Balance Ton Porc : Origine et Impact

En octobre 2017, les révélations de harcèlement et d’agressions sexuelles commis par le producteur américain Harvey Weinstein et les témoignages successifs de stars hollywoodiennes sur les violences qu’elles ont vécues ont provoqué un séisme sur les réseaux sociaux des pays occidentaux.

La Naissance d'un Hashtag

Le hashtag #balancetonporc est né sur un coup de colère, un vendredi 13 octobre, sur fond d’affaire Weinstein, producteur américain accusé par une centaine de femmes de conduites sexuelles inappropriées.

«#balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends.»

Nous sommes le 13 octobre 2017 et la journaliste Sandra Muller vient de poster un tweet qui fera date dans l'histoire du réseau social et dans celle de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes.

Quelques jours avant, le 5 octobre, l’écrivaine canadienne Anne T. Donahue avait lancé #MyHarveyWeinstein.

À travers différents hashtags, des personnalités publiques comme des citoyennes ont fait part des situations de harcèlement qu’elles rencontraient dans leur vie quotidienne et particulièrement au travail : remarques misogynes ou déplacées, attouchements, viols, etc.

Ce mot lancé le 14 octobre par la journaliste française Sandra Muller, fut repris de manière virale par des femmes comme par des hommes pour témoigner sur le sujet du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles.

Quelques jours plus tard, #metoo a été repris comme un moyen de signifier que toutes les femmes étaient concernées. Ce terme existait déjà avant l’affaire Weinstein.

Un Appel à la Libération de la Parole

Il était temps de dénoncer l’ambiance malsaine du monde du cinéma, de la télévision et des médias.

Le succès de cette invitation à libérer la parole des victimes de harcèlement sexuel, perçue comme une incitation à la délation par certains, a dépassé les attentes de Sandra Muller.

En France, plus de 500 000 tweets ont été publiés en un mois sous le hashtag #Balancetonporc, preuve de l’importance du mouvement.

Le nombre de tweets a marqué par son ampleur : en France, plus de 500 000 tweets ont été publiés en un mois [1] sous le hashtag #Balancetonporc, preuve de l’importance du mouvement.

Ces hashtags, beaucoup commentés par la sphère médiatique, ont permis de mettre en lumière le caractère inédit d’une « libération de la parole des femmes ».

L’ampleur du phénomène est telle qu’il suffit aujourd’hui d’évoquer #metoo ou #balancetonporc pour faire référence à ce mouvement social et ses conséquences.

Je trouvais cette expression vulgaire. Au départ, elle décrivait le producteur Harvey Weinstein, sous le coup d’accusations différentes, du comportement irrespectueux au viol. A Cannes, on l’appelait « le porc ».

Puis je me suis souvenue de paroles dégradantes que moi-même j’avais entendues. Au cours d’un festival qui se déroulait justement à Cannes, un directeur de chaîne m’assénait : « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. »

Cette phrase était choquante, pathétique et très présomptueuse. J’ai décidé de donner le nom de mon agresseur verbal sur mon réseau afin de montrer l’exemple. Il fallait d’urgence arrêter ce genre de comportement.

Alors, ce petit hashtag peut-il faire changer les choses ? Dans l’engouement du moment et l’immédiateté, cela peut sembler évident.

Les hommes aussi se sentent impliqués : d’après Visibrain, 47% d’entre eux se sont exprimés avec ce hashtag. Une prise de conscience interexe, interplanétaire ?

Mais l’on peut aussi se souvenir d’autres initiatives du même types, comme le mot-dièse #JenAiPasPortéPlainte (nouvelle fenêtre) en 2012, puis #JaiPortéPlainte (nouvelle fenêtre) en 2014, ou encore les tumblr Paie ta shcneck (nouvelle fenêtre), et ses dérivés comme Paie ton taf (nouvelle fenêtre), Paie ta blouse (nouvelle fenêtre), qui dénoncent respectivement le harcèlement sexiste dans l'espace public, et au travail, ou encore à l'hôpital. A chaque fois le buzz a porté la même ambition, faire parler... et sont moins mis en avant aujourd’hui.

