Recommandations et Régimes Alimentaires pour l'Autisme

L'autisme, ou trouble du spectre autistique (TSA), est une pathologie qui se manifeste très tôt, avant l’âge de trois ans. Il se traduit par des troubles du comportement, de la communication verbale et non verbale, et des interactions sociales. Bien que son origine reste encore inconnue, il s’agit vraisemblablement d’une maladie multifactorielle, avec une forte probabilité de participation génétique.

Les difficultés alimentaires sont très fréquentes chez les personnes autistes, à tous les âges de la vie. Elles peuvent se traduire par une sélectivité marquée des aliments, un refus de certaines textures, couleurs ou odeurs, ou encore par des rituels rigides autour des repas. Ces difficultés ne relèvent pas d’un trouble du comportement alimentaire classique (comme l’anorexie ou la boulimie), même si les deux peuvent coexister.

Par ailleurs, un trouble spécifique de l’alimentation appelé ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder, ou trouble des prises alimentaires évitantes/restrictives) est beaucoup plus fréquent chez les personnes autistes.

De nombreux enfants autistes s’alimentent de manière hypersélective. Ils présentent une hypersensibilité sensorielle, sont réfractaires au changement et à la découverte de nouveaux aliments et sont cantonnés à certaines textures. Souvent, ils n’acceptent de ne manger que des aliments d'une marque, d'une couleur ou d'une forme précises.

Les Formes Diverses des Difficultés Alimentaires

Les difficultés alimentaires peuvent prendre des formes très diverses :

  • Certaines personnes refusent de goûter des aliments nouveaux (néophobie alimentaire).
  • D’autres n’acceptent qu’un nombre très limité d’aliments ou rejettent certaines textures, couleurs ou odeurs (sélectivité alimentaire).
  • Les repas peuvent aussi s’accompagner de rituels : utiliser toujours la même assiette, couper les aliments d’une certaine manière, ou ne consommer qu’une marque spécifique.

Il est également possible que cela mette en avant un défaut de compréhension de ce que les personnes perçoivent (cohérence centrale). Il n’est pas rare non plus que les personnes autistes éprouvent des difficultés à mâcher, à avaler, ou à reconnaître leurs sensations internes de faim et de satiété (intéroception).

Sur le plan moteur, certaines personnes autistes présentent des difficultés de mastication ou de déglutition. D’autres facteurs peuvent encore intervenir : des difficultés dans les fonctions exécutives (initier, organiser ou poursuivre un repas), des intérêts restreints centrés sur certains types d’aliments, ou encore des troubles somatiques non identifiés - notamment gastro-intestinaux - provoquant des douleurs ou un inconfort difficile à exprimer.

Il y a une gestion sensorielle des repas en équipe. Créer un environnement facilitant pour la personne (fond sonore ou silence absolu, épurer l’environnement visuel, ajout de balle de tennis sur les pieds des chaises pour diminuer les bruits lorsqu’elles sont déplacées, tables ergonomiques…). Un travail d’adaptation du matériel est parfois nécessaire (assiette d’une certaine couleur ou forme, couverts plus lourds ou d’une forme adaptée…). Veiller à la généralisation des pratiques sur tous les lieux d’accueil de la personne.

Ritualiser au maximum pour limiter les changements (temps de repas, type de couverts, placement à la table…). Le seul changement doit être l’aliment nouveau. Séparer les aliments dans l’assiette et éviter les plats en sauce. Toujours encourager et féliciter la personne, la motiver par l’utilisation de renforçateurs*. En cas de « comportement défis », il vaut mieux proposer à la personne de quitter la table pour qu’elle puisse s’apaiser plutôt que d’insister et de la contraindre.

Attention à ne pas mettre trop de pression. Les repas doivent rester un moment agréable. Le repas doit être associé autant que possible à un moment positif, à une expérience agréable. Ces comportements durant les repas impliquent systématiquement un problème de socialisation et de communication.

Le moment du repas peut être vécu comme une épreuve pour les enfants, mais aussi pour les parents. L’enfant doit manger dans un environnement agréable, calme et sans stimulation extérieure. Vous devez varier les aliments lors des repas. Expliquez toujours à votre enfant le repas que vous lui servez. Ne mélangez pas les aliments, utilisez une assiette compartimentée par exemple.

