L’aide humanitaire vise à assurer l’assistance et la protection des personnes vulnérables et à répondre aux besoins fondamentaux (nourriture, eau, assainissement, abris, soins médicaux, etc.) des populations affectées par une catastrophe naturelle ou un conflit. Alors que la communauté internationale vise à atteindre l’objectif « Faim Zéro » d’ici à 2030, 733 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, estimations 2023).
Selon le SOFI, le rapport de la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, ce sont 733 millions de personnes qui souffraient de la faim à travers le monde en 2023. La fin de la faim est le deuxième objectif des « Objectifs de Développement Durable (ODD) » que les Etats s’étaient promis d’atteindre d’ici 2030, or le monde avance dans la mauvaise direction. Il reste six ans pour éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition.
Bien que les chiffres relatifs à la faim dans le monde soient demeurés stables entre 2021 et 2022, la population subit une crise alimentaire qui s’aggrave à de nombreux endroits. Environ 735 millions de personnes souffrent actuellement de la faim, contre 613 millions en 2019.
En 2023, les chiffres de la faim sont relativement stables mais la situation de la faim a montré des tendances opposées dans différentes régions du monde. L’Amérique latine et les Caraïbes ont vu une diminution de la faim, tandis qu’en Afrique, la faim a continué de progresser.
Il est important de comprendre les bases avant d’analyser la situation actuelle. Quand on parle de faim, on ne parle pas ici de la sensation de faim que l’on ressent lorsqu’on saute un repas mais d’un phénomène durable pendant lequel une personne ne sera plus en capacité de se nourrir en quantité ou qualité suffisante : ces personnes sont en insécurité alimentaire. C’est-à-dire qu’elles ont du mal à bien se nourrir sur une longue période. Elle provoque un amaigrissement, un retard de croissance et une insuffisance pondérale.
La famine est un état de pénurie alimentaire grave, dans lequel toute, ou une grande partie de la population d’un pays ou d’une région n’a plus accès à la nourriture sur une période longue et qui conduit à la mort des populations concernées.
Les instances internationales ont établi des niveaux d’alerte sur l’insécurité alimentaire - appelé IPC (Integrated Food Security Phase Classification) - des populations allant de 1 à 5. Cette classification se base sur des critères qui permettent de définir l’état de la sécurité alimentaire dans une région du monde dans le but d’attirer l’attention internationale sur certaines situations critiques et engager des actions.
L’aide humanitaire internationale complète celle apportée par les autorités du pays affecté, premières responsables des secours à leurs populations. Elle s’inscrit dans l’ensemble plus vaste de l’assistance fournie par la communauté internationale et est le fait d’une diversité croissante d’acteurs (Etats, ONG, fondations, entreprises), dont en premier lieu des organisations internationales.
Aujourd’hui, le Programme alimentaire mondial (PAM) est considéré comme une agence internationale humanitaire incontournable, premier acteur humanitaire mondial de lutte contre la faim. Le PAM intervient chaque année dans près de 80 pays et, en 2020, a fourni une aide humanitaire de court ou long terme à plus de 115 millions de personnes.
Partant du constat qu’un soudain afflux d’aide alimentaire dans les pays bénéficiaires pouvait avoir des conséquences déstabilisatrices sur les prix des denrées dans ces pays et décourager la production agricole locale, l’aide alimentaire internationale a depuis une dizaine d’années fait évoluer ses pratiques et diversifié ses modes d’intervention.
Plutôt que des dons d’excédents agricoles aux pays pauvres, les bailleurs humanitaires privilégient désormais le versement d’une assistance financière destinée à acheter des denrées au plan local, lorsque celles-ci sont disponibles. Au niveau des opérations, cette approche entraîne une diversification et une sophistication croissante des modalités d’intervention.
Ainsi, suivant les contextes d’intervention (et notamment l’existence ou non, dans un pays en crise, de marchés alimentaires approvisionnés et d’opérateurs financiers performants), les agences humanitaires ont le choix de verser aux bénéficiaires une assistance financière (sous forme d’argent ou de bons alimentaires à échanger), ou de recourir à une aide alimentaire en nature (distribution directe de nourriture et/ou de produits spécialisés à haute valeur nutritionnelle destinés à prévenir ou guérir la malnutrition). Cette assistance peut être conditionnée (à la scolarisation ou la vaccination des enfants, à la réalisation de travaux publics, au suivi d’une formation, etc.).
