L'alimentation en Afrique et en Asie est un sujet complexe, marqué par des défis persistants en matière de sécurité alimentaire et de nutrition, ainsi que par des évolutions significatives dans les habitudes alimentaires. Cet article se penche sur les principaux enjeux et tendances qui façonnent le paysage alimentaire de ces deux continents.
Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le monde est loin d’atteindre l’objectif de Faim « zéro ». La situation s’est même détériorée depuis 2015. L'agence basée à Rome a détaillé : « Nous devons redoubler d’efforts pour garantir la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et assurer une agriculture durable, tout en préservant la viabilité de nos ressources naturelles. »
Le document de la FAO estime que 8,2 % de la population mondiale pourrait avoir souffert de la faim en 2024. Sur les quelque 2,3 milliards de personnes dans le monde confrontées à une insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024, environ 828 millions souffraient d’une insécurité alimentaire grave. La prévalence de l’insécurité alimentaire grave a légèrement diminué, passant de 10,4 % en 2023 à 10,1 % en 2024.
733 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, estimations 2023). Entre 2002 et 2014, la part de la population mondiale qui ne mangeait pas à sa faim a régulièrement diminué, passant de 13 % à 7 %. Elle a stagné ensuite, et repart à la hausse depuis 2019 pour atteindre 9 % en 2023. Lecture : en 2023, 733 millions d'individus souffrent de sous-nutrition dans le monde soit 9,1 % de la population.
Selon les régions du monde, les écarts en termes de sous-alimentation sont énormes. Près d’un quart de la population d’Afrique subsaharienne souffre de la faim en 2023, soit 284 millions de personnes. En Asie, 8 % de la population est touchée, soit 385 millions de personnes. Les progrès ont été énormes dans cette région du monde : le nombre d’individus qui souffrent de sous-alimentation a diminué de 181 millions par rapport à 2003, alors que la population de cette région du monde a augmenté de près de 1 milliard sur la période. La faim a pratiquement disparu de l’Asie de l’Est, région qui comprend la Chine. En Asie du Sud, c’est-à-dire l’Inde et ses voisins, les progrès sont importants.
La proportion de la population qui souffre de sous-alimentation a reculé de sept points, de 20 % à 13 % entre 2003 et 2023, et le nombre de personnes concernées a baissé de 34 millions. Mais le nombre d’individus souffrant de sous-alimentation y reste élevé. En 2020, la pandémie de Covid et les confinements ont exposé les populations les plus pauvres à la faim, dans les régions où les États sont moins protecteurs qu’en Europe. Mais l’arrêt des progrès en matière d’alimentation mondiale remonte à 2014, bien avant ces crises. La sous-alimentation est aujourd’hui du même niveau qu’il y a quinze ans, un retour en arrière pour la population mondiale.
En cause : inégale répartition des richesses, dépendance aux importations alimentaires, catastrophes naturelles, conflits, démographie en expansion, etc. Pour la FAO, la sous-alimentation est définie comme la situation dans laquelle un individu n’a pas accès à une quantité de nourriture « suffisante pour fournir l’apport énergétique alimentaire nécessaire à une vie normale, active et en bonne santé ». Elle est mesurée par la part de la population ayant un apport énergétique alimentaire inférieur à un seuil prédéterminé.
Plus des deux tiers de la population d’Afrique subsaharienne étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024, soit une forte hausse par rapport à un peu moins de 50 % en 2015. La prévalence a également augmenté depuis 2015, bien que de manière beaucoup plus progressive, en Océanie, à l’exception de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, où plus de la moitié de la population était en situation d’insécurité alimentaire en 2024.
En Asie centrale et en Asie du Sud, ainsi qu’en Asie occidentale et en Afrique du Nord, plus d’un tiers de la population était en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024 (respectivement 37,5 % et 36,5 %). La prévalence est bien supérieure aux niveaux de 2015 dans les deux régions, mais inférieure à celle de 2021. En Asie occidentale et en Afrique du Nord, elle est en hausse depuis 2022.
