Vente Directe de Porc Fermier Bio en France: Avantages et Inconvénients

Les produits animaux issus de l’agriculture biologique (AB) représentent en France un peu moins du quart du marché alimentaire des produits bio. Si ces produits ont connu un développement soutenu depuis dix ans, les ventes ont marqué le pas depuis 2021, en raison non pas d’un manque d’intérêt des consommateurs pour ce mode de production, mais de l’inflation inédite qui a imposé de nouveaux arbitrages dans les actes d’achat.

L’agriculture biologique (AB), qui répond à des exigences strictes définies dans des cahiers des charges rigoureusement contrôlés, a pris ses racines scientifiques il y a environ une centaine d’années. Longtemps resté confidentiel, ce mode de production connaît, surtout depuis deux décennies, un développement soutenu.

À l’échelle mondiale, les surfaces agricoles consacrées en AB, y compris celles qui sont en conversion, ont ainsi quintuplé en vingt ans pour atteindre 74,9 millions d’hectares en 2020, soit l’équivalent de 1,6 % de la SAU (Surface Agricole Utile). L’Australie regroupait, à elle seule, 46 % des surfaces mondiales en AB en 2020, devant l’Union européenne (UE) (20 %), l’Amérique latine (13 %), l’Asie (8 %), l’Amérique du Nord (5 %) et l’Afrique (3 %).

Dans l’UE-27, les surfaces dédiées à l’AB sont passées de 9,5 millions d'hectares en 2012 à 14,7 millions d’hectares en 2020 (soit 9,1 % de la SAU). Avec 2,8 millions d'hectares en 2021 (10,3 % de la SAU), la France compte parmi les pays où l'AB a le plus fortement augmenté.

L'essor de l'AB tient surtout à la volonté d'une partie croissante des consommateurs de privilégier des biens alimentaires qui soient à la fois compatibles avec l'obtention d'une bonne santé et élaborés selon des processus respectueux de l'environnement. Il tient aussi à l'accompagnement assuré par les pouvoirs publics au travers de leurs plans de soutien.

En France, l'analyse de la diffusion spatiale de la production en AB montre des effets de plus ou moins grande concentration selon les petites régions agricoles et les départements. Cela tient à l'histoire du développement de l'AB en France, à la rentabilité économique des spécialisations agricoles, à la plus ou moins grande proximité des bassins de consommation, à la concurrence locale entre productions, au potentiel agronomique des terres, à l'importance de la SAU au plan local, à la pression foncière, au degré de structuration des filières, à l'importance des soutiens publics ciblés sur ce mode de production, etc.

Les surfaces françaises en AB relevaient, en 2021, à 59 % de surfaces fourragères (35 % de surfaces toujours en herbe et 24 % de cultures fourragères). Ce taux élevé signifie que les productions animales jouent de facto un rôle important dans la valorisation finale des surfaces dédiées à l'AB. Les autres surfaces concernaient les grandes cultures (26 %), et loin derrière les vignes (6 %), les vergers (2 %), les légumes (1 %), etc.

En France, le nombre d'exploitations engagées en AB a fortement augmenté, passant de 5 000 en 1995 à 20 700 en 2010 et 58 400 en 2021.

La place de l'AB fait l'objet de nombreuses réflexions depuis la construction du « Pacte vert » qui souligne la nécessité pour l'UE d'aller dans le sens d'un système alimentaire qui soit plus durable, notamment en renforçant les efforts développés par les agriculteurs pour lutter contre le changement climatique, protéger l'environnement et préserver la biodiversité. Les récentes stratégies déployées par l'UE, telles que « De la ferme à la table » ou « biodiversité à l'horizon 2030 », qui cherchent à concilier production alimentaire et protection de l'environnement, renforcent l'intérêt de ces réflexions, elles-mêmes confortées par le récent plan d'action en faveur du développement de la production biologique.

Si les autorités communautaires ont arrêté comme objectif politique d'atteindre 25 % de la SAU européenne en agriculture biologique à horizon 2030, rien n'est cependant acquis, ce d'autant que la forte hausse des prix des biens alimentaires, surtout depuis 2022, modifie les stratégies d'achat des consommateurs.

Les produits AB sont issus soit du secteur végétal, soit du secteur animal. L’AB recouvre une grande diversité de produits finis tels que des semences utilisées pour les cultures, des aliments pour animaux et des produits agricoles transformés destinés à l'alimentation humaine.

Dans le cadre de cet article, centré essentiellement sur la France, l’ambition poursuivie est, d’une part, de mettre en évidence l’évolution du poids de l’AB dans le marché alimentaire et, d’autre part, d’identifier la trajectoire poursuivie par les marchés de produits animaux terrestres (hors aquaculture) issus de l’AB. Il s’agit d’un travail de synthèse basé sur la valorisation de données statistiques et d’informations produites par différentes organisations compétentes, dont l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), le service statistique de la Commission européenne (Eurostat), le service statistique du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire (Agreste), l’Agence BIO et FranceAgriMer.

