La question de l'autosuffisance alimentaire en France est devenue un enjeu crucial dans un contexte mondial marqué par des crises alimentaires, des défis environnementaux et des mutations agricoles profondes. Selon les dernières estimations du Rapport 2021 sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde (SOFI), 811 millions de personnes ont souffert de la faim en 2020, une augmentation de 161 millions par rapport à 2019. L’insécurité alimentaire a été particulièrement aggravée en 2020 par la pandémie de Covid-19, 124 millions de personnes étant désormais en situation d’extrême pauvreté.
L’Afrique et l’Asie sont les continents les plus touchés ; ainsi, en 2020, plus d’un africain sur cinq a été confronté à la faim en 2020, soit plus du double que dans tout autre région. L’Afrique est également le seul continent où, selon les projections, le nombre d’individus confrontés à la faim devrait continuer d’augmenter d’ici à 2020. Environ deux milliards de personnes souffrent par ailleurs de « faim cachée » liée à un manque en vitamines et en minéraux (en particulier vitamine A, en fer, en iode et en zinc). Enfin 2,4 milliards de personnes n’ont pas eu accès en 2020 à une alimentation adéquate, sûre et nutritivement suffisante.
Comme l’ont montré les dernières crises alimentaires de 2005, 2008 et de 2011, et la crise causée par la pandémie de Covid-19, l’insécurité alimentaire a des causes complexes et le problème de la faim dans le monde aujourd’hui ne pourra être résolu seulement par une augmentation de la productivité agricole. L’insécurité peut être provoquée par un très grand nombre de facteurs parmi lesquels, les conflits, les chocs climatiques, les pertes et gaspillages, la spéculation financière sur les denrées alimentaires, la compétition pour les ressources naturelles, le manque d’infrastructures pour le transport, le stockage et la conservation des aliments, le manque de pouvoir d’achat.
La sécurité alimentaire est atteinte lorsque « toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive, qui satisfait leurs besoins nutritionnels pour leur permettre de mener une vie active et saine ».
La sécurité alimentaire constitue une des priorités de l’action extérieure de la France, qui identifie 4 piliers pour définir l’accès à la sécurité alimentaire :
La France agit sur la scène internationale, dans le cadre de sa coopération bilatérale en faveur des pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, comme dans les enceintes multilatérales telles que les Nations unies ou le G20. Elle s’implique également dans la lutte contre toutes les formes de malnutrition en particulier chez les mères et les enfants.
Plusieurs facteurs contribuent à l'insécurité alimentaire mondiale :
La malnutrition se manifeste sous diverses formes, chacune ayant des conséquences graves :
La malnutrition touche plus particulièrement les enfants et les femmes. Chez l’enfant, on estime que la nutrition pendant la période de la conception à 2 ans (dite « des 1000 jours ») est cruciale pour garantir un développement normal. Jusqu’à l’âge de 5 ans ensuite, un suivi est également recommandé.
La malnutrition est un frein au développement économique, tant au plan individuel que collectif. Ainsi, des études ont montré que les enfants qui souffrent d’un retard de croissance accomplissent jusqu’à 1,5 années de moins de scolarité et deviennent des adultes moins productifs et moins qualifiés, et que la malnutrition infantile coûte entre 1,9 à 16% de leur PIB annuel aux pays africains.
Les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) de l’agenda 2030, adoptés par les chefs d’Etat et de gouvernement lors du Sommet sur le développement à l’Assemblée générale des Nations unies les 25-27 septembre 2015, ont retenu un objectif d’éradication totale de la faim et de la malnutrition d’ici 2030. Ainsi l’ODD numéro 2 « éradiquer la faim, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » (ou défi « faim zéro ») vise à encourager des pratiques agricoles durables pour transformer les systèmes alimentaires et produire une alimentation saine et de qualité pour parvenir à résorber la faim dans le monde.
Soit assurée la viabilité des systèmes de production alimentaire et la mise en œuvre des pratiques résilientes pour accroître la production et la productivité.