Une amélioration notable a été observée en Amérique latine et dans les Caraïbes, où des progrès constants ont été réalisés depuis 2021.
Parmi les dizaines d’habitués de ce restaurant de Mushin, banlieue pauvre de Lagos, au Nigeria, Remelikun Oguntoye, 23 ans, attend sa commande quotidienne : un bol de deux sachets de nouilles assortis d’un œuf frit et de poisson. “Je peux en prendre jusqu’à cinq fois par semaine, assure la jeune femme qui n’aime pas cuisiner et considère les nouilles déshydratées comme une solution rapide et nourrissante. J’en mange d’ailleurs si souvent que je devrais être ambassadrice, maintenant.”
Or les deux blocs de 70 grammes qu’elle consomme en un repas contiennent près de 2 352 milligrammes de sodium, soit 118 % de l’apport quotidien recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le succès des nouilles instantanées se propage rapidement dans les pays en développement, de l’Afrique à l’Amérique latine, et dans certaines régions d’Asie où les nouilles n’entrent pas dans le régime alimentaire traditionnel. Cette forte teneur en sel inquiète les autorités sanitaires, car elle pourrait être responsable de la hausse de certaines maladies non transmissibles, à commencer par les maladies cardiaques.
Mais les consommateurs, séduits par leur prix abordable, leur saveur et leur simplicité de préparation, sont d’autant moins conscients de ces risques pour la santé que les règles d’étiquetage sont notoirement insuffisantes. Selon l’Association mondiale des nouilles instantanées (WINA), dont le siège se trouve au Japon, entre 2018 et 2022, le Nigeria - qui était déjà de loin le plus gros consommateur de nouilles instantanées d’Afrique - a vu la demande bondir de 53 %, passant de 1,82 milliard à 2,79 milliards de sachets. Dans d’autres pays, comme le Kenya, où la clientèle était beaucoup plus restreinte, la demande a augmenté de 160 % sur la même période, passant de 50 millions à 130 millions de sachets. Les ventes ont également explosé en Colombie (+ 150 %) et en Égypte (+ 110 %).
Ce produit doit en grande partie son succès mondial à son prix modique et à sa facilité d’utilisation, deux facteurs particulièrement déterminants dans les périodes de crise telles que la pandémie de Covid-19 et les poussées inflationnistes. Le succès de la culture populaire sud-coréenne a également dopé la consommation de plats coréens dans les pays riches et parmi les classes moyennes des pays en développement. La Corée du Sud annonçait en novembre dernier qu’au cours des dix premiers mois de 2023, ses exportations de nouilles déshydratées ont atteint un montant record de 785 millions de dollars (722 millions d’euros), ce qui représente une progression de près de 25 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Les fabricants ajoutent davantage de sel dans les nouilles instantanées que dans les nouilles ordinaires, afin d’en améliorer la texture et de réduire le temps de cuisson. Les sachets d’assaisonnement fournis dans le paquet sont également très riches en sel. Les marques vendues dans les pays à revenu intermédiaire présentaient une teneur en sel nettement plus élevée que celles qui sont commercialisées dans les pays à haut revenu.
Le marché nigérian est dominé par la marque indonésienne Indomie, qui a imposé dans le pays sa culture de cuisine de rue. Le Nigeria a été le premier pays africain à installer des usines Indomie et toutes les baraques à nouilles Indomie arborent une enseigne aux couleurs de la marque que l’on retrouve dans toutes les rues, dans pratiquement toutes les banlieues de Lagos.
