L'utilisation du terme "porc" comme insulte a refait surface dans le débat public, notamment suite à des incidents à l'Assemblée nationale. Cette insulte, loin d'être anodine, possède une longue histoire et des connotations profondes qu'il est essentiel de comprendre.
Judensau, une représentation antisémite médiévale
Depuis les temps médiévaux, le porc est une figure permanente dans le bestiaire animal ou monstrueux, toujours mobilisée dans les textes, les fables, les pamphlets et les images. Très tôt, vers le XIIIe siècle, en Europe centrale, le porc est une insulte utilisée dans les textes. Rabaissé au rang de la bête médiocre, vile, vorace, brutale et méchante, le porc est aussi l’animal le plus proche de l’homme d’un point de vue biologique.
Il est un objet d’étude en anatomie quand la dissection humaine est encore interdite. On pourrait donc s’interroger, en regard de cette situation, sur les raisons qui incitent à choisir des noms d’animaux familiers comme injures. Le choix de noms d’animaux familiers comme insultes aurait été motivé par une volonté de rejet, d’exclusion et de mise à l’écart.
Avec la Révolution française, les caricatures s’attaquant à Louis XVI ont dédié électivement le porc à la personne du roi, alors que des interdits religieux pèsent encore sur l’animal dans la lignée des plus anciennes traditions bibliques. Bien que souvent indispensable à la vie des communautés humaines, le cochon reste déprécié, voire exclu et considéré comme un animal dont il faut se méfier. Un siècle après cet avènement inédit du roi-porc, quand s’écroule le Second Empire, cette figure opère un retour, appliquée cette fois à Napoléon III.
En effet, le destin du porc est la tuée, qui passe par l’égorgement. La mort du cochon est un rite de passage, par lequel les forces de mort de la bête (et du monarque) engendrent les forces de vie du peuple.
Avec l’éclosion de l’antisémitisme social, dès les années 1880, la figure du cochon opère son grand retour dans l’imagerie satirique, dans le cadre d’un discours exclusivement antijudaïque. Selon une légende européenne, lors de sa visite sur terre pour annoncer la nouvelle Loi, le Christ métamorphosa des enfants qu’une mère lui avait cachés. Comme elle était de confession juive, les petits juifs sont des porcs. C’est pour cette raison que les juifs refusent de manger la viande de cet animal, par crainte d’un cannibalisme. Or, comme le démontre l’auteur, à la même époque s’affirme la nécessité d’assimiler le juif à la bête qu’il juge immonde.
L’assimilation du juif et du porc véhicule un autre angle d’attaque, qui semble resurgir. En effet, dans les rares gravures de l’Ancien Régime où le cochon apparaît, il est associé à la figure de l’homme d’argent et du banquier. Il joue le rôle du financier dans la comédie animale. L’origine de cette animalisation demeure obscure. Mais on peut tout de même y déceler quelques motivations évidentes, liées à l’adage : « dans le cochon, tout est bon ».
La récupération de cette symbolique, dans le cadre d’un discours antisémite, n’est donc pas surprenante, dans la mesure où le juif spéculateur, financier et banquier, est en tout cas, toujours accusé de grossir, de s’enrichir et de profiter sur le dos d’autrui qu’il exploite sans scrupule.
L'expression “manger comme un porc” reflète un comportement qui suscite le dégoût. Pourquoi comparer à un cochon une personne qui mange salement ou de façon gloutonne ? Le suidé s’en met-il partout au moment des repas ? Se goinfre-t-il de nourriture ? Et pour quelles raisons les locutions utilisant les mots “porc” ou “cochon” revêtent-elles quasiment toujours une connotation péjorative ? Le mammifère serait-il victime de préjugés ? Manger gloutonnement, avec avidité ; se goinfrer ; dévorer.
La genèse de l’expression “manger comme un porc” reste inconnue à ce jour. Les plus anciennes occurrences trouvées dans la littérature française datent toutes du XXe siècle ce qui laisse supposer une origine récente de la formule. -Mais je vais manger comme un porc, ici ? -Profitez-en, mon vieux ; c'est l'occasion de vous retaper un peu en attendant la liberté. » (Jean Bocognano, Quartier des fauves. « Lui, il est gros comme un hippopotame et mange comme un porc. « Ils bouffaient… mais comme des porcs, c'était épouvantable. Pas la moindre dignité, pas la moindre retenue. ». (Dimitri Davidenko, Chouf !
Le cochon ne disposant ni d’assiettes ni de couverts, il prend ses repas avec les moyens du bord ! C'est-à-dire avec ses pattes et son groin dont il se sert pour fouiller le sol et trouver sa pitance. De fait, il se barbouille la face de terre et se salit. Cette espèce fouisseuse, curieuse de nature, possède un odorat très développé mais une vision peu acérée. Il est vrai que l’ongulé a la fâcheuse habitude de se vautrer dans la boue, conférant à sa jolie peau rose une couleur maronnasse peu ragoutante. Contrairement aux idées reçues, le suidé n’est pas animé par l’envie de se souiller, c’est même tout l’inverse. Il se roule dans la gadoue afin de se protéger des parasites et ses rayons du soleil. Et comme cette espèce animale ne transpire pas, elle profite d’un bain de boue pour faire descendre sa température corporelle. Il n’y a donc rien de sale dans son comportement.
D’autre part, le mammifère aime vivre dans un lieu propre. Dès ses premiers jours, le porcelet dort et fait ses besoins dans des endroits bien distincts. Avant de s’allonger quelque part, le cochon inspecte l’état de propreté de la couche et ne s’y installe pas si elle est souillée. La gourmandise du porc, pour ne pas dire sa gloutonnerie, ne relève pas d’un mythe. Se nourrir représente son sport préféré ; une activité qu’il pratique beaucoup et vite !