Cependant, la pandémie de Covid-19 qui a commencé en 2020 et se poursuit en 2021 menace la réalisation de ces objectifs de l’agenda 2030. La pandémie a en effet poussé 130 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire.
En novembre 2014 s’est tenue une réunion intergouvernementale de haut niveau destinée à attirer une grande attention au niveau mondial sur la malnutrition. Elle a rassemblé à Rome, 170 délégués des Etats membres de la FAO et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mais aussi de nombreux représentants de la société civile et du secteur privé.
Dans la continuité de la CIN2, l’Assemblée générale des Nations Unies a annoncé en avril 2016 le lancement de la Décennie d’actions pour la nutrition (2016 - 2025). La FAO et l’OMS, également à l’origine de l’initiative, ont rallié à ce nouveau programme de travail, les gouvernements, chargé de le diriger, mais aussi les organisations intergouvernementales, la société civile, le secteur privé, le Comité de la Sécurité alimentaire, les milieux universitaires, le comité permanent de la nutrition du Système des Nations-Unies, pour un engagement collectif dans l’éradication de la malnutrition.
La France s'engage à plusieurs niveaux pour améliorer la sécurité alimentaire :
L’ODD2 ne pourra être atteint que si les cibles de plusieurs autres ODD sont également atteintes. Les indicateurs de suivi mondial des 17 Objectifs de développement durable ne conviennent pas nécessairement à la situation et enjeux de chaque pays.
Pour y répondre, la France met en place des actions variées aux niveaux national et international.
La contribution du secteur agricole à la lutte contre le changement climatique et à la préservation des ressources nécessite une évolution concertée des pratiques, notamment en matière de gestion de l’eau, de couverture des sols, d’usage des terres, de fertilisation azotée, de sélection animale et d’alimentation des animaux.
A tire d’exemple, on comptait en 2022 plus de 60 000 fermes engagées en bio (certifiées ou en conversion), soit 14,2 % des fermes françaises. Avec +3,5 %, le nombre de producteurs engagés en agriculture biologique continue de progresser en 2022, mais à un rythme inférieur à celui de 2021. Les surfaces bio, en hausse de 9 % depuis 2020, atteignent 2,87 millions d’hectares soit 10,7 % de la surface agricole utilisée (SAU). Le PSN (plan stratégique national de la politique agricole commune) vise notamment à atteindre 18 % de SAU conduite en agriculture biologique à horizon 2027.
L’État s’engage par de nombreux plans et programmes en faveur d’une agriculture et d’une alimentation plus durables en France : les politiques menées sont d’ordre incitatif, en lien avec les obligations législatives et règlementaires.
Dans le cadre de la loi du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs (dite loi Egalim 2), complétée par la loi Climat et Résilience, depuis le 1er janvier 2022, les repas servis en restauration collective dans tous les établissements chargés d’une mission de service public doivent compter au moins 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits issus de l’agriculture biologique.
La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat est le cadre dans lequel est élaborée, en France, la politique publique de l’alimentation et de la nutrition. Cette stratégie sera publiée en 2024 et définira les orientations vers une alimentation saine et durable pour tous.
Le projet agro-écologie (2016) a pour objectif d’encourager les modes de production performants à la fois sur le plan économique et sur le plan environnemental.
Le Programme national pour l’alimentation (PNA, 2016, 2019-2023) : l’essence de ce programme est de s’appuyer sur un partenariat avec les collectivités territoriales, le monde associatif, les organismes institutionnels et les acteurs privés pour encourager une alimentation plus durable.
Pour répondre à ces enjeux, le ministère en charge de l’Agriculture cofinance des initiatives identifiées lors d’appels à projets annuels. Depuis 2014, un appel à projets national est lancé chaque année à l’initiative du ministère en charge de l’agriculture pour développer des projets fédérateurs et exemplaires s’inscrivant dans les objectifs du PNA.
Le deuxième pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire 2017-2020 répond à l’une des quatre grandes priorités du nouveau PNA, et à l’un des 13 axes stratégiques du Programme national de prévention des déchets en cours. Le bilan du Pacte 2017-2020 a été réalisé en septembre 2021. Il a permis de faire le bilan du degré de réalisation des engagements de l’État et des partenaires, et de se concerter sur la suite à apporter au Pacte après 2020.
