L'inflation a mis en lumière la précarité alimentaire en France, touchant de plus en plus de personnes et mettant à rude épreuve les ressources des associations d'aide alimentaire. Face à cette situation, le gouvernement a mis en place des mesures d'urgence et des programmes à long terme pour soutenir les populations vulnérables et améliorer l'accès à une alimentation saine et durable.
Selon l'institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le taux de pauvreté en France atteint désormais 14,5 %, soit plus de 9 millions de Français. En France, l'alimentation a vu ses prix augmenter de près de 20% ces derniers mois. Face à l'inflation galopante, 37 % des français se trouvent dans une « situation d'insécurité alimentaire », d'après une étude réalisée par le premier observatoire des vulnérabilités alimentaires de la fondation Nestlé, contre 11% en 2015. Les crises successives du covid et de l’inflation ont augmenté le nombre de personnes devant recourir à l’aide alimentaire. Selon une étude de l’Insee par exemple, la crise sanitaire de 2020 a forcé 200 000 à 400 000 personnes à recourir à l'aide alimentaire.
Ces derniers mois, l’inflation frappe elle aussi encore plus durement les personnes accueillies à l’aide alimentaire. En septembre dernier, l’inflation atteignait + 5.6 % en France. Face à cette hausse des prix qui touche l’alimentation et l’énergie, de plus en plus de ménages se tournent vers l’aide alimentaire. Depuis début 2022, le réseau constate une augmentation de 9% de la demande, soit 200 000 personnes supplémentaires accueillies.
Les familles avec enfants sont donc plus affectées par l’inflation : 60% d’entre elles ont accru leurs dépenses de nourriture. Face à la hausse des prix de l’énergie, 57% des personnes interrogées indiquent moins se chauffer et 53% restreignent leurs déplacements pour économiser de l’essence.
Plus grave, en 2023, 16 % des Français affirmaient ne pas manger à leur faim, soit 7 points de plus qu'en 2016. L'inflation a ancré l'aide alimentaire, jusqu'alors transitoire, en une pratique pérenne et courante, au détriment de sa fonction initiale de gestion de l'urgence. Chacune de ces situations de précarité alimentaire est vécue par les personnes touchées comme une double violence : physiologique d'une part, car liée aux enjeux sanitaires de la malnutrition ; symbolique d'autre part, au regard de la brutalité que représente la position de demandeur dans un pays industrialisé et développé comme la France.
L'inquiétude concernant les pénuries de dons alimentaires est donc forte. En 2022, les banques alimentaires ont aidé 2,4 millions de personnes, un chiffre en hausse de 9 % sur un an. Faute de moyens, certains distributeurs alimentaires sont contraints de refuser des inscriptions. Ainsi, face au manque de moyens et de dons alimentaires corrélés à une augmentation de la demande, la mise en place d'un plan d'urgence alimentaire se révèle nécessaire.
Pour faire face à la demande, les associations doivent ainsi s’assurer que les stocks en produits alimentaires sont assez importants. Plusieurs structures comme le Secours populaire et l’Union nationale des Groupements des Épiceries Sociales et Solidaires nous confirment rencontrer des difficultés sur ce point. "L’ensemble des foyers est concerné par l’inflation, les Français sont donc moins généreux lorsque nous faisons des collectes de denrées", explique Jean Stellittano.
Bien que la loi anti-gaspillage (loi Garot) de 2016 oblige les supermarchés à donner leurs invendus à des associations d’aide alimentaire, les établissements ont ces dernières années installé des rayons contre le gaspillage alimentaire. Avec des promotions allant parfois jusqu’à -50% sur les produits dont la date de péremption est proche, les clients sont tentés de les acheter. Toutefois, les dons des supermarchés se font plus rares. Résultat: les associations n’ont d’autres choix que d’acheter directement des denrées via les grandes enseignes ou les chambres d’agriculture.
En la matière, le déficit de 35 millions d'euros des Restos du cœur en 2023 est un exemple révélateur de ces contraintes. Les finances de ces structures se sont fortement dégradées du fait de la hausse de la demande, du prix d'achat des marchandises, de la baisse du nombre de bénévoles et la diminution des dons. La précarisation se développe donc à tous les niveaux : tant à l'échelle des personnes dans le besoin, qu'à celle des structures aidantes.
Le Gouvernement est particulièrement mobilisé sur la question de la précarité alimentaire en réponse à la situation actuelle caractérisée par de fortes tensions pour tous les acteurs de la lutte contre la précarité alimentaire du fait de l'accroissement des besoins sociaux résultant d'une forte inflation qui a touché particulièrement l'alimentation et du renchérissement des approvisionnements achetés par les associations elles-mêmes. Ainsi, le Gouvernement a engagé dès 2022 plusieurs mesures fortes visant à lutter contre la précarité alimentaire, faire face à l'accroissement des files actives des associations et à compenser les conséquences de la hausse des prix.
