« La clé du bonheur trouver des amis avec la même déficience mentale que toi » : Les Monty Python
La compagnie du Zerep, dirigée par Sophie Perez depuis 1998, explore un théâtre délibérément affranchi de la moindre hiérarchie. Toutes sortes de strates culturelles, d’influences, d’emprunts, de simulacres, de manières d’être sur scène, de sources d’inspiration s’y chevauchent.
Les acteurs, les objets, le texte ne constituent qu’un tout protéiforme. Ente humour et mélancolie, pulsions et subconscient, hommage aux grands textes classiques et leur piétinement, Sophie Perez et la compagnie Le Zerep, qu'elle a créée en 1997, n'ont pas fini de nous surprendre.
Le Zerep est un état d’esprit creusant un monde artistique où bordels populaires et raffinements avant-gardistes sont renvoyés dos à dos pour mieux en éprouver les mystères et les mystifications. Un monde artistique, toujours cheville à la réalité, où le commentaire ne se substitue jamais ni à l’expérience ni à l’humanité. Et puis, il faut toujours bien regarder la figure d’une personne juste avant qu’elle n’enfile son masque. « Allez, welcome dans la gueule du loup ! ».
Ovni de la création théâtrale, la metteuse en scène Sophie Perez met le théâtre sans dessus-dessous au sein de sa compagnie du Zerep. A l’occasion de sa dernière création, "La Meringue du souterrain", présentée à la Grande Halle de la Villette, elle revient sur son parcours et ses imaginaires. La compagnie du Zerep fête cette année son 25ème anniversaire.
Sophie Perez, qui lui a donné son nom en lettres inversées, nous raconte le temps d’un entretien au long cours la façon dont elle a dynamité le théâtre en France, alors que le nouveau spectacle de la compagnie, “La Meringue du souterrain", est créé et joué du 23 au 26 juin à La Grande Halle de la Villette à Paris. Attention les secousses !
L'art du grand écart, dès l'enfance : "Je suis issue d'une famille d'immigrés italiens et espagnols, donc avec un sens de la fiesta. On était quand même quinze-vingt tous les week-ends. Avec beaucoup de cousins et cousines, on faisait des films, des spectacles... C'était une sorte de cirque. Mais pour contrarier cette espèce de chaos permanent, on m'avait mis chez les bonnes sœurs. Donc d'un côté, c'était très rigide et de l'autre côté, il y avait cette espèce de flot carnavalesque"
Sophie Perez valorise la culture populaire, qui l’a façonnée dès l’enfance et qu’elle mêle à des références plus savantes. Grande amoureuse du théâtre, elle prend plaisir à tordre et tirailler ses grands classiques, de Shakespeare à Musset.
“Je pense que je fais des spectacles que j'aimerais voir, je suis la première spectatrice des spectacles que je fabrique”.
Une pièce inclassable, étrange capharnaüm où l’indécent côtoie la beauté et l’innommable : nouvelle création de la compagnie du Zerep, « La Meringue du Souterrain » traite de l’art scénique dans ce qu’il a de plus brut et de plus libre.
Comme les oeuvres de Fellini ou Picabia, les spectacles du Zerep proposent “des formes explosées” où tout est en même temps très précis. Sophie Zerep souligne ainsi que ces objets de théâtre intègrent des choses très sérieuses, logiques et pensées. Comme elle le dit, “ce capharnaüm n’est possible que si je le tisse de choses intellectuelles, littéraires”.
« Que faire lorsqu’on ne peut plus montrer son travail, lorsque les théâtres sont vides ? » interroge la compagnie du Zerep. Une femme avec un gros visage entre sur scène. Elle semble avoir un rendez-vous, elle attend, et le public assiste impuissant à son désarroi gêné.
Traquenard esthétique et psychique qui n’apportera aucune solution, cette pièce est « le fruit pourri et magnifique » des longs mois d’isolement du covid. « Que faire lorsqu’on ne peut plus montrer son travail, lorsque les théâtres sont vides ? Qu’est-ce qu’il nous reste alors ? interroge la compagnie.