Il est illusoire de penser que le suidé s’arrête de manger à satiété car tant qu’il a de la nourriture à disposition, il va s’en bâfrer. Que l’aliment soit gras, sucré ou salé (vivement déconseillé), il sera avalé et aimé. Mais prudence, le cochon de ferme ou de compagnie prend facilement du poids et sa goinfrerie peut conduire à des problèmes de santé, tels que l’obésité et les conséquences qui en découlent (cécité, arthrose…). Pour le garder le plus longtemps possible en pleine forme, il faut veiller à ne pas céder à son insatiabilité.
Remontant à la nuit des temps, l’image négative du porc se rencontre déjà dans les Écritures. L’Ancien Testament laisse en effet entendre que le cochon est un animal impur car il se nourrit d’immondices et se vautre dans la fange. La place du suidé dans le Nouveau Testament n’est guère plus valorisante, en témoigne la parabole du fils prodigue contraint de devenir gardien de cochons après avoir dilapidé tout son bien. Le porc est proscrit par des religions pour des préjugés le plus souvent liés à des questions d’hygiène.
Sous la chrétienté médiévale, le porc est perçu comme un attribut du diable qui grogne et se roule dans l’ordure. Il représente le démon de la gourmandise, de la volupté et des plaisirs immondes. En sus de la saleté et de la goinfrerie, le mot “porc“ ou ”cochon” est associé à d’autres défauts ou vices.
Les monothéismes nomades affectionnent peu cet animal rétif au déplacement en troupeau qui nécessite bois et boues, rares en ces régions arides. L’hypothèse sanitaire faisant du porc le véhicule de maladies résiste mal à la comparaison avec d’autres bêtes licites pourtant aussi fragiles de conservation. Selon la Torah, la nourriture cachère attache le mangeur à ce qu’il mange, devenant tel qu’il le mange. L’absence de rumination du quadrupède l’empêche de revenir sur ce qu’il engloutit immédiatement, de le penser et donc de se civiliser. Son groin, tourné vers le bas, l’empêche d’élever son regard vers le Ciel.
Le refus du porc, peu mangé au Proche-Orient, est donc moins gustatif que moral. Tous ses dérivés sont taboués et sa simple évocation est proscrite. Du Lévitique au Coran, l’interdit demeure mais dans l’islam, son nom est enrôlé pour flétrir Chrétiens et Juifs accusés, par des hadiths, de l’avoir conçu pour l’arche de Noé. L’injure devient blasphème.
Signe de son tenace discrédit, le christianisme tarde à normaliser sa relation avec le cochon mais finit par en faire le symbole de sa rupture avec les interdits de « la charnelle synagogue ». Du boudin au saucisson, la consommation de porc participe depuis de l’identité chrétienne voire occidentale. Antoine, saint patron des charcutiers est suivi par un « bon cochon » qui, symbole d’opulence, se transformera en tirelire et en porte-bonheur.
Récemment, l'insulte "porc" a été proférée à l’Assemblée nationale par le député insoumis David Guiraud à l'encontre du député LR Meyer Habib. Cet incident a ravivé les débats sur l'antisémitisme et l'utilisation de l'animalisation comme outil de déshumanisation.
La virulence de l’algarade, mobilisée depuis l’antiquité, tient à la volonté d’arracher l’Autre à la condition humaine, explique l'historien Jean-Marc Albert. Identifier l’autre au porc ne relève pas seulement d’un dénigrement dégradant mais d’une volonté de fracturer le corps intime et symbolique de sa victime pour le retrancher de l’humanité commune. L’animalisation de l’autre n’est pas propre au suidé. Âne, punaise, et autres cafards enrichissent depuis des lustres le langage injurieux. Mais peu d'animaux comme le cochon ont été investis d’un telle charge sensible mêlant fascination et détestation.
Tout conspire contre le porc, impur, vorace, contagieux, lubrique et tyrannique. Sauvage, il est redouté pour sa férocité. Son régime omnivore, la saveur prétendue « humaine » de sa chair, sa faible pilosité, sa carnation et son usage médical, notamment pour la greffe, font craindre sa métamorphose en homme, et inversement. C’est parce que le porc nous ressemble qu’il nous inquiète. Rien n'est plus rassurant pour s’en différencier que d’en affubler les traits à celui que l’on voudrait arracher à l’humanité.
Suite à cet incident, Meyer Habib a annoncé qu’il allait porter plainte, déclarant que « Traiter de “porc” les juifs c’est la plus vielle insulte antisémite du monde ». La justice tranchera sur la nature antisémite de l'invective. Cependant, il est important de noter que c’est Meyer Habib qui introduit une référence aux cochons dans l’échange. Bien sûr, on peut se livrer à une exégèse des engagements ou des sympathies affichées par David Guiraud pour en arriver à la conclusion souhaitée. Mais là, on quitte le terrain du droit pour la construction intellectuelle.
L'interdiction ancestrale de la viande de porc est présente dans plusieurs religions:
En réduisant l’autre à un porc, l’animalisation dépasse l’offense pour préfigurer son anéantissement. Si la vache et les bovins en général sont les grands oubliés de La Ferme des animaux de George Orwell, le cochon en est la star incontestable. En effet, lorsque l'écrivain se lance dans l’écriture de sa fable, une chose est claire dans son esprit : il va représenter la caste des dirigeants soviétiques sous les traits de cochons.
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