Alimentation au Mali: Défis et Solutions

Suite à la révision constitutionnelle du Mali en 2017, reconnaissant le droit à l'alimentation et à une nutrition adéquate comme un droit constitutionnel des Maliens, un plaidoyer renforcé auprès des décideurs à différents niveaux a été souligné comme une priorité clé et identifié comme un rôle pour les acteurs de la nutrition de la société civile au Mali.

Dans ce contexte, le Centre Sahélien de Prestation, d'Etudes, d'Ecodéveloppement et de Démocratie Appliquée (CSPEEDA), bénéficiaire du Fonds commun du Mouvement SUN, a été sélectionné pour renforcer les capacités des organisations de la société civile et faciliter leur participation aux processus nationaux et régionaux de coordination de la nutrition.

La population du Mali a quadruplé de 1960 à 2020, passant de moins de 5 millions à près de 20 millions d’habitants selon les statistiques de la Direction nationale de la population.

Cette croissance démographique implique des besoins d’accès à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à la santé, à l’éducation et à l’emploi pour les primo arrivants.

L'option à assurer l’auto insuffisance alimentaire demeure la préoccupation essentielle de tous les gouvernements qui se sont succédé au Mali, de l’Independence à nos jours.

Ce d’autant que le Mali s’attribue la réputation légendaire de pays à vocation agropastorale.

Les céréales représentent, à s’y méprendre, un enjeu énorme dans le schéma de l’alimentation dans notre pays.

D’ici 2028 la demande en céréales au Mali oscillerait entre 15 et 20 millions de tonnes par an.

Les Femmes maliennes deviennent de plus en plus des piliers d’un système de production agricole jadis largement dominé par des hommes dont le dilettantisme dans cette activité peine encore à assurer la sécurité alimentaire de ce pays d’environ 18 millions d’habitants.

En effet des études ont montré au Mali qu’en fournissant aux agricultrices le même accès aux ressources productives que les hommes, on pourrait sortir de la pauvreté, souligne un rapport du FIDA.

Envers et contre tout, le concept de la sécurité alimentaire au Mali devrait reposer sur la capacité des systèmes et réglementations mises en place par le gouvernement à venir en aide aux citoyens les plus défavorisés afin qu’ils puissent se nourrir décemment.

En réponse à cette donne, la volonté politique s’est exprimée par la mise en place d’une institution à but humanitaire, le commissariat à la sécurité alimentaire, notamment.

Structure dont la vocation consiste à distribuer de la nourriture, par le biais d’un service, aux plus démunis et à des exploitants ayant fait une mauvaise récolte.

La libéralisation du commerce a incité le gouvernement à accorder la priorité aux cultures d’exportation et aux importations de denrées alimentaires plutôt qu’à la production de nourriture pour la consommation locale ; et ce sont surtout les femmes maliennes agricultrices qui paient le prix de ce virage.

Malgré. Près de 40% de nos besoins sont importés principalement de l’Asie, l’Inde et la Thaïlande en particulier.

Les volumes d’achats de céréales importés influencent énormément le déficit de la balance commerciale du Mali.

Prenant le taureau par les cornes, ou plutôt, le tracteur par son volant, le président de la république, son excellence Ibrahim Boubacar Keita, dans le cadre de la modernisation et de la mécanisation de l’Agriculture au Mali, avait initié en 2014 un programme de subvention des équipements agricoles en plus du programme de subvention des intrants agricoles en 2008.

Au titre des équipements visés par cette généreuse initiative, loisible était de retenir les tracteurs, les motoculteurs avec accessoires, les matériels de post-récoltes, d’irrigation et ceux afférents à l’élevage et à la pêche.

C’est pourquoi, le Programme de mécanisation et de motorisation agricole s’est invité et en bonne place dans le Plan d’action 2014-2018 du ministère de l’Agriculture afin de porter le taux d’équipement des exploitations agricoles de 40 à 60%.

La réalisation de ce programme aura permis d’octroyer déjà 1000 tracteurs aux exploitants agricoles du Mali ayant coûté au budget national et à la faveur contribution de bénéficiaires un montant de 13,6 milliards de F CFA.

Aussi, des gros efforts ont-ils été déployés par le gouvernement malien pour améliorer le climat juridique du secteur de production agricole, dans la même dynamique, promouvoir des investissements notamment privés.

La mise en œuvre d’une Loi d’Orientation Agricole est passée par là.

Le secteur contribue pour 45% environ à la constitution du Produit Intérieur Brut.