Polémiques et Controverses

Plusieurs polémiques sont apparues avec ces hashtags mettant en avant l’idée de se faire justice soi-même sur les réseaux en « balançant » un nom, de stigmatiser tous les hommes ou « l’homme blanc dominant », de faire preuve de puritanisme ou encore de s’opposer à une certaine « liberté d’importuner ».

Que le titre choisi pour ce # soit maladroit, sûrement, que le mot «balance» soit pointé comme indigne et dangereux, «rappelant les heures les plus sombres de» etc, etc, est aussi raisonnable que l’inverse.

Et c’est violent. A plusieurs égards.

Et puis il y a ces développements assez laids , ces jours-ci, qui commencent, sur les ondes et les plateaux par «je ne veux pas minimiser les violence faites aux femmes et je suis d’ailleurs le premier ou la première à dénoncer ces agissements mais… ».

- Non, il ne s’agit JAMAIS des premiers, ni des premières, à dénoncer ces actes.

Nous sommes aussi beaucoup à refuser de nous présenter au monde en tant que victimes, pour des raisons si diverses qu’il ne nous appartient pas de juger celles qui pour la première fois, ou non, ont choisi de s’exprimer, de témoigner, peu importe la façon et le support.

Après, à chacun de nous de s’ajuster, en conscience, ou pas, avec ce qu’il est ou ce qu’il n’est pas.

Plusieurs polémiques sont apparues avec ces hashtags [2] mettant en avant l’idée de se faire justice soi-même sur les réseaux en « balançant » un nom [3], de stigmatiser tous les hommes ou « l’homme blanc dominant [4] », de faire preuve de puritanisme ou encore de s’opposer à une certaine « liberté d’importuner [5] ».

L'appropriation du Hashtag

Et le hashtag #balancetonporc est même devenu une marque très prisée, qui échappe à sa créatrice.

Sur le site de l'Inpi, "Balance ton porc !" apparaît en effet comme une "marque verbale" déposée le 3 novembre 2017 par une certaine Héloïse Nahmani.

"On a eu l'idée de déposer la marque après un dîner entre filles. On pensait qu'elle serait déjà prise, mais ce n'était pas le cas", explique à franceinfo la jeune femme, qui travaille dans l'audiovisuel.

Elle dit avoir voulu éviter "que ça tombe entre de mauvaises mains". Son projet ?

Mais elle a finalement renoncé après avoir été "harcelée", dit-elle, par Sandra Muller et son avocat.

"Je ne savais même pas que c'était elle qui avait lancé 'Balance ton porc'. Je me suis désistée car, visiblement, elle veut garder son truc", fulmine Héloïse Nahmani.

"On a seulement envoyé un courrier après des échanges très vifs, assure Thaïs Boukella, vice-présidente de l'association We Work Safe, créée par la journaliste.

"Ils demandent l'anonymisation", explique la journaliste, qui préfère que les agresseurs présumés soient nommés.

"Et ils voulaient utiliser mon nom alors que je ne les connais ni d’Eve ni d’Adam.

"Le fait de nommer ouvre la voie à la défense pour les personnes concernées, qui peuvent porter plainte pour diffamation", explique Thaïs Boukella.

"On a un désaccord sur le fond", reconnaît Julien Vacheret, président de l'association Au non des femmes, qui revendique 200 adhérents.

Un hashtag n'appartient à personne.

"Bien sûr que le hashtag appartient à tout le monde, répond Thaïs Boukella. Sandra Muller a appelé tout le monde à s'en emparer et s'en servir. Mais désormais, elle veut protéger et défendre l'image de 'Balance ton porc'."

La journaliste est aussi en pourparlers avec les personnes qui ont déposé les noms de domaine www.balancetonporc.fr et www.balancetonporc.com, deux sites qui publient des témoignages anonymes sur le thème du harcèlement et des agressions sexuelles.

