Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont un sujet de débat public depuis des décennies. Mais que sont-ils exactement et comment affectent-ils notre alimentation et notre environnement ? Cet article vise à fournir des explications claires et des exemples concrets pour mieux comprendre ce domaine complexe.
Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme vivant dont le patrimoine génétique (l’ADN) a été transformé d’une manière qui ne survient pas spontanément dans la nature. Cette technologie moderne a plusieurs appellations courantes : « biotechnologie moderne », « technologie génique », parfois aussi « technique de l’ADN recombinant » ou « génie génétique ».
Dans toute l'acception du terme, un « organisme génétiquement modifié » est un organisme vivant (micro-organisme, végétal ou animal) dont le génome a été modifié artificiellement. D'un point de vue législatif, un grand nombre de pays et d'organisations utilisent une définition plus restrictive en référence à celle précisée lors du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques et qui entend par « Organisme vivant modifié » (OVM) « tout organisme vivant possédant une combinaison de matériel génétique inédite obtenue par recours à la biotechnologie moderne ».
Selon les définitions européennes, ces modifications doivent être issues du génie génétique. La définition américaine inclut également les modifications issues de la sélection artificielle. Le génie génétique permet de modifier des organismes par transgénèse, c’est-à-dire l'insertion dans le génome d’un ou de plusieurs nouveaux gènes.
Un « organisme transgénique », terme qui désigne les organismes qui contiennent dans leur génome des gènes « étrangers », est donc toujours un organisme génétiquement modifié, l'inverse n'étant pas toujours vrai.
L'intervention humaine conduisant à fabriquer des OGM consiste dans la majorité des cas à ajouter une petite portion d'ADN d'un organisme dans l'ADN d'un autre organisme (transgénèse).
Les OGM peuvent donc être aussi bien des virus, des unicellulaires (bactéries et protistes), que des plantes ou des animaux ; ils comportent obligatoirement des séquences d’ADN issues de manipulations in vitro, ce qui exclut donc toutes les modifications dues à des mutations ou des recombinaisons génétiques naturelles.
Un OGM est un animal, une plante ou un micro-organisme possédant dans son génome un ou plusieurs gènes étrangers issus d’une autre espèce, appelés "transgènes" ou gènes d’intérêt.
Dans le cas de plantes, une plante génétiquement modifiée contient un ou plusieurs gènes qui ont été insérés grâce à la biotechnologie au lieu d’être acquis via la pollinisation et une amélioration sélective des plantes.
Exemple de cultures OGM.
La transgénèse est l'opération de génie génétique la plus couramment utilisée pour l'obtention d'« OGM ». Ainsi, organisme transgénique, est souvent utilisé comme synonyme d'organisme génétiquement modifié.
La transgénèse permet de greffer un ou plusieurs gènes étrangers d'une autre espèce dans ladite espèce, s’affranchissant ainsi de la reproduction sexuée. Un être transgénique n’existe donc pas à l’état naturel. Initialement, cette technique était utilisée par les chercheurs pour étudier le fonctionnement des gènes. Elle est maintenant utilisée à des fins commerciales par les industries pharmaceutiques et agroalimentaires.
Au début du XXe siècle, la redécouverte des travaux de Gregor Mendel (1822-1888) et les travaux de Thomas Morgan (1866-1945) sur la mouche Drosophila melanogaster permettent de comprendre que l'hérédité est due à la transmission de particules appelées gènes, disposées de manière linéaire sur les chromosomes.
En 1941, deux généticiens américains (George Beadle et Edward Tatum) ont démontré qu’un gène code une protéine donnée. En 1953, les travaux de James Watson, Francis Crick, Maurice Wilkins et Rosalind Franklin, mettent en évidence la structure moléculaire à double hélice de l'ADN. Cette découverte ouvre la voie à une discipline nouvelle, la biologie moléculaire.
