La signification de l'expression "Avoir de la brioche" et son lien avec Marie-Antoinette

Depuis les années 1950, la célèbre « citation » « Qu'ils mangent de la brioche » figure dans les recueils de mots historiques, suscitant l'intérêt des sociologues et des historiens.

Cette phrase est au cœur de deux études récentes, l'une de Véronique Campion-Vincent et Christine Shojaei Kawan, l'autre de Cécile Berly, qui nous livrent les clés pour comprendre comment elle s'est fixée dans les mémoires. Il s'agit d'une citation totalement apocryphe.

Aucune source historique de la Révolution, aucune biographie de Marie-Antoinette ne la valide. Nombre de biographes de la reine s'insurgent d'ailleurs contre sa permanence.

La plus ancienne attestation daterait de 1843, soit cinquante-quatre ans après les faits présumés ; elle est d'Alphonse Karr, qui publie le journal satirique Les Guêpes, dans lequel il affirme : « On se rappelle quelle indignation on excita, dans le temps, contre la malheureuse reine Marie-Antoinette, en faisant courir le bruit que, entendant dire que le peuple était malheureux et qu'il n'avait pas de pain, elle avait répondu : "Eh bien ! Qu'il mange de la brioche." »

Quant à l'origine du « on », elle demeure obscure. Il peut s'agir des révolutionnaires les plus radicaux, engagés dans une campagne de propagande acharnée contre Marie-Antoinette dès 1789 ; ou de l'entourage de Louis XVIII, qui avait été extrêmement hostile à sa belle-sœur avant la Révolution. Il n'y a apparemment aucune source qui confirme l'une ou l'autre hypothèse.

Marie-Antoinette, avant même que la Révolution n'éclate, traîne déjà une réputation déplorable. Détestée tant par le peuple que par de nombreux aristocrates, elle est accusée des pires vices : ivrognerie, indécence, orgies, voire inceste. Comme le racontent les spécialistes des légendes urbaines Véronique Campion-Vincent et Christine Shojaei Kawan dans Annales historiques de la Révolution française, la reine est perçue comme un des piliers de l'appauvrissement du peuple.

Toutefois, aucune source historique fiable ne permet d'attribuer cette phrase à Marie-Antoinette. Mais alors, comment cette idée reçue est-elle arrivée jusqu'aux oreilles de votre oncle historien du dimanche ?

Une légende urbaine et un ragot à succès

Cette phrase s'apparente donc à la fois au conte (elle renvoie à un système narratif codifié que l'on retrouve dans beaucoup de traditions), à la rumeur (les vecteurs de sa transmission comme son origine sont mystérieux et incontrôlables) et à la légende urbaine (elle est utilisée comme un support validant des discours extrêmement divers). Au travers de ces trois lectures, il est possible de retracer la genèse du succès durable de cette invention.

On retrouve le même type de système narratif dans des contes chinois, indiens ou, surtout, allemands et lettons : confronté à la détresse sociale, le personnage principal résout le problème par une pirouette méprisante qui témoigne simplement de son ignorance de l'autre ; à la fin, ce personnage est tué par ceux qu'il avait moqués. Un recueil pour enfants d'Erich Kästner, publié en Allemagne en 1931 et réédité régulièrement, relate précisément cette fable en faisant de Marie-Antoinette la principale protagoniste. La conclusion est brutale : « Elle eut la tête tranchée. Tant pis pour elle. »

Une trame similaire existe dans la France du XVIIIe siècle. Rousseau l'attribue à une « grande princesse » ; ailleurs, on la place dans la bouche de Madame Victoire, l'une des filles de Louis XV. C'est cette tradition que reprend, par exemple, Pierre Larousse dans son dictionnaire de 1872. Comme dans tout conte, on a une princesse, des nobles personnages, un château ; une morale accompagne la conclusion tragique. Dans l'univers des mentalités populaires, un tel récit permet de comprendre comment la rumeur a progressé et s'est installée.

Ce racontar, dont la longévité fait la spécificité, apparaît dans des contextes historiques de crise alimentaire et politique aiguë.

En France, il se répand dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et s'inscrit alors dans le cadre du « pacte de famine », que le contrôleur général des finances L'Averdy aurait signé en 1765 avec la société de marchands de grains Malisset, permettant à cette dernière de spéculer sur le prix des grains alors que la récolte avait été mauvaise.

Le succès de ce ragot est dû à son initiateur, le prévôt de Beaumont, pamphlétaire efficace. Il reste très prégnant jusqu'à la Révolution. Ainsi, Marat l'évoque à plusieurs reprises à la fin de 1789 dans son journal L'Ami du peuple. Le bon mot attribué à une princesse souvent anonyme fait alors florès dans la littérature.

Marie-Antoinette fait l'objet de plusieurs campagnes de libelles diffamatoires dès les années 1780, certaines liées à des opérations boursières complexes, d'autres à la célèbre affaire du Collier. Le début de la Révolution est propice au développement des on-dit : l'épisode de « la grande peur » de l'été 1789 (dans toute la France, des émeutes paysannes visent les châteaux et plus généralement les symboles de l'ordre féodal ancien) est déclenché par une série de rumeurs où, comme l'a montré l'historien Georges Lefebvre en 1934, s'enchevêtrent inquiétudes politiques propres à la période et angoisses liées à la crise frumentaire.

