L'affaire « Balance ton porc » a marqué un tournant dans la libération de la parole des femmes en France. Lancé en octobre 2017, ce mouvement a permis à de nombreuses victimes de harcèlement sexuel de témoigner et de dénoncer leurs agresseurs. Cet article revient sur les origines de ce mouvement, les témoignages qu'il a suscités, et les conséquences judiciaires qu'il a entraînées.
L'affaire remonte au mois d'octobre 2017, en plein scandale Harvey Weinstein, ce producteur de cinéma américain accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs actrices. Dans la foulée de cette affaire, Sandra Muller, journaliste française vivant aux États-Unis, invite les femmes à donner, sous le hashtag « balance ton porc », le nom de personnes ayant pu les harceler sexuellement dans leur travail.
Le 13 octobre, Sandra Muller écrit : « 95 % des femmes qui dénoncent des violences perdent leur emploi. La peur doit changer de camp (…) Pas de délation juste la vérité ». Juste après, elle cite des propos très déplacés que lui aurait tenus Éric Brion, cinq ans plus tôt, lors d’une soirée à Cannes, alors qu’il dirigeait la chaîne de télévision Equidia. Ces tweets placent très vite Éric Brion dans la tourmente.
« J’ai effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise. Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement. Et une seule fois, je tiens à le préciser », explique-t-il en décembre 2017 dans Le Monde. Éric Brion récuse l’accusation de harcèlement.
« Contrairement à tout ce qui a été dit et répété, je n’ai jamais été son patron, son collaborateur, je n’ai jamais travaillé avec elle », précise-t-il en octobre 2018 sur Europe 1.
Estimant que sa vie a été « détruite » par cette affaire, Éric Brion porte plainte contre Sandra Muller. En décembre 2019, elle est condamnée par le tribunal de Paris qui estime qu’elle a exposé le plaignant à la réprobation sociale. « Elle a dépassé les limites admissibles de la liberté d’expression, ses propos dégénérant en attaque personnelle », soulignait ce jugement.
Sandra Muller considère que cette condamnation revient à « bâillonner » les femmes. Ce mercredi 31 mars, la cour d’appel de Paris a donné raison à la journaliste. « Les propos poursuivis s’inscrivent bien dans le cadre d’un débat d’intérêt général, dès lors qu’ils visent à dénoncer les comportements à connotation sexuelle et non consentis de certains hommes vis-à-vis des femmes, afin que ces agressions physiques ou verbales très longtemps tolérées ou passées sous silence soient largement connues et ne puissent ainsi se perpétuer. »
La cour estime que le « bénéfice de la bonne foi » doit être reconnu à Sandra Muller dès lors que son tweet « ne contenait pas l’imputation d’avoir commis un délit pénal et qu’il a été publié dans le cadre d’un débat d’intérêt général » sur la libération de la parole des femmes. « Dans de telles conditions, le prononcé d’une condamnation, même seulement civile, porterait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et serait de nature à emporter un effet dissuasif pour l’exercice de cette liberté », estime la cour.
L’avocate de la journaliste, Me Jade Dousselin, a salué une décision « courageuse et historique ». « La cour d’appel dit aux victimes, à toutes celles qui ont parlé, à toutes celles qui ont dit la vérité : celles-là, la justice ne les condamnera pas », a-t-elle ajouté.
« C’est une décision décevante et un peu bancale. En effet, la cour reconnait que les propos sont bien diffamatoires et qu’Éric Brion n’a jamais commis le moindre fait de harcèlement sexuel », estime, pour sa part, son avocate Me Marie Burguburu.
« Mais la cour reconnaît l’exception de la bonne foi à Sandra Muller parce qu’Éric Brion a reconnu avoir bien tenu des propos déplacés tout en présentant des excuses. Ce qui serait plutôt à porter à son crédit, la franchise étant rare dans ce type d’affaire », ajoute-t-elle.
Le mouvement a également donné naissance à des initiatives comme le compte Instagram "Balance Ton Porc Guyane", créé pour libérer la parole des victimes de violences sexuelles. Les administratrices de ce compte expliquent : « Nous sommes en tête des départements les plus touchés de France [...] notre première victoire est d’avoir brisé un tabou qui persistait [...] À ce titre, nous ne doutons pas de notre portée dissuasive : personne ne veut finir sur BalanceTonPorc. »
Les faits relatés par les abonnées sont tout aussi nombreux que les profils des auteurs présumés. Ils évoquent des viols, des attouchements, du harcèlement sexuel et moral, de l'abus de pouvoir et de faiblesse.
Les administratrices invitent les victimes à se rapprocher des associations habilitées à les accompagner, telles que l'AGAV (Association d'Aides aux Victimes, aux Femmes et Familles), L'arbre Fromager ou l'AAVIP (Association d'Aide aux Victimes d'Infractions Pénales). Elle explique :« Il y a un travail qui est fait en amont de la plainte. On a pu en discuter avec les psychologues, qui nous disent qu'ils essayent de faire la honte et la peur changer de camp pour rassurer la victime... et lui faire comprendre que ce dont elle a été victime n'a pas été de son bon vouloir. »
Pour Sylviane Compper Gaudy et Magali Robo Cassildé, avocates, ce compte est une main tendue pour les victimes même si elles émettent quelques réserves. "Il faut briser le silence et aller vers une prise en charge quelle qu'elle soit", estime Me. Compper Gaudy.
"La démarche est intéressante", ajoute sa consœur. Toutefois, "la difficulté, juridiquement, c'est qu'il y a des dénonciations qui sont faites... par des personnes anonymes, mais il y a des noms qui sont donnés", dit Me. Robo Cassildé. « Et je pense que la bonne démarche, après celle-là, c'est de déposer plainte. »
En Guyane, 280 faits de violences sexuelles ont été enregistrés les six premiers mois de cette année 2023. En 2019 et 2020, sur les 400 victimes suivies par l'unité médico-judiciaire de l'hôpital de Cayenne, la moitié avait moins de 13 ans.
Isabelle Hidair-Krvisky, anthropologue sociale et ethnologue, donne son analyse sur ce mouvement. Notez que l’un des hommes accusés de violences sexuelles par plusieurs abonnées sur le compte Instagram Balance Ton Porc Guyane a porté plainte le 28 août dernier pour "diffamation".
| Événement | Date | Conséquence |
|---|---|---|
| Lancement de #balancetonporc | Octobre 2017 | Libération de la parole des femmes |
| Condamnation de Sandra Muller en première instance | Décembre 2019 | Accusation de diffamation |
| Décision en appel favorable à Sandra Muller | Mars 2021 | Reconnaissance du débat d'intérêt général |
| Création de comptes comme "Balance Ton Porc Guyane" | - | Amplification des témoignages anonymes |
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