Mais force est de reconnaître que l’importance de ce secteur s’est rarement prévalue d’une véritable opportunité de développements socio-économiques Toutefois, dans la perspective d’atténuer cet état de fait vis à vis de ces produits primaires subordonnés aux problèmes de valorisation, de l’évolution du marché régional ainsi que l’évolution des nouvelles techniques de production Agricole…l’Etat malien a entrepris d’ambitieux programmes avec l’appui de ses partenaires au développement.

Bien que ces actions soient en train de se solder positivement, le secteur Agricole malien reste toujours confronté à des difficultés de productivité qui donnent l’impression d’un secteur peu performant.

Les systèmes alimentaires sont directement liés à la réalisation de l'ensemble des Objectifs du Développement Durable (ODD).

L'impératif - et le défi - pour les systèmes alimentaires n'est pas seulement de produire des aliments pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi de préserver les ressources naturelles et la biodiversité et de contribuer à des moyens d'existence équitables à long terme pour toutes et tous.

Les récentes crises alimentaires au Sahel ont conduit les partenaires au développement à revoir leurs modes d’action pour intégrer les « nouveaux » enjeux de la sécurité alimentaire.

Le projet NEEMA, financé par l’Union européenne dans le cadre du programme ERASMUS+, est fier d’annoncer la publication de quatre rapports nationaux approfondis sur la résilience alimentaire et nutritionnelle au Sénégal, au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

Les rapports récemment publiés sont le fruit de plusieurs mois d’analyse rigoureuse, d’engagement des parties prenantes et de recherches factuelles.

Ils offrent une évaluation complète des défis, des systèmes de gouvernance, des lacunes politiques et des obstacles structurels de chaque pays, tout en soulignant les opportunités de construire des systèmes alimentaires plus résilients.

Les quatre rapports nationaux de NEEMA fournissent des informations essentielles et contextuelles sur les défis structurels et systémiques qui façonnent la résilience alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest.

Au Mali, l’analyse présente une feuille de route complète pour la transformation, mettant l’accent sur l’amélioration de la gouvernance, la gestion des risques climatiques et la diversification des moyens de subsistance.

NEEMA est un projet de renforcement des capacités de 36 mois de l’Université européenne Ulysse financé par le programme ERASMUS+.

Dirigé par l’université de Séville, NEEMA vise à renforcer la résilience alimentaire et nutritionnelle, en mettant l’accent sur les populations vulnérables.

Le 17 octobre, le Gret et la société de conseil Hystra ont lancé à Ouagadougou, au Burkina Faso, un projet de trois ans visant à démontrer comment et à quelles conditions des solutions commerciales peuvent contribuer à prévenir durablement la malnutrition, sous toutes ses formes, dans les grandes villes du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Le projet Meriem (Mobiliser les entreprises sahéliennes pour des réponses innovantes et à large échelle contre la malnutrition), financé par l’Agence française de développement (AFD) et la Fondation Bill & Melinda Gates, est mis en œuvre par une alliance multi-acteurs composée de professionnels du développement, de la recherche et du conseil aux entreprises.

Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, 21 à 42 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique.

Elle a des conséquences irréversibles si elle survient pendant la période des « 1 000 jours », correspondant à la période du développement de l’enfant, du premier jour de grossesse jusqu’à l’âge de deux ans.

Les aliments fortifiés manufacturés de qualité ont un fort potentiel pour contribuer à prévenir la malnutrition des jeunes enfants et de leurs mères sur cette période clé, en apportant une valeur nutritionnelle adaptée à leurs besoins.

Cela est d’autant plus vrai dans les grandes villes sahéliennes où les citadins ont l’habitude de consommer des aliments manufacturés et où la population des quartiers précaires est en augmentation constante.

Pourtant, les entreprises sahéliennes ont encore des difficultés à produire et distribuer à grande échelle des aliments fortifiés de qualité, sur un marché qui leur semble complexe et peu favorable.

Une offre locale existe, mais elle est insuffisante pour couvrir durablement les besoins de la population, et les produits importés sont inaccessibles financièrement à la majorité de la population.

En suscitant l’adhésion des acteurs publics et privés de la nutrition, et avec des mécanismes de marché pérennes, il est possible au Sahel d’étendre l’offre d’aliments fortifiés manufacturés, de qualité, et accessible au plus grand nombre.

Fort de cette idée, le Gret lance le projet pilote Meriem (Mobiliser les entreprises sahéliennes pour des réponses innovantes à large échelle contre la malnutrition).

Ce projet relève le défi de concilier objectif social et rentabilité économique à grande échelle dans trois pays.