Cette nouvelle approche a été entérinée par la communauté internationale dans la Convention internationale révisée relative à l’assistance alimentaire, dite Convention de Londres. Entrée en vigueur depuis janvier 2013, elle remplace l’ancienne Convention sur l’aide alimentaire qui datait de 1967. Dans la nouvelle convention, les Etats parties s’engagent à verser des montants financiers, et non plus, comme précédemment, des volumes (en tonnes de nourriture) d’aide alimentaire. Ils s’engagent aussi à garantir la qualité et l’efficience de cette aide et à partager et à communiquer des données sur leur aide.
Ainsi, tout en répondant aux urgences, la Convention entend contribuer à l’amélioration à long terme de la sécurité alimentaire en favorisant les achats locaux de nourriture dans les pays en voie de développement.
La nature des crises humanitaires liées aux conflits ou aux catastrophes naturelles exige la mise en place d’une approche multisectorielle de l’intervention humanitaire. Afin de faciliter ces interventions une réforme de l’intervention humanitaire initiée en 2005 a permis la création de l’intervention sectorielle. Dans un objectif d’efficacité et de réduction des « doublons » de l’action humanitaire, les agences internationales et les organisations non gouvernementales (ONG) interviennent désormais au sein de groupes sectoriels, appelés clusters. Ces groupes coordonnent ainsi l’action humanitaire sur le terrain, et sont dirigés par des agences désignées comme chefs de file.
La mise en place des clusters et le choix de leurs chefs de file est propre à chaque pays et à chaque crise humanitaire. En ce qui concerne le PAM, du fait de son mandat et de son expertise dans les domaines de l’intervention d’urgence et de l’assistance alimentaire, il se positionne également comme un chef de file incontournable et est régulièrement appelé à diriger les clusters « logistique » et « télécommunications ».
L’aide humanitaire française est mise en œuvre par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, notamment à travers son Centre de Crise et de soutien (CDCS), qui entretient un réseau de correspondants humanitaires dans ses ambassades à travers le monde. Ces derniers sont chargés des relations avec la communauté humanitaire (ONG, organisations internationales, autres bailleurs, bénéficiaires, autorités locales). La France est également adhérente de l’initiative [Good Humanitarian Donorship (GHD), lancée en 2003 par un groupe de bailleurs humanitaires entendant impulser des bonnes pratiques. La France par ailleurs rejoint fin 2017 l’initiative du « Grand Bargain », inscrivant ainsi son aide humanitaire dans une approche plus globale des crises.
Le Grand Bargain, ou Grande Négociation, a été créé suite au Sommet mondial sur l’action humanitaire à Istanbul en mai 2016. Cette initiative est née du constat des écarts croissants entre besoins en aide humanitaire et disponibilité des ressources matérielles et financières. Dans ce contexte, la 5ème Conférence Nationale Humanitaire s’est tenue à Paris le 17 décembre 2020. En présence, pour la première fois, du président de la République, Emmanuel Macron, et avec la participation du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, elle a rassemblé des acteurs humanitaires engagés à l’international, l’État, des parlementaires, des organisations internationales et des fondations d’entreprises. Le Directeur exécutif du PAM, M. David Beasley, a pris part à cet évènement.
En l’espace de quelques années, les crises se sont multipliées, superposées et sont parfois devenues chroniques. Certaines ont changé de nature, d’autres d’ampleur, dans des proportions inconnues jusqu’alors. Cette augmentation des financements pourrait faire de la France le deuxième donateur européen et le quatrième mondial. L’égalité de genre et les droits des femmes et des filles continuent à être des éléments prépondérants, avec l’objectif renforcé d’atteindre 85% des financements humanitaires français intégrant cette dimension d’ici à 2027 et 20% qui y sont dédiés. La protection de l’enfance constitue une priorité transversale et systématique de l’aide humanitaire française.
L’aide alimentaire programmée (AAP) est un outil de financement humanitaire français visant principalement à renforcer la résilience des populations et à lutter contre la malnutrition. La France y a consacré 39 M€ en 2019 et 50,6 M€ en 2020. Elle est allouée par le biais d’un comité interministériel (Comité interministériel de l’aide alimentaire, CIAA), qui examine les demandes de subventions qui émanent des organisations internationales, du mouvement de la Croix Rouge ou des ONG. Ce budget peut être complété, en tant que de besoin, selon la survenue et la nature des crises, par d’autres fonds d’urgence ou des contributions exceptionnelles aux organisations internationales.
