L'abattoir Bigard à Venarey-les-Laumes, situé en Côte-d'Or, est un acteur majeur de l'industrie de la viande bovine en France. Cependant, son histoire est marquée par des controverses, notamment en ce qui concerne le bien-être animal et les pratiques d'abattage rituel.
En Côte-d'Or, les trois abattoirs (l’abattoir Bigard à Venarey-Les Laumes, la Coopérative des usagers de l’abattoir de Châtillon (Copac) et la Coopérative des abattoirs de Beaune (Copab)) pratiquent, en dehors de la méthode dite « traditionnelle », ce que l’on appelle « l’abattage rituel », qu’il soit halal (pour les musulmans) ou casher (pour les juifs). Cela signifie que les bêtes (ovins ou bovins) sont tuées sans étourdissement, avec un égorgement vivant par un sacrificateur habilité. Certains abattoirs du département auraient décidé de faire jusqu’à 50 % de leurs abattages de manière rituelle. A la Coopérative des abattoirs de Beaune (Copab), Jean-Noël Brugnot, le directeur, estime faire « moins de 30 % d’abattage halal ». « Chez nous, ils amènent les bêtes et nous demandent soit de les égorger, soit de les assommer avant », explique-t-il, avant d’ajouter : « On fait ce qu’on nous demande. En France, étant donné qu’il y a une obligation d’égorger pour les musulmans (NDLR : et les juifs), il y a un marché. »
Concrètement, pour le consommateur, si toutes les obligations sanitaires sont respectées, l’abattage rituel ne change rien à la qualité de la viande dans l’assiette. En revanche, en amont, à l’abattoir, en terme d’hygiène, les précautions à prendre sont plus importantes, notamment pour éviter le développement de bactéries, comme l’Escherichia coli.
Dans les grandes surfaces comme chez les bouchers, rien ne permet de savoir si la viande est issue, ou non, d’un abattoir qui pratique l’abattage rituel. A titre d’exemple, sur une barquette de viande en supermarché, les seules indications concernant l’abattage sont la mention « abattu en France », suivie d’un code d’identification. Reste que ni les grandes surfaces, ni les bouchers, ni les consommateurs, ne connaissent par cœur l’abattoir qui correspond à ce code. Ainsi, il est quasi impossible de savoir si l’abattoir concerné pratique ou non l’abattage rituel et donc de savoir si la viande que l’on achète est « normale », halal ou casher.
« Pour savoir si la viande que l’on vend est issue d’un abattage rituel, il n’y a pas d’autre moyen que de se tourner vers les abattoirs », déclare la responsable d’une boucherie de Nuits-Saint-Georges. Or, les abattoirs qui fournissent les vendeurs de viande de Côte-d’Or sont originaires de toute la France, voire de d’autres pays de l’Union européenne.
La préfecture de Côte-d'Or a diligenté une enquête à l'abattoir Bigard de Venarey-les-Laumes (Côte-d'Or) ce jeudi 11 avril, après la révélation par L214 d'images de maltraitance animale. Une première inspection de l'établissement s'est déroulée dans la matinée, en réaction aux images de maltraitance animale dévoilées par l'association. Au terme de l'inspection de ce jeudi matin, la préfecture a quant à elle demandé une "inspection approfondie des conditions d'abattage par le référent national des abattoirs".
Une opacité financière Le 2 septembre 2019, le Groupe Bigard dévoilait une partie de ses comptes sous la pression de l'association L214 - mais aussi de l'association franc-comtoise Lanceur d'alerte - qui l'avait assigné en justice pour tenir ses comptes secrets depuis 2013. Selon les informations publiées sur Infogreffe, et reprises par le journal Les Echos, le groupe Bigard a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros (+2,9 %).
Retour sur une affaire qui a marqué les esprits.
L214 publie une nouvelle vidéo d’enquête montrant les conditions d’abattage des animaux à l’abattoir Bigard de Venarey-les-Laumes (Côte-d’Or). Ces images, filmées deux mois après la première enquête publiée en avril dernier, montrent que la situation est toujours aussi alarmante : le 28 mai, sur 132 animaux abattus, 92 montrent des signes de conscience évidents au moment de leur mise à mort.
L’association a déposé une nouvelle plainte contre l’abattoir avec une même demande que la précédente : « fermeture immédiate » de l’abattoir. Une « plainte complémentaire » a été confirmée par le procureur de la République de Dijon. Elle est en cours d’analyse pour le moment.
Le 11 avril, jour de la publication par L214 de la première enquête filmée, le préfet avait dépêché sur place le directeur départemental des services vétérinaires de la Côte-d’Or pour « évaluer la situation et la nécessité de mettre en œuvre des mesures correctives ». Ce site du géant de la viande avait déjà fait l’objet d’inspections à la demande de la préfecture, après la publication d’une première vidéo par L214 en avril. Elle a été mise en demeure suite à « des manquements concernant la sécurisation du procédé d’abattage rituel » a souligné la préfecture de la Côte-d’Or même si « aucune anomalie de fonctionnement » n’a été révélée.
