L'objectif d'autonomie alimentaire est essentiel pour garantir la souveraineté alimentaire. Cela ne signifie pas vivre en autarcie, mais donner la priorité à l’approvisionnement des populations locales par des productions locales.
Aujourd’hui, 25% de la production française est exportée et 20% de la consommation alimentaire est importée. En particulier, la France est dépendante des importations sur les filières fruits, légumes et légumineuses. Il est donc nécessaire de diversifier les productions et déspécialiser les territoires pour développer les productions et les filières manquantes.
Il faudrait 1 million d’hectares supplémentaires pour doubler la production de fruits et légumes, et multiplier par 5 celle de légumineuses et ainsi être autonomes sur ces filières. Cela suppose de revoir en profondeur la façon dont les terres agricoles sont utilisées et notamment celles dédiées à l’élevage.
Aujourd’hui, une importante part de la surface cultivée sert à l’alimentation animale plutôt qu’à l’alimentation humaine. Une réduction du cheptel de ruminants de 30 à 50% en le recentrant sur les prairies permanentes permettrait de libérer 3 à 5 millions d’hectares de terres (La Fabrique écologique, 2022).
Cependant, dans un contexte de stagnation voire de légère augmentation de la consommation de viande, une baisse de la production entraîne une augmentation des importations. Elles se font en particulier sur des produits carnés tels que le poulet bas de gamme, produit dans des conditions que nous dénonçons et importé par l’industrie agro-alimentaire pour être consommé dans la restauration hors domicile ou cachée dans les plats industriels.
La trajectoire du “moins et mieux” (de viande) passe donc nécessairement par une reconnexion de l’agriculture à l’alimentation, et un changement des assiettes : il faut des politiques publiques accompagnant la végétalisation de l’alimentation.
La crise agricole actuelle met en lumière les difficultés rencontrées par les agriculteurs et agricultrices, broyé·es depuis des décennies par un modèle agroindustriel à bout de souffle qui ne permet pas de nourrir la population. Il est temps de repenser nos politiques agricoles et alimentaires pour promouvoir une transition agroécologique garantissant la capacité des paysan·nes à vivre dignement de leur travail, l’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous, et la préservation de la capacité des générations futures à se nourrir.
Voici cinq leviers essentiels pour atteindre la souveraineté alimentaire :
L’instrumentalisation de la souveraineté alimentaire et le maintien de la puissance exportatrice de la France sert à justifier une course effrénée vers le productivisme et l’intensification des pratiques. Pourtant, le modèle agroindustriel repose sur l’importation d’énergies fossiles, engrais azotés, produits phytosanitaires ou encore tourteaux de soja à destination de l’alimentation animale : ces dépendances exposent les agriculteurs et agricultrices aux fluctuations économiques ainsi qu’aux conditions géopolitiques.
Par exemple, dans les 3 dernières années, on observe une augmentation de 30% des coûts de production due à la hausse des prix de l’énergie, engrais azotés et produits phytosanitaires (INSEE, 2023).
Il est donc nécessaire de diversifier les productions et déspécialiser les territoires pour développer les productions et les filières manquantes.
Les exportations françaises sont en partie dues à des filières industrielles produisant des denrées à bas prix, subventionnées par les aides à l’agriculture française et européenne qui déstabilisent les marchés de pays tiers plus vulnérables et détruisent les paysanneries locales.
Cette même concurrence déloyale dessert les agriculteurs et agricultrices françaises qui se retrouvent par exemple avec les productions brésiliennes qui tirent les prix vers le bas. Ainsi, si les échanges internationaux sont nécessaires pour enrichir les régimes alimentaires ou assurer la sécurité alimentaire mondiale, ils ne doivent pas se faire au détriment de la souveraineté alimentaire de pays tiers.
Les accords de libre-échange doivent donc être remis en discussion.
Pour la “compétitivité de la Ferme France” promue par le gouvernement, l’agro-industrie tire les prix vers le bas, au détriment du revenu des agriculteurs et agricultrices. En conséquence, 18% des membres de ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté.
Le rapport de force étant maîtrisé par les industriels et les distributeurs, le partage de la valeur est extrêmement inégalitaire. Par exemple, en 2022 les éleveurs ont perçu 4% de moins sur le prix d’un 1L de lait demi-écrémé qu’en 2021, au profit de la grande distribution (+188%) et de l’industrie agro-alimentaire (+64%) (FNH, 2023).
Or comment peut-on assurer la souveraineté alimentaire de la France dans le long terme si les producteurs ne peuvent vivre dignement de leur travail ? Il est donc essentiel de réguler les négociations entre les agriculteurs et l’agroalimentaire, d’encadrer les marges et de s’assurer que les lois déjà en place (comme la loi Egalim) soient respectées.
Ce sont aussi les conditions du maintien d’un tissu paysan fort et diversifié, nécessaire à la souveraineté alimentaire.
Dans le discours dominant, la transition agroécologique semble menacer la souveraineté alimentaire. Pourtant, la souveraineté alimentaire passe nécessairement par la préservation des capacités productives dans la durée, il est donc indispensable de préserver les ressources, la biodiversité et la vie des sols et des écosystèmes : la transition agroécologique, qui permet le développement de modèles dont l’agriculture biologique, permet d’assurer les capacités de production aujourd’hui et demain.
Les pratiques agroécologiques réduisent également les dépendances aux énergies fossiles, engrais azotés et produits phytosanitaires, permettant donc aux agriculteurs et agricultrices d’être autonomes, en maîtrise de leurs moyens de production, et d’avoir des revenus indépendants des marchés internationaux.
De nombreux scénarios de prospective, comme le modèle TYFA (Ten Years For Agroecology) de l’IDDRI, montrent qu’il est possible de nourrir respectivement les populations européennes et françaises avec une généralisation de l’agroécologie dont un fort développement de l’agriculture biologique.
| Leviers | Description |
|---|---|
| Sortir de la dépendance aux importations | Réduire la dépendance aux énergies fossiles et aux intrants chimiques. |
| Diversifier les productions locales | Développer les filières manquantes et adapter l'utilisation des terres. |
| Remettre en question les traités de libre-échange | Protéger les marchés locaux et les paysanneries mondiales. |
| Assurer un revenu décent aux agriculteurs | Réguler les négociations et encadrer les marges. |
| Opérer la transition agroécologique | Préserver les ressources et la biodiversité pour une production durable. |
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