulte décrypte mieux l’émotion de l’enfant ». En parvenant à exprimer leurs besoins, émotions et envies, les plus jeunes diminuent leur sentiment de frustration et leur colère. La démarche permet également de s’extraire du bruit régnant souvent dans les structures collectives. L’environnement est apaisé, la complicité plus forte.

« La LSB institue une communication plus individualisée, complète Cyrielle Moreau, responsable d’une halte-garderie et d’un RAM en Seine-et-Marne où l’on pratique la LBS. Lorsqu’il utilise cet outil, l’adulte doit s’accroupir et capter le regard de l’enfant avant de signer un mot. » Une posture respectueuse soulignant au jeune qu’il est un individu unique et qu’il est écouté.

Langue des Signes pour Bébé : un projet collectif

Signer avec les comptines, lors des temps forts de la journée. Pour favoriser l’assimilation des signes par l’enfant, les gestes doivent être répétés et rattachés aux rituels de l’arrivée, du repas, du coucher. « Il existe également des signes dits « précieux », mi-consignes mi-conseils tels que écoute-moi ou calme-toi, ajoute Dominique Carpe. Peu à peu, on va vers l’oralité. D’abord, les mots signés sont verbalisés. Et ensuite, certains nous permettent d’aborder la syllabation. Par exemple, lorsqu’on dit chocolat, le signe composé de 3 mouvements rythme le mot. »

L’importance de la répétition des signes implique également que la LSB soit une démarche collective, acceptée par l’ensemble du personnel dans le cadre d’un projet pédagogique. « La communication gestuelle soude une équipe car tout le monde démarre de zéro, quelle que soit la hiérarchie, estime Dominique Carpe. Et il est impératif de prévenir les parents du projet. »

La structure d’accueil peut proposer des ateliers ouverts aux familles pour les associer à la démarche, sans toutefois forcer la pratique des signes. Cela n’affecte pas leur assimilation par l’enfant. La LSB s’apparentant à un jeu, il conçoit que, parfois, les adultes sont comme lui : ils n’ont pas envie de jouer !

Avantages de la LSB en collectivité
Avantage Description
Meilleur dialogue L'adulte comprend mieux les émotions de l'enfant.
Réduction de la frustration L'enfant peut exprimer ses besoins et envies.
Environnement apaisé Diminution du bruit et renforcement de la complicité.
Communication individualisée L'adulte se concentre sur l'enfant en signant.

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