L'Histoire Fascinante des Biscuits Lefèvre-Utile (LU)

Des millions de Français les croquent chaque jour. Paille d'Or, Petit Écolier, Prince, Barquette, Véritable Petit Beurre, Pim's… Tous ces biscuits sont estampillés du même logo rouge : celui de la marque LU. Célèbre pour son biscuit dentelé, la marque LU et sa farandole de recettes inimitables ont souvent la préférence à l’heure du goûter.

Pourtant, avant de devenir un géant des biscuits, la société a connu des débuts modestes lors de sa création il y a près de deux siècles. Alors amateurs de biscuits en herbe, connaissiez-vous l’histoire de l’entreprise LU ?

Les Débuts Modestes à Nantes

Au cours du XIXe siècle, Nantes était un port maritime et industriel où fleurissaient de nombreuses industries. Avec en chef de file et faisant le bonheur de tout un chacun, l’industrie agroalimentaire. Dans les années 1840, Jean-Romain Lefèvre et Pauline-Isabelle Utile quittent l'est de la France pour ouvrir un petit atelier de pâtisserie à Nantes. Le couple souhaite alors faire connaître les spécialités de sa région d'origine.

En 1846, Jean-Romain reçoit une lettre d’un ami l’informant qu’un pâtissier recherchait un successeur pour sa boutique située au 5 rue Boileau à Nantes. L’ambitieux varennois saisit cette opportunité, promettant de revenir épouser Pauline-Isabelle lorsqu’elle sera un peu plus âgée. Jean-Romain Lefèvre débute sa nouvelle vie à Nantes. La cité des Ducs de Bretagne, avec ses 94 000 habitants, est alors une ville très dynamique économiquement et en plein essor démographique.

Avec deux ou trois apprentis, ils confectionnent des macarons, des massepains ou encore des biscuits de Reims. A l'époque, il s'agit de gâteaux haut de gamme, appréciés par la bourgeoisie locale.

Le 7 octobre 1850, la famille Lefèvre se réunit à Varennes pour célébrer le mariage de Jean-Romain, rentré quelques temps dans la Meuse, et Pauline-Isabelle, alors âgée de vingt ans. A son tour, elle quitte sa ville d’adoption pour suivre son mari à Nantes.

En 1850, les Lefèvre-Utile deviennent propriétaires de la pâtisserie où travaillait Jean-Romain et lui donnent le nom de « Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs ». Ils y vendent des spécialités de l'est de la France, comme des biscuits de Reims et des bonbons au sucre cuit, peut-être aromatisés à la bergamote et fournis par le pâtissier-confiseur nancéien Antoine Lefèvre.

En tant qu’ancienne demoiselle de boutique, Pauline-Isabelle a appris à gérer un magasin, et va mettre à contribution tout son savoir-être et son savoir-faire au profit de l’affaire familiale. C’est elle qui supervise la commercialisation des produits.

Grâce à la dot conséquente de Pauline-Isabelle, le couple acquiert le numéro sept attenant à leur lieu de vente en 1854. Désormais, la nouvelle boutique arbore fièrement les noms accolés des deux époux et partenaires. C’est une manière de reconnaître et montrer le rôle essentiel qu’à jouer Pauline-Isabelle Utile dans la réussite de l’entreprise, à la fois professionnellement et financièrement. Le nouveau magasin est aménagé avec raffinement, orné de lustres et de boiseries, les gâteaux présentés dans des coupes de cristal.

Pendant ce temps-là, la famille Lefèvre-Utile s’agrandit. Pauline-Isabelle donne naissance à Auguste en 1854, qui survit peu de temps. En 1855, la petite Pauline vient au monde, suivi de Louis en 1858.

En 1861, la ville de Nantes organise l’exposition nationale afin de vanter le savoir-faire français dans l’industrie, l’agriculture et les arts. Un appel à candidature est lancé auprès des professionnels, et les frères Lefèvre concourent sous le nom de « Lefebvre-Utile ». En octobre, ils remportent une mention honorable dans la catégorie « Biscuits » grâce au biscuit de Reims.

En 1882, son créateur, Jean-Romain se voit même attribuer la médaille d’or lors de l’Exposition industrielle de Nantes pour la qualité de ses biscuits. Les produits Lefèvre-Utile reçoivent une médaille d'or à l'Exposition de Nantes.

En 1883, alors que les Lefèvre-Utile emploient quatorze ouvriers, Jean-Romain décède de maladie après avoir obtenu une médaille d’or départemental récompensant son travail. Il laisse son affaire à son fils cadet, Louis, et à son épouse.

Le 5 avril 1922, Pauline-Isabelle Lefèvre-Utile décède dans sa 92e année, laissant derrière elle une affaire familiale prospère. Le 7 avril de la même année, L’Écho de la Loire rend un dernier hommage à l’œuvre de cette dame : « Mme Romain Lefèvre-Utile mère fut jadis la très active collaboratrice de son mari, le fondateur de la biscuiterie nantaise. On l’a vu pendant longtemps dans le modeste magasin de la rue Boileau, où la maison prit naissance.

L’histoire de sa vie, c’est aussi celle de la célèbre marque de biscuits LU qu’elle a contribué à créer aux côtés de son époux Jean-Romain Lefèvre et de leur fils Louis.

L'ancienne usine LU à Nantes.

