Alimentation et MICI : Recommandations Nutritionnelles

Douleurs abdominales, diarrhée chronique, perte d’appétit, ballonnement et fatigue : voici le quotidien des personnes touchées par la maladie de Crohn. Cette maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) évolue par poussées avec des périodes de crise aiguës et de phases de rémission difficiles à anticiper. Pour ces malades, trouver une alimentation adaptée à la maladie de Crohn qui évite de déclencher de nouvelles poussées est capital. Dans cette optique, nous partageons les recommandations de diététiciens nutritionnistes afin de comprendre le mécanisme symptomatique et quels aliments adopter pour réduire les risques inflammatoires, apaiser l’irritation du tube digestif et parfois même entrer en rémission, en complément du traitement médical.

Maladie de Crohn et alimentation : le régime alimentaire adapté

Principes de l'alimentation en cas de MICI

Quel que soient les stades de la maladie de Crohn, le malade doit composer avec des poussées inflammatoires plus ou moins fortes.

Comprendre les problèmes inflammatoires

La maladie de Crohn déclenche une inflammation de l’intestin, en particulier dans la partie inférieure du grêle, l’Iléon. Cette zone intestinale a pour mission d’absorber l’eau et les nutriments essentiels tels que les vitamines B12, les électrolytes (sodium, potassium) et les sels biliaires. Les conséquences de cette inflammation sont multiples :

  • Une accumulation de fluides entraîne des diarrhées, une perte de nutriments et une déshydratation.
  • Des lésions qui perturbent l’absorption des nutriments.
  • Une prolifération bactérienne qui déséquilibre la flore intestinale.

Les principes alimentaires à suivre

En plus du traitement médicamenteux prescrit, les personnes atteintes de la maladie de Crohn doivent adapter leur alimentation pour :

  • Réduire l’inflammation.
  • Diminuer le volume des selles.
  • Améliorer l’absorption des nutriments.
  • Rééquilibrer la flore intestinale.

Cette diète se base sur :

  • Une alimentation pauvre en fibres : les fibres, difficiles à digérer, augmentent le volume des selles, entraînent des douleurs et des inconforts. De plus, les fibres non digestes sont fermentées par les bactéries intestinales, produisant des gaz et des acides gras à chaîne courte qui irritent la muqueuse intestinale.
  • La restauration du microbiote intestinal : en consommant des prébiotiques et des probiotiques naturels et en suivant le régime glucide spécifique (RGS), proposé par le Dr Sidney Hass en 1951, qui recommande l’éviction des glucides à l’exception des monosaccharides présents dans certains fruits, légumes et le miel. Des études ont montré que ce régime peut entraîner une rémission symptomatique ou clinique chez 42 à 92 % des patients atteints de la maladie de Crohn dans les 2 à 12 mois suivant sa mise en œuvre.

Aliments à privilégier et à éviter

Pour prévenir les crises, il est donc nécessaire d’éliminer certains aliments riches en fibres et en lipides de nos assiettes.

