Alimenter le moulin : Définition et histoire d'une expression

L'expression "alimenter le moulin" est souvent utilisée pour décrire une personne qui parle beaucoup, voire trop. Mais d'où vient cette expression et quelle est son histoire ?

Eh bien rien ! Cette expression, avec son sens actuel, nous vient de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Mais un siècle avant, elle existait déjà. C'est par métonymie, que celui dont le moulin à paroles fonctionne sans discontinuer est devenu lui-même un moulin à paroles.

Voici quelques exemples de son utilisation :

  • « La Bury fait fort joliment tourner son moulin à paroles. »
  • « Je sais maintenant ce qui est arrivé du moulin à paroles de Mme Reinié. »
  • « C'était une femme ravagée par le temps et surtout par les passions. Elle avait à peine trente-cinq ans ; on lui en eût donné cinquante au premier coup d'œil. Elle était séche et cassée ; elle agitait sans cesse de grands bras et de grandes jambes comme un faucheux ou comme un moulin à vent. C'était un moulin à paroles. Mais elle avait encore je ne sais quoi dans le regard et dans le sourire qui révélait une vie meilleure. Dans son beau temps, elle avait montré ses jambes dans les chœurs de l'Opéra.
  • Comment dit-on ailleurs ? hablar màs que un sacamuelas ! parler plus qu'un arracheur de dents ! c'est un vrai moulin à paroles !

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Les moulins et moulinages en Vivarais : Une histoire économique liée à l'eau

L’histoire économique du Vivarais, aux XVIIIe et XIXe siècles, se singularise par la cohabitation de deux activités utilisant la même source d’énergie - l’eau des ruisseaux et rivières - avec d’inévitables rapports de force. Il s’agit, dans l’ordre de leur émergence, des moulins, puis des moulinages.

Dans les temps anciens, le très montueux Vivarais était durement affecté par le cloisonnement du relief qui isole les communautés et réduit le déplacement des hommes comme des marchandises. Chacun, dans les campagnes, s’efforce alors de produire toute une gamme de produits pour assurer son indépendance alimentaire et une certaine variété dans sa nourriture quotidienne. Les équipements utiles à la transformation des denrées s’adaptent naturellement à ces conditions générales. Les moulins sont du nombre qui, par centaines, s’installent partout où leur présence est nécessaire.

Pour les seules communes d’Antraigues et Laviolle, qui n’en faisaient qu’une jusqu’à la partition effectuée en 1841, les services du cadastre ont recensé 15 moulins pour une population globale de 2029 personnes en 1836, réparties sur 27 km².

Soumis à l’autorisation, chèrement octroyée, du pouvoir seigneurial, les meuniers s’insèrent souvent dans le réseau hydraulique principalement destiné à l’irrigation des prairies. Ce faisant, ils ne perturbent pas trop les autres usagers car beaucoup fonctionnent par éclusées. De toutes façons, ils restituent au lit de la rivière l’intégralité de ce qu’ils ont utilisé.

Par son rôle de producteur de farine mais aussi d’huile, le meunier tient une place à part dans la société rurale. À Jaujac, on connaissait bien un meunier qui, sûr de ses droits, remontait périodiquement le cours du Lignon et démantelait tous les petits barrages que des particuliers prenaient l’habitude d’établir en travers du lit pour détourner de l’eau vers leurs fonds, sans en avoir reçu la moindre autorisation. À sa façon, il faisait respecter les usages anciens en imposant sa primauté. Le pistolet qu’il passait ostensiblement dans sa ceinture l’assurait de ne pas être contesté dans son initiative.

Toutes les atteintes au droit ne se réglaient pas nécessairement par un pareil défi. Les usagers patentés et ceux qui ne l’étaient pas agissaient bien souvent de façon clandestine, nuitamment, soit pour construire soit pour détruire, dans la plus totale hypocrisie, car personne n’était dupe, mais on répugnait à porter l’affaire devant la justice. On vit même, une fois, deux individus faire semblant de pêcher à la ligne, ayant vu venir de loin le garde-champêtre, alors qu’ils étaient affairés à disperser les éléments d’une « levée » qui portait préjudice à leur employeur.

Donc, en dépit des apparences, quelques conflits pouvaient perturber l’harmonie censée régner entre usagers du réseau hydrographique.

C’est une industrie méconnue mais absolument fondamentale, dont le rôle consiste à tordre sur lui- même le fil de soie grège avant que n’intervienne le tissage. Selon le nombre de tours par mètre imposé à ce fil, on obtient des étoffes très différentes. Des assemblages complémentaires permettent une plus grande variété encore. Pris en charge en Vivarais dès le règne de Louis XIV, le moulinage est très vite devenu la grande spécialité locale : 50 % du volume de soie traité en France y était « façonné ».

Pourquoi cette position sans égale ? D’abord, parce que l’Ardèche se situe à mi-chemin entre les zones méridionales où se produit la soie grège et la ville de Lyon, maîtresse du tissage. Ensuite, parce que le département était, autrefois, riche d’une population en forte croissance dès le début du XVIIIe siècle, ce qui offrait aux manufacturiers une main-d’œuvre abondante.

Tard venu dans l’espace vivarois, en regard de l’ancienneté de bon nombre de moulins, le moulinier qui a besoin de la force motrice des cours d’eau doit tenir compte des positions acquises par ses prédécesseurs. Il avance en quelque sorte sur la pointe des pieds, bien conscient qu’il doit se faire une place, mais sans brusquer les usagers installés de longue date. Bien souvent, il se contente d’acheter un terrain sur les bords d’une béalière dont il n’utilisera que le courant, sans modifier le débit et la pente. Une roue à choc, aux performances modestes, permet de mettre en jeu les mécaniques de la fabrique, sans gêner quiconque. C’est ainsi que procéda Guilhon, créateur du premier moulinage de Pont de Veyrières, dans les premières années de la Restauration.

Mais la prudence reste de règle. Car le meunier garde une totale vigilance quant au respect de ses droits, qui peuvent être malmenés, même si l’usinier est installé en aval de ses installations. À Largentière, en 1824, Blachère traîna en justice son voisin, un ancien employé d’octroi reconverti dans le moulinage, Guillaume Perbost. Ce dernier profitait d’un canal recueillant les eaux de sortie du moulin pour mettre en jeu les « agrès » de sa fabrique. Mais le volume rejeté par le meunier s’avérait insuffisant pour les besoins du moulinage. Alors, Perbost avait fait construire, sur la rivière qui longeait le canal, un barrage de dérivation entre le moulin et sa fabrique, pour augmenter la quantité d’eau dont il avait besoin. Ce faisant, il provoqua un relèvement du niveau de la rivière en amont du barrage, ce qui faisait patauger les rouets du Moulin Blachère, lequel obtint gain de cause, car la justice imposa l’écrêtement du barrage. On trouve un semblable cas de figure à Burzet, à peu près à la même époque.

Une autre formule consiste à acquérir un moulin que l’on peut maintenir en service ou que l’on désactive pour ne conserver que les aménagements énergétiques. Le nouveau propriétaire bénéficie alors des droits d’eau anciennement octroyés.

À Vernoux, le meunier Reynaud, propriétaire du Moulin de Monépiat, avait été impliqué dans une rixe, ce qui lui avait valu un procès et une peine d’emprisonnement de trois ans. Ayant eu vent de l’affaire, le moulinier Fougeirol, installé aux Ollières, à quelque distance de Vernoux, comprit très vite le parti qu’il pouvait tirer de la situation. En quête d’un site pour élargir son activité, il se déplaça jusqu’à la prison de Nîmes pour convaincre le détenu de céder son moulin, devenu inactif par la force des choses.

Parfois, c’est le meunier lui-même qui opère une reconversion de ses équipements ce qui, d’ailleurs, n’implique pas nécessairement qu’il va aussi changer de métier ; le recours à la location d’une fabrique permet de s’affranchir du faire-valoir direct. Le minotier Bouchard, bien connu à Aubenas, adjoignit successivement deux petites fabriques à ses moulins, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Ultérieurement, ses fils confirmèrent cette réorientation par l’édification d’autres usines utilisant le même canal. Plus au nord, à Saint-Sauveur de Montagut, M.

Pour autant, l’importance déclinante de la meunerie se réveille épisodiquement. « Qu’on se souvienne de ce qui s’est passé pendant les années brûlantes de ces dernières années (au début de la monarchie de Juillet). On a vu, frappées d’inertie, de nombreuses usines qui jusque-là n’avaient pas connu de chômage… Le préfet de notre département a été obligé de prendre un arrêté pour enlever aux irrigations et aux usines le peu d’eau fournie par les rivières, afin de les employer à donner le mouvement aux moulins dont l’inactivité excitait les murmures.

Assez rapidement, les mouliniers ont pris l’ascendant, car leur impact, dans le tissu socio- économique du pays, est sans commune mesure avec celui d’un meunier. Ils emploient, chacun, entre trente et quarante personnes, parfois plus. Les salaires versés constituent un appoint très important dans les familles paysannes, ce qui a d’ailleurs parfois retardé l’exode rural. Leurs revenus, chez bon nombre d’entre eux, en font des notables influents.

Parallèlement, l’amélioration des moyens de transport permet de s’affranchir, en partie du moins, de la polyculture de subsistance. Fort de son poids, le moulinier peut désormais mettre de plus en plus la main sur le réseau hydraulique local, augmentant les volumes d’eau détournés, au détriment des autres usagers, et modifiant le tracé des canaux pour gagner des mètres de chute. Il n’est pas rare que l’industriel, dûment autorisé par le préfet, reporte vers l’amont sa prise d’eau pour obtenir ce supplément d’énergie bien nécessaire pour améliorer la productivité de son usine. plus personne, alors, ne pouvait dériver la moindre goutte d’eau.

Alors, que pèse un meunier en comparaison d’un moulinier ? Fort de l’ancienneté de ses droits et de sa position géographique par rapport à la fabrique à soie, Duplan avait imaginé un moyen commode d’extirper de l’argent à l’usinier. Ce dernier, installé tardivement, avait obtenu le droit de profiter du canal d’alimentation du moulin en le prolongeant vers l’aval et en utilisant l’eau dont le meunier n’avait que partiellement besoin, d’autant plus qu’il pouvait fonctionner par éclusées, comme le suggère le dessin des lieux qui figure sur les plans de l’ancien cadastre. Duplan avait alors pris l’habitude de détourner beaucoup plus d’eau que nécessaire, ce qui évidemment freinait l’activité du moulinage. Avec une certaine mauvaise foi, il prétendait avoir réellement l’usage de ce prélèvement et ne consentit à le réduire qu’en contrepartie d’une somme de 400 francs à verser chaque année par le moulinier (cela représentait le salaire annuel de deux ouvrières). La justice fut saisie.

Jusqu’à l’avènement tardif de l’énergie électrique, c’est bel et bien le moulinier qui monopolise l’essentiel de la force hydraulique que dispensent ruisseaux et rivières. Il y a donc bien transfert de pouvoir quant à la mobilisation des ressources énergétiques du département.

Carte de l'Ardèche

Moulin en Ardèche

Vouvray-sur-Loir: Le moulin, un patrimoine au fil de l'eau!

Tableau récapitulatif des moulins recensés à Antraigues et Laviolle en 1836

Communes Nombre de moulins Population Superficie
Antraigues et Laviolle 15 2029 27 km²

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