Et bien paradoxalement et fort heureusement, la chose ultime et fondamentale : l’expression inexorable de nous-mêmes, cette part féroce et limpide, cette part qui nous obsède et nous constitue. Nous appellerons cette écriture sauvage : le théâtre brut. Le théâtre pour personne.
Comme souvent dans les spectacles du Zerep, la boîte noire est l’endroit pour faire de l’Art. Ici le public observe ce que font une actrice et un acteur quand on ne les regarde pas… Le décor semble déborder du plateau, prend toute la place. Le « théâtre pour personne » devient un théâtre sauvage, insolent, féroce, joyeux et transgressif ; un théâtre d’esprits tourmentés et de comiques absolus. Un théâtre délirant et terriblement humain.
Pour cette nouvelle création du Zerep, il est question de l’art scénique dans ce qu’il a de plus brut et de plus libre. C’est un théâtre de pirates, d’esprits rebelles, de désobéissants, de comiques absolus, d’insolents. Que faire lorsqu’on ne peut plus montrer son travail, lorsque les théâtres sont vides ? Et bien paradoxalement et fort heureusement, la chose ultime et fondamentale : l’expression inexorable de nous-mêmes, cette part féroce et limpide, cette part qui nous obsède et nous constitue.
La meringue du souterrain est un traquenard esthétique et psychique qui n’apportera aucune solution. C’est le fruit pourri et magnifique de ces longs mois d’isolement. Pour cette création du Zerep, il est question de l’art scénique dans ce qu’il a de plus brut et de plus libre. C’est un théâtre de pirates, d’esprits rebelles, de désobéissants, de comiques absolues, d’insolentes.
La meringue du souterrain, c’est l’histoire d’une femme qui arrive sur scène tout de go. Elle semble avoir un rendez-vous, mais qu’est-ce qu’elle attend ? Débute alors une exploration fantasque des choses, sculptures, couleurs, sons, une sorte d’album psychédélique.
Il y a quelque chose de la secousse sismique dans les créations du Zerep, un élan burlesque qui entraîne le théâtre à la limite de la représentation. Cet hyperthéâtre ou métathéâtre est toutefois plus constructif qu’un simple jeu de sabotage. Pour la metteuse en scène et directrice de la compagnie, prendre le théâtre à rebrousse-poil, c’est-à-dire libérer le barbare et l’archaïque qu’il contient, permet de faire jaillir une autre pratique du plateau et ainsi de le magnifier.
Sophie Perez explique comment elle procède : "Je sais faire du théâtre, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. C'est très paradoxal. C'est à dire que quand on a commencé à travailler sur le Feydeau ["Purge Baby Purge" en 2018], il était réglé en une semaine. Les acteurs du Zerep sont très forts pour faire des gueules nécessaires à Feydeau, c'est-à-dire entre la tête d'abruti, l'évanouissement, la colère... C'est un peu leur matière de prédilection. Mais une fois que le Feydeau est monté, l'intérêt pour moi est de poser la question du théâtre. Donc, quand je répète et quand je fabrique, s'il y a une scène qui est un peu touchante ou qui fonctionne, je ne peux pas m'empêcher de mettre du trouble après."
Un étrange capharnaüm où l’indécent côtoie la beauté et l’innommable comme : une séance de peinture sur corps, des danses psychiques et tribales, un quizz théâtral, des duos chantés, sortes de balades philosophico-existentielles traitant du couple et de l’inspiration, la figure de Pinocchio, un set d’électro theater…
Chez le Zerep, la primeur est davantage accordée au dispositif scénique qu’au texte. Le décor est d’ailleurs très souvent outrepassé par les coulisses dans leurs créations: matériel sonore, magasin des accessoires, porte-perruques, vestiaire, et accessoires en tout genre débordent sur le plateau. La mise en abyme est une des formes privilégiées de la compagnie : Oncle Gourdin, présenté à Avignon, racontait l’histoire d’un clan de lutins qui s’essayait au théâtre ; Biopigs en 2015 à Nanterre-Amandiers, rejouait une multitude de fins de pièces, applaudissements inclus ; tandis que Babarman, mon cirque pour un royaume en 2017 proposait aux enfants d’assister à un spectacle dans un chapiteau tandis que leurs parents en voyaient les coulisses, peu glorieuses, depuis les gradins.