Bien qu’Indomie soit rapidement devenue incontournable auprès de la jeunesse nigériane, grâce à une campagne de marketing réussie, elle n’était pas la première à pénétrer le marché : Maggi, une marque du géant suisse Nestlé, particulièrement appréciée en Inde, avait ouvert la voie. “Ciblez les enfants. Captez les jeunes afin qu’ils grandissent avec vous et vous les fidéliserez. La génération Y nigériane a été biberonnée à l’Indomie, qui l’a aussi accrochée en lui vendant un temps de préparation de deux minutes. Aucun plat au Nigeria ne cuit plus vite que ça”, explique Opeyemi Famakin, célèbre critique culinaire nigérian.
Barry Popkin, un nutritionniste américain qui se bat contre les aliments ultratransformés, affirme que les nouilles doivent aussi leur succès à leur odeur, issue d’additifs artificiels, qui contribue à capter le consommateur. “Aux États-Unis, je vois des étudiants en manger à longueur de journée en marchant dans la rue. C’est un produit très populaire ici, mais ce n’est encore rien comparé à d’autres pays. En Chine, en Asie et en Afrique, les gens en consomment des quantités phénoménales. Et, contrairement à la Chine, il s’agit souvent de pays qui n’ont jamais eu de régime traditionnel à base de nouilles. Quand on regarde l’évolution des ventes, c’est impressionnant.”
“Or, poursuit-il, c’est l’un des aliments ultratransformés les plus malsains qui soient, en raison de la quantité de sodium et des types de graisses qu’il contient. Lorsque l’on sait que les gens en mangent deux ou trois paquets par jour, on ne s’étonne plus de voir grimper en flèche l’hypertension artérielle.”
Devant le campus de l’université de Nairobi, les nombreuses baraques à nouilles attirent une foule d’étudiants venus chercher un repas rapide et bon marché. Elles restent ouvertes très tard le soir, et les marques réputées mettent en avant leurs produits en s’installant sur les marchés et en invitant les jeunes à des démonstrations et à des dégustations gratuites.
Lenox Oyanga, étudiant de deuxième année qui se nourrit semaine après semaine de nouilles instantanées, avoue ne pas être très au courant des problèmes de santé liés à ces produits, mais ajoute que le plus important reste pour lui de tenir son budget d’étudiant : “Cela m’inquiète bien entendu, mais, à terme, je pourrai adapter mon mode de vie”, assure-t-il. Il se dit persuadé que, au regard des difficultés économiques que connaît le pays, beaucoup de ses compatriotes “privilégieraient leur porte-monnaie plutôt que leur santé”.
On conçoit aisément qu’un sachet de nouilles vendu entre 35 et 50 shillings kenyans (entre 20 et 30 centimes d’euro) soit une option de choix pour un étudiant désargenté. Les offres en lots sont encore plus avantageuses - et poussent donc à la consommation. Brian Chiaji, employé d’un magasin de bricolage, déclare : “Je stocke cinq boîtes par semaine - chacune contient vingt paquets [de nouilles] - et elles partent généralement toutes.”
Albert Bahati, 19 ans, un ami d’université d’Oyanga, explique que les nouilles instantanées sont devenues plus accessibles que jamais dans les kiosques, les supérettes et les grands supermarchés. “Elles sont partout, ce qui signifie que les gens les consomment à un rythme élevé, explique-t-il. Avant, elles n’étaient pas aussi disponibles et semblaient réservées aux riches, mais, aujourd’hui, c’est tout le contraire.”
Le blé prend une importance croissante dans les habitudes alimentaires du continent africain. En 2024-2025, les importations africaines devraient atteindre un record de près de 56 millions de tonnes selon les dernières estimations fournies par l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). Après l'Asie, l'Afrique serait ainsi le deuxième importateur de blé dans le monde.
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) observait dans son dernier rapport sur les perspectives agricoles mondiales qu'en Afrique, « la consommation alimentaire de blé continue de progresser au-delà du périmètre traditionnel de l'Afrique du Nord, se développant en Afrique subsaharienne ». Rien que pour cette dernière région, le département américain de l'agriculture, prévoyait, dans une note parue en septembre dernier, que ces pays devaient importer, pour la première fois de leur histoire, plus de 30 millions de tonnes de blé en 2024-2025.