En 1965, la découverte des enzymes de restriction, des protéines capables de découper l’ADN à des sites spécifiques, donnent aux chercheurs les outils qui leur manquaient pour établir une cartographie du génome. Elle ouvre aussi la voie au développement du génie génétique en permettant la « manipulation » in vitro de portions précises d'ADN et donc des gènes. C'est la technologie de l'ADN recombinant, qui permet l'insertion d'une portion d'ADN (un ou plusieurs gènes) dans un autre ADN.
La première tentative de transgénèse par l’américain Paul Berg et ses collaborateurs en 1972, consista en l’intégration d’un fragment d'ADN du virus SV40, cancérigène, dans le génome de la bactérie Escherichia coli présente à l'état naturel dans le tube digestif humain. Cet essai avait pour objectif de démontrer la possibilité de recombiner, in vitro, deux ADN d'origines différentes. L'ADN recombinant ne put être répliqué dans la bactérie.
En 1977, le plasmide Ti de la bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens est identifié. Ce plasmide sert à cette bactérie de vecteur pour transférer un fragment d'ADN, l'ADN-T (ADN de transfert, ou ADN transféré), dans le génome d'une plante. Cet ADN comporte plusieurs gènes dont le produit est nécessaire à la bactérie au cours de son cycle infectieux.
En 1978, un gène humain codant l’insuline est introduit dans la bactérie Escherichia coli, afin que cette dernière produise l’insuline humaine. Cette insuline dite recombinante est la première application commerciale, en 1982 du génie génétique.
En 1982, le premier animal génétiquement modifié est obtenu. Il s'agit d'une souris géante à laquelle le gène de l'hormone de croissance du rat a été transféré.
En 1983, le premier végétal génétiquement modifié est obtenu, un plant de tabac.
En 2010, le premier organisme contenant un génome intégralement fabriqué par l'homme est décrit dans le journal Science. Il s'agit d'une souche de Mycoplasma capricolum dont le génome a été retiré et remplacé par le génome « JCVI-syn1.0 » conçu par l'équipe de Craig Venter, donnant naissance à une souche Mycoplasma mycoides.
Utilisés en agriculture, les OGM facilitent les pratiques agricoles : les espèces végétales dont on a altéré les gènes, ou auxquelles des gènes ont été ajoutés, permettent d'éloigner les insectes ravageurs ou de résister à des désherbants, par exemple.
De nombreux micro-organismes (bactéries, microalgues, levures, microchampignons) sont relativement faciles à modifier et à cultiver, et sont un moyen relativement économique pour produire des protéines particulières à visée médicale: insuline, hormone de croissance, etc. Des essais sont également menés dans le même but à partir de mammifères, en visant la production de la protéine recherchée dans le lait, facile à recueillir et traiter.
Les plantes cultivées principales (soja, maïs, cotonnier, colza, betterave, courge, papaye, tabac, etc.) ont des versions génétiquement modifiées, avec de nouvelles propriétés agricoles : résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, enrichissement en composants nutritifs.
Les OGM jouent également un rôle crucial dans le développement de nouvelles variétés végétales adaptées aux changements climatiques. Par exemple, des chercheurs travaillent sur des plantes génétiquement modifiées pour mieux résister aux conditions de sécheresse ou pour utiliser l'eau de manière plus efficace. Ces avancées visent à sécuriser les rendements agricoles dans les régions particulièrement affectées par le réchauffement climatique.
Après 25 ans et des millions de dollars dépensés en recherches par les compagnies de biotechnologies et nos gouvernements, 87 % des OGM commercialisés dans le monde sont créés pour tolérer un herbicide dit «total», tel que le Roundup de Monsanto. Cela n’a rien de surprenant quand on sait que les entreprises qui vendent les semences sont aussi celles qui vendent les pesticides!
Aujourd’hui, trois «types» d’OGM dominent le marché: les plantes transgéniques tolérantes aux herbicides, celles résistantes aux insectes et celles qui font les deux, OGM dits empilés.
Les plantes tolérantes aux herbicides sont modifiées génétiquement afin de survivre à des épandages d’herbicides tels que le glyphosate (Roundup) et/ou du glufosinate ammonium (Liberty Link), pour que les agriculteur·rice·s puissent utiliser les produits chimiques sur les «mauvaises herbes» sans protéger les plantes.