Les nouvelles souffrances que l’association dit avoir constatées montrent « l’incapacité du groupe Bigard et des services vétérinaires de l’État à faire respecter la réglementation pour limiter la souffrance des animaux », selon L214, par ailleurs opposée à l’exploitation des animaux.
Après avoir reçu la première plainte de L214 contre l’abattoir en avril dernier, le procureur du tribunal de Dijon a ouvert une enquête judiciaire. Depuis, cinq caméras de vidéosurveillance ont été installées par l’abattoir Bigard, à l’extérieur des bâtiments.
Pour Sébastien Arsac, porte-parole de l’association L214 : « On ne peut définitivement pas compter sur les autorités pour limiter l’agonie des animaux, ne serait-ce qu’en faisant au minimum respecter la réglementation. En choisissant de ne pas agir quand il y a des infractions ayant des conséquences gravissimes pour les animaux, l’État se place comme le prestataire de service du numéro 1 de la viande en France.
L’association de défense des animaux L214 a demandé ce jeudi 11 avril la fin de l’abattage rituel pour les viandes halal et casher après la diffusion de vidéos filmées dans un abattoir Bigard en Bourgogne. En abattage sans étourdissement, pour la viande halal ou casher et où l'immobilisation doit être maintenue jusqu'à l'état d'inconscience, "des bovins tout juste égorgés sont relâchés du box de saignée encore conscients et donc sensibles à la douleur. Ils se débattent sur la table d'affalage ou une fois suspendus par une patte", accuse l'association.
Elle dénonce également des « signes de conscience évidents » des animaux après l’égorgement, alors qu’ils sont transportés ou suspendus, après l’égorgement. « Ils montrent des signes de conscience évidents jusqu’à leur suspension : redressement du haut du corps, tentative de se mettre debout, clignement des yeux, mouvements volontaires. Certains sont en panique totale.
L214 réclame également la fin de la dérogation autorisant les abattages d’animaux sans étourdissement., demandant, par la même occasion, à rencontrer les représentants « de la Grande Mosquée de Paris, d’Évry-Courcouronnes et de Lyon, ainsi que les représentants du Consistoire de France » afin « d’entamer un échange sur cette enquête ».
Selon la porte-parole de L214, Bérénice Riaux, des musulmans pourront aussi « être choqués par ces images ». Elle affirme par ailleurs, s’être entretenue à ce sujet avec le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane. Interrogé par l’AFP, le recteur a assuré qu’il « regrettait » la situation montrée dans les images de L214. « Nous musulmans, nous avons le sens du respect de l’animal », a-t-il déclaré, rappelant que « les sacrificateurs sont formés au respect de l’animal ».
« Les images diffusées ce jour ouvriront-elles enfin les yeux de nos gouvernants les poussant ainsi à agir ?, s’est demandé l’association de défense des animaux. La patrie des droits de l’Homme n’est assurément pas celle des droits des animaux.
Un an après les premières révélations, la situation reste préoccupante. L'enquête est toujours en cours.
Au milieu du xxe siècle, le fonctionnement du commerce de bétail s’apparente à de la « cueillette ». Les structures commerciales essaient de vendre au mieux les produits qui leur sont offerts, tout en se heurtant à la saisonnalité de l’offre et aux variations de la consommation. L’émergence des coopératives et des Sica (Sociétés d’intérêt collectif agricole) constitue une rupture fondamentale dans l’histoire du négoce de bétail. Désormais, les fonctions de production et de commercialisation, qui étaient dissociées, s’interpénètrent. L’adaptation au marché conduit à l’élimination des maquignons. Jusqu’alors maîtres des circuits commerciaux, ils deviennent des indésirables à éliminer. C’est l’un des objectifs avoués des groupements de producteurs naissants.
Les maquignons sont restés dans l’imaginaire collectif des individus à la fois détestés parce que « magouilleurs » et enviés pour leur situation de nantis. Les éleveurs se rendent compte qu’ils sont à la merci d’intermédiaires peu scrupuleux, qui profitent de leur isolement pour s’insérer dans les circuits d’écoulement du bétail.
Cette prise de conscience amène les éleveurs à se mobiliser pour mettre fin à ces pratiques. Les coopératives, dont la création est encouragée par les pouvoirs publics, doivent participer à l’élimination des maquignons, en assurant la transparence des échanges et en y apportant l’équité. Les éleveurs s’organisent pour assurer eux-mêmes la commercialisation de leurs produits et se libérer du joug des maquignons, en « essayant d’aller un petit peu plus loin que la cour de leur ferme ». La suppression des intermédiaires devient un véritable leitmotiv. Ils sont progressivement évincés de la filière par les nouvelles formes de commercialisation et par les mesures fiscales, en particulier l’introduction de la TVA qui bouleverse les pratiques.
