Le lapin de garenne ou Oryctolagus cuniculus est l’un des herbivores les plus emblématiques des paysages européens. Sa silhouette familière peut donner l’illusion que son mode de vie est simple. Pourtant, comprendre ce qu’il mange implique d’entrer dans la complexité de l’écologie, de la physiologie digestive et des réseaux trophiques. En apparence banale, la question « Que mange un lapin de garenne ? » révèle un monde fascinant.
Un lapin de garenne se nourrissant dans son habitat naturel.
Dans la nature, le lapin sauvage s’alimente d’herbes, de bourgeons, de feuilles, et d’écorces en hiver. Pour bien nourrir son lapin domestique, il est possible de s’inspirer de l’alimentation naturelle des lapins sauvages. En fonction de la saison, ces derniers passent la majeure partie de leurs journées à manger ce qu’ils ont trouvé.
Le lapin de garenne se nourrit exclusivement de végétaux sans que cela signifie qu'il consomme toutes les plantes de la même façon, ni qu’il se contente d’herbe sans discernement. Au printemps, lorsque les prairies explosent de vie, le lapin trouve ce qui constitue l’essentiel de son régime idéal : des herbes jeunes, encore souples, riches en protéines végétales et faciles à digérer. Le début de l’année est une période d’abondance où les besoins énergétiques sont élevés, notamment pour les femelles gestantes ou en lactation. L’été impose un régime un peu différent. Les herbes se lignifient, deviennent plus sèches et plus fibreuses. Le lapin continue de s’en nourrir mais doit alors ajuster sa physiologie, notamment en économisant l’eau. L’automne apporte une autre forme de diversité. Les plantes annuelles dépérissent mais les arbustes et les plantes vivaces produisent bourgeons, feuilles secondaires ou fruits tombés au sol, dont le lapin profite. Quant à l’hiver, c’est la période la plus exigeante : les aliments sont pauvres, souvent durs, et la diversité végétale est minimale.
En résumé, l'alimentation du lapin de garenne varie selon les saisons :
La véritable singularité du lapin ne réside pas seulement dans ce qu’il mange, mais dans la manière dont il tire profit de végétaux très pauvres en énergie et en protéines. À la différence de l’être humain, omnivore incapable d’exploiter la cellulose, le lapin est un spécialiste de la digestion des fibres. Le cæcum du lapin, volumineux sac digestif situé entre l’intestin grêle et le côlon, abrite une flore microbienne extrêmement active. Ces micro-organismes n'ont rien d’anodin : ils fermentent les fibres végétales et produisent des nutriments essentiels, notamment des acides gras volatils qui fournissent de l’énergie, des vitamines du groupe B, et même des protéines microbiennes.
Mais la stratégie ne s’arrête pas là. Le lapin pratique la cæcotrophie, un comportement souvent mal compris. Il produit deux types d’excréments : des crottes dures, déchets fibreux évacués, et les cæcotrophes, petites grappes molles qu’il ingère immédiatement à la sortie de l’anus. Ce second passage digestif n’est pas un “recyclage” au sens trivial : c’est une phase indispensable, qui lui permet d’absorber les nutriments synthétisés par sa flore cæcale. C’est cette combinaison “fermentation microbienne + réingestion sélective” qui explique la performance digestive du lapin. L’humain, lui, possède un cæcum vestigial et un microbiote bien moins spécialisé. Il ne peut pas fermenter les fibres et encore moins produire suffisamment de protéines à partir de végétaux pauvres.
Schéma du système digestif du lapin, montrant l'importance du cæcum.
Dans un réseau trophique, le lapin n’est pas un simple consommateur d’herbes. Il constitue un véritable nœud écologique, un point d’intersection entre la végétation, les prédateurs, les sols et même d’autres espèces herbivores. En se nourrissant d’herbes rases, il modifie physiquement le paysage végétal : il crée des zones ouvertes, favorisant certaines plantes typiques des pelouses et prairies sèches. Ces milieux attirent des pollinisateurs, des insectes spécialisés, et même des oiseaux au sol. Les terriers, en remuant la terre, créent des poches de sol plus meuble où d’autres plantes peuvent s’implanter.
Cette complexité se révèle particulièrement lorsque des maladies comme la myxomatose ou l’hémorragie virale provoquent une chute brutale des populations. Non seulement les prédateurs en souffrent mais la végétation change aussi : sans pâturage, certaines plantes hautes gagnent du terrain, les fleurs des pelouses se raréfient, et la diversité botanique se modifie durablement.
Vous l’avez donc compris : le lapin ne consomme pas indifféremment toutes les herbes qu’il trouve. Ses préférences traduisent une finesse écologique notable. Il privilégie les végétaux les plus digestibles, les plus tendres, les plus riches en protéines ou en eau. Les plantes résistantes aux herbivores, dotées de défenses chimiques ou riches en silice abrasive, sont moins consommées et peuvent devenir dominantes si les lapins sont très abondants. Ce rôle de jardinier involontaire est bien documenté en écologie.
En définitive, répondre à la question « Que mange un lapin de garenne ? » ne revient pas à dresser un menu végétal. C’est comprendre comment un herbivore de petite taille est parvenu, au cours de l’évolution, à occuper une niche qui repose sur l’exploitation d’aliments pauvres mais abondants. Le régime du lapin illustre parfaitement la manière dont la nature fonctionne réellement : de façon circulaire, connectée, dynamique. La plante capte l’énergie solaire. Le lapin la transforme. Le prédateur dépend de cette transformation. Les décomposeurs réinjectent dans le sol ce que le lapin ne retient pas. Et la boucle recommence.
Un régime alimentaire adapté permet de prévenir les problèmes dentaires et digestifs du lapin. Il constitue la base de la santé et longévité de nos amis aux longues oreilles. L'alimentation du lapin doit être adaptée. Bien nourrir votre lapin nécessite certaines connaissances en matière de comportement et besoins alimentaires. Le système digestif d’un lapin est conçu pour absorber de grandes quantités de plantes riches en fibres brutes. Leurs incisives et molaires poussent constamment et leur tube digestif est dit passif. Les lapins ont donc besoin d’un apport de nourriture constant. Manger de façon continue est très important pour les lapins. Ce n’est qu’en mastiquant et en écrasant constamment des aliments riches en fibres que leurs molaires s’usent suffisamment. En effet, leur croissance est continue et les molaires peuvent grandir de plusieurs millimètres par mois.
Au clapier, c’est à vous de veiller à son alimentation. Pour garder un lapin en bonne santé, vous pouvez choisir de lui donner une alimentation naturelle. Une alimentation équilibrée pour les lapins comprend les éléments suivants : du foin de bonne qualité à volonté, du fourrage vert frais adapté à la saison, ainsi que des légumes, brindilles et feuilles en complément. Les fruits, quant à eux, ne peuvent être donnés qu’en très petites quantités et de façon très ponctuelle, par exemple sous forme de récompense. Mais le plus important pour une alimentation saine pour les lapins est la combinaison de différents éléments :
Un exemple d'alimentation équilibrée pour un lapin domestique.
Le fourrage constitue 70 % des aliments consommés par le lapin. Il présente deux avantages non négligeables : d’une part, les herbes contiennent des fibres, qui facilitent le transit. Le foin est l’aliment de base du lapin, il doit être mis en permanence à disposition de votre animal. C’est le meilleur moyen de couvrir les besoins quotidiens en fibres de votre lapin et de participer à l’usure régulière de ses dents. La seule alternative au foin est une alimentation très riche en herbe fraiche des prés.
La qualité et la composition du foin sont très importantes, celui-ci doit avoir une odeur fraîche de prairie et des feuilles avec de nombreuses tiges tendres et bien séchées. Proposé dans une mangeoire à foin ou attaché à différents endroits, le foin est un moyen d’occuper et de faire bouger votre lapin. De nombreuses variétés de foin sont disponibles dans le commerce. Le foin de prairie riche en herbes, par exemple, est l’un des plus adapté à l’alimentation des lapins. Cependant, il a une très forte teneur en calcium et votre lapin ne peut donc pas s’en nourrir exclusivement.
Parmi les nombreuses variétés qui existent, un type de foin se démarque particulièrement : le foin de Crau. Ce foin produit dans la plaine de Crau, dans le département des Bouches-du-Rhône, est le seul produit alimentaire non destiné à l’homme qui bénéficie d’une AOP. Composé de fines herbes de prairies, c’est un foin de grande qualité apprécié par tous les lapins, même les plus difficiles. Cependant, ce produit artisanal a aussi une forte teneur en calcium. Il est donc nécessaire de varier les plaisirs et de ne pas donner exclusivement ce type de foin à votre lapin. Pensez par exemple à le compléter avec nos autres variétés de foin.
A quoi faire attention pour le foin ?
Les herbes fraiches des prés constituent l’alimentation naturelle des lapins de garenne. En période estivale, les végétaux frais devraient idéalement représenter 85 à 95 % de la ration quotidienne de votre lapin. Ils contiennent des protéines, des fibres et des nutriments, des minéraux, des vitamines et des graisses dans une proportion équilibrée. Leur teneur élevée en eau est aussi un bon moyen de prévenir la formation de calculs urinaires chez les lapins. L’alimentation fraîche permet également une bonne usure des dents grâce aux longues phases de mastication, de plus, la variété de goût offerte par ces végétaux est très appréciée par les lapins. Enfin, ils ont une faible teneur en graisses, ce qui limite les problèmes de poids.
A quoi faut-il faire attention avec le fourrage frais ?
Tout le monde ne peut malheureusement pas cueillir des herbes fraîches pour son lapin chaque jour. Pour lui assurer une bonne alimentation, vous pouvez associer différents types de légumes à des plantes aromatiques en parallèle du foin à volonté. Proposez à votre lapin un assortiment de légumes chaque jour, au début intégrez un nouveau légume à la fois, pour que sa flore s’y habitue progressivement. Vous éviterez ainsi les problèmes de digestion. Les légumes doivent représenter 10% du poids du lapin par jour.
Les plantes aromatiques sont un bon moyen de compenser le manque d’herbe fraiche.
Certains légumes sont-ils à éviter ?
Les branches d’arbres avec leur écorce, les feuilles et les fleurs font également partie du régime alimentaire du lapin : il aime ronger des branches. De plus, les brindilles fournissent à votre lapin de précieux minéraux et oligo-éléments. Presque toutes les espèces d’arbres et d’arbres fruitiers conviennent. Cependant, soyez prudents avec les plantes d’ornement. Veillez à ce qu’aucun traitement n’ait été appliqué sur les arbres où vous faites votre cueillette. Pensez toujours à n’utiliser que des branches non traitées. Les lapins aiment également manger les feuilles (fraîches ou séchées) de nombreux arbres. L’idéal est de faire soi-même des réserves dans son jardin pour l’hiver. Cependant, les feuilles séchées n’ont aucune fonction dans l’usure naturelle des dents lors de de la mastication.
Les fruits ont une teneur élevée en sucre et ne doivent être donnés à un lapin que rarement et en très petites quantités. Consommés en grande quantité, ils peuvent causer des problèmes d’obésité ainsi que des troubles digestifs. Les variétés de fruits appropriées sont : la fraise, la framboise, la banane ou la pastèque (idéale en été pour hydrater votre animal). La myrtille, la pomme et la poire peuvent aussi être données, mais ce sont des aliments très riches. Leur consommation doit donc être exceptionnelle et se limiter à une petite portion.
Certains aliments peuvent provoquer des problèmes de santé à long terme chez les lapins. Pour la santé de votre lapin, évitez de lui donner les aliments suivants :
Les aliments complets ne peuvent pas être l’unique élément de l’alimentation de votre lapin. Cependant, ils sont dans certains cas utiles pour apporter certains nutriments. Mais la base d’une bonne alimentation pour un lapin reste du foin de bonne qualité et des végétaux frais. Lorsqu’ils sont gardés à l’extérieur, les lapins ont besoin d’une alimentation plus riche. Lorsque vous choisissez un aliment complet, veillez à ce qu’il contienne des herbes brutes. Elles doivent être reconnaissables et non finement moulues, en effet, les herbes sous forme de granulés ne nécessitent pas beaucoup de mastication. L’usure naturelle des dents n’est donc pas assurée par cette forme d’aliments, ce qui est mauvais pour la santé dentaire de votre animal. La caroube, les grains de céréales et de maïs entraînent également des dommages à long terme à la dentition du lapin.
Contrairement à ce que l’on prétendait dans les campagnes autrefois, le lapin boit beaucoup : il a besoin de 10 à 50 cl par jour. La quantité varie bien sûr en fonction de la qualité de son alimentation, sèche ou non, mais l’eau reste indispensable à sa santé. Pour que l’eau ne soit pas salie, fixer un biberon à l’extérieur du clapier sur la grille. Utiliser aussi une gamelle, mais il y a de forts risques que l’animal la renverse. Dans tous les cas, l’eau doit être fraîche et propre : il faut la changer tous les jours.
Quelques exemples de plantes toxiques pour les lapins.
En conclusion, l'alimentation du lapin, qu'il soit sauvage ou domestique, est un sujet complexe qui mérite une attention particulière. En comprenant les besoins nutritionnels spécifiques de ces animaux et en adaptant leur régime alimentaire en conséquence, vous contribuerez à leur bien-être et à leur longévité.
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