Il veut démontrer comment et à quelles conditions des solutions commerciales peuvent contribuer à prévenir durablement la malnutrition.

Des innovations en matière de commercialisation seront testées et déployées avec des entreprises sahéliennes à fort potentiel, sélectionnées pour leur double intérêt à se lancer sur un marché porteur, tout en contribuant à un enjeu de santé publique.

Ces innovations s’accompagnent d’actions indispensables d’appui au secteur public pour la mise en œuvre d’un cadre règlementaire adapté (normes qualité, Code international de l’OMS, etc.) et à la promotion d’un label qualité, permettant d’encourager les entreprises à se mobiliser tout en encadrant leur action.

Le CSPEEDA a également obtenu avec succès l'engagement de 15 Champions de la Nutrition pour rehausser la visibilité de la nutrition, parmi lesquels M. Bernard Coulibaly.

Fervent partisan des programmes de nutrition depuis de nombreuses années, Bernard Coulibaly supervise la planification nutritionnelle et sa mise en œuvre cohérente dans tous les secteurs concernés de son district.

En tant que préfet, il a fait le meilleur usage de son autorité et a rendu obligatoire pour les autorités gouvernementales sectorielles décentralisées du district de rendre compte des progrès en matière de nutrition.

La prise de conscience de l'importance d'une alimentation saine a aidé divers représentants sectoriels infranationaux à accroître la fourniture ou la couverture des services de nutrition aux populations et à réaliser des changements au sein de la communauté : dans la ville de Kayes, le service technique local de la pêche s'est engagé à former et équiper toutes les communes.

Des défis demeurent, comme la mise en place de plateformes communales dans toutes les communes du cercle et la montée en puissance de plateformes multisectorielles aux niveaux régional puis national, mais l'exemple de l'engagement local montre qu'il existe des solutions simples et coûteuses. des solutions efficaces pour prévenir la malnutrition.

En effet, pour chaque dollar investi dans la lutte contre la malnutrition, on estime qu’un pays gagne 16 dollars supplémentaires grâce à l’augmentation de sa productivité.

La volonté politique joue un rôle important dans la lutte, menée par des responsables locaux comme Bernard Coulibaly.

L’agriculture a été, et reste, considérée comme le secteur pouvant répondre aux implications de la croissance démographique et contribuer au développement économique.

C’est dans cette optique qu’au sud du Mali et dans le reste des zones de savane, du Sénégal au Cameroun, la culture du cotonnier a été soutenue par les pouvoirs publics afin de fournir un revenu régulier aux ménages agricoles et assurer un développement agricole intégré (Bainville et Dufumier, 2007 ; Soumaré et al., 2019).

Les transformations introduites par le coton, une culture commerciale avec une garantie de prix d’achat pour les producteurs, ont contribué aussi au développement des cultures vivrières (céréales et légumineuses) et à l’intégration de l’agriculture et de l’élevage par le développement de la culture attelée et de noyaux d’élevages bovins.

Bainville et Dufumier (2007) expliquent que les disponibilités alimentaires et les revenus monétaires ont pu s’accroître dans la zone cotonnière (ZC) du Mali alors que la population augmentait fortement.

Cet article a pour objectif de mieux comprendre cette complexité à travers la disponibilité céréalière en mobilisant une démarche géographique multi-scalaire, allant du village aux différents bassins de production de la zone cotonnière du Mali.

Il procède d’abord à une caractérisation de la croissance démographique à l’échelle locale (1987-2013), pour ensuite la mettre en lien avec les moyens d’existence : productions agricoles et disponibilité et accès aux services de santé et d’éducation.

La zone cotonnière du Mali, souvent appelée Mali-Sud, est située entre 4°15’00” et 10°15’00” de longitude Ouest et 10°15’00” et 14°15’00” de latitude Nord (Fig. 1).

Elle a une superficie d’environ 150 000 km2 et une population estimée à 5,6 millions d’habitants en 2009 (INSTAT-MALI, 2013).

Cet encadrement, les conditions agro-climatiques globalement favorables, les investissements de l’État et de ses partenaires techniques et financiers et l’appui de la recherche agricole ont fait de la zone cotonnière la principale région agricole du pays.

Le cotonnier occupe environ 30 % de la surface cultivée en saison des pluies et les céréales (maïs, sorgho et mil), 60 % ; seulement 10 % des terres sont consacrés aux petites cultures (niébé, soja, arachide...).

Les données proviennent des ministères de l’Éducation et de la Santé et de la CMDT.