Analyse Lexicométrique de la Presse Écrite

Pour aller plus loin, nous proposons dans cet article de nous intéresser à un matériau culturel tel que la presse écrite. Il permettra d’avoir un regard complémentaire sur le sujet.

En effet, l’analyse de l’évolution de l’utilisation de #balancetonporc dans la presse peut refléter les manières dont le débat public traite les violences faites aux femmes et les rapports femmes-hommes dans ce contexte particulier : comment le traitement du sujet a-t-il évolué dans le temps ?

Dans quelle mesure ce traitement s’est-il étendu à la question des rapports femmes-hommes en général (sur le harcèlement sexuel, le consentement, la manière d’exprimer sa masculinité, etc.) ?

Diffère-t-il significativement dans les termes utilisés selon les titres de presse ?

L’analyse de la manière dont la presse écrite a traité #balancetonporc a été entreprise à partir d’un traitement quantitatif de données textuelles (lexicométrique).

Nous avons constitué un corpus de presse écrite à partir de 4 grands quotidiens nationaux : Le Monde, L’Humanité, Le Figaro et La Croix.

La période analysée va du 1er octobre 2017 (début de l’affaire Weinstein) à janvier 2019, près d’un an et demi après l’éclatement de l’affaire.

Nous avons identifié trois phases différentes qui pouvaient contribuer à l’évolution du lexique utilisé par la presse écrite s’agissant de #balancetonporc : la première concernerait les réactions « à chaud » face à l’affaire Weinstein courant jusqu’à une tribune polémique sur la « liberté d’importuner » (octobre 2017 - 8 janvier 2018) ; la seconde période renverrait aux réactions « à froid » suivant cette phase polémique (janvier 2018 - septembre 2018) ; la dernière période aurait trait à une forme de commémoration, un an après l’affaire (octobre 2018 - janvier 2019).

Les articles composant notre corpus de presse ont été répartis en 5 catégories selon le sujet principalement abordé : l’article journalistique relatant des faits, l’article d’expertise mobilisant un chercheur sur la question, la tribune critique centrée sur une opinion positive ou négative vis-à-vis de #balancetonporc, l’article de témoignages de femmes et d’hommes concernés par l’affaire et l’article rétrospectif (qui narre l’évolution d’un processus).

Nous avons fait l’hypothèse que le propos journalistique de description laisserait la place, à mesure que le temps passe, à des témoignages et des articles d’expertise sur les rapports entre femmes et hommes, puis à des articles rétrospectifs.

69 articles constituent notre corpus. Ils traitent tous du sujet de façon centrale sur la période octobre 2017-janvier 2019.

Pour analyser ce corpus, nous avons utilisé le logiciel d’analyse textuelle Iramuteq. Il permet de mettre en évidence les différents champs lexicaux qui structurent un corpus textuel.

En analysant la répétition de traces lexicales (co-occurrences) et la manière dont elles sont liées et opposées les unes aux autres, le logiciel montre comment sont organisés les termes d’un discours.

Nous avons cherché à voir l’impact des contextes d’énonciation, du type de journal ou de la tonalité de l’article sur le lexique utilisé pour traiter de #balancetonporc.

Aperçu des Résultats de l’Analyse Textuelle

L’analyse textuelle permet de distinguer quatre « classes », c’est-à-dire des champs lexicaux différents qui composent le corpus (figure 1). Ces quatre classes sont réparties en deux pôles :

  • le premier concerne l’actualité médiatique de #balancetonporc, à travers les témoignages sur les réseaux sociaux (classe 1) et leur réponse faites par la classe politique (classe 4) ;
  • le second propose un point de vue critique sur les rapports hommes / femmes à l’aune de ce hashtag, à partir de points de vue personnels (classe 3) et dans une perspective collective (classe 2).

Pour chacune de ces classes, plusieurs traces lexicales contribuent significativement à leur émergence (on parle « d’attracteurs sémantiques »).