Cet article est structuré en trois parties. La première partie aborde l’évolution du marché français de produits alimentaires bio et l’impact de l’inflation sur celui-ci. La deuxième est ciblée sur les produits animaux bio en France. Elle traite du poids de ces produits dans le marché alimentaire bio, du commerce extérieur et de leurs réseaux de distribution.

Évolution du marché français de produits alimentaires bio

Cette première partie met tout d’abord en évidence l’augmentation des ventes au détail de produits alimentaires bio (en milliards d’euros et en pourcentage de la consommation alimentaire globale), d’abord de façon synthétique à l’échelle du monde et de l’UE, puis de manière plus détaillée à l’échelle de la France.

Ventes au détail de produits alimentaires bio à l’échelle mondiale

À l’échelle mondiale, les ventes au détail des produits alimentaires bio, pris au sens large, c’est-à-dire en incluant les boissons, ont considérablement augmenté au cours des vingt dernières années. Selon les données statistiques disponibles, qui ne couvrent cependant pas tous les pays, elles sont passées de 19 milliards d’euros en 2000, à 43 milliards d’euros en 2010 et 112 milliards d’euros en 2019. À cette dernière date, les États-Unis occupaient une place centrale, avec 40 % des achats mondiaux de produits alimentaires bio pour 4 % de la population mondiale.

Avec 39 % des achats mondiaux, l’UE se situe à proximité immédiate des États-Unis, mais loin devant le troisième acheteur, à savoir la Chine avec 8 % du total. Ces trois zones cumulent, ensemble, 87 % du marché mondial des produits alimentaires bio. Pour de multiples raisons (faible population et/ou manque de pouvoir d’achat, absence de réseaux commerciaux solides…), les autres zones géographiques sont nettement moins impliquées dans ce marché de la consommation.

Au sein de l’UE, le marché intérieur en produits alimentaires bio a quadruplé en une quinzaine d’années. Il est passé (Royaume-Uni inclus ici) de 11,2 milliards d’euros en 2005, à 30,1 milliards d’euros en 2015 et 45,2 milliards d’euros en 2019. À cette dernière date, un peu plus de la moitié des achats européens relevaient de seulement deux pays, à savoir l’Allemagne (27 % du total européen) et la France (26 %).

En considérant non pas le marché exprimé en valeur absolue, mais la part des produits alimentaires bio dans le marché alimentaire global, le classement des États membres est différent. Avec 12 %, le Danemark occupe ainsi le premier rang, devant l’Autriche (9 %) et la Suède (9 %), puis le Luxembourg (8 %), l’Allemagne et la France (un peu plus de 6 %).

En France, le marché alimentaire bio (consommation à domicile et restauration hors domicile cumulées) s’est élevé à 13,26 milliards d’euros en 2021, soit - 0,5 % par rapport à 2020 et + 10,2 % par rapport à 2019. Jusqu’en 2021, la progression a donc été importante, puisque ce marché ne représentait que 6,35 milliards d’euros en 2015 et 1,56 milliard d’euros en 2005. La part des produits alimentaires bio dans la consommation alimentaire des ménages (hors tabac et eaux minérales) est passée de 3,20 % en 2015, à 6,57 % en 2020 et 6,63 % en 2021, son niveau record ; sur le plan méthodologique, ce calcul est réalisé ici sans la restauration hors domicile, laquelle n’est pas non plus prise en compte au dénominateur.

Source: Agence Bio

Impact de l’inflation sur le marché des produits bio

L’inflation mondiale s’est élevée à 8,8 % en 2022. Selon l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’inflation dans la zone euro, mesurée par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), a baissé pour la première fois (depuis juin 2021) au cours des deux derniers mois de 2022. Elle demeure toutefois élevée puisque les prix ont augmenté de 9,2 % en glissement annuel en décembre 2022.

Si en France l’inflation a été plus faible que dans de nombreux autres pays européens (exemple : + 20 % en Lettonie et en Lituanie ; + 10 % en Italie, aux Pays-Bas et en Autriche), elle a atteint un niveau jamais observé depuis quarante ans : + 5,7 % en mars 2023 pour l’indice des prix à la consommation.

Outre l’effet de la guerre en Ukraine et de son impact sur les marchés de l’énergie et des céréales, les racines de cette inflation tiennent également aux contrecoups de la crise sanitaire. En effet, au niveau de l’offre, les différentes vagues épidémiques et la stratégie « zéro Covid » mise en œuvre en Chine ont perturbé le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement et le marché du travail. Au niveau de la demande, les substantielles mesures de soutien au revenu adoptées pendant la crise sanitaire ont encouragé d’abord l’épargne, puis la consommation.

