Le mouvement #MeToo a marqué un tournant décisif dans la prise de conscience globale des violences sexistes et sexuelles. En 2017, le hashtag a envahi les réseaux sociaux, propulsant ces enjeux sur le devant de la scène politique et médiatique. Cependant, il est essentiel d'examiner les angles morts de ce mouvement et son impact réel sur différentes communautés, notamment en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane française.
Un livre collectif intitulé « Moi Aussi : MeToo, au-delà du hashtag » dirigé par Rose Lamy et huit autres autrices, offre un regard approfondi sur ces questions. L'ouvrage explore les trajectoires liées à #MeToo et met en lumière des perspectives souvent négligées.
Le mouvement #MeToo a-t-il réellement touché toutes les femmes, en particulier celles des quartiers populaires et les femmes non-blanches ? A-t-on suffisamment écouté les victimes ? Quelle a été la récupération du mouvement par l’extrême droite et les transphobes ? Quel est le lien avec le capitalisme et les « girl boss » ? Ce sont autant de questions cruciales soulevées par Rose Lamy et ses co-auteures.
L'idée de ce livre est née de la crainte que le cinquième anniversaire de #MeToo ne soit l'occasion d'une vision édulcorée de la réalité. En tant que membre du collectif MusicTooFrance, Rose Lamy a constaté que les institutions ont tardé à réagir et que la lutte a un coût social et énergétique important. Elle souhaitait éviter que l'on confisque cette idée en prétendant que tout allait bien, car le hashtag n'a pas eu le même impact sur tout le monde.
La démarche des autrices a été d'apporter un éclairage nouveau, car l'éclairage dominant ne suffit pas. Elles ont contacté des expertes dans leurs domaines, leur laissant une grande liberté d'expression. Les textes se répondent entre eux, explorant les mêmes mécanismes et revenant souvent sur l'influence de Tarana Burke, la fondatrice du mouvement MeToo.
En Martinique et en Guadeloupe, les pages Instagram telles que "Balance ton porc Martinique" et "Balance ton porc Guadeloupe" jouent un rôle crucial dans la libération de la parole. Ces plateformes permettent aux victimes de témoigner anonymement sur des sujets tabous tels que le viol conjugal, les abus sexuels, le harcèlement sexuel au travail et l'inceste.
Bien que la méthode soit controversée, car elle expose publiquement les noms des présumés coupables, elle offre un espace d'expression aux victimes. Ces pages sont prises très au sérieux par la population locale, car elles brisent le silence autour de ces problèmes profondément enracinés dans la société.
Ces pages sont très sérieuses puisqu’elles permettent la libération de la parole autour de vieux tabous encore bien présents dans nos îles comme le viol conjugal, les abus sexuels, le harcèlement sexuel dans le cadre du travail mais surtout les problèmes d’incestes. C’est vrai que la méthode est discutable, puisque les noms des présumés coupables sont balancés en pâture, du moins sur la toile. Oui, c’est une méthode radicale mais au moins les victimes s’expriment en tout anonymat.
Un exemple récent illustre l'impact de ces mouvements en Martinique et en Guadeloupe : les accusations portées contre Jordan Rizzi, un animateur de télévision populaire. Accusé d'abus sexuels, de violences physiques et verbales, et de "revenge porn", il est visé par des témoignages accablants publiés sur la page Instagram "Balance ton porc Guadeloupe".
Bien qu'il bénéficie de la présomption d'innocence, les témoignages dépeignent un visage sombre de l'homme public. Les accusations font état d'un "modus operandi" similaire : une approche directe suivie d'avances insistantes, et un comportement menaçant en cas de rejet. Certaines victimes présumées rapportent des violences psychologiques, physiques et des menaces avec des armes à feu.
Des messages évoquent également des relations intimes non consenties, des soirées échangistes et des vidéos explicites utilisées pour faire chanter les victimes. Ces actes sont considérés comme des délits graves, passibles de lourdes peines.
Tous les vendredis soirs, s’il y a bien un programme auquel les Guadeloupéens mais aussi les Martiniquais et les Guyanais ne ratent pour rien au monde, c’est bien Le Preste Late Show présenté par Jordan Rizzi, diffusé sur Guadeloupe 1ère. Le programme est un savant mélange des talk shows à l’américaine comme le Ellen De Generes, le Tonight Show, le Saturday Night Live ou encore le Jimmy Kimmel Live et les émissions de divertissement françaises du vendredi et du samedi soir, connait le succès depuis son lancement en 2016.
L’atout de cette émission est bien entendu son animateur, Jordan Rizzi. Il est talentueux, naturellement drôle, taquin avec ses invités, enjoué, proche de son public mais aussi avec ceux qu’il interroge. Assez souvent, il n’hésite à faire le show comme pousser la chansonnette, danser, quand il le faut, sur les rythmes d’un orchestre très local.
En parlant d’intimité, certains messages parleraient de relations intimes non consenties avec la star du petit écran local et des connaissances à lui. Elles auraient été droguées ou sous son emprise psychologique, elles se seraient retrouvées dans des soirées échangistes. D’autres parlent de relations sexuelles filmées sans leur consentement et les fichiers vidéos explicites seraient utilisés par l’animateur radio pour faire chanter la potentielle victime. Le caractère sexuel des contenus est donc considéré comme une circonstance aggravante.
Il est important de rappeler que depuis 2016, le revenge porn est considéré comme un délit pouvant conduire à deux ans de prison et 60 000€ d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, à l’aide de l’un des actes prévus à l’article 226-1.
Par ailleurs, ce qui ressort également, ce serait le harcèlement régulier qu’elles auraient vécu durant la relation et même après celle-ci. Un harcèlement en ligne mais aussi physique, le tout serait suivi de menaces soit de sa part ou de ses proches. Toujours selon ces accusations, Jordan Rizzi serait même un adepte de chantage affectif surtout quand ses » conquêtes » souhaitent le quitter. Il n’hésiterait pas à parler de mettre fin à ses jours ou à éliminer celle(s)qui voudrait mettre un terme à la relation. Sans oublier les insultes, les humiliations et les mépris qui seraient courants. Une véritable emprise psychologique qui s’opère sur la victime présumée.
Pour ce qui serait du profil des plaignantes, c’est quasi le même. Des femmes plus jeunes que lui, disons la vingtaine donc facilement sous emprise. Certaines seraient des fans, d’autres des conquêtes avec qui il aurait eu une aventure voire une relation sentimentale plus sérieuse. Il est vrai que l’on pourrait parler de complot à son encontre mais depuis que son nom a été révélé, les témoignages abondent et concordent tous. Les victimes seraient nombreuses et réparties entre la Guadeloupe et la Guyane-Française où il a débuté sa carrière d’animateur. Pour ces femmes, Jordan Rizzi serait tout simplement un pervers narcissique.
L’homme qui bénéficie de la présomption d’innocence se serait depuis muré dans le silence et se fait très discret. Il ne serait plus présent sur les réseaux sociaux, ses comptes ont été désactivés. Il aurait également pris ses distances avec le monde publique, officiellement pour des raisons de santé alors que son émission est encore diffusée le vendredi soir.
Il y a une attente indéniable de ces parties civiles de voir enfin ce procès arriver à son terme. Effectivement, elles attendent que l'accusé reconnaisse les faits et qu'il puisse être jugé pour ce qu'il a commis. Ce qui compte dans ce procès, ce sont les preuves du dossier.
Un an après la vague #MeToo, Sandra Muller, l'initiatrice du hashtag #BalanceTonPorc, dresse un bilan amer du phénomène en France. Elle regrette le faible nombre de personnalités accusées publiquement et dénonce la culpabilisation des victimes.
Elle souligne que #MeToo et #BalanceTonPorc ne sont pas contre la drague ou la séduction, mais visent à dénoncer les abus de pouvoir et les violences sexuelles. Elle déplore que les victimes soient souvent perçues comme des "bourreaux" et que le débat se focalise sur la culpabilité des victimes plutôt que sur les actes des agresseurs.
Dans le contexte de stigmatisation et de fragilisation de la famille noire aux Amériques, la littérature fut conçue comme un espace de résistance et de valorisation des populations afrodescendantes. Dès lors, il a toujours été très compliqué pour les écrivain.e.s noir.e.s d’aborder le sujet épineux des violences intrafamiliales et en particulier de l’inceste.
Ainsi, alors qu’il existe une importante production littéraire africaine-américaine sur l’inceste aux États-Unis, le tabou du dire de l’inceste règne dans la littérature des Antilles françaises et de la Guyane jusqu’à la fin des années 1980 et reste encore puissant. Parler pour ne pas mourir, de Lydia Reine, fait partie des quelques textes parus au vingt et unième siècle sur ce sujet difficile et c’est le seul, à ma connaissance, centré aussi nettement sur l’inceste.
Quand la littérature des Antilles et de la Guyane se détourne aussi systématiquement du sujet de l’inceste, n’y a-t-il pas lieu de se pencher sur les écrits de cette survivante de l’inceste qui a osé prendre la plume pour raconter son vécu ou le transposer en fiction ?
La notion de « tabou du dire de l’inceste » est à distinguer de la notion de « tabou de l’inceste ». Le tabou est un interdit d’ordre culturel et/ou religieux qui pèse sur le comportement, le langage et les mœurs, de sociétés données.
Si les rumeurs sont acceptées tandis qu’aucune action en justice n’est menée, c’est que le tabou du dire de l’inceste fait de la parole des victimes un témoignage interdit. « Tout se passe donc comme si la monstruosité de la chose, indicible, se déplaçait sur les mots, de sorte que, de manière frappante, c’est la parole sur l’inceste qui assume seule le scandale de l’inceste ».
Aux Antilles et en Guyane, l’inceste est néanmoins un sujet qui a durablement été évité ou ignoré par les écrivaines et les écrivains.
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