Un effort important en faveur de l'aide alimentaire pour aider les associations de solidarité a été financé en 2022 à hauteur de 95 M de crédits supplémentaires obtenus en lois de finances rectificatives. En 2024, les dépenses prévisionnelles de l'Etat en faveur de l'aide alimentaire seront portées à 185 M, grâce aux crédits obtenus en faveur des épiceries sociales en projet de loi de finances et à ceux inscrits dans le projet de loi de fin de gestion. Enfin, la mobilisation du Gouvernement se poursuit également en 2024 par une augmentation significative de l'aide apportée aux associations d'aide alimentaire issue de crédits européens.
En raison de l'inflation et de la hausse des publics bénéficiaires de l'aide alimentaire, la ministre a annoncé, le 18 septembre 2023, une dotation de crédits supplémentaires de 80 M sur la période 2024-2027. Ainsi, la programmation pluriannuelle des crédits sur la période 2021/2027, initialement fixée à 647 M, est révisée positivement à 727 M.
La ministre donne rendez-vous à tous les acteurs des solidarités pour mettre en œuvre ensemble le Pacte des solidarités qu’elle présentera aux côtés de la Première ministre. Pour soutenir nos associations du don alimentaire Infodon.fr est un site de France générosités qui met en relation les futurs donateurs et les associations et fondations qui en ont besoin.
« Le Gouvernement sera toujours aux côtés de toutes les associations, locales et nationales, qui accompagnent les plus vulnérables. Au-delà de notre engagement sans précédent pour les Restos du Cœur qui bénéficient d'un soutien de 15 millions d'euros, les banques alimentaires recevront 11 millions, le Secours populaire 6 millions, la Croix-Rouge 3,8 millions et les épiceries sociales (ANDES) 2,5 millions d'euros. Une mobilisation massive qui se fait également en direction de nos associations locales, au plus près du terrain et main dans la main avec l'ensemble des élus locaux avec 66 millions d’euros de crédits locaux » souligne la ministre, Aurore Bergé.
Le programme Mieux manger pour tous porté dans le cadre du Pacte des solidarités a été lancé en 2023. Ce programme pluriannuel est doté de 60 M en 2023 et a vocation à s'accroitre chaque année pour atteindre 100 M au terme du Pacte des solidarités en 2027. Il constitue un moyen supplémentaire pour que les plus modestes bénéficient d'une alimentation saine, durable et de qualité.
En 2023, ces crédits se répartissent entre :
Ces moyens nouveaux s'inscrivent dans la suite des travaux de la Convention citoyenne pour le climat et de la loi Egalim et sont ancrés au sein du Comité de coordination de la lutte contre la précarité alimentaire. Ce fonds poursuit les objectifs d'amélioration de la qualité nutritionnelle et gustative de l'approvisionnement en denrées de l'aide alimentaire, de réduction de l'impact environnemental du système d'aide alimentaire et de renforcement et d'évolution des dispositifs locaux de lutte contre la précarité alimentaire, afin de répondre aux objectifs de la lutte contre la précarité alimentaire (ancrage territorial, couverture des zones sous dotées).
La Cour des comptes épingle "la multiplicité des circuits de financement" (fonds européens, crédits nationaux, crédits déconcentrés, crédits du programme MMPT) qui, selon elle, "conduit à une segmentation accrue de l’approvisionnement et une absence de vision globale de l’offre présente sur un territoire, ainsi qu’à une absence de prévisibilité de l’offre pour le bénéficiaire et de facto une utilisation des crédits non optimisée".
Elle recommande "d’interroger dès 2025 la pertinence [du programme MMPT] notamment au regard des autres leviers d’amélioration de la qualité alimentaire dont dispose l’État", ce programme illustrant selon les juges "les limites d’une approche trop complexe" conduisant à financer "une multitude de projets et d’expérimentations" et à poursuivre "des objectifs trop nombreux".
Le chèque alimentaire est un dispositif d’aide pensé pour soutenir les ménages les plus fragiles face à la hausse du coût de la vie. Ce dispositif financier a été imaginé suite à l’inflation fulgurante des dernières années et la flambée des prix des denrées alimentaires. Seul hic : cette mesure n’est pas si simple à mettre en place sur tout le territoire. Tout dépend des expérimentations !
Pour les personnes qui sont inscrites à la Caf (notamment les bénéficiaires de minima sociaux) : l’attribution devrait être automatique. Le but du chèque alimentaire est de favoriser une alimentation saine tout en soutenant les producteurs locaux. Cela va même plus loin puisque certains produits pourraient être interdits : alcool, confiseries industrielles, plats préparés, etc.