Proposez-lui toujours un aliment qu’il aime avec un autre qu’il aime moins ou qu’il ne connait pas en petite quantité. Si vous lui servez toujours le même aliment qu’il aime, il peut par la suite ne plus vouloir le manger. Diversifiez la forme des aliments (purée, morceaux, gratin…). Si vous utilisez un planning visuel, veillez à y identifier chaque période dédiée aux repas.

Vous devez féliciter et récompenser votre enfant le plus souvent possible. S’il goute un nouvel aliment ou s’il accepte de manger tout son plat, proposez-lui son dessert préféré. Vous pouvez également lui proposer son activité ou son jeu favori après le repas.

Les troubles sensoriels peuvent être pris en charge par un professionnel. N’hésitez pas également à faire un bilan chez un orthophoniste. Sachez que cette perturbation sensorielle s’explique par des difficultés du cerveau à recevoir, filtrer, traiter et interpréter l’information sensorielle. Ces difficultés peuvent toucher tous les sens, dont le goût.

Ces troubles peuvent varier selon le moment de la journée ou avec la fatigue. Ils déclenchent chez les personnes autistes des crises et des réactions émotionnelles excessives. Rester patient est alors la meilleure des solutions. Essayez d’apaiser votre enfant ou proposez-lui de sortir brièvement de table pour se calmer.

Les Interventions nutritionnelles

Des chercheurs ont émis l’hypothèse que les symptômes de l’autisme pourraient être liés à la formation de molécules dues à la digestion incomplète d’aliments contenant de la caséine et du gluten. Molécules qui seraient à l’origine d’une augmentation de la perméabilité intestinale ; elles passeraient alors dans la circulation sanguine et se rendraient dans le cerveau.

Or certaines de ces molécules comme la casomorphine, issue de la digestion de la caséine, les exorphines et la gliadorphine, issues du gluten, peuvent se fixer sur les récepteurs opioïdes du cerveau dont le rôle est la modulation de la réponse à la douleur et le contrôle de certaines émotions. C’est ainsi que le régime sans caséine et sans gluten a été proposé, suite à l’observation de troubles intestinaux relativement fréquents chez les personnes autistes.

Toutefois, si certains chercheurs supposent qu’une intoxication à ces molécules puisse être responsable de symptômes autistiques, cette théorie n’est pas encore validée. Les résultats des études scientifiques ne sont il est vrai pas concordants : certains mettent en évidence une réduction des symptômes, alors que d’autres ne montrent pas d’effets probants.

Il faut néanmoins compter sur les témoignages de nombreux parents qui plébiscitent l’éviction du gluten et de la caséine après avoir constaté une diminution, certes variable, des symptômes chez leurs enfants.

Une étude récente avait montré que la sensibilité au gluten était fréquente chez les autistes, d'où l'idée qu'un régime sans gluten soulage les symptômes de l'autisme, d'autant que de nombreux parents ont rapporté des améliorations chez les enfants suivant un régime sans gluten ni caséine.

Des chercheurs iraniens ont étudié l’effet d’une alimentation sans gluten sur le comportement et les troubles gastro-intestinaux d’enfants autistes. 80 enfants autistes ont participé. 40 ont suivi un régime sans gluten et 40 un régime normal pendant six semaines. Sur les 80 enfants, 53,9 % avaient des problèmes gastro-intestinaux.

Dans le groupe qui a mangé sans gluten, ces troubles ont été réduits de manière significative, mais pas dans le groupe qui suivait une alimentation normale. Cependant, récemment a été conduite une petite étude en double aveugle qui portait sur 14 enfants autistes âgés de 3 à 5 ans. Les enfants ont suivi un régime sans gluten ni caséine (SGSC) pendant 4 à 6 semaines, puis, au cours des 12 semaines suivantes, ils ont soit consommé des repas SGSC, soit des repas classiques qui contenaient ces protéines.

Cette étude n'a pas mis en évidence de bénéfice d'un régime SGSC sur les fonctions physiologiques, les troubles du comportement ou les symptômes de l'autisme.

Les légumes crucifères (choux, navet, radis, cresson...), et particulièrement le brocoli, contiennent une substance, la glucoraphanine (de la famille des glucosinolates) qui se transforme en sulforaphane lorsque le légume est mastiqué et avalé. Les bienfaits du brocoli sont déjà connus pour la prévention du cancer colorectal, l'amélioration de l’arthrose et de l’asthme, la détoxification de l’organisme...

Dans cette étude, les chercheurs ont administré quotidiennement pendant 18 semaines et par voie orale du sulforaphane issu de brocolis, à 29 jeunes hommes (13 à 27 ans) atteints de troubles du spectre de l’autisme. Le groupe de contrôle (15 participants) a reçu un placebo. Au bout de 4 semaines de traitement par le sulforaphane, des améliorations apparaissent déjà et continuent d’augmenter jusqu’à la fin de l’intervention. Après 18 semaines de traitement, les scores des tests ABC et SRS ont diminué de 34 % et 17 % respectivement, démontrant une amélioration comportementale notamment sur des paramètres tels que la léthargie, l’irritabilité, l’hyperactivité, la communication et la motivation.

Dans le groupe qui a pris du sulforaphane, après 18 semaines de traitement, les chercheurs ont remarqué une nette amélioration au niveau de l’interaction sociale pour 46 % d’entre eux, au niveau des comportements aberrants pour 54 % d'entre eux et au niveau de la communication verbale pour 42 % d'entre eux.

Le sulforaphane permet donc d’améliorer certains troubles du comportement liés à la maladie, comme l’interaction sociale et la communication verbale.

Les acides gras oméga-3 jouent un rôle clé dans le développement normal du cerveau et du système nerveux central de l’enfant. L’autisme étant un trouble du développement, il est logique de se demander s’il existe un lien entre les oméga-3 et cette maladie. Selon différentes études, c’est effectivement le cas.

Est-ce que supplémenter les enfants autistes en oméga-3 a un effet sur leurs symptômes ? Il semblerait que oui. Ainsi, en 2009, une petite étude incluant 10 enfants âgés de 4 à 7 ans souffrant d’autisme a montré que prendre 1 g d’oméga-3 par jour durant 12 semaines permettait une amélioration d’environ 33% de leurs capacités, d’après l’Autism Treatment Evaluation Checklist.

Des chercheurs de l'université de Stanford ont conduit une étude pilote pour savoir si un antioxydant comme la N-acétylcystéine pouvait réduire certains symptômes de l’autisme tels que l'irritabilité, les changements d'humeur et l'agressivité. Actuellement ces symptômes sont contrôlés par l'utilisation de médicaments psychotropes, les antipsychotiques, efficaces mais aux effets secondaires importants.

31 enfants autistes âgés de 3 à 12 ans ont donc reçu de la N-acétylcystéine ou un placebo pendant 12 semaines. La supplémentation en acétylcystéine consistait à recevoir 900 mg par jour pendant 4 semaines, puis 900 mg deux fois par jour pendant 4 semaines puis 900 mg trois fois par jour pendant 4 semaines, une dose importante.

Résultat : le score standard de mesure de l'irritabilité a été divisé par deux chez les enfants ayant reçu la N-acétylcystéine. Ces résultats sont plus faibles que ceux obtenus avec des médicaments mais non négligeables d'après les chercheurs qui considèrent qu'il s'agit d'un "outil efficace avant d'utiliser des armes lourdes".

La sélectivité alimentaire chez la personne autiste

Conseils pour manger à l'extérieur avec un enfant autiste

Manger à la cantine ou au restaurant peut donc se transformer en une épreuve pour un enfant autiste, mais également pour ses proches.

Habituez l’enfant à l’environnement le plus tôt possible. Un enfant autiste peut être sensible aux bruits de voix, de cuisine, de couverts. Au restaurant, commencez par des chaînes de restauration rapide : l’attente n’est pas trop longue, les repas rapides et vous pourrez entrer et sortir comme bon vous semble.

La 1re fois que vous emmenez votre enfant au restaurant, proposez-lui des aliments qu’il connaît déjà et qu’il apprécie. L’équipe éducative doit structurer le temps du repas et l’espace. Votre enfant pourra manger toujours à la même table, si cela le rassure, en compagnie de ses camarades de classe.

Les encadrants scolaires peuvent utiliser un visuel permettant à l’enfant autiste d’anticiper et de visualiser l’heure et le déroulement du déjeuner. Ils peuvent également utiliser un minuteur visuel du type « Time Timer » pour permettre la visualisation du temps consacré au repas.

