Alimentation et Mode de Vie de la Tourterelle Turque (Streptopelia decaocto)

La Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) est une espèce d'oiseaux de la famille des Columbidés. Elle appartient au groupe des tourterelles ayant un collier qui comprend plusieurs espèces. C'est un oiseau au dos beige pâle tirant vers le gris vineux bien reconnaissable à son demi-collier noir derrière le cou.

Probablement rare hors d'Asie avant le début du XXe siècle, elle connaît depuis une expansion fulgurante l'ayant conduite en Europe, en Afrique et en Amérique. Ce phénomène exceptionnel par son ampleur est en grande partie inexpliqué.

La tourterelle turque est connue pour son chant monotone, souvent répété en boucle : "koukouroukouuuu". Certains le trouvent apaisant, d’autres un peu entêtant !

Facilement reconnaissable à son plumage beige rosé et son collier noir en demi-lune, la tourterelle turque est devenue en quelques décennies un oiseau familier dans toute l’Europe, notamment dans les jardins, les parcs et les zones urbaines.

La tourterelle turque est omniprésente toute l’année, elle est grégaire et l’on peut voir des troupes de plusieurs oiseaux se presser autour des mangeoires en hiver. Elle apprécie les graines de tournesol mais ne dédaigne pas les autres.

Voici une vidéo sur le chant de la tourterelle turque:

Le chant du mâle tourterelle

Description Physique

Le dessus de la tête est généralement gris pâle, couleur se fondant dans le rose vineux clair de la face chez le mâle ou le chamois vineux chez la femelle. L'arrière du cou présente un étroit demi-collier noir souligné nettement de blanc sur sa limite supérieure et plus discrètement pour sa marge inférieure.

Le reste du cou, la poitrine et toute la partie antérieure du corps tirent le plus souvent vers une coloration sensiblement chamois vineux s'éclaircissant vers le blanc chamoisé au niveau du ventre et des couvertures sous-caudales. La coloration violacée de la poitrine est souvent un peu plus soutenue chez le mâle que chez la femelle.

Le dos, les scapulaires et les petites couvertures alaires sont gris-brun sable. La large plage gris pâle formée par une partie des couvertures alaires (grandes, primaires et secondaires internes) contraste avec le gris sombre des secondaires externes et le gris brun des rémiges primaires.

Cette couleur se retrouve au niveau du dessus de la queue, seulement marquée aux coins par la coloration blanc crème des extrémités des rectrices, surtout les plus externes.

Les deux sexes sont semblables et ne peuvent généralement être reconnus que par leur comportement en période de reproduction. Les jeunes n'ont pas de collier. Les variations pigmentaires ne sont pas rares chez cette espèce.

Mensurations :

  • Longueur : 31-34 cm
  • Envergure : 48-56 cm
  • Poids : 150 à 225 g
  • Longévité : 14 ans
  • Survie des adultes : 71 %

Tourterelle turque (Streptopelia decaocto)

Répartition Géographique et Expansion

Jusqu'au début du XXe siècle, l'espèce est présente dans le sous-continent indien, en Asie mineure, au Proche et au Moyen-Orient et jusqu'en Chine ; sa présence au Proche-Orient est attestée dès le XVIe siècle.

Dans le courant du XXe siècle et d'une manière spectaculaire, l'espèce étend son aire de répartition à toute l'Europe et à l’Amérique du Nord. Pour les auteurs d'une étude publiée en 2011, « l’amplitude et la rapidité de son expansion à travers ces deux continents au cours du siècle dernier comptent parmi les phénomènes les plus fascinants observés chez une espèce d’oiseau ».

Karel Voous estime probable que les Turcs aient introduit l'espèce dans les régions d'Europe intégrées à l'empire ottoman, avant 1700. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, elle commence à se répandre vers le nord-ouest au début du XXe siècle : elle atteint Belgrade en 1912, la Roumanie et le Monténégro en 1928, la Hongrie en 1930, l'Autriche en 1943, l'Allemagne en 1946.

À partir des années 1940 et dans les années 1950, la progression du front de colonisation est en moyenne de 44 kilomètres par an. En 1952, le premier cas de nidification français est constaté dans le département des Vosges.

Dans les années 1950, l'espèce progresse sur deux fronts : vers l'est, Pologne, Ukraine, et vers l'ouest. En 1963, presque toute l'Europe orientale est occupée et on trouve l'espèce en Biélorussie et en Estonie dès 1973. Vers l'ouest, l'espèce progresse rapidement et atteint l'Espagne puis le Portugal.

La croissance démographique est spectaculaire : la population des Pays-Bas passe de cinq couples en 1950 à plus de 60 000 en 1975, et celle de la Grande-Bretagne passe de zéro à plus de 30 000 couples entre 1955 et 1972.

En France, la réalisation des Atlas des oiseaux nicheurs de France montre que l'expansion de l'espèce se poursuit à travers le territoire métropolitain : 55 % des sites-échantillons étaient occupés en 1996 contre 74 % en 2004.

Avant même que le sud de l'Espagne ne soit occupé, l'espèce parvient en Afrique du Nord par le détroit de Gibraltar puisqu'un oiseau est capturé au Maroc, à Rabat, en avril 1971 (il s'agissait d'un individu bagué en Belgique en 1965), et que l'espèce est contactée ensuite dans le Tangérois en 1976, 1979 et 1980. Le premier cas de nidification est observé à Meknès en 1986, puis des groupes de plusieurs dizaines d'individus sont observés dès 1989. L'Algérie (région d'Annaba) est atteinte en 1994.

Cette expansion naturelle dans le Paléarctique occidental est incomprise mais en revanche, les causes de l'arrivée de l'espèce en Amérique sont documentées : dans les années 1970, des individus captifs s'échappent accidentellement d'un élevage aux Bahamas, et l'éleveur décide alors de libérer tous ses oiseaux, une cinquantaine.

La première reproduction in natura a lieu en 1974 ; l'espèce atteint la Floride en 1982, et la frontière canadienne au début des années 2010. Elle est désormais présente dans pratiquement tous les États-Unis, ainsi qu'au Mexique.

Répartition de la tourterelle turque en France

Habitat et Comportement

L'espèce est anthropophile et occupe des habitats urbains et péri-urbains. Villes, villages, fermes. La tourterelle turque se débrouille seule et ne vient pas spécialement profiter d'abri ou de nourriture que vous lui proposez.

Contrairement à sa cousine des bois, la tourterelle turque adore vivre près de l’homme. Jardins, balcons, câbles électriques, rebords de fenêtres : tout lui convient, pourvu qu’elle y trouve quelques graines et un peu de tranquillité.

On dit que la tourterelle roucoule.

Alimentation

La Tourterelle turque est granivore : elle s'alimente de graines, de baies et de bourgeons. Cet oiseau est essentiellement un granivore qui consomme toutes sortes de graines provenant de plantes cultivées ou sauvages, mais aussi quelques fruits et baies. Elle capture également quelques insectes et autres invertébrés.

La tourterelle se nourrit uniquement au sol, mais ne dédaigne pas les mangeoires en hiver, surtout celles qui proposent des graines de tournesol.

La tourterelle turque se nourrit surtout de graines de céréales et d’herbes, mais aussi de quelques bourgeons, fruits, baies, insectes et autres invertébrés.

Reproduction

La reproduction peut avoir lieu toute l'année. La tourterelle turque se reproduit plusieurs fois en un an, et dans les zones tempérées, la saison de reproduction s’étend presque à toute l’année.

Le nid constitué de brindilles disposées de manière assez aérée donne dans l'ensemble une sensation de fragilité. Son nid est un modèle d’efficacité… ou de minimalisme ! Une simple plate-forme de brindilles posée sur une branche, parfois à peine visible.

La tourterelle turque construit son nid dans un buisson ou dans un arbre, à une hauteur très variable, entre 2 et 20 mètres au-dessus du sol. Les deux adultes s’unissent pour faire le nid. C’est une plate-forme très lâche, faite de brindilles grossièrement entrelacées. Il n’est pas rare de voir les œufs au travers du fond, bien que quelques nids soient tapissés d’herbes douces. Mais la plupart d’entre eux sont très sommaires.

La femelle pond généralement deux œufs blancs comme chez tous les colombidés. Les œufs de Tourterelle turque sont couvés environ 16 jours par les deux parents qui nourrissent aussi les petits par régurgitation (lait de pigeon). Les poussins sont nourris par régurgitation d’une bouillie de graines, le fameux « lait de pigeon ».

Les jeunes quittent le nid 19 jours après l'éclosion. Les jeunes quittent le nid environ deux semaines à 19 jours plus tard, et les parents les nourrissent encore pendant une semaine avant leur indépendance.

Statut de Conservation

Les Tourterelles turques sont largement répandues dans toute leur aire de répartition. Selon la liste rouge de l'UICN, la taille totale de la population de Tourterelle à tête grise est d'environ 60 à 110 millions d'individus. Selon la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), la population reproductrice totale du Royaume-Uni est de 990 000 couples.

Malgré les hiboux qui sont de redoutables prédateurs au nid, et les rapaces qui peuvent tuer les adultes, les nombres augmentent et l’espèce colonise de plus en plus de régions et de pays grâce au nombre important de couvées chaque année.

Anecdotes

Decaocto est le nom d'espèce de la Tourterelle turque et provient de la mythologie grecque. Il s'agit du nom d'une servante que les dieux ont transformée en colombe afin qu'elle puisse échapper à son traitement malheureux.

Les jeunes de cette espèce ont parcouru plus de 600 km depuis leur lieu de naissance. Ces voyages épiques ont tendance à être orientés vers le nord-ouest, reflétant la direction de l'expansion de l'aire de répartition tout au long du 20e siècle, et sont effectués dans toute l'Europe.

Les plumes d'une colombe à collier sont si poussiéreuses que lorsqu'un oiseau a heurté une fenêtre et laissé une empreinte, vous pouvez souvent voir des détails de plumes individuelles, un bec et même des paupières.

En 1955, la colombe à collier s'est reproduite en Grande-Bretagne pour la première fois, dans le Norfolk.

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