La question de l'autosuffisance alimentaire est devenue un enjeu crucial pour de nombreux pays, et le Maroc ne fait pas exception. Face aux défis croissants tels que la croissance démographique, les changements climatiques et les tensions géopolitiques, assurer un approvisionnement alimentaire stable et suffisant est devenu une priorité stratégique. Cet article explore les enjeux et les défis de l'autosuffisance alimentaire au Maroc, en mettant en lumière les stratégies nationales et les perspectives d'avenir.
Agriculture au Maroc
La prospective de la production et de la consommation agroalimentaires dans les grandes régions du monde conduit à un constat alarmant : compte tenu de la dégradation croissante de la balance agroalimentaire des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée (PSEM) et pour assurer l’alimentation de tous tant quantitativement que qualitativement, nous devons bâtir un nouveau paradigme alimentaire. Ce nouveau paradigme impose une nouvelle approche des territoires ruraux et de la gestion de l’eau agricole.
Les scénarios d’Agrimonde 2050 sur les systèmes agricoles et alimentaires macro régionaux présentent des hypothèses de travail concernant la population (9 milliards en 2050), la croissance économique, les ressources naturelles, l’évolution technologique et le commerce international. Géographiquement, cette prospective découpe le monde en six grandes régions mondiales, dont l’ensemble Afrique du Nord-Moyen Orient.
Deux scénarios principaux sont envisagés :
Pour la terre, le bilan est nul, ce qui veut dire que les ressources, dans les deux scénarios, sont suffisantes pour nourrir les hommes de 2050. Mais il y a de fortes différences entre régions : des greniers du monde d’un côté, de l’autre des régions déficitaires, surtout l’Afrique et plus encore l’ensemble Afrique du Nord-Moyen Orient, et cela dans les deux scénarios. Cela signifie que pour ces pays, les besoins seront incomparablement plus importants que les ressources.
Les importations agricoles des PSEM vont donc exploser. Les fournisseurs mondiaux en seront l’UE d’abord et de loin, mais aussi l’Amérique du Nord, le Mercosur et l’Ukraine. On remarque qu’à leur petit niveau, les PSEM apparaissent comme exportateurs ; il y a donc des potentialités, notamment dans un plus grand commerce intra-méditerranéen depuis les PSEM, même si les volumes resteront limités.
Pour assurer l’alimentation pour tous, quantitativement et qualitativement, il nous faut bâtir un nouveau paradigme alimentaire. Le scénario AG1 reste utopique, car il repose sur une rémunération suffisante des producteurs agricoles. Les conditions en seraient les suivantes : écouter les nutritionnistes sur la diète alimentaire, contrer la tendance qui nous conduit vers 500.000 exploitations agricoles pour nourrir le monde entier et insister sur la gouvernance, à l’échelle locale, internationale, avec une coordination mondiale des grands blocs régionaux.
L’économie marocaine a su rapidement rebondir après la pandémie. En 2021, la croissance de son PIB a enregistré une hausse de 7,9%, soit au-dessus de la région MENA (3,7% pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient) et de l’économie mondiale (6%). Ce rebond économique a permis au Royaume marocain de retrouver son niveau de richesse d’avant la crise Covid-19.
La montée des tensions géopolitiques et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement depuis la crise sanitaire ont débouché sur des pressions inflationnistes. La hausse de l’indice général des prix a atteint 8,3% fin 2022. S’y est ajoutée localement une vague de sécheresse historique qui a entraîné un fort recul des cultures pluviales et a mis en exergue un niveau inquiétant des réserves d’eau menaçant l’agriculture irriguée.
La dégradation des conditions climatiques a poussé les prix alimentaires à la hausse. Les ménages subissent, par conséquent, une inflation brutale et quasi-inédite. Il faut en effet remonter une trentaine d’années en arrière pour retrouver une telle flambée des prix. Compte tenu de la hausse du prix des importations d’hydrocarbures et de céréales, le déficit courant s’est dégradé en 2022.
La croissance du PIB du Maroc réel est passée de 7,9% en 2021 à 1,2% en 2022, tandis que le déficit du compte courant s’est creusé de 2,3% à 4,1% du PIB. L’extrême volatilité de la production agricole, due à des chocs climatiques de plus en plus fréquents, explique environ la moitié de cette décélération.
Le Maroc a traversé en 2022 sa période la plus sèche depuis 30 ans. D’après la Banque mondiale, la sécheresse a entraîné au Maroc une baisse de 15,3% de la valeur ajoutée du secteur agricole. Cela s’est matérialisé par une perte de plus de 200 000 emplois en milieu rural, touchant en particulier les ménages marocains les plus modestes. Près de la moitié du ralentissement économique a été induite par un recul brutal de la production agricole.
Ainsi, les aléas climatiques constituent une source d’inquiétude grandissante et un défi incontournable pour les autorités publiques mais aussi pour le secteur privé. Selon les résultats pour le Maroc de la CEO Survey de PwC Maroc, 53% des dirigeants se sentent exposés à ce risque de volatilité pour leurs activités.
Le Maroc, compte tenu de sa dépendance aux importations de blé et de pétrole, subit les conséquences de la guerre en Ukraine. 20% de ses importations de céréales proviennent de la Russie et de l’Ukraine. 60 % des besoins céréaliers sont couverts par les importations.
Le Maroc fait face à une inflation importée due à la fois à la flambée des prix de l’énergie et à la pression à la hausse exercée sur les prix des produits agricoles importés. Selon les chiffres du HCP, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 1,7% en février 2023 et de 10,1% sur un an, tiré par la flambée des prix des produits alimentaires (+20,1%). Le poids élevé de l’alimentation dans le panier moyen de consommation (38%) fragilise le budget des ménages.
L'alimentaire atteint près de 50% du panier moyen de consommation des classes les plus vulnérables. D’après la 27e Global CEO Survey de PwC Maroc, 62% des dirigeants au Maroc considèrent l’inflation comme une menace pour les 12 prochains mois.
Dans ce contexte, plusieurs stratégies et initiatives ont été mises en place pour renforcer l'autosuffisance alimentaire du Maroc :
Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent :
Pour relever ces défis, il est essentiel de :
En conclusion, l'autosuffisance alimentaire au Maroc est un défi complexe qui nécessite une approche multidimensionnelle. En combinant des politiques agricoles adaptées, des investissements stratégiques et une coopération régionale renforcée, le Maroc peut renforcer sa sécurité alimentaire et assurer un développement durable de son secteur agricole.
| Indicateur | 2021 | 2022 |
|---|---|---|
| Croissance du PIB | 7,9% | 1,2% |
| Déficit du compte courant | 2,3% du PIB | 4,1% du PIB |
| Inflation | - | 8,3% |
| Réserves de change | - | 32 milliards d'euros |
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