Aliments à éviter

  • Les fruits et légumes fibreux : Il est préférable d’éviter de manger les fruits et légumes à la chair filandreuse, contenant des pépins ou des peaux épaisses, tels que la pomme, le raisin, l’ananas, la tomate ou encore le poireau.
  • Les légumineuses : Bien que riches en fibres solubles, les légumineuses comme les haricots, le soja, les lentilles et les pois chiches restent souvent difficiles à digérer pour les personnes atteintes de la maladie de Crohn. Il est préférable d’en consommer avec modération et de surveiller attentivement les réactions de l’organisme.
  • Le lactose : Le lactose est un aliment à éviter en cas de maladie de Crohn, car il peut provoquer des intolérances et des épisodes de diarrhée. Parmi les produits laitiers à proscrire, on retrouve :
    • Yaourt avec des morceaux de fruits, au citron ou avec des céréales
    • Lait entier
    • Crème
    • Glace
    • Lait de vache et de chèvre
    • Lait en poudre ou concentré
    • Boissons lactées
    • Beurre
    • Fromages frais
    • Potages à base de lait
    • Sauces à la crème
  • Les matières grasses : Si la maladie de Crohn affecte l’iléon ou si une résection intestinale a été pratiquée, le risque de malabsorption des lipides peut provoquer des diarrhées graisseuses. Pour éviter ces désagréments, il convient de limiter les apports en matières grasses totales en évitant les aliments suivants :
    • Huiles, beurre, crème
    • Oléagineux
    • Margarines
    • Fromages
    • Charcuteries
    • Viandes rouges
    • Pâtisseries, viennoiseries, biscuits
  • Les sucreries : Les bonbons, les pâtisseries et les gâteaux sont des aliments riches en sucres à bannir autant que possible en cas de maladie de Crohn. Mal absorbés, ils génèrent des inconforts digestifs comme les diarrhées, les flatulences ou les douleurs intenses. Parmi les sucreries interdites :
    • Les sucres simples
    • Les édulcorants artificiels contenant des « polyols ».
    • Tous les produits contenant de l’aspartame, de la sucralose, de l’acésulfame, de la saccharine ou encore du cyclamate.
  • Les viandes rouges et les poissons gras : Les viandes rouges et les poissons gras, plus difficiles à mâcher, sont à proscrire, car ils risquent de causer des maux de ventre et de l’inconfort digestif. Il vaut mieux privilégier les viandes blanches comme le poulet et la dinde.
  • Les graines : En cas de maladie de Crohn, les graines peuvent causer des irritations et être sources d’inflammation, d’autant plus si on souffre de diverticulite.
  • Les épices : La consommation d’épices accélère le transit intestinal et entraîne des troubles gastro-intestinaux. Selon l’impact de la zone inflammée et la tolérance du malade, la quantité d’épices dans les plats doit être ajustée selon la réaction de l’organisme.

Aliments à privilégier

Pour mettre le système digestif au repos en période de crise aiguë, optez pour une alimentation sans résidu, riche en nutriments nécessitant peu d’efforts digestifs et en suppléments.

  • Les produits laitiers : Si la personne tolère le lactose, les produits laitiers dérivés peuvent être consommés, tels que :
    • Lait écrémé
    • Yaourt allégé en matière grasse
    • Fromages avec moins de 20 % de matière grasse
    • Sorbet
    Ces produits apportent les nutriments essentiels à l’organisme tels que le calcium, la vitamine D ou encore de bonnes protéines.
  • Les protéines : Pour faciliter la digestion, maîtrisez le choix et la cuisson de vos aliments protéinés :
    • Une viande bien cuite
    • Des morceaux tendres
    • Des volailles sans la peau
    • Des poissons naturels
    • Des œufs préparés sans matières grasses
    • Du tofu
  • Les matières grasses : Bien que la majorité des lipides soient à proscrire, les omégas 3 et 6, généralement fournis dans la plupart des graines et des poissons gras, peuvent être apportés par la consommation de triglycérides à chaîne moyenne (huile TCM), mieux absorbés par l’intestin.
    • L’huile de coco
    • Le lait de coco
    • Le fromage de chèvre et de pâte dure
    • L’huile de palme
    • Les huiles végétales (huile de noix, huile de lin, huile d’avocat, huile d’olive extra vierge)
  • Les suppléments probiotiques et nutritionnels : En raison de symptômes tels que les diarrhées, les saignements et la malabsorption, les personnes souffrant de la maladie de Crohn sont susceptibles de présenter des carences en certains nutriments. Leur régime alimentaire doit donc être complété avec :
    • Antioxydants
    • Oméga-3
    • Vitamines
    • Minéraux
    De plus, l’usage de probiotiques contenant des bifidobactéries, des lactobacilles et des streptocoques semble prometteur pour prévenir la récurrence de la maladie de Crohn.