"Une chose peut se faire et se défaire dans le même moment" Sophie Perez
Son actualité : "La meringue du souterrain", du 23 au 26 juin à La Grande Halle de la Villette, avec Sophie Lenoir et Stéphane Roger. Le spectacle se jouera ensuite du 5 au 7 octobre à La Criée Théâtre National de Marseille - dans le cadre du Festival Actoral, et du 19 au 22 janvier 2023 à Arsenic Lausanne.
Sophie Perez travaille au côté des membres du Zerep depuis 25 ans. Une compagnie constituée de comédiens, dont Sophie Lenoir et Stéphane Roger qui jouent dans La Meringue du souterrain, et d'une équipe engagée, dont chaque membre amène son propre univers à l’ensemble. Des comédiens que la metteure en scène et scénographe compare à “des Rolls-Royce en train de faire des créneaux", car savant tout faire.
Diplômée de l’ESAT, Sophie Perez débute son travail autour des lieux et des textes atypiques à la Villa Médicis où elle est pensionnaire en scénographie en 1996. Elle poursuit ensuite sa formation et ses recherches aux côtés de Jean-Paul Chambas et Carlo Tomasi à Rome, puis aux côtés de Travis Preston à New-York.
Il faut attendre 1998 pour que débute l’aventure du Zerep, compagnie fondée par Sophie Perez qui rassemble Xavier Boussiron, artiste venu des Beaux-Arts qui cosigne les pièces à partir du Coup du cric andalou en 2004, mais aussi tout un cercle de comédiens fidèles : Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Marlène Saldana, Françoise Klein et Gilles-Gaston Dreyfus. Dès la première création de la compagnie, Mais où est donc passée Esther Williams ?, qui proposait une méthode pour apprendre à nager sans eau, le ton est donné : le Zerep sera irrévérencieux, ou ne sera pas.
"Je joue avec le feu" Sophie Perez
A propos des acteurs du Zerep - que sont Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Gilles Gaston-Dreyfus, Xavier Boussiron, Laurent Friquet, Marlène Saldana et Corinne Petitpierre - Sophie Perez déclare : "C'est comme voir des Rolls en train de faire des créneaux, c'est à dire qu'ils savent tout faire." Sophie Perez
"Le cri de Munch sur des talons aiguilles"
Créé en 2022 à la Grande Halle de La Villette, ce spectacle est à (re)voir du 5 au 15 juin 2024 au Théâtre du Rond-Point, en novembre 2024 à La Maison du Théâtre d'Amiens (80) et en décembre 2024 au Théâtre Saint-Gervais à Genève.
Amiens (80) Maison du théâtre, 8 rue des Majots. Jeudi 28 à 19h30 et vendredi 29 novembre à 20h. Tarifs : de 5 à 17€.
Plusieurs événements sont également organisés autour des 25 ans du Zerep, dont la parution de la monographie Le théâtre et son double-fond : le Zerep : oeuvres complètes 1998-2024 (Éditions Manuella, 1er juin 2024).
"La Meringue du souterrain" de Sophie Perez et la compagnie Le Zerep Aimer et tordre le théâtre
| Lieu | Dates |
|---|---|
| Grande Halle de La Villette | Créé en 2022 |
| Théâtre du Rond-Point | 5 au 15 juin 2024 |
| Maison du Théâtre d'Amiens (80) | Novembre 2024 |
| Théâtre Saint-Gervais à Genève | Décembre 2024 |
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