Tomber comme une crêpe : Origine et signification d'une expression populaire

L'expression "tomber comme une crêpe" est une locution familière qui évoque l'idée de s'effondrer ou de changer d'avis avec une facilité déconcertante. Mais d'où vient cette comparaison avec la crêpe, cette galette ronde et fine si appréciée ? Cet article explore les origines et les nuances de cette expression imagée.

A la fois tissu spécial de deuil, semelle gaufrée et galette ronde et fine, la crêpe est polysémique. Retourner quelqu’un comme une crêpe demande du doigté : il s’agit de le faire choir, et surtout, aujourd’hui, le faire changer d’avis.

L'expression familière suggère que l'on a fait changer quelqu'un d'opinion ou d'attitude avec autant de facilité et de rapidité que l'on retourne une crêpe. «Napoléon a retourné le monde comme une crêpe», écrit Jean-Richard Bloch dans Destins du siècle (1931).

Mais retourner une crêpe, c’est tout un art : que ce soit à la poêle ou sur un bilig, cette plaque de fonte ronde maniée avec dextérité en Bretagne pour cuire les krampouz, il ne faut pas avoir deux mains gauches !

L'expression "tomber comme une crêpe" peut également évoquer une certaine déception ou un manque de substance. Personne n'a jamais prononcé les mots "T'es chouette comme une crêpe" parce que l'expression, c'est "plate comme une crêpe".

Cette expression fait la frayeur de tout amoureux et de tout être en quête d’attention. Abandonner quelqu’un avec autant de facilité et de rapidité qu’on laisse retomber la crêpe dans la poêle après l’avoir fait sauter… Quoi de plus violent?

On frôle le bizutageParce que le potentiel érotique de la crêpe, regardons la vérité en face, n'est pas complètement évident. Et en sexo, quand c'est plat, c'est rarement une bonne nouvelle.

D'ailleurs, on pourrait faire le constat inverse. La sexualité, c'est le royaume de la verticalité. On parle de grimper aux rideaux, de septième ciel, de montagnes russes, de vertiges amoureux. On érotise les rapports de pouvoir avec quelqu'un en dessous et quelqu'un