Les plantes résistantes aux insectes sont génétiquement modifiées afin de tuer les insectes ravageurs. On les appelle les cultures Bt car elles produisent une toxine issue d’un gène dérivé de la bactérie des sols Bacillus thuringensis (Bt).
Jusqu’ici, plus de 99,9 % des cultures génétiquement modifiées (GM) commercialisées sur le marché n’ont pas été conçues pour accroître leur productivité ou leur valeur nutritive, ou encore pour résister à des conditions environnementales telles que la salinité ou la sécheresse.
Ainsi, malgré la diversité des projets d’application de la transgénèse en agriculture, quatre plantes transgéniques occupent la majeure partie des superficies en culture: soja, maïs, coton et canola; soit 99% des cultures commerciales du monde.
Les espèces végétales génétiquement modifiées les plus cultivées dans le monde sont le soja, le maïs, le coton et le colza.
Infographie: évaluation des risques liés aux plantes génétiquement modifiées.
Notre alimentation contient-elle des OGM ? Il existe peu de chance que vous trouviez des produits étiquetés OGM dans votre chariot. Pourtant, il est probable que des traces subsistent dans certains aliments. À l'heure actuelle, une centaine d'OGM sont autorisés en France.
Les espèces végétales génétiquement modifiées sont surtout cultivées en Amérique (États-Unis, Brésil, Argentine).
Une centaine d'OGM et/ou leurs produits dérivés sont autorisés pour l'importation et l'utilisation en alimentation humaine et animale.
Dans les supermarchés, il n’y a pourtant quasiment aucun produit étiqueté OGM. Mais "il n’est pas totalement exclu de trouver parfois en vente, de façon très exceptionnelle et marginale, quelques produits étiquetés OGM", concède Fabienne Prouvost, de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. Il peut s’agir surtout d’huiles de soja, de biscuits ou de sauces provenant des États-Unis.
La majorité des animaux d’élevage sont nourris en partie avec des OGM, essentiellement du soja. La viande, les œufs ou le lait issus de ces bêtes finissent dans nos assiettes. Cela ne signifie pas que nous mangeons des OGM. Toutefois, le Pr Séralini affirme que "des fragments d’ADN transgéniques peuvent se retrouver dans le produit".
Officiellement, les OGM autorisés en Europe, qui peuvent contenir des résidus de pesticides, ne présentent pas de dangers pour la santé des hommes et des animaux. Aucune allergie liée à un OGM n’a par exemple été signalée. Mais des scientifiques remettent en cause la qualité des évaluations menées par les autorités.
On estime que la majorité des produits alimentaires contient entre 0,1 et 0,5 % d’OGM, à cause des contaminations involontaires mais inévitables", affirme le Pr Gilles-Eric Séralini, président du conseil scientifique du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique).
En janvier 2021, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) met en ligne un texte dans lequel elle précise qu'une centaine d'OGM sont bien autorisés en France.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) contrôle les OGM en France. Le plan de contrôle annuel conduit par la DGCCRF vise à vérifier l’absence d’OGM dans les lots de semences mis en culture en France.
Selon la législation européenne, l’étiquetage des produits alimentaires est obligatoire pour tout ingrédient, additif ou arôme qui contient plus de 0,9 % d’OGM. Ce seuil s’applique à chaque ingrédient, indépendamment de sa proportion dans le produit fini.
Si nous pouvons savoir si un produit contient plus de 0,9 % d’OGM, il nous est encore impossible de savoir si nous consommons des produits issus d’animaux nourris aux OGM. Un article adopté en première lecture du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation par l'Assemblée nationale - pour rendre l'étiquetage des aliments issus d'animaux nourris aux OGM obligatoire - a finalement été supprimé par le Sénat.