La lutte contre le gaspillage alimentaire est un levier particulièrement efficace pour atteindre l’ODD2 (ainsi que l’ODD 12.3 puisqu’il a des incidences positives sur la lutte contre le dérèglement climatique, sur la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, ainsi que sur la réduction de l’insécurité alimentaire (en donnant plutôt qu’en jetant par exemple).
Développer l’affichage des impacts environnementaux sur les produits agricoles et alimentaires permet d’agir à la fois sur la demande (information du consommateur pouvant lui permettre de modifier son comportement) et sur l’offre (éco-conception).
Le 2e Plan National d’Adaptation au Changement Climatique comporte une partie concernant directement le secteur agricole, dans le but de « Renforcer la résilience des activités économiques aux évolutions du climat ».
La transition agroécologique, initiée au niveau national par l’adoption d’un projet agroécologique en 2014, est confortée par les nouvelles directives de la politique agricole commune (PAC) qui fixent un cap pour la France en la matière. Elle réoriente l’agriculture dans l’objectif de combiner performances économique, sanitaire, environnementale et sociale.
L’agroécologie encourage des systèmes d’agriculture et d’élevage qui réduisent les intrants de synthèse, qui renforcent la fertilité des sols, la biodiversité, qui économisent l’eau, dans une approche holistique de l’exploitation dans son territoire.
Le plan Écoantibio 3 (2023-2028) , qui s’inscrit dans la nouvelle feuille de route interministérielle « Prévention et réduction de l’antibiorésistance, lutte contre la résistance aux antimicrobiens » et qui vient prolonger la dynamique initiée en France depuis 2011 avec Écoantibio 1 (2011-2017) et Écoantibio 2 (2017-2022), vise à limiter l’émergence et la diffusion de résistances aux antibiotiques chez les animaux et les risques qui y sont associés.
En France, plus de 12 000 exploitations sont engagées dans des Groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE) (ministère de l’Agriculture, 2021). On compte 24 827 exploitations de haute valeur environnementale (le niveau le plus élevé de la certification environnementale des exploitations agricoles) en 2021 (INSEE).
En 2021, 2,87 millions d’hectares sont exploités selon le mode biologique, dont environ un tiers est en conversion (INSEE). 428 projets alimentaires territoriaux (PAT) sont labellisés au 1er avril 2023.
Près d’un Français sur deux est en surpoids et 17 % de la population adulte est en situation d’obésité, soit 8,5 millions de personnes. Le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté entre 2022 et 2023, avec une estimation à 783 millions (FAO, 2023). L’émaciation sévère touchait 7,9 millions d’enfants en juin 2022.
A l’international, de nombreuses parties-prenantes non-étatiques contribuent à la lutte contre les famines et la malnutrition et au développement de solutions agricoles et alimentaires durables.
5 ONG françaises membres de Coordination SUD participent au Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations Unies (CSA) au titre de la délégation française du Mécanisme de la société civile et des peuples autochtones pour les relations avec le CSA.
Certaines associations françaises comme Action contre la Faim contribuent aux consultations stratégiques annuelles du Programme Alimentaire Mondial et contribuent à élaborer la stratégie globale des Nations Unies sur la sécurité alimentaire.
En 2022, Action contre la Faim a déployé 12 enquêtes et accompagné ou appuyé plus ponctuellement les équipes de 27 dispositifs d’aide en Ile de France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Au niveau national, une enquête sur les besoins et attentes des personnes accompagnées par les Restos du cœur a ainsi par exemple été réalisée par les équipes d’Action contre la Faim.
Elle s’associe avec d’autres acteurs de terrain et de la recherche afin de coconstruire des projets pilotes, de tester et documenter de nouvelles modalités d’aide plus adaptées pour couvrir les besoins des publics les plus précaires, et nourrir des évolutions des politiques publiques. Le projet Passerelle mis en œuvre à Montreuil en est un bon exemple.