Plus forte que dans d'autres secteurs de la consommation, tels que l'habillement, les services de santé ou les services de communication, l'inflation sur les biens alimentaires atteint 15,9 % en mars 2023. Si cette hausse est un sujet de préoccupation majeur dans de nombreux pays en développement où l'alimentation constitue une part déterminante du budget des ménages, elle a également eu un impact non négligeable en France sur les comportements d'achat.

Ainsi, selon un sondage réalisé par Harris Interactive, près de 80 % des ménages français ont modifié leurs comportements d'achats de produits alimentaires en 2022. En pratique, ils ont davantage privilégié des produits à bas prix en se détournant de ceux plus coûteux dont les produits alimentaires bio font partie. De même, selon un autre sondage d'Odoxa réalisé en septembre 2022, 91 % des Français se disent inquiets concernant le niveau d'inflation et son évolution.

Les résultats de ce sondage précisent, d'une part, qu'une majorité d'entre eux a déjà réduit fortement les dépenses à cause de l'inflation et, d'autre part, que les arbitrages se font surtout sur les loisirs, les vêtements, les produits domestiques, mais aussi sur les produits alimentaires.

Selon le cabinet d’études IRI, le marché français des produits alimentaires bio vendus dans la grande distribution s’est rétracté d’environ 5 % au cours des 10 premiers mois de 2022. Cette baisse des achats est stimulée par un différentiel de prix qui demeure important par rapport aux produits conventionnels. En effet, selon une note de conjoncture de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD, 2022), cet écart serait de 54 % pour les produits de grande consommation (PGC).

Une enquête menée par Appinio pour LSA en septembre 2022 confirme cette sensibilité des consommateurs à la variable du prix. Ainsi, à la question posée « Pourquoi avez-vous réduit/envisagez-vous de diminuer votre consommation de produits bio ? », les réponses (qui pouvaient être multiples) ont été les suivantes :

  • 51 % ont répondu que les produits bio étaient devenus trop chers.
  • 23 % ont répondu qu’ils privilégiaient des produits de saison qui ne sont pas nécessairement bio.
  • 19 % ont répondu qu’ils avaient un manque de confiance dans les labels bio.
  • 18 % ont répondu qu’ils privilégiaient des produits locaux/régionaux.
  • 17 % ont répondu qu’ils diminuaient leur consommation de produits alimentaires.

Cette baisse récente des achats en produits alimentaires bios ne témoigne pas d’une crise de confiance des consommateurs. En effet, à la question posée de savoir « Quels sont les labels (ou mentions) qui vous inspirent le plus confiance ? », les réponses ont placé le label « agriculture bio français » en tête (avec 50 % des réponses, dans un jeu où plusieurs réponses étaient possibles).

Ce label devance ainsi le « Label Rouge » (49 %), l’« origine France Garantie » (31 %), l’« appellation d’origine protégée » (21 %), le label « bio européen » (16 %), l’« indication géographique protégée » (15 %) et le label « Zéro Résidu de Pesticides » (13 %). Ce classement est certes rassurant pour les acteurs de la filière bio, mais il convient aussi de bien considérer le fait que, pour de nombreux consommateurs, la profusion de labels et de dénominations plus ou moins marketing peut entraîner des confusions lors de l’acte d’achat.

Source: Agence Bio

Tous les consommateurs n’ont pas, en effet, une analyse aussi précise de cette question que les experts chevronnés de l’institut national de l’origine et de la qualité (INAO). Ces derniers indiqueraient, tout d’abord, qu’il convient de bien distinguer les quatre signes européens de la qualité, à savoir l’AB, la spécialité traditionnelle garantie (STG), l’indication géographique protégée (IGP) et l’appellation d’origine protégée (AOP). Ils souligneraient, ensuite, l’existence des signes nationaux. Le Label Rouge (environ 400 homologués), adopté en 1960, est de ceux-là. Il atteste qu’une denrée alimentaire ou un produit agricole non alimentaire et non transformé possède des caractéristiques spécifiques, préalablement fixées dans un cahier des charges établissant un niveau de qualité supérieure par rapport au produit courant.

La Certification de conformité de produits (280 cahiers des charges de certification homologués) relève également de ces mêmes signes nationaux. Elle garantit le respect de caractéristiques certifiées qui doivent être significatives, objectives et mesurables, et ce, de façon à permettre de distinguer le produit visé de celui plus standard. Enfin, ces experts préciseraient qu’il existe également les « mentions valorisantes » qui sont encadrées par les pouvoirs publics. Il s’agit par exemple de la dénomination « produit de montagne », du qualificatif « fermier », de la mention « produit de la ferme » ou « produit à la ferme », de la mention en fort développement en viticulture de « HVE (Haute Valeur Environnementale) ».

Évolution du Marché Alimentaire Bio en France (en milliards d'euros)
Année Marché Alimentaire Bio
2005 1,56
2015 6,35
2019 13,26
2020 13,33
2021 13,26

Le porc Bio en Hauts De France ? Une filière qui a du sens !

tags: #vente #directe #porc #fermier #avantages #inconvénients

Articles populaires: