Aide Alimentaire à Bruxelles : Initiatives et Associations Engagées

À Bruxelles, diverses initiatives et associations s'engagent à améliorer l'accès à l'alimentation, en particulier dans les quartiers populaires. Parmi elles, les Cuisines de Quartier et des organisations comme VRAC Bruxelles jouent un rôle essentiel.

Les Cuisines de Quartier : Un Mouvement de Solidarité Alimentaire

Les Cuisines de Quartier (CDQ) accompagnent des groupes d’habitant·es dans leurs premiers pas d’organisation, trouve des cuisines à mettre à leur disposition, et, au fil du temps, leur transmet et construit avec eux des outils permettant de faciliter leur fonctionnement en tant que groupe de cuisine. Les objectifs des CDQ sont de donner des clés et des informations : « On va à la rencontre des gens dans leur cuisine » s’enthousiasme Amélie. Certains groupes d’habitant·es mitonnent dans l’espace du CBO, d’autres dans des lieux associatifs ou des cuisines partagées d’autres quartiers de la ville.

Une démarche de lancement de « groupements de cuisines » qui fait évidemment écho au principe originel de l’association VRAC, d’impulser la création des groupements d’achats locaux. Les groupes de cuisine sont autonomes : chaque groupe choisit la fréquence de ses rencontres, ses objectifs, le type de recettes qu’il cuisine, son mode de fonctionnement. L’ASBL Cuisines de quartier est là pour les soutenir et favoriser le développement d’une entraide entre les groupes. C’est pourquoi les groupes sont fédérés en « Mouvement » : le Mouvement des Cuisines de quartier.

Via les rencontres régulières des membres du Mouvement, expériences et bons plans s’échangent. Au sein du Mouvement, il n’y a pas de Cuisine de quartier “type”, le “modèle est en adaptation constante, en fonction des demandes, des besoins, des expérimentations des Bruxellois·es. Avec une ligne de force : cuisiner ensemble, en grande quantité, des plats à ramener chez soi.

Certains groupes naissent de façon spontanée, (voisin·es, ami·es…), d’autres sont initiés par des structures professionnelles, associatives (des groupes sont lancés à l’initiative de travailleur·se·s de maisons médicales, de centres d’aide alimentaire, de services sociaux, etc.). Chaque groupe s’approvisionne à sa manière et selon ses moyens : marchés, paniers bio, récupération d’invendus… Un outil appelé “compteur des portions” permet au groupe de calculer, en fonction des achats et quantités cuisinées, le prix d’une portion.

Dernièrement, le 17 novembre 2023, a eu lieu la Rencontre Annuelle des Cuisines de Quartier au CBO. L’occasion pour les groupes et l’association de se retrouver et de faire un état des lieux du Mouvement. En effet, l’expérience bruxelloise montre que des cuisines partagées par plusieurs groupes de Cuisines de quartier, comme c’est le cas au CBO notamment, deviennent des lieux pivots pour le développement de dynamiques de quartier en faveur de l’accès à l’alimentation de qualité.

Il n’est pas toujours évident de trouver des endroits disponibles, mais l’ASBL est là pour faciliter les liens, notamment en proposant une convention d’occupation, une assurance volontariat, etc. « Notre vision, notre rêve, c’est que d’ici une dizaine d’années, il y ait des cuisines partagées et des groupes de Cuisines de quartier dans presque tous les quartiers de la ville !

Les groupes membres du Mouvement se fixent rendez-vous tous les trois mois pour discuter ensemble de questions communes, échanger réflexions, ressources et bons plans. 22 groupes sont désormais membres du Mouvement pour un total actuel de 107 cuistot·e·s. Si le Mouvement est très hétérogène dans sa composition, et rassemble des profils très divers en termes d’âge, de situation socio-économique, de bagage culturel, on note une certaine homogénéité au sein des groupes : il est, assez logiquement, plus aisé de cuisiner avec des personnes qui partagent une même situation financière ou de mêmes affinités culinaires).

La question de l’approvisionnement et de l’origine des denrées est importante, mais ce n’est pas la priorité n°1 et déterminante du fonctionnement d’un groupe. C’est plutôt le fait d’avoir un vrai choix et une variété dans les produits qui semble primordial. Le nombre de portions emportées par chaque membre du groupe peut varier selon qu’on vit seul·e, qu’’on a une famille…) mais l’outil permet de mettre tout le monde à égalité et détermine précisément qui paiera quoi en fonction de ce qu’il/elle a commandé et dépensé.

Les groupes cuisinent en moyenne 3 à 4 plats par session. Des ateliers s’organisent (cuisine avec des produits locaux) et des échanges se créent avec VRAC Bruxelles, dans l’achat de produits directement à l’association, et également sur l’idée du glanage, qui consiste à récupérer les produits dans les champs ou les vergers après récolte.

Des liens se tissent avec des maraîchers, des boulangeries artisanales, des potagers et composts de quartier ; certaines de ces lieux deviennent aussi de petits espaces de distribution VRAC !

Les partenaires Biogarantie : Cuisines Bruxelloises

VRAC Bruxelles et l'Accès à une Alimentation Durable

En décembre 2023, lors d'une visite à l'association VRAC Bruxelles, Lisa & Lorana de VRAC France ont découvert les Cuisines de Quartier et les actions locales qui fonctionnent et engagent les habitant·es des quartiers populaires bruxellois. Direction Jette, dans le Nord de Bruxelles. Ici comme en France, une politique de la ville existe mais reste très disparate selon les zones.

Tout part d’un travail de recherche action participative débuté en 2015, sur la question de l’accès à l’alimentation durable dans les quartiers bruxellois. Une recherche impliquant un centre universitaire, des associations de quartier et un tout nouveau supermarché coopératif proposant des produits bio et locaux, co-géré par ses client·es, la BEEScoop.

La BEEScoop est implantée à Schaerbeek, un autre quartier très dense, multiculturel et partiellement paupérisé de la ville. Après quelques temps d’expérimentation, malgré l’objectif initial de favoriser une réelle mixité sociale au sein des coopérateur-ices, force est de constater que celles et ceux qui s’impliquent ne sont pas vraiment représentatifs du quartier (personnes majoritairement blanches, issues d’une catégorie socioprofessionnelle supérieure, et dans une relative situation de confort alimentaire).

Les Freins à l'Accès à l'Alimentation de Qualité

D’après les habitant·es et participante·es aux Cuisines de quartier, le premier élément qui entrave l’accès, cela ne surprendra personne, est le frein financier. Mais il n’est pas le seul. Parmi les freins à l’accès à l’alimentation de qualité, citons les problématiques de temps et d’accessibilité géographique (ce qui fait aussi écho à notre récent rapport sur l’accès à l’alimentation) mais aussi d’accès à des espaces et à des équipements pour cuisiner.

Les connaissances, les compétences, les savoir-faire, les habitudes de consommation diverses et variées (saisonnalité, produits, légumes oubliés…) qui fondent la culture alimentaire de chacun·e jouent également un rôle. Au gré de diverses rencontres enrichissantes, notamment avec le RCCQ (Regroupement des Cuisines Collectives du Québec), les participant·es au projet développent la conviction qu’il faut expérimenter et développer la pratique de la cuisine collective à Bruxelles.

Car l’expérience québécoise (entre autres, la pratique de la cuisine collective ou communautaire étant très répandue aux 4 coins du globe) le prouve : la pratique de la cuisine collective, en mutualisant les ressources à proximité de chez soi et en stimulant des pratiques d’entraide, peut contribuer à agir sur les freins cités précédemment.

L’idée de développer, puis de multiplier des espaces de cuisine collective ouverte aux habitant·es dans tous les quartiers de la ville fait son chemin. Et VRAC Bruxelles, bien sûr !

Le Fonds Européen d'Aide aux Plus Démunis (FEAD)

Pour pallier le problème d’accès à la nourriture, l’UE a mis en place, en 2014, un mécanisme de solidarité, le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). Selon le choix de chaque État, il permet de fournir une aide alimentaire et matérielle ou de soutenir des actions d’accompagnement des personnes confrontées à la pauvreté.

« Nous sommes inquiets pour l’avenir du FEAD, alors que les États membres vont commencer à négocier le budget de l’Union européenne pour les années 2021- 2027 », alerte Julien Lauprêtre, président du Secours populaire. À l’image du SPF, les trois autres associations destinataires du FEAD, à savoir les Banques alimentaires, les Restos du Coeur, la Croix-Rouge, se disent soucieuses. La sortie programmée de l’UE du Royaume-Uni va diminuer le budget communautaire.

« Une autre menace est à prendre au sérieux : la fusion du FEAD dans un autre budget, comme le Fonds social européen (FSE), ce qui lui ferait perdre à la fois sa spécificité, son autonomie et toute possibilité de pilotage », analyse Sébastien Thollot, secrétaire national du SPF. En effet, le FSE est destiné à la formation et à la création d’emplois.

En France, le FEAD a permis en 2016 de soutenir 4,3 millions de personnes dont les moyens sont trop faibles pour pouvoir acheter tout au long de l’année de quoi manger et respecter un certain équilibre nutritionnel. En 2015, le SPF d’Île-de-France avait mené une enquête auprès des familles venant dans ses libres-services de la solidarité. Résultat : 40 % dépendaient des associations pour se nourrir et souhaitaient, logiquement, continuer à disposer des produits du FEAD.

Sur le plan qualitatif mais aussi quantitatif : 40 % de la nourriture distribuée dans les permanences du SPF proviennent du FEAD.

« En 2016, nous avons répondu à cette urgence auprès de plus de 1,8 million d’hommes, de femmes et d’enfants. Mais, le FEAD est aussi, voire surtout, un outil de lutte contre l’exclusion car une fois que le contact est établi dans nos permanences, les bénévoles du SPF accompagnent ensuite les personnes en demande dans leur accès aux droits, à l’emploi, au maintien dans le logement, à la culture, aux vacances.

Cet accueil permet d’établir une relation de confiance. De là, personnes accueillies et bénévoles étudient ensemble la situation et font un tour d’horizon des droits (CMU, minimum vieillesse,…) et des envies (vacances, sorties, sport,…).

Décidés à peser en faveur du maintien du FEAD, voire de l’augmentation de son enveloppe à la hauteur des besoins, le SPF et ses homologues ont rendu public une déclaration commune à l’automne dernier : « Le Fonds européen d’aide aux plus démunis est absolument indispensable dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion en Europe.

Pour sa part, le Secours populaire cherche à nouer de nouveaux partenariats avec le plus grand nombre possible d’associations européennes pour peser dans les discussions à venir à Bruxelles. Régulièrement, le SPF rencontre les autres membres de la plateforme FEAD, qui réunit les principaux acteurs associatifs et administratifs du fonds européen.

« À travers ces rencontres, nous tentons de constituer un réseau européen pour défendre ce mécanisme de solidarité et d’en accroître les moyens pour qu’il réponde encore mieux aux besoins de la population », affirme Jean-Louis Durand-Drouhin, responsable du SPF d’Île-de-France et du Réseau européen d’actions sociales (ESAN).

Association Objectifs Actions
Cuisines de Quartier Développer des espaces de cuisine collective, mutualiser les ressources Accompagnement des groupes d'habitants, mise à disposition de cuisines, échanges de savoir-faire
VRAC Bruxelles Favoriser l'accès à une alimentation durable Groupements d'achats locaux, collaboration avec les Cuisines de Quartier
Secours Populaire Français (SPF) Lutte contre la pauvreté et l'exclusion Aide alimentaire, accès aux droits, accompagnement social

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