Tableau récapitulatif des aliments recommandés et à éviter

Groupes d’aliments À privilégier À éviter
Produits laitiers Lait écrémé, Yaourt allégé en matière grasse, Fromages avec moins de 20 % de matière grasse, Sorbet Lait entier, Yaourt avec des morceaux de fruits, au citron ou avec des céréales, Crème glacée
Viandes et substituts Viande bien cuite, Morceaux tendres, Volailles sans la peau, Poissons nature, Œufs préparés sans matières grasses, Tofu Produits panés et frits, Charcuteries, Saucisses, Viandes grasses et difficiles à mâcher, Œufs au plat, panés, frits
Produits céréaliers Pain blanc, Féculents à base de farine blanche Pain aux céréales, Pain complet, Céréales, les produits céréaliers contenant des noix ou des graines, Féculents à base de farine complète, Riz brun
Légumes Légumes bien cuits, Légumes sans pépins et sans graines, Pomme de terre sans la peau, Jus de légumes Choux (brocoli, chou-fleur, choux de Bruxelles), Oignons, ail, piments, Haricots et fèves, champignons, Courges, épinards, Crudités, Maïs
Fruits Jus de fruits sans pulpe (sauf pruneaux), Banane mûre, Melon, Pomme sans peau, Compotes sans morceaux (sauf pruneaux) Jus de pruneaux, Jus avec pulpe, Fruits en conserve, Fruits secs, Tous les fruits crus sauf pomme pelée, banane mûre et melon
Boissons Eau, café déca, tisanes Caféine : café, thé, sodas, boissons énergisantes, alcool, Boissons sucrées ou édulcorées : sirops, cocktails, etc.
Autres Sucres, alcool (sorbitol, mannitol, xylitol), Bonbons et chewing-gum sans sucre, Produits gras

Si opter pour une alimentation spéciale maladie de Crohn atténue les poussées, ce régime n’est pas un remède pour guérir de la maladie de Crohn.

Conseils supplémentaires

  • Pour faciliter la digestion et ne pas trop stimuler les mouvements intestinaux en phase aiguë, répartissez 2 à 3 collations sur la journée et privilégiez le plus gros repas le midi plutôt que le soir.
  • Lorsque les symptômes s’améliorent, introduisez progressivement des aliments interdits.
  • Une alimentation riche en fibres, si tolérée, prolonge les périodes de rémission et prévient les poussées aiguës.

Le « régime MICI » n’existe pas

Il faut une approche nutritionnelle individuelle personnalisée, en fonction de la phase de la maladie et la tolérance individuelle. L’intervention d’une diététicienne est donc conseillée.

Recommandations en phase de rémission

En phase de rémission, on recommande une alimentation équilibrée et la plus diversifiée possible (les besoins protéiques sont les mêmes que ceux de la population générale : environ 1 g/kg/jour chez l’adulte). Favoriser un régime méditerranéen anti-inflammatoire, riche en fruits, légumes et acides gras oméga 3, pauvre en aliments ultratransformés.

Recommandations en phase de poussée

En phase de poussée, la consommation protéique doit être augmentée : 1,2 à 1,5 g/kg/jour chez l’adulte. Le mode de vie compte aussi !

Attention aux carences !

On recommande de suivre le statut des micronutriments au moins une fois par an et de prendre en charge toute carence. Complémenter en fer tout patient ayant une anémie. Dépister régulièrement la dénutrition et la traiter.

Aliments ultra-transformés (AHT) et MICI

Plus récemment, le rôle possible d’additifs alimentaires a été évoqué et le concept d’aliments hautement transformés (AHT) a été créé. Les AHT se définissent par opposition aux aliments frais et à ceux qui sont modifiés par des procédés comme le retrait des parties non comestibles, le séchage, le concassage, le broyage, la pasteurisation, la réfrigération, la congélation ou l’emballage sous vide. Aucun de ces produits ne comporte de substances ajoutées. On retrouve par exemple les fruits, les légumes et les légumineuses frais, séchés ou congelés, la viande coupée et emballée, le poisson frais, le lait pasteurisé, le yogourt nature, les œufs, le riz, le maïs, les pâtes.

À l’inverse, les AHT sont fabriqués industriellement et enrichis avec des additifs (stabilisants, conservateurs, épaississants, émulsifiants, exhausteurs de goût, colorants) à des fins gustatives, technologiques ou cosmétiques. Ces produits sont consommés sous forme de collations, desserts ou plats cuisinés : confiseries, biscuits, gâteaux, crèmes glacées, boissons sucrées (sodas), produits laitiers sucrés, pains industriels, plats préparés, pépites (nuggets) de volaille ou de poisson, hot-dogs et autres produits à base de viande reconstitués, soupes en briques, céréales du petit-déjeuner, édulcorants artificiels, etc. Ils sont riches en acides gras saturés, sucres, sodium et pauvres en fibres alimentaires.

La consommation des AHT a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, plus particulièrement dans les pays industrialisés. En France, les AHT contribuent à plus de 30 % de nos apports énergétiques quotidiens ; ce chiffre dépasse 55 % aux USA et en Grande-Bretagne (7). Les AHT sont associés à un déséquilibre alimentaire et sont accusés d’avoir un effet négatif sur la santé.

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