« L'occidentalisation des habitudes alimentaires et l'urbanisation croissante du continent expliquent cette hausse de la demande de blé », expliquait, la semaine dernière, Jérémy Denieulle, spécialiste de la géopolitique et de la géoéconomie du blé en Afrique lors d'un webinaire organisé par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Ce dernier constate que « depuis les années 1960, nous assistons à une détérioration continue de la situation sur le plan de l'autosuffisance en blé ».
Hormis les pays d'Afrique du Nord et quelques cultures de la céréale dans le nord du Nigeria, les pays africains produisent peu de blé et sont donc dépendants d'importations pour satisfaire la demande. Et dans ce domaine, la Russie prend une part prépondérante par rapport aux Etats-Unis et à l'Europe « Les importations égyptiennes de blé, en provenance de la Russie, sont les plus élevées du monde », constatait Jérémy Denieulle.
Néanmoins, le responsable d'étude à la fondation FARM, Abdoul Fattath Yaya Tapsora, relativise l'ampleur de la dépendance globale de l'Afrique pour son alimentation. Le riz, le maïs, le sorgho et le manioc sont plus importants que le blé. « Seulement 15 à 20 % de la nourriture sont importés par le continent africain ».
Jean-René Cuzon, responsable de projets au sein de la division agriculture, développement rural et biodiversité de l'Agence française de développement (AFD) abonde dans le même sens. « Nous avons une vision biaisée. L'Afrique subsaharienne ne dépend pas du blé pour son alimentation, à la différence de l'Afrique du Nord. Mais les importations augmentent dans certains pays africains, tirées par la demande croissante des grandes villes côtières » dit-il. L'expert confirme cependant que l'on « assiste à un décrochage de la production céréalière par habitant. Nous sommes arrivés à un seuil. En Afrique de l'Ouest par exemple, les surfaces de terres arables sont limitées par rapport aux perspectives de croissance de la population dans les années à venir », explique-t-il.
C'est tout l'enjeu du continent qui se doit de réfléchir à ses politiques agricoles pour nourrir une population qui va dépasser le milliard d'habitants d'ici à 2050. L'Afrique subsaharienne connaîtra la croissance démographique la plus soutenue (2.3 % par an) et abritera 17.5 % de l'humanité d'ici 2034 avance l'OCDE. « La croissance urbaine est avant tout le fait des villes dites secondaires. De ce fait, il importe de les relier avec la production agricole locale pour leurs besoins alimentaires. Tout cela nécessite des investissements publics. Si les gouvernements ne le font pas, ils n'auront d'autres recours que d'importer leur alimentation » analyse Jean-René Cuzon.
« Beaucoup de pays africains, à l'instar de l'Ethiopie, désormais autosuffisante en blé, ont mis en place des politiques pour réduire leur dépendance. Mais les efforts s'essoufflent faute de moyens », constate Abdoul Fattath Yaya Tapsora. En 2003, lors du sommet de l'Union Africaine, à Maputo, les dirigeants s'étaient engagés à consacrer chaque année au moins 10 % de leur budget public au secteur agricole. Cet engagement a été renouvelé en janvier 2025 lors du sommet de Kampala. « Force est de constater que cet engagement n'a pas été tenu.
| Région | Prévalence | Évolution depuis 2015 |
|---|---|---|
| Afrique subsaharienne | Plus des deux tiers | Forte hausse |
| Océanie (hors Australie et Nouvelle-Zélande) | Plus de la moitié | Augmentation progressive |
| Asie centrale et Asie du Sud | 37,5% | Supérieure aux niveaux de 2015 |
| Asie occidentale et Afrique du Nord | 36,5% | Supérieure aux niveaux de 2015, en hausse depuis 2022 |
tags: #alimentation #en #Afrique #et #en #Asie
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