L’utilisation des OGM dans les semences est également encadrée au niveau européen (autorisation préalable basée sur une évaluation des risques, étiquetage et traçabilité de la caractéristique transgénique). En plus de la démonstration de l’innocuité des produits, les firmes biotechnologiques doivent, pour obtenir une autorisation, fournir une méthode de détection qui sera validée par le laboratoire de référence de l’union européenne.
Le règlement (UE) n° 2018/848 relatif au mode de production biologique interdit l’utilisation d’OGM tout en admettant la présence fortuite d’OGM dans la limite de 0,9 %. Ainsi, un ingrédient biologique d’origine végétale ne peut être qualifié de « sans OGM » du seul fait de son mode de production.
Les opérateurs doivent se conformer aux dispositions du décret n° 2012-128 et seules les mentions définies dans le décret peuvent être utilisées. Généralement, celles-ci apparaissent dans la liste des ingrédients : des critères spécifiques s’appliquent pour pouvoir valoriser l’absence d’OGM « en face avant ».
L’obligation de traçabilité introduite dans le règlement (CE) n° 1830/2003 permet de tracer le cheminement des OGM tout au long des filières alimentaires avec notamment pour objectif la fiabilité de l’étiquetage prévu par le règlement (CE) n° 1829/2003.
En France, la culture d’OGM à des fins commerciales est interdite depuis 2008. La France a d'abord fait usage des clauses de sauvegarde et mesures d'urgence prévues par la directive 2001/18/CE et le règlement 1829/2003 pour interdire la culture, sur son territoire, du maïs MON810.
Les OGM autorisés à l'importation et à la mise sur le marché dans l'Union européenne sont également autorisés en France pour les mêmes usages. Leur commercialisation est soumise aux exigences prévues dans la réglementation européenne, notamment aux règles de traçabilité et d'étiquetage.
L'aspect novateur de ces nouvelles techniques, leurs applications, et leur commercialisation, notamment dans les secteurs médical et agricole, provoquent une controverse, une réflexion éthique ainsi qu'une guerre commerciale et des réglementations.
Mais des scientifiques remettent en cause la qualité des évaluations menées par les autorités. En 2012, Gilles-Eric Séralini, président du conseil scientifique du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), estimait avoir démontré un empoisonnement des rats au Roundup, un herbicide produit par Monsanto, ainsi qu’au NK 603, un maïs génétiquement modifié. Seulement, après examen, la revue dans laquelle a été publiée l'étude a estimé que les échantillons de rats étaient trop petits pour permettre de confirmer que les OGM avaient joué un rôle dans leurs tumeurs.
Les critiques des OGM sont liées d’une part à la technique en elle-même (notamment, elle consiste souvent en une manipulation aléatoire) et à ses conséquences (instabilité génétique accrue, possibilité de recombinaison génétique, etc.). Ces critiques soulignent également les impacts environnementaux, sur la santé et sur les agriculteur·rice·s associés à cette technologie, mais aussi au contrôle du vivant par des brevets, à la dissémination dans les écosystèmes de certains OGM et à l’usage des pesticides auxquels ils sont résistants.
| Aspect | Réglementation | Étiquetage |
|---|---|---|
| Seuil d'étiquetage | Obligatoire au-delà de 0,9% d'OGM par ingrédient | Mention obligatoire dans la liste des ingrédients |
| Aliments pour animaux | Autorisation préalable et traçabilité | Non obligatoire pour les produits issus d'animaux nourris aux OGM |
| Agriculture biologique | Interdiction d'utilisation des OGM | Présence fortuite tolérée jusqu'à 0,9% |
| Valorisation "sans OGM" | Mentions spécifiques définies par décret | Critères stricts pour l'utilisation en face avant |
Comprendre les OGM nécessite de s'informer sur leur définition, leurs utilisations, les réglementations en vigueur et les controverses qui les entourent. Cet article a pour but de fournir une base solide pour approfondir vos connaissances sur ce sujet complexe et essentiel.
tags: #aliments #ogm #explication #et #exemples
Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
© 2021 - Du bocal à l'assiette - Tous droits réservés / création web : 6cyic