Autour de la Crêpe : Histoire et Traditions

La crêpe, bien plus qu'un simple plat, est un véritable symbole de la gastronomie française, intimement lié à l'histoire et aux traditions de la Bretagne. Des galettes de blé des Romains aux crêpes de sarrasin bretonnes, ce mets simple et savoureux a traversé les siècles en s'adaptant aux cultures et aux régions. Découvrons ensemble l'histoire et les coutumes qui entourent cette délicieuse spécialité.

Galette saucisse, Marché Place des Lices, Rennes

Les Origines Anciennes de la Crêpe

L'histoire de la crêpe remonte à la Préhistoire, bien avant l'apparition du pain. Cet aliment de base était alors un simple mélange de céréales en poudre et d'eau. Les Romains améliorent la recette en mélangeant de la farine de froment, des œufs, de l'eau et parfois du vin. Déjà au Moyen Âge, on préparait une sorte de galette fine à base de farine et d’eau, cuite sur une pierre plate.

Dans l'Antiquité, la crêpe était déjà un aliment très populaire. Les Grecs et les Romains préparaient des galettes à base de farine de blé, d'orge ou de millet, souvent agrémentées de miel ou de fromage frais. En Grèce antique, les crêpes étaient même utilisées dans les offrandes religieuses et étaient cuites sur des autels en l'honneur des dieux. La crêpe avait donc une place importante dans la culture culinaire de l'Antiquité et était souvent associée à des croyances religieuses et à des fêtes.

L'Essor de la Crêpe en Bretagne

C'est en Bretagne que la crêpe, telle qu'on la connaît aujourd'hui, s'est véritablement imposée. À l’origine, on faisait des crêpes à base de blé noir (sarrasin), souvent salées. Puis, au XIXe siècle, le sucre et la farine blanche sont arrivés dans les maisons. C'est alors qu'est née la version sucrée à la farine de froment.

Du XIIIe au XVe siècle, la culture du sarrasin (blé noir), croît en Europe. Avec cette culture apparaît la crêpe que nous connaissons. Au XVIIIe siècle, présentée à des invités de prestige, la galette s’accommode d’un œuf. Ainsi naît le premier plat de galette de Bretagne : le « pâté de Bécherel ». La célèbre galette saucisse, aujourd’hui emblématique de la cuisine bretonne, n’est créée qu’à la fin du XIXe siècle, tout comme la galette au sucre.

Le Sarrasin : Un Ingrédient Clé

L'arrivée du sarrasin en Bretagne et sa culture intensive dans les champs ont marqué un tournant dans la fabrication des crêpes. En effet, le sarrasin une fois transformé en farine, n'est pas panifiable car il ne contient pas de gluten, ce qui empêche la pâte de lever. Ainsi, le sarrasin se prête également bien à la préparation de bouillies ou de crêpes.

Pour les agriculteurs bretons, l'introduction du sarrasin était particulièrement avantageuse. Traditionnellement, les cultures principales visaient des céréales comme le blé, l'avoine ou l'orge, vendues sur le marché pour payer les taxes. Ces céréales avaient une valeur marchande significative. Le sarrasin, en revanche, avait un marché moins étendu et n'était pas couramment utilisé pour payer les taxes.

Le sarrasin a supplanté principalement l'avoine dans l'agriculture bretonne en raison de son adaptation à leurs systèmes de culture. Dans les terres bretonnes, souvent pauvres, les agriculteurs pratiquaient des périodes de jachère longues pour laisser le sol se reposer. Après cette période, une céréale était plantée pour préparer le sol à la culture principale du blé ou du froment. Contrairement à l'avoine qui était plantée au printemps, le sarrasin pouvait être semé à l'automne précédent, utilisant ainsi efficacement la période initialement réservée au défrichement. Cela signifie que le sarrasin s'intégrait dans le cycle agricole sans nécessiter une période supplémentaire dédiée, agissant comme un bonus dans le système de culture.

On trouve beaucoup de sites sur internet qui évoquent l'histoire de la crêpe et de la galette. Vraiment beaucoup ! Fin 2020 cinq établissements culturels de Bretagne ont créé une exposition à succès sur l'histoire de la crêpe intitulée "Et vous ? Êtes-vous plutôt crêpe ou galette ?".

galetière

Crêpe ou Galette : Une Question de Région et de Tradition

La distinction entre une crêpe et une galette repose principalement sur des différences régionales et culturelles. En Haute-Bretagne, située à l'est de la région, on utilise généralement le terme "galette". Cette partie de la Bretagne est traditionnellement associée à la langue gallo, une langue romane proche du français.

En Basse-Bretagne, les crêpes tendent à être plus fines, et la recette est plus flexible, incorporant parfois des œufs, du lait, ou un mélange de sarrasin et de froment. En Haute-Bretagne, les galettes sont généralement préparées avec de la farine de sarrasin, du sel et de l'eau, et sont souvent plus épaisses. Ainsi, selon Guénolé Ridoux la différence entre crêpe et galette est moins une question d'ingrédients ou d'épaisseur qu'une question de vocabulaire et de traditions régionales.

Les Outils Traditionnels : Galetières et Rozell

Une "galetière" est un terme traditionnellement utilisé pour désigner un type de crêpière ou une plaque de cuisson spécialement conçue pour la préparation des galettes ou des crêpes. Les plus anciennes galetières identifiées jusqu'à présent remontent au 9e siècle. Ces premières versions semblent être des prototypes ou des ancêtres des galetières plus élaborées que l'on a découvertes plus tard à Landévennec, lesquelles sont fréquemment retrouvées et mieux préservées.

Bien que certains fragments datent peut-être du 9e siècle, ils ne correspondent pas entièrement à la conception complète des galetières plus tardives. À partir du 11e siècle, on assiste à l'émergence de grandes galetières en céramique onctueuse, similaires à celles découvertes à Landévennec. Ces galetières, fabriquées principalement en argile finistérienne caractéristique, étaient courantes du 11e au 16e siècle.

Dans le monde, on retrouve divers types de galettes, telles que les tortillas en Inde, la crêpe "mille trous" en Afrique du Nord, ou l'injera en Éthiopie. Cependant, la crêpe bretonne se distingue par une caractéristique unique : elle est préparée dans un récipient sans manche. Contrairement à la méthode française habituelle où on étale la pâte en manipulant le manche de la galetière, en Bretagne, l'absence de manche nécessite une technique différente.

Cette technique bretonne utilise le rozell, un petit râteau, pour étaler uniformément la pâte sur toute la surface de la galetière. Cette particularité est spécifique à la Bretagne et se retrouve tant en Haute-Bretagne qu'en Basse-Bretagne, indépendamment de l'appellation locale de la préparation, qu'elle soit nommée "crêpe" ou "galette".

La Chandeleur : La Fête des Crêpes

chandeleur crêpes

Si je vous dis Chandeleur, vous me répondrez à coup sûr : crêpes ! En effet, la coutume veut que le 2 février, cette fête religieuse soit célébrée avec de fines galettes cuites à la poêle, que l’on fait sauter pour le plus grand plaisir des enfants. La tradition veut également que la première crêpe soit faite avec une pièce d’or dans la main et que toutes les bougies de la maison soient allumées.

Pour comprendre tous les us inhérents à cette fête, il est nécessaire de se plonger un peu dans l’histoire païenne et chrétienne. En février avaient lieu les Lupercales, fêtes ponctuées par des rites de purification et des défilés à la lueur des flambeaux. Ces hommages étaient rendus à Lupercus, dieu de la fécondité qui régnait également sur les forêts, les plaines et les champs.

La Chandeleur est devenue l’une des 12 grandes fêtes de l’Église catholique au IVe siècle. Jésus de Nazareth, né quarante jours plus tôt, y est présenté comme la “lumière du monde”. À cette époque, pour se préserver des malédictions, les processionnaires devaient réussir à rentrer chez eux sans que la flamme de leur bougie ne s’éteigne.

Dans les temps immémoriaux, les divinités étaient l’objet de culte et recevaient des offrandes en échange de leur bienveillance et leur protection. Ainsi, pour se garantir de belles récoltes, les païens offraient en cadeau de fines galettes réalisées avec les restes de blé. Et du temps de Gélase 1er, toujours lui, chaque pèlerin qui arrivait à Rome recevait une galette. C’est le souvenir de ces rituels qui perdure avec la confection des crêpes.

Pour éloigner la misère, il fallait faire sauter la première crêpe dans la poêle de la main droite, en tenant une pièce d’or dans sa main gauche, et ce, bien sûr, sans la faire tomber. Lorsque ce défi était gagné, la pièce d’or était roulée avec la crêpe puis déposée au-dessus d’une armoire. Ce porte-bonheur patientait là jusqu’à l’année suivante, assurant à la maison prospérité, fertilité et des récoltes abondantes.

La Chandeleur est l’objet de nombreux dictons populaires et dans ces maximes proverbiales, le mois de février marque un tournant dans le rythme des saisons. Pour démarrer les cultures sous les meilleurs auspices, les paysans utilisaient les excédents de farine du grenier et confectionnaient des crêpes pour fêter le proche retour du soleil.

Entre fête chrétienne, racines païennes et superstitions locales, la tradition se révèle bien plus symbolique qu’il n’y paraît. Le symbole est clair : la lumière. Si la chandelle restait allumée, l’année promettait fertilité et prospérité. La racine du mot renvoie d’ailleurs à la chandelle, objet central d’une époque sans éclairage moderne… et marqueur social : la plus belle chandelle affichait aussi une forme de prestige.