Prenez le temps d’expliquer au serveur la situation. La discussion facilitera les échanges et la compréhension de vos demandes spécifiques. Certains restaurateurs sont à l’écoute en ce qui concerne les restrictions alimentaires.

S’ils ne peuvent pas répondre à vos attentes, demandez-lui de réchauffer un plat que vous aurez apporté. Pour la cantine, prenez le temps de sensibiliser l’équipe éducative et plus particulièrement l’ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles). Expliquez-leur les spécificités sensorielles de votre enfant autiste. Est-il sensible à la lumière, aux bruits ? Quels sont les signes d’alerte avant une crise ? Que mange-t-il ?

L’ATSEM pourra alors mieux comprendre votre enfant, mieux l’accompagner et l’aider à se calmer en cas de crise. Votre enfant a des allergies ou suit un régime alimentaire particulier ? Demandez l’élaboration d’un Projet d’Accueil Individualisé (PAI). Parlez-en autour de vous, que ce soit à l’école, au restaurant, chez des amis ou à un repas de famille. Quand vous mangez à l’extérieur, assurez-vous, si nécessaire, d’apporter de la nourriture adaptée.

Vous devez penser à féliciter et à récompenser l’enfant dès que possible et plus particulièrement lorsqu’il reste sagement assis. Après le restaurant, proposez à votre enfant une activité qu’il aime par exemple.

Tableau récapitulatif des recommandations alimentaires

Recommandation Description
Régime sans gluten ni caséine Éviction du gluten et de la caséine pour réduire les troubles gastro-intestinaux et comportementaux.
Sulforaphane Consommation de brocolis ou de suppléments de sulforaphane pour améliorer l'interaction sociale et la communication verbale.
Acides gras oméga-3 Supplémentation en oméga-3 pour favoriser le développement cérébral et réduire les symptômes de l'autisme.
N-acétylcystéine Utilisation de la N-acétylcystéine pour réduire l'irritabilité et les changements d'humeur.

Conclusion

Une évaluation complète et multidimensionnelle est essentielle pour comprendre les mécanismes individuels de la sélectivité alimentaire et orienter les interventions. Une évaluation pluridisciplinaire est souvent utile : le médecin vérifie l’état nutritionnel, le diététicien aide à équilibrer l’alimentation, l’orthophoniste ou l’ergothérapeute peut travailler la motricité orale, les rigidités alimentaires et les particularités sensorielles, et le psychologue accompagne la réduction de l’anxiété liée à l’alimentation.

L’adaptation de l’environnement constitue un levier essentiel. Le choix d’un matériel adapté, comme des assiettes à compartiments ou des couverts ergonomiques, peut également faciliter le moment du repas. Les pics apéritifs sont souvent appréciés car ils permettent une autonomie de l’enfant et permet de ne prendre qu’une toute petite quantité. On peut également trouver des pics en lien avec les centres d’intérêt de l’enfant (animaux, étoiles…).

Il ne s’agit jamais de forcer à manger, mais de favoriser une exposition répétée à l’aliment, d’abord par l’observation, puis par le toucher, l’odorat, et enfin la dégustation, étape par étape. Un planning des menus peut être mis en place et réalisé avec l’enfant. La présentation des aliments doit également être cohérente et organisée afin de respecter les préférences sensorielles de la personne : certains préfèrent que les aliments soient séparés, servis à une température précise, ou présentés d’une certaine façon.

La patience, la bienveillance et l’absence de jugement sont fondamentales. Pour l’introduction d’un nouvel aliment, proposer de « découvrir » plutôt que de « goûter ». Il pourra progressivement le sentir, le mettre au contact de ses lèvres, le toucher avec la langue, le croquer puis le cracher (prévoir un bol spécifique à côté).

L’utilisation de renforçateurs alimentaires (puis une économie de jetons) sous forme de récompense, peut être utile dans certains cas pour motiver l’enfant à découvrir de nouveaux aliments, mais doit rester ponctuelle et encadrée. Elle doit être évaluée en fonction de son impact sur la santé : mieux vaut privilégier une petite quantité d’un aliment apprécié qu’une grande portion. L’objectif est de maintenir la motivation sans instaurer de dépendance à la récompense.

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