À cette époque, un tournant s’opère mais les mutations sont lentes entre la fin des années 1960 et le début des années 1990. Le petit commerce paraît à bout de souffle alors que des formes nouvelles de commercialisation voient le jour.
Un groupement de producteurs réunit des éleveurs mettant en commun leurs moyens de production à des époques définies du calendrier pour présenter des animaux d’une catégorie, d’une qualité, d’un âge et d’un poids déterminés à l’avance. Ils sont liés, par l’intermédiaire de leur coopérative, au Forma, qui leur garantit un prix de vente supérieur au prix d’intervention de la Sibev1. En contrepartie, ils bénéficient d’avantages. Ils peuvent, par exemple, recevoir des avances financières du Crédit agricole. Le but du groupement est de normaliser une partie de la production de viande pour la réguler et remplir les périodes creuses entre les époques de sortie habituelles. Il doit aussi consolider les liens entre producteurs et acheteurs.
Les groupements voient le jour au milieu des années 1960. À l’heure de la « modernisation accélérée et sélective2 » de l’agriculture et de l’accroissement de la production, la connaissance des marchés est indispensable pour écouler les marchandises en évitant les excédents. Les contrats portent sur la quantité et la qualité des bovins, aussi les groupements emploient-ils des techniciens agricoles chargés d’aider les éleveurs à améliorer leurs pratiques dans les domaines sanitaire, alimentaire et génétique.
Jusqu’aux années 1960, les structures de commercialisation subissaient la production en vendant au mieux les bovins qu’elles collectaient dans les fermes. Le groupement va à l’encontre de ce principe en faisant produire aux éleveurs les catégories pour lesquelles il existe des débouchés. La coopérative se charge de la valorisation des bêtes de ses adhérents, qui le plus souvent ignorent leur valeur réelle et les moyens de les écouler à un prix avantageux.
L’organisation de la production et de la commercialisation, dans le cadre du groupement, passe par la contractualisation. Le groupement établit des contrats avec ses adhérents et ses débouchés ainsi que des cahiers des charges dans lesquels sont définis les types d’animaux à produire et les périodes de sortie des fermes. Il s’agit d’anticiper les phases de surproduction et de pénurie afin de les réguler.
Dans la nouvelle organisation de la production bovine qui se dessine, le groupement apparaît comme un interlocuteur privilégié dont le rôle est d’accompagner les éleveurs au quotidien en allant au-delà de la commercialisation. Il apporte un encadrement technique, un suivi sanitaire, un dispositif d’approvisionnement, une aide administrative que n’offre pas le commerçant en bestiaux.
L’implication de l’éleveur au sein de sa coopérative peut être plus ou moins grande. L’éleveur est d’abord sociétaire : pour tout bovin cédé au groupement, il se voit prélever sur le montant de la transaction une retenue de capital social. N’importe quel éleveur peut être sociétaire et vendre des bovins à un groupement, sans se lier avec lui.
Ainsi, loin de la cueillette répartitive naguère opérée par les marchands de bestiaux, le groupement organise la production de ses adhérents pour qu’elle réponde à la demande de l’aval. Il représente une alternative pour les éleveurs que ne satisfait pas la commercialisation sur les foires et marchés et, souvent, un passage obligé pour les jeunes qui ont besoin des aides transitant par cette structure pour faire face au coût de leur installation.
Si, au niveau national, le nombre des marchands de bestiaux diminue de moitié en une dizaine d’années, en Brionnais-Charolais les éleveurs n’adhèrent pas massivement aux coopératives. La progression est lente puisqu’elles réalisent aujourd’hui un tiers des transactions, contre deux tiers pour le négoce privé7. En 2007, les trois groupements de producteurs principaux qui interviennent en Brionnais-Charolais - le Gecsel, Charolais horizon et la Socaviac, fédérant 1 400 adhérents - ont vendu 80 000 bovins, dont 30 % d’animaux gras et 70 % de maigres.
Trois raisons expliqueraient les difficultés de développement du secteur coopératif. La première tiendrait à l’existence d’un réseau de commerçants compétents ; la deuxième à la présence et à la vitalité du marché de Saint-Christophe, véritable plaque tournante du négoce régional, qui a contribué au maintien d’un important tissu commercial ; la troisième résulterait de l’individualisme qui caractérise les éleveurs. L’un des objectifs de la création des groupements, qui était l’élimination à terme des négociants, n’a donc pas été atteint.
Dès la mise en place de ces structures, les éleveurs qualifiés d’individualistes sont montrés du doigt et leur comportement, jugé anarchique, est accusé de conduire à l’échec tout effort d’organisation.
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