Louis XVIII aurait attribué, vers 1820, à Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, une phrase similaire (peut-être pensait-il en fait à Marie-Antoinette, mais celle-ci, devenue martyre, ne pouvait pas être critiquée). La citation semble n'avoir été largement prêtée à Marie-Antoinette que plus tard, dans la seconde moitié du XIXe siècle. C'est à ce moment-là que la reine devient, pour les républicains, une figure particulière de détestation. Elle cristallise sur sa personne nombre des causes qui ont déclenché la Révolution, dont elle devient l'une des responsables. C'est particulièrement sensible dans l'Histoire de la Révolution française de Louis Blanc (1849) et dans l'Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès (1902). Pourtant, l'un comme l'autre ne mentionnent pas la formule célèbre. Elle n'apparaît pas non plus dans les manuels scolaires : c'est donc sans doute oralement que son attribution à Marie-Antoinette s'est transmise, depuis Alphonse Karr jusqu'au XXe siècle.

La transmission de la légende

Il semble que la première source écrite qui attribue cette blague de (très) mauvais goût à Marie-Antoinette date de 1843, cinquante ans après sa mort. Le romancier Alphonse Karr écrit : « On se rappelle quelle indignation on excita, dans le temps, contre la malheureuse reine Marie-Antoinette, en faisant courir le bruit que, entendant dire que le peuple était malheureux et qu'il n'avait pas de pain, elle avait répondu : “Eh bien ! Qu'il mange de la brioche.” »

Véronique Campion-Vincent et Christine Shojaei Kawan expliquent que « les attestations écrites semblent rares jusqu'au début du XXe siècle. Il semble donc qu'au XIXe siècle l'anecdote attribuée à Marie-Antoinette se soit transmise oralement, alors qu'au XXe siècle, et surtout depuis les années 1930, elle a été répandue par des ouvrages littéraires. »

D'autres écrits évoquent cette phrase, sans l'attribuer explicitement à Marie-Antoinette. C'est le cas de Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions : « Enfin je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain, et qui répondit : “Qu'ils mangent de la brioche.” » Le philosophe évoque simplement « une princesse ». Et surtout, Les Confessions sont écrites en 1765. Il ne peut donc pas penser à Marie-Antoinette, car elle épouse le futur Louis XVI cinq ans plus tard, en 1770.

Un modèle de cynisme

À cette époque, c'est bien comme une légende urbaine, vecteur de discours très variés, que l'utilisation écrite de cette phrase devient courante. On la repère facilement, en particulier en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis, où elle sert de support référentiel à de nombreuses publicités pour l'alimentation. Outre-Atlantique et outre-Manche, la brioche est un cake. Ainsi, une marque de cognac se présente comme « étant le toast quand Marie-Antoinette mangeait du cake » (journal satirique Punch du 17 octobre 1979). De nombreuses allusions politiques évoquent le cake comme le modèle du cynisme des puissants dénoncé par les caricaturistes. Cette référence a donc à la fois traversé les décennies et les frontières. Sans doute parce que la citation attribuée à Marie-Antoinette était profondément inscrite dans la culture populaire.

Dans le monde entier, encore aujourd'hui, certains manifestants utilisent ce slogan pour dénoncer les injustices sociales. Il s'agit souvent de la version anglaise : « Let them eat cake ! »

L'influence de la Côte d'Ivoire sur le sens du mot « pain »

Sur les réseaux sociaux, le pain a un double sens. Aujourd’hui on l’utilise pour parler d’une personne que l’on drague. Mais d’où vient cette expression ?

En Côte d’Ivoire, le mot « pain » ne désigne pas seulement l’aliment. A l’origine, le pain qualifiait un homme beau, on disait de lui qu’il était craquant, comme une baguette qui sort du four, elle est alors craquante. Avec le temps, le mot est entré dans le vocabulaire courant pour parler d’amour et de drague.

Ce terme utilisé par les jeunes vient du nouchi, un argot né dans le pays qui mélange du français avec plusieurs langues africaines. Les Ivoiriens utilisent donc aujourd’hui cette expression pour parler d’un « joli garçon » ou d’une « jolie fille » ou d’un ou une « petite amie ». Aujourd’hui il existe même un site de rencontres ivoirien « mon pain ».

D’autres utilisateurs des réseaux sociaux pensent que le « pain » peut aussi venir du mot anglais « pain » qui veut dire douleur.

Qu'ils mangent de la brioche 🤣

Revoilà votre oncle historien du dimanche qui, au moment de servir la brioche pour le dessert, vous raconte, fier de lui, cette anecdote concernant Marie-Antoinette. La France pré-révolutionnaire est traversée par plusieurs épisodes de famine entraînant des émeutes. Le sarcasme de la réplique symbolise le fossé abyssal entre la noblesse insouciante et le peuple misérable.

La danse de la brioche en Vendée

La danse de la brioche est un incontournable des mariages en Vendée : « La tradition est tellement ancrée que les boulangers fournissent la civière avec la brioche », relève Michel Gautier, écrivain et historien, fin connaisseur de la Vendée. « Les bons danseurs et les costauds montrent à la fois leur force et leur agilité, quelques fortes femmes s’y risquent aussi », s’amuse Michel Gautier, pour lequel « cette danse se fait lors des mariages, mais aussi dans les bals poitevins et traditionnels ».

On retrouve la coutume sur des cartes postales « de la fin du XIXe siècle », remarque l’auteur du Dictionnaire de Vendée à cœurs ouverts, selon lequel « traditionnellement, pour les mariages, on chauffait le four du village pour cuire brioche et gâche. Selon Vendée qualité, l’organisme de défense et de gestion des produits vendéens, c’était un cadeau traditionnel du parrain et de la marraine aux mariés, et la brioche était partagée entre invités au cœur de la nuit.

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