Elles ont été complétées par les statistiques de la FAO pour les données de production et de superficie agricoles à l’échelle du pays.

Les données démographiques proviennent des recensements et des projections de l’INSTAT-MALI.

Les méthodes d’analyse utilisées sont la statistique descriptive, la représentation cartographique et l’analyse spatiale.

Entre 1987 et 2009, la population malienne est passée de 7,6 à 14,5 millions d’habitants (+92 %), et celle de la ZC est passée de 3,4 à 7,4 millions d’habitants (+118 %).

Cette forte croissance correspond à la première phase de la transition démographique qui se caractérise par un recul important du taux de mortalité grâce aux progrès de la médecine et un taux de natalité qui reste élevé.

Elle s’accompagne d’un processus d’urbanisation ; ainsi, la ZC compte les trois plus grandes villes du Mali : Bamako, Sikasso et Koutiala.

Mais la population rurale de la ZC croît aussi et reste relativement dynamique par rapport au reste du pays, car elle a augmenté d’environ 4 % par an de 1987 à 2013 passant de 40 % à 44 % de la population rurale totale du Mali (Fig.

Fig. 2Évolution de la population rurale au Mali et en zone cotonnière. Evolution of rural population in Mali and in the cotton belt.

La période 1987-2013 est marquée par l’augmentation des quantités produites en coton et céréales (maïs, mil, sorgho) (Fig. 4).

Cette tendance est marquée par des baisses soudaines et drastiques de la production de coton, en particulier 2000-2001 et 2008-2009, en raison des crises successives traversées par cette filière entraînant souvent dans son sillage les cultures céréalières.

Alors que la population totale de la ZC a été multipliée par 2,14 entre 1987 et 2009, la production des principales cultures (coton plus céréales) a été multipliée par plus de 7.

Comparée à l’échelle nationale, entre 1987 et 2013, la ZC a vu sa contribution à la production céréalière du pays grimper de 10 à 35 % en moyenne, alors que sa population n’est passée que de 40 à 44 % de la population rurale totale du pays.

Fig. 4Évolution des principales cultures du système cotonnier de 1987 à 2013.

Depuis 1995, la quantité de céréales produite par tête et par an (rapport entre les productions de maïs, mil et sorgho et la population totale, y compris urbaine) en ZC a dépassé 200 kg (Fig. 5).

Les agriculteurs de la ZC dégagent un excédent céréalier de près de 200 kg/an par personne en considérant qu’un habitant consomme 214 kg/personne et par an selon la norme FAO (FAO, 2013).

Ce grand bond de la production céréalière est surtout lié au développement de la culture du maïs, qui a été permis par l’intensification insufflée par le coton (Bazile et Soumaré, 2004).

Le développement du coton a en effet été accompagné d’une politique volontariste de soutien à la production des céréales venant en rotation avec le cotonnier.

La distance moyenne d’accès au premier centre de santé en ZC est passée de 60 km en 1987 à 7,7 km en 2011 (Tab. 1), soit un gain moyen de 50 km.

Entre 1987 et 2011, suite à cette initiative, le nombre de centres de santé en ZC est passé de 11 à 561.

AnnéeDistance moyenne d'accès au centre de santé (km)
198760
20117.7

De plus, les populations ont été responsabilisées à la base pour contribuer à la construction et à la gestion des structures sanitaires avec l’appui de l’Etat.

Sur la même période, le taux d’accès de la population au PMA est passé de 5 à 49 % dans un rayon de 5 km par rapport à leur domicile, et de 50 à 87 % pour un rayon de 15 km alors que la moyenne nationale stagnait autour de 60 % pour cette même distance.

Grâce à la politique de responsabilisation de la population, les associations villageoises (AV), qui assurent l’organisation logistique de la culture du coton (distribution des intrants, organisation des marchés), vont jouer un grand rôle dans la création des centres de santé, mais aussi des écoles, grâce à des ristournes versées par la filière pour les services rendus, une forme de prélèvement direct sur le revenu du coton au prorata de la quantité commercialisée par chaque AV (Folefack et al., 2014).

Femmes Rurales du Mali: le rôle des femmes dans les défis de sécurité alimentaire Partie 2

Ce document, intitulé Profil des systèmes alimentaires, présente en une dizaine de pages un condensé des problématiques principales des systèmes alimentaires du Mali, et des solutions possibles pour les rendre plus durables et inclusifs.

C'est le résultat d'une analyse systémique et d'une consultation de tous les acteurs des systèmes alimentaires dans plus de 50 pays.

tags: #alimentation #au #mali #défis #et #solutions

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