La classe des « témoignages sur les réseaux » (classe 1) renvoie à tous les messages de dénonciation de harcèlement sexuel sur les réseaux sociaux et le traitement médiatique de ces témoignages. L’univers lexical des réseaux sociaux est logiquement très présent dans cette classe.

Le champ lexical du témoignage est également central dans cette classe (dénoncer (71), parole (68), témoignage (55), millier (50), plaindre (22), appel (20), révéler (20), déferler (11)) avec une focalisation sur les agressions subies par les femmes (agression (55), harcèlement (34), victime (33), comportement (28), sexisme (18), omerta (17), subir (16), agresseur (13), insulte (9), viol (9)).

L’ampleur du phénomène est également soulignée : ampleur (51), centaine (24), révéler (20), populaire (20), phénomène (19).

Un autre champ lexical couvre les réponses politiques liées à l’affaire Weinstein et plus largement aux enjeux d’agression sexuelle (classe 4). On y retrouve ainsi des réflexions sur le harcèlement au travail (travail (124), salarié (39), cadre (38), professionnel (37), entreprise (32), employeur (18)) et notamment sur les actes de violence (violence (122), victime (39), sexuel (37), sexiste (22), viol (20), urgence (16), discrimination (14), harcèlement (11)).

Les modalités de réponse sont également présentes avec des traces lexicales telles que loi (64), pénal (54), national (51), ordonnance (36), [éducation des] enfants (32), prévention (30), former (27), subvention (24)) tout comme les acteurs qui doivent s’emparer du sujet ou le font déjà (secrétaire [d’Etat] (52), association (46), gouvernement (44), Schiappa (42), Macron (36)).

Les classes 3 et 2 se détachent de cette actualité pour apporter un regard plus critique sur les rapports femmes-hommes dans leur globalité.

La classe 3 rend compte de points de vue individuels et personnels sur ce sujet : celui du père (44) sur l’éducation des filles (42) et des garçons (12), l’utilisation du je (32), du ma (20). Cette classe s’avère beaucoup plus hétérogène que les autres dans les catégories de mots (nous reviendrons dessus dans l’analyse).

Le registre est plus négatif que dans les autres classes avec des termes tels que honte (26), réactionnaire (20), hashtivisme (11), [retour de] bâton (13), diviser (12), opposer (10), délation (10).

La réflexion sur les comportements individuels renvoie à ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire (intime (21), soirée (21), importuner (20), séduire (17), élever (16), agresser (16), harceler (15), revendiquer (15), balancer (14), draguer (8), déplaire (8), gêner (8)) et à la manière de qualifier ces comportements (humour (19), blague (18), surprise (17), liberté (17), porc (16), beauf (14), lourdingue (14)).

Opposée à la classe 3, la classe 2 offre une lecture collective des rapports femmes-hommes, à travers des analyses d’experts sur les mutations de la société.

Les catégories mêmes de ce qui fait l’homme ou la femme sont discutées (homme (100), masculin (59), humain (47), féminin (38), femme (36), image (21), animal (21), reproduction (18), viril (18), crise (18), règle (16), genre (15)).

Les rapports femmes-hommes sont analysés sous le prisme de la domination et de la construction sociale (rapport (65), culturel (27), construction (25), domination (23), système (22), inclusif (22), représentation (21), image (21), féminisme (19), patriarcat (13)).

Le champ lexical des relations amoureuses et sexuelles est aussi très présent, s’écartant de la seule dimension de l’agression avec des termes tels que désir (102), sexe (86), sexualité (51), séduction (26), amoureux (24), corps (18), galanterie (13), aimer (13), coucher (9), érotisme (9)).

Analyse Approfondie des Résultats

Pour aller plus loin dans les résultats, centrons nous sur deux éléments qui font la spécificité de notre corpus : la prise de distance dans la manière de traiter #balancetonporc à travers le temps et la place accordée aux témoignages - notamment des femmes - dans le corpus.

Si l’on reprend les trois périodes précédemment identifiées, nous constatons une évolution dans la manière de parler de #balancetonporc, passant de la polémique à une réflexion sur les rapports femmes-hommes.

La réponse politique (classe 4) se retrouve surtout dans la première période (octobre 2017-janvier 2018). Elle figurait principalement dans des articles journalistiques et critiques.

Puis au cours de la deuxième période (janvier-septembre 2018), les points de vue personnels, prenant la forme de témoignages, en lien avec le sujet des rapports femmes-hommes apparaissent significativement (classe 3). Une lecture collective des rapports femmes-hommes basée sur des apports d’experts (classe 2) tend également à se développer.

En revanche, alors que nous pensions que cette dernière période (octobre 2018-janvier 2019) serait marquée par l’entretien du souvenir de l’affaire Weinstein (« quel bilan un an après ? »), nous remarquons que cette dimension commémorative apparaît finalement peu dans le lexique utilisé.

Cela peut s’expliquer par le fait qu’un an après l’affaire Weinstein, l’actualité des violences faites aux femmes semblait encore trop présente pour permettre l’établissement d’un éventuel « avant-après, ‘plus jamais ça’ ».

D’un point de vue lexical, il y a une certaine homogénéité dans la façon dont les journaux traitent #balancetonporc, quel que soit le titre du journal.

La seule différence concerne les registres employés: Le Monde et La Croix contribuent plus que les autres à l’analyse collective des rapports femmes-hommes basés sur des expertises (classe 2), Le Monde aux témoignages (classe 3), et L’Humanité aux questions du travail [10] (classe 4).

#Balancetonporc : Des Points de Vue Personnels, Principalement de la Part des Femmes

Les deux champs lexicaux qui offrent des points de vue critiques sur les rapports femmes-hommes (pôle 2) montrent que le hashtag #balancetonporc a donné lieu à des réflexions plus poussées sur les rapports de genre, allant ainsi au-delà de la stricte affaire Weinstein.

Force est de constater que les postures polémiques sur la délation ou sur le terme #balancetonporc n’apparaissent pas clairement d’un point de vue lexical dès lors que l’on s’intéresse à l’évolution du discours sur plusieurs mois.

Ainsi, les figures du « porc », de la « balance » ou même « ton » (interpellant directement les hommes) ne ressortent pas particulièrement. Il semble de fait que le hashtag intéresse moins ici que le contexte dans lequel il s’insère.

Il devient un lieu commun pour parler du harcèlement sexuel et du consentement, le symbole d’un mouvement social plus vaste décrit comme une « libération de la parole des femmes ».

Il offre l’occasion de discuter d’agression sexuelle, des rapports femmes-hommes, du consentement. Aussi, le féminisme ressort dans la classe 2, mais moins dans sa dimension militante que dans les grilles d’analyse qu’il offre pour décrire la société (la place du patriarcat et de la domination masculine par exemple).

#Balancetonporc a été traité sous deux prismes : par des individus qui s’expriment sur leurs comportements et par des experts qui évoquent ce que ce hashtag nous dit de l’évolution de la société.

La classe 3 portant sur les points de vue personnels est, à cet égard, très éclairante. La présence de termes négatifs et interrogatifs dans le champ lexical de cette classe montre la sensibilité de la question et les bouleversements que la libération de la parole des femmes sur ce sujet a pu engendrer.

Comment s’assurer du consentement, d’un comportement approprié ?

Le premier visé par #BalanceTonPorc se confie : "J'ai mal agi, mais ce n'est pas du harcèlement"

Des Témoignages Éloquents

Quelques contextes d’évocation des traces lexicales retrouvées dans cette classe illustrent cette sensibilité :

« Père de trois grandes filles, Laurent a beau soutenir le mouvement et tancer ses collègues masculins quand ils tiennent des propos sexistes, il a lui aussi du mal à discuter en famille sans se retrouver « en position d'accusé. « On a l'impression qu'on ne dit pas ce qu'il faut. Je suis peut-être maladroit », hasarde-t-il. » (Le Monde, 31 janvier 2018).

« L'impact de ces phénomènes sur les plus jeunes est aussi au cœur des interrogations de Marc, la cinquantaine. Ce père de famille nombreuse se sent un peu perdu. « Il est vrai que je me pose la question de ce que l'on attend encore des hommes. Mes parents m'ont appris à porter les sacs des femmes lorsqu'ils sont trop lourds, à leur tenir la porte. Maintenant, je ne sais plus ce qu'elles...

Conclusion

Quoi qu’il arrive, désormais, nous pourrons nous dire que nous ne sommes vraiment, mais alors, vraiment, pas toutes seules.

Même si, restent donc 40% qui pensent le contraire. Mais la présidente le redit : les pensées évoluent.

"A chaque affaire, le seuil de tolérance de la société diminue, estime-t-elle. Avant il y avait la pensée de la promotion canapé, qui consistait à dire 'si elle est arrivé là c’est qu’elle a couché'. Maintenant, on va plutôt dire 'C’est le gros con, qui a profité de sa situation'".

D’autant que ces configurations de harcèlement sont parfois difficiles à réaliser, et à confesser.

"Souvent, ce sont des personnes qui profitent de leur statut, qui brouillent les pistes, en étant toujours dans l’ambiguïté, sous prétexte d’aider... Il est dur pour une femme de refuser, imaginez quand ça commence dès l'entretien d'embauche".

En France, d’après une enquête Ifop réalisée en mars 2014 (nouvelle fenêtre)pour le compte du Défenseur des droits, une femme sur cinq est officiellement victime de harcèlement sexuel au travail, soit près de trois millions de femmes.

Le fléau touche tous les milieux, "médical, chez les flics, dans l’armée, tous les lieux où l’on peut exercer son pouvoir ou on peut exercer son pouvoir", estime la présidente du Collectif.

Mais seulement 5% des cas sont portés devant la justice. Pourquoi ? Entre désintérêt et lassitude du jury et de l'accusé.

Alors imaginez, une plainte pour harcèlement...95% des femmes qui parlent perdent leur emploi

"Le harcèlement en milieu du travail, c’est encore plus particulier", raconte Marie (nom changé) qui a raconté son expérience sous le mot-dièse BalanceTonPorc.

"C’est dans un environnement que tu connais, une personne que tu côtoies, tu as tendance à minimiser, et parfois l’environnement met en doute ton témoignage".

A l'époque, elle a tenté d'avertir sa hiérarchie, mais n'a pas porté plainte, sans trop savoir pourquoi sur le coup. Une enquête de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail, rapportée par Elle en 2016 (nouvelle fenêtre), va dans son sens : 95% des femmes qui parlent... perdent leur emploi.

Semblant attester que non, ce n'est pas anodin ni si sûr de parler.

Mais Marie ne croit pas que sa prise de parole ne serve à rien. "Cela ne sert pas à rien", répète-t-elle.

"On n'a jamais autant parlé du harcèlement... Une force qui pourra peut-être pousser certaines à tenter une démarche pénale, qu'elles n'avaient pas envisagé seules."

"Sur nos lignes d’écoute, nous n’incitons pas à porter plainte, complète Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol. (nouvelle fenêtre) On informe les victimes sur leur droit, on leur dit que c’est un délit, que c’est passible de deux ans de prison.

Mais mettre les choses en branle, ça ne va pas de soi. Alors nous, on veut d’abord que la victime sauve sa peau. Et ensuite, c’est elle qui décide. Mais on ne peut leur accorder aucune responsabilité aux victimes dans la perpétuation des faits.

Pour Marlène Schiappa, c'est là tout l'enjeu de son projet de loi, c'est le politique qui doit prendre la suite.

tags: #balance #ton #porc #origine #et #humour

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