Sorti en 1988, Chocolat marque le premier long métrage de Claire Denis en tant que réalisatrice. Le film, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, offre une perspective singulière sur les derniers instants du colonialisme français au Cameroun. À travers les yeux d'une enfant, France, le spectateur est invité à plonger dans un monde où les tensions raciales et les désirs latents façonnent les relations humaines.
Le film s'ouvre sur le retour de France au Cameroun, vingt ans après avoir quitté le pays. Prise en stop par un homme noir américain, elle est submergée par les souvenirs du pays avant son indépendance. Un flashback nous ramène à son enfance, au moment où sa famille rejoint leur maison à Mindif, dans le nord du pays.
Son père, Marc, administrateur colonial, tente d’organiser la présence coloniale française. Sa jeune femme, Aimée, vit plus difficilement l’Afrique, bien qu’elle soit aidée par Protée, un « boy » instruit et intelligent qui souffre en silence de la situation de son peuple.
Chocolat raconte la colonisation à hauteur d’enfant. Claire Denis (qui signe ici un film en partie autobiographique, elle qui a grandit au Cameroun) interroge le rapport au corps, suggérant le désir qui affleure dans un contexte de ségrégation. Elle montre surtout la lutte silencieuse du boy de la famille, l’homme à tout faire, pour sa dignité.
La complicité entre Protée et la petite France est un miracle de cinéma. Elle se construit sur mille petits rituels. Notamment cette manie, étonnante mais bigrement belle, visuellement, de disposer des fourmis sur ses tartines de beurre ! La question sera de savoir si cette amitié, si réjouissante, entre France et Protée pourra survivre à la prise de conscience du racisme colonial chez le jeune homme.
France et Protée
L'harmonie apparente de cette vie est perturbée par l'arrivée d'un avion en péril et de ses passagers. Ces intrus révèlent les conflits (coloniaux) et les désirs (sexuels) sous-jacents, sans que rien ne se concrétise, sinon l'éloignement de Protée, qui réprime alors une haine ancienne et profonde.
La tension monte lorsque l'un des invités rejette un médecin noir venu soigner sa femme. Luc, un ex-séminariste blanc, perturbe l'équilibre de la maison, provoquant tour à tour Aimée et Protée. Alors que la soirée se termine, Aimée touche la jambe de Protée, qui la repousse. Le matin, elle demande à ce que Protée ne s'occupe plus de la maison.
Derrière le titre énigmatique se cache une expression désuète aux interprétations multiples : « être chocolat », c’est être trompé, se faire avoir. Ici, l’intime et le politique occupent un seul et même territoire.
Depuis son premier long métrage, Claire Denis n’a cessé de renouveler son œuvre. Cinéaste du vivant et de l’humain, elle modèle les silences et les cadres pour mieux appréhender le dialogue des corps.
Vingt ans plus tard, Claire Denis, cinéaste du métissage, renouera avec ce thème dans White Material (2008), l’histoire d’une femme blanche déterminée (Isabelle Huppert) à garder sa plantation de café malgré la guerre civile qui fait rage dans une région indéterminée du continent africain.
| Année | Titre |
|---|---|
| 1988 | Chocolat |
| 1999 | Beau Travail |
| 2008 | White Material |
tags: #chocolat #claire #denis #1988 #analyse
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