Alessandra Kirsch, directrice du Think Tank Agriculture Stratégies, présente les défis et les perspectives de l'agriculture française, mettant en lumière les enjeux de la polyculture-élevage, de la compétitivité des filières et de l'autosuffisance alimentaire.
L’agriculture française traverse une période de mutations majeures. Entre la spécialisation des exploitations, la concentration des filières animales et les défis liés à l’autosuffisance alimentaire, le secteur agricole doit s’adapter pour rester compétitif tout en répondant aux attentes sociétales et environnementales.
La polyculture-élevage est souvent présentée comme un modèle agricole vertueux, car elle favorise la durabilité agronomique et environnementale. Cependant, la réalité économique pousse les exploitants à se spécialiser. "On observe une nette tendance à l’abandon de l’élevage au profit des cultures céréalières, historiquement plus rentables," explique Alessandra Kirsch. Cette évolution va à l’encontre de l’objectif d’un développement équilibré sur le territoire et soulève des inquiétudes quant à la résilience du système agricole français.
Deux types d’exploitations dominent désormais le paysage agricole français. D’un côté, de petites fermes se tournent vers les circuits courts et les filières à haute valeur ajoutée. D’un autre, de grandes exploitations s’agrandissent pour maximiser les économies d’échelle et répondre aux exigences des marchés internationaux. Cette polarisation reflète une transformation profonde du secteur agricole, mais elle complique aussi la mise en place d’un modèle durable et homogène.
L'élevage français fait face à de nombreux obstacles qui entravent son développement. La nécessité d'une concentration géographique pour maintenir la rentabilité des filières est cruciale. De plus, les effets du changement climatique rendent l'élevage plus difficile dans certaines zones. À cela s'ajoute la complexité administrative et la contestation locale concernant l'implantation de nouveaux bâtiments d'élevage. Ces facteurs combinés rendent le maintien d'un élevage diversifié encore plus complexe.
Alessandra Kirsch souligne également l'importance de la compétitivité à tous les niveaux de la chaîne de production. "Il faut que l'agriculteur en amont de la chaîne soit compétitif, mais que toutes les étapes de transformation, toutes les étapes industrielles soient compétitives aussi," affirme-t-elle. Cette vision holistique est essentielle pour garantir que le secteur agricole puisse non seulement survivre mais prospérer dans un marché globalisé.
La France, historiquement autosuffisante, voit ses importations augmenter dans plusieurs secteurs clés. Actuellement, 25 % de la viande bovine consommée est importée et un tiers des produits laitiers proviennent de l'étranger. Alessandra Kirsch met en garde contre cette tendance inquiétante : "d'ici 2027, on produira peut-être plus assez de lait pour répondre à notre consommation. Nos importations vont exploser." Cette situation appelle à une réflexion urgente sur les capacités de production locale et sur la nécessité d'assurer une autosuffisance alimentaire durable.
La France, en tant qu'acteur majeur de la scène internationale, s'est engagée à atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) définis par les Nations Unies. Parmi ces objectifs, l'ODD 2, qui vise à éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir une agriculture durable, est particulièrement pertinent dans le contexte de l'autosuffisance alimentaire.
| Indicateur | Situation Actuelle | Objectif 2030 |
|---|---|---|
| Pourcentage de SAU en agriculture biologique | 10.7% (2022) | 18% (2027) |
| Part des produits de qualité et durables en restauration collective | 50% minimum (depuis 2022) | À maintenir et améliorer |
| Prévalence du surpoids et de l'obésité chez les adultes | Près d'un Français sur deux en surpoids, 17% obèses | Réduire significativement |
| Nombre de projets alimentaires territoriaux (PAT) labellisés | 428 (Avril 2023) | Augmenter |
Face à ces défis complexes, Agriculture Stratégies appelle à une réflexion globale intégrant la production primaire, la transformation et la compétitivité de l'ensemble des filières. L'objectif est clair : maintenir une agriculture française forte, capable de répondre aux besoins du marché tout en préservant son autonomie alimentaire pour les générations futures.
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