L'Ascension de la Marque LU

Dès 1947 et grâce aux aides de l’État, l’entreprise se modernise pour faire face à la « bataille de production » engagée entre les plus grandes biscuiteries nationales. Néanmoins, LU se trouve en mauvaise posture, notamment à cause du vieillissement des machines et de la concurrence nationale.

Très vite, la marque sort du lot grâce à ses boîtes métalliques stylisées plus modernes.

Le Petit Beurre : Un Symbole de LU

Pour répondre à la demande toujours croissante, l’entreprise familiale doit évoluer. Louis rachète une ancienne usine de filature sur les terrains de l’île de la Madeleine et modernise les outils de production.

Jusqu’en 1886, année au cours de laquelle Louis dessine ce qui sera sans contexte son plus grand succès. À savoir Le Petit-Beurre LU Nantes. C’est en 1886 qu’il imagine le fameux Véritable Petit Beurre.

“Petit Beurre : quatre oreilles et quarante-huit dents.” Ce fameux slogan pour le biscuit Lu né en 1886 n’en dit pas plus et pourtant, il cache des symboles insoupçonnés ! Les biscuits LU, emblèmes de la pâtisserie française, ont su conquérir les palais du monde entier. Parmi eux, le Petit Beurre occupe une place particulière. Mais pourquoi ce nom si évocateur ?

C’est en 1886 que Louis Lefèvre-Utile, fondateur de la célèbre biscuiterie nantaise LU, imagine un biscuit à la fois simple et raffiné : le Petit Beurre. Inspiré par les biscuits anglais, il souhaite créer une version française qui séduira petits et grands. Son idée est de proposer un biscuit léger, fondant en bouche, parfait pour accompagner le thé ou le café. Le choix du nom « Petit Beurre » n’est pas anodin. En effet, il reflète la simplicité et la qualité des ingrédients utilisés : une farine fine, du sucre, et bien sûr, du beurre. Ainsi, le Petit Beurre de LU n’est pas qu’un simple biscuit.

> Les 52 dents qui dessinent le contour équivalent aux 52 semaines qui composent une année.
> Les quatre coins renvoient aux quatre saisons de l’année.
> 24 points sont répartis sur la surface du biscuit en quatre lignes sur six colonnes.

Symbolisme du Petit Beurre LU
Élément Signification
52 dents 52 semaines de l'année
Quatre coins Quatre saisons
24 points Représentation numérique
Le Véritable Petit Beurre LU.

Développement et Défis

Le 1er février 1997, Louis Lefèvre-Utile et son beau-frère Ernest Lefièvre fondent officiellement la société Lefèvre-Utile. Si bien qu’au début du XXe siècle, l’entreprise LU propose un catalogue alléchant de 200 biscuits. Avec la qualité pour mot d’ordre, avant la Première Guerre mondiale, l’entreprise compte 500 ouvriers et presque autant d’ouvrières travaillant à l’usine.

Aux côtés des trois principales fabriques de biscuits de Nantes, LU participe à l’effort de guerre. Aussi leurs usines se mettent à produire du pain de guerre, du « hard bread ».

Au début des années 60, c’est l’invasion de produits américains sur le marché qui prend le relais des menaces. Cette première restructuration d’une longue série annonce en même temps la fin de l’entreprise familiale.

Publicité 1991 Hello de Lu (Les Américains d'Amérique)

Reconversion de l'Usine LU

De 1986 à 1999 : Une biscuiterie reconvertie En 1986, soit des décennies d’expansion plus tard, LU déplace sa production hors du centre-ville. Ses usines sont alors progressivement détruites et seule l’annexe du quai Ferdinand- Favre demeure. L’ancienne usine se découvre vite une nouvelle vocation. Les grands espaces désaffectés deviennent le terrain de jeu idéal d’un squat culturel. À partir de 1989, des artistes (dont la compagnie Royal de Luxe) s’approprient la friche et en font un lieu de création atypique. En 1994, elle accueille la quatrième édition du festival Les Allumées.

Porté par le CRDC (Centre de Recherche pour le Développement Culturel), scène nationale (et nomade) de Nantes, ce festival accueille pendant six nuits des artistes de grandes villes du monde : Barcelone, Saint-Pétersbourg, Buenos-Aires, Naples, Le Caire… À cette occasion, métamorphosée en un véritable “souk”, la friche revit durant plusieurs nuits dans l’atmosphère chaude d’Egypte.

Jean Blaise, directeur du CRDC, souhaite s’installer durablement sur le site. Il soumet un projet culturel à Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes : il s’agit de créer un lieu où la vie côtoie spontanément l’art, dans ses formes les plus contemporaines, voire “dérangeantes”. Provoquer la rencontre, le frottement des genres, redonner au lieu sa dimension poétique et conviviale, pousser à la curiosité, inclure des espaces de services (bar, restaurant, librairie, crèche, hammam).

Convaincue, la ville rachète l’annexe Ferdinand-Favre en 1995. Déclarée site protégé, la friche industrielle échappe de justesse à la démolition et accueille de nouvelles manifestations culturelles du CRDC comme Trafics : Marché de l’art et trafic de spectacles en juin 1996, Cuisines et Performances en juin 1997, et Fin de Siècle : Johannesburg en octobre 1997 ou New York en 1998. La tour LU est reconstruite, l’usine est réhabilitée par l’architecte Patrick Bouchain dans le respect de l’identité industrielle du site.

tags: #Biscuits #Lefèvre-Utile #histoire

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