Le chèque alimentaire Seine-Saint-Denis est d’un montant de 50 € par personne. S’ajoute à cette somme un système de bonification jusqu’à 25 € qui pourront être reversés au bénéficiaire pour l’achat de produits dits « durables ». Bon à savoir : l’alimentation durable est à la fois bonne pour notre santé, pour l’environnement ET pour les producteurs qui sont rémunérés à leur juste valeur.
Le bon alimentaire peut être utilisé presque partout : commerces alimentaires, grandes surfaces, producteurs locaux, etc. Plus de 150 ateliers ont été animés par les associations et ont rassemblé plus de 500 bénéficiaires. Carton plein !
Il est difficile d’établir une liste exhaustive de toutes les expérimentations du chèque alimentaire en France, tant ce type de dispositif peut prendre de formes différentes. À ce jour, il n’existe pas de chèque alimentaire CAF. En d’autres termes, à moins de vivre dans un des territoires pilotes, vous ne pouvez pas bénéficier de bons d’alimentation.
Pour celles et ceux qui y habitent, l’attribution est faite automatiquement. Le chèque service alimentaire est différent du chèque alimentaire dont nous avons parlé tout au long de cet article. Ils sont réservés aux personnes en difficulté financière, et leurs modalités, leurs conditions d’éligibilité ainsi que leur montant dépendent de chaque département.
Dans les universités : pour les étudiants boursiers ou précaires, le CROUS propose des repas à 1 €. Oui, il existe le chèque alimentaire étudiant ! Pour en bénéficier, il faut être inscrit dans un établissement supérieur situé en « zone blanche », c’est-à-dire éloigné de la restauration universitaire.
À l’heure actuelle, le chèque alimentaire de 150 € n’a pas été mis en place en France. Il s’agit en réalité d’une proposition de loi portée par le parti écologique EELV qui a été examinée le jeudi 20 février 2025. Inspirée de la Sécurité sociale de l’alimentation, cette carte devait être créditée de 150 € par mois afin de lutter contre la précarité alimentaire et favoriser l’accès à une alimentation saine et locale.
La Cour des comptes observe d’abord sans surprise que l’aide alimentaire est en premier lieu « déterminée et mise en œuvre par le tissu associatif, et n’est financée que de manière minoritaire par l’État et les fonds européens. » Les premières ressources des associations d’aide alimentaire sont les dons (en nature ou donnant lieu à l’achat de denrées, estimés à 540 millions d’euros en 2022) et le bénévolat (dont la valorisation a été estimée en 2018 par le Sénat à 500 millions d’euros).
Viennent ensuite les dépenses fiscales sur les dons (317 millions d’euros en 2022) et les financements des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (CCAS et CIAS, entre 200 et 260 millions d’euros, selon une estimation Igas de 2020). Pour les magistrats, « cette position non majoritaire de l’État est cohérente avec le fait que l’histoire des États-providence modernes est précisément marquée par la mise en place de droits à prestations monétaires par les pouvoirs publics, plutôt que de distributions charitables d’initiative privée.
Pour les magistrats financiers, « l’État doit se doter des outils permettant de progresser vers une meilleure connaissance, tant de l’offre que de la demande ». Car s’ils estiment que le financement de la part de l’État est suffisant, ils considèrent cependant que « l’absence de vision globale sur un territoire de l’offre présente, ainsi qu’une absence de prévisibilité de l’offre pour le bénéficiaire » entrainent « une utilisation des crédits non optimisée.
Enfin, et surtout, il apparaît que l’État doit faire en sorte de se doter de nouveaux outils. « Les améliorations du système d’information ne doivent pas seulement concerner les bénéficiaires mais aussi la cartographie de l’offre, en particulier des zones blanches. Si au plan local des cartographies ont été élaborées sur certains territoires, financées par l’État et/ou les collectivités locales, il n’en n’existe pas au plan national.
La Cour préconise de tirer les enseignements des expérimentations qui sont menées par les collectivités territoriales des expériences étrangères de chèques alimentaires pour que l’État puisse mener à l’avenir « une réflexion sur les modalités de l’aide apportée.
| Type de Financement/Action | Montant/Description |
|---|---|
| Crédits supplémentaires en 2022 | 95 M€ |
| Budget programme "Mieux manger pour tous" (2023) | 60 M€ |
| Dépenses prévisionnelles de l'État (2024) | 185 M€ |
| Crédits supplémentaires (2024-2027) | 80 M€ |
| Valorisation des dons en nature (2022) | 540 M€ |
| Valorisation du bénévolat (2018) | 500 M€ |
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