La Crêpe : Un Symbole Culturel et Gastronomique

Aujourd’hui, les crêpes font partie des habitudes culinaires des Français. On les prépare pour le goûter, le dessert, ou même en plat principal. Et elles sont célébrées chaque 2 février, lors de la Chandeleur. C'est une fête populaire d'origine religieuse. Les familles se réunissent pour faire sauter les crêpes ensemble. À l'origine, cette tradition montrait le retour de la lumière après l'hiver. Les crêpes, rondes et dorées comme le soleil, apportaient de la chance pour les récoltes à venir.

En France, la crêpe est appréciée pour sa simplicité et sa variété de garnitures, tant salées que sucrées. Au-delà de sa dimension gastronomique, la crêpe est un symbole de l'identité culturelle de la France. Elle est appréciée par les français et les touristes du monde entier, et sa préparation est souvent transmise de génération en génération.

En Bretagne, la crêpe n'est pas seulement un plat : c'est un symbole identitaire, un rituel de convivialité, un lien entre les générations. Traditionnellement, les crêpes étaient préparées lors des fêtes religieuses et populaires. La Chandeleur est bien sûr la fête des crêpes par excellence, mais en Bretagne, elles étaient aussi incontournables lors des pardons (pèlerinages religieux locaux), des mariages, des fêtes de village.

La galette bretonne - Karambolage - ARTE

Crêpes du Monde

Les crêpes sont un plat universel et intemporel qui continue de fasciner et d'enchanter les gourmets du monde entier. Dans le monde, on retrouve divers types de galettes, telles que les tortillas en Inde, la crêpe "mille trous" en Afrique du Nord, ou l'injera en Éthiopie. En conclusion, la crêpe est un aliment apprécié à travers le monde, avec des variantes qui reflètent les cultures et les traditions culinaires locales.

Les blinis, sont originaires de Russie et sont souvent servis avec du caviar, du saumon fumé ou de la crème aigre. Contrairement aux crêpes, les blinis sont plus petits et plus épais. Les pancakes américains sont également similaires aux crêpes, mais sont généralement plus petits et plus épais. Ils sont souvent servis pour le petit déjeuner avec du sirop d'érable, du beurre fondu ou des fruits frais. Les crumpets britanniques sont des petits pains ronds et épais, semblables à des muffins anglais, mais sont cuits sur une poêle plutôt qu'au four. En Inde, les dosas sont des crêpes salées croustillantes, souvent farcies de pommes de terre épicées ou de lentilles. Enfin, en Chine, les jianbing sont des crêpes minces et croustillantes, souvent garnies de légumes, d'œufs et de viande.

Recette de Crêpes Traditionnelles

Voici une recette simple et délicieuse pour préparer des crêpes comme à la maison :

  • 250 g de farine de blé
  • 3 œufs
  • 50 cl de lait
  • 2 c. à soupe de sucre
  • 1 pincée de sel
  • 2 c. à soupe de beurre fondu
  • Optionnel : un peu de rhum ou de fleur d’oranger pour parfumer
  1. Dans un grand saladier, versez la farine et faites un puits au centre.
  2. Ajoutez les œufs, le sucre, le sel, puis commencez à mélanger.
  3. Incorporez petit à petit le lait en fouettant, pour éviter les grumeaux.
  4. Ajoutez le beurre fondu et le parfum si vous le souhaitez.
  5. Laissez reposer la pâte au minimum 30 minutes à température ambiante.
  6. Faites chauffer une poêle légèrement beurrée, puis versez une louche de pâte. Faites cuire chaque crêpe 1 à 2 minutes par face.

Accords Parfaits : Crêpes et Vins

Saviez-vous que certaines crêpes sucrées se marient très bien avec des vins français ? Voici quelques idées :

  • Crêpe au citron et sucre → vin blanc moelleux (type Jurançon ou Vouvray)
  • Crêpe au chocolat noir → vin rouge fruité (Gamay, Pinot noir)
  • Crêpe flambée au Grand Marnier → champagne brut ou crémant

Les Matériaux Utilisés pour la Fabrication des Galetières

Les matériaux utilisés pour la fabrication des galetières ont évolué au fil des siècles, reflétant les avancées technologiques et les ressources disponibles. Voici un aperçu de cette évolution :

Période Matériaux Utilisés Caractéristiques
Jusqu'au 9e siècle Prototypaux Premières versions, ancêtres des galetières plus élaborées.
À partir du 11e siècle Céramique onctueuse (argile finistérienne) Grandes galetières en céramique, courantes du 11e au 16e siècle.
15e et 16e siècles Nouvelles céramiques (terre cuite variée) Transition due à l'épuisement de l'argile onctueuse spécifique. Introduction de diverses formes de terre cuite.
À partir du 16e siècle Fer et fonte Matériaux privilégiés pour la production. Galetières conservant des dimensions et une utilisation similaires aux modèles médiévaux en céramique.

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