Selon les régions du monde, les écarts en termes de sous-alimentation sont énormes. Près d’un quart de la population d’Afrique subsaharienne souffre de la faim en 2023, soit 284 millions de personnes. En Asie, 8 % de la population est touchée, soit 385 millions de personnes. Les progrès ont été énormes dans cette région du monde : le nombre d’individus qui souffrent de sous-alimentation a diminué de 181 millions par rapport à 2003, alors que la population de cette région du monde a augmenté de près de 1 milliard sur la période. La faim a pratiquement disparu de l’Asie de l’Est, région qui comprend la Chine. En Asie du Sud, c’est-à-dire l’Inde et ses voisins, les progrès sont importants.
La sous-alimentation est aujourd’hui du même niveau qu’il y a quinze ans, un retour en arrière pour la population mondiale. En cause : inégale répartition des richesses, dépendance aux importations alimentaires, catastrophes naturelles, conflits, démographie en expansion, etc.
Pour la FAO, la sous-alimentation est définie comme la situation dans laquelle un individu n’a pas accès à une quantité de nourriture « suffisante pour fournir l’apport énergétique alimentaire nécessaire à une vie normale, active et en bonne santé ». Elle est mesurée par la part de la population ayant un apport énergétique alimentaire inférieur à un seuil prédéterminé.
Tableau : Chiffres clés de la faim dans le monde en 2023
| Région | Proportion de la population souffrant de sous-alimentation | Nombre de personnes concernées |
|---|---|---|
| Afrique subsaharienne | Près d’un quart | 284 millions |
| Asie | 8 % | 385 millions |
Selon le SOFI, le rapport de la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, ce sont 733 millions de personnes qui souffraient de la faim à travers le monde en 2023. La faim découle principalement des conflits, des inégalités et des dérèglements climatiques.
En 2023, les conflits représente le principal facteur d’insécurité alimentaire aiguë en termes de nombre de personnes affectées. En 2023, les conflits ont été la principale cause de la faim pour 135 millions de personnes réparties dans 20 pays³. En 2023, les crises alimentaires se sont intensifiées de manière alarmante dans les zones de conflit, notamment dans la bande de Gaza et au Soudan. Il est donc important de permettre à ces personnes d’avoir accès à la santé et à l’aide humanitaire. Aujourd’hui, dans de nombreux pays la faim est utilisée comme une arme de guerre. Affamer les populations, empoisonner des puits, brûler des champs, ces pratiques sont aujourd’hui des tactiques très utilisées pour asservir les populations.
Dans 18 pays, la crise climatique et les conditions météorologiques extrêmes ont été le facteur principal d’insécurité alimentaire aiguë pour 72 millions de personnes en 2023³. Cyclones, inondations, sécheresses, ces événements destructeurs plongent chaque année des milliers de personnes dans la précarité. Après avoir vécu une catastrophe naturelle les populations sont privées de leurs terres, leurs revenus, leurs habitations.
L’accès aux principales ressources nécessaires à la survie, à savoir : l’eau, des terres cultivables, l’éducation, la santé, est inégal à travers le monde. Aujourd’hui encore, des millions de personnes n’ont pas l’eau courante alors que les maladies liées à l’eau favorisent le développement de la malnutrition. L’OMS estime que 50% des cas de malnutrition infantile sont directement liés à la consommation d’eau impropre à la consommation ainsi qu’à un manque d’hygiène et d’assainissement.
L’égalité entre les genres joue elle aussi un rôle dans la progression ou la lutte contre la faim. Les femmes jouent un rôle essentiel dans la lutte contre la faim mais font face à une discrimination quasi-systématique dans certaines régions du globe. En 2023, l’écart entre les femmes et les hommes en ce qui concerne l’insécurité alimentaire continue de se réduire. Partout dans le monde, les femmes n’ont pas un accès égal à la terre, aux outils, et aux moyens financiers pour s’émanciper. Elles peuvent être mariées de force ou manquer d’accès à l’éducation, ce qui les enferme dans le cercle vicieux de la pauvreté. Or, si les femmes et les hommes jouissaient du même accès aux terres la faim pourrait reculer de 12 à 17%⁵.
La pandémie et le conflit entre la Russie et l’Ukraine, deux des plus gros exportateurs de blé mondiaux ont mis en lumière la dépendance des pays importateurs envers les pays producteurs, spécialisés dans un type de produit. Les mesures de confinement et de restrictions des déplacements pour endiguer la pandémie ont empêché les travailleurs agricoles de cultiver leurs champs, abandonnant leur récolte.
Action contre la Faim appelle les décideurs et gouvernements du monde entier à prendre des mesures pour transformer les systèmes alimentaires. Il est urgent d’inverser la tendance en transformant radicalement les systèmes alimentaires en faveur de l’agroécologie paysanne. Les Etats doivent orienter leurs efforts vers l’agroécologie et vers des systèmes alimentaires locaux et pérennes. Elle utilise de nombreuses techniques respectueuses de l’environnement comme la recherche de complémentarité entre les espèces par exemple. Elle présente de nombreux atouts par rapport aux pratiques agricoles industrielles qui appauvrissent et dégradent les sols et qui constituent une autre cause de la faim. Il est indispensable de revoir le système alimentaire mondial.
Depuis plus de 40 ans, Action contre la Faim agit pour prévenir, dépister et traiter la malnutrition, ses causes et ses conséquences sur les populations les plus vulnérables. Par exemple, nous promouvons un modèle d’agriculture plus durable, l’agroécologie dans plusieurs de nos pays d’intervention. Toujours sur nos terrains d’intervention, nous offrons un accès à l’eau potable, à l’assainissement dans des villages reculés. Sans volonté et décision politique, la faim restera une problématique. C’est pourquoi nous menons un plaidoyer auprès des instances internationales et des états pour interpeller les décideurs.
En France, cinq à sept millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2020, c’est près de 10% de la population Française selon le rapport « Etat de la pauvreté en France 2021 » du Secours Catholique. Du jamais-vu en période de paix en France. Les demandeurs d’Asile sont également fortement touché.
Les femmes, victimes d’inégalités de genre n’ont pas toujours accès à la terre ou à des sources de revenus. Leur travail, notamment le travail domestique n’est pas rémunéré. Les enfants et plus particulièrement les enfants de moins de 5 ans ont un système immunitaire plus fragile et sont donc très vulnérables. Si les mères sont elles-mêmes dans une forte insécurité alimentaire, elles produiront par exemple moins de lait maternel ou un lait moins nutritif, rendant leurs enfants vulnérables à la faim. Dans son rapport publié en 2024, la FAO estime que 45 millions d’enfants de moins de 5 ans souffraient de la forme la plus mortelle de malnutrition, qui peut multiplier par 12 le risque de décès chez les enfants.
L’alimentation n’est alors plus seulement considérée comme une simple consommation d’aliments, mais comme un moyen de construire des relations, relations à soi pour sa santé et son plaisir, aux autres par le partage et le don, à sa culture, mais aussi à l’environnement.
L’enquête révèle un intérêt pour explorer de nouvelles formes de solidarité par des dispositifs comme les épiceries à prix libres ou différenciés, des bons d’achat permettant de faire ses courses comme tout le monde, des espaces de mixité sociale (épiceries, restaurants, jardins, centres de ressources) permettant à tous d’accéder à une alimentation de qualité et de participer à la construction de son système alimentaire au travers d’une démocratie alimentaire.
Dans le cadre de la convention Plan Pauvreté signée entre la Ville de Montpellier, la Métropole et l’État, il a été souhaité approfondir la connaissance du dispositif d’aide alimentaire déployé sur ce territoire au travers de la réalisation d’un état des lieux. Un des objectifs de l’étude est d’alimenter la réflexion collective menée au travers des États Généraux de la Solidarité sur la question des solidarités alimentaires, en particulier au travers d’un repérage des dysfonctionnements et des manques, afin d’élaborer des préconisations qui permettront d’améliorer les pratiques des parties prenantes.
Cet état des lieux a été mené entre novembre 2020 et mars 2021 sur la ville de Montpellier et repose sur deux enquêtes terrain et une revue de littérature. Après avoir recensé une quarantaine d’associations œuvrant dans le domaine de l’aide alimentaire sur la ville, 22 entretiens semi-directifs ont été réalisés dans l’optique de cartographier les lieux de distribution, de mieux caractériser chaque initiative et de déterminer le nombre de repas distribué sur Montpellier via les dispositifs d’aide alimentaire. Parallèlement, 19 entretiens semi-directifs ont été menés auprès d’ayants droit à l’aide alimentaire, usagers ou non, dans le but de mieux comprendre leurs perceptions des dispositifs et leurs parcours d’accès.
L’enquête a permis de réaliser une cartographie des points de distribution de l’aide, en distinguant trois formats : la distribution de colis, la distribution de repas préparés et les épiceries sociales et/ou solidaires. Ces différentes formes d’aide impliquent une distinction entre l’aide d’urgence inconditionnelle au travers des repas préparés et l’aide conditionnelle au travers des colis ou des épiceries par exemple.
On constate une bonne implantation des structures sur le territoire, avec la présence de points de distribution dans chaque grand quartier de la ville et Quartier Prioritaire de la Ville (QPV, en jaune). Par exemple, les épiceries recensées se situent en centre-ville, au Sud de la Mosson et à Tournezy. L’accessibilité physique aux structures est un facteur primordial pour y recourir. L’enquête auprès des personnes en situation de précarité alimentaire montre que la proximité géographique des lieux de distribution dans le quartier de résidence voire avec une connexion simple avec un seul transport en commun sont très importants pour y accéder.
Plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors de l’orientation d’un usager vers un point de distribution. En effet, lorsque celui-ci est en dehors du bassin de vie, l’orientation spatiale peut-être difficile et il faut considérer le poids des cabas pour retourner à son domicile.
Il est à noter que tous les ayants droit ne recourent pas à l’aide alimentaire et il ne faut donc pas négliger l’importance du non-recours. Ainsi, en 2016, le taux de non-recours à la prime d’activité était estimé à 27 % des ayants droit (DREES, 2020). La récente enquête du Secours Catholique sur le non-recours aux prestations sociales montre qu’environ un tiers des personnes accueillies par l’association ne perçoivent pas le RSA bien qu’elles soient éligibles. (Secours Catholique, 2021). Selon notre enquête, ce non-recours peut être dû à un problème d’information : les personnes déclarent ne pas ou mal connaitre le système d’aide et les associations. Le rôle des travailleurs sociaux est donc indispensable pour les orienter. Il peut également être dû à un problème de refus de se faire aider, notamment pour une question de dignité.
Ce manque d’information, ainsi que la perception qu’ont les usagers sur les associations sont une des causes du non-recours. Les enquêtés qualifient l’accueil par les bénévoles de bienveillant et chaleureux. La crise sanitaire a induit une augmentation de la demande d’aide, qui n’est pas perçue de la même manière selon les associations. Certaines constatent une augmentation de l’ordre de +20 à 30 %, alors que d’autres ne notent pas d’augmentation significative. Le constat commun demeure que de nouveaux profils sont apparus peu habitués aux différents types de prestations d’aide. On observe une augmentation des étudiants, des retraités, des familles monoparentales et des autoentrepreneurs. Certains de ces profils sont par ailleurs déjà identifiés comme plus vulnérables face à la pauvreté (Paturel, 2015).
Le principe de la conditionnalité de l’aide et le fait de devoir fournir des justificatifs ne sont pas apparus dans l’enquête comme un problème. Au contraire, cette pratique apparaît comme une forme de légitimation du recours à l’aide alimentaire et comme un moyen d’éviter les abus. Justifier de sa situation permet également d’établir un lien avec le travailleur social ou le bénévole. Néanmoins, le fait de devoir justifier son besoin d’aide dans chaque structure d’aide sociale est mal vécu et provoque un sentiment de honte.
Lors de cette enquête, les usagers ont exprimé le souhait de « renvoyer l’ascenseur » en devenant bénévole. Deux raisons sont évoquées : la première porte sur la nécessaire contrepartie dans la construction d’un échange. Être toujours redevable sans pouvoir donner est mal vécu. La deuxième raison porte sur le souhait de faire reconnaître et de valoriser sa compétence en tant que bénéficiaire en devenant bénévole : on comprend mieux, on sait mieux trouver les mots et les gestes avec des bénéficiaires de l’aide quand on a vécu la même situation soi-même. La contrepartie financière, dans la mesure de leurs moyens, est reconnue comme importante par les bénéficiaires car elle permet de réintégrer un système « plus classique » où l’on paye ses courses.
Cette notion de dignité a largement été soulignée par l’ensemble des enquêtés. L’aide alimentaire, notamment celle passant par la distribution de colis et de repas est perçue comme « le dernier recours », et met souvent les usagers face à la complexité de leur situation. Cette honte apparaît donc comme un frein pour le recours à l’aide alimentaire.
Les résultats de cette étude ont été présentés lors d’une restitution dans le cadre du processus des États Généraux de la Solidarité le 30 mars 2021 auprès des acteurs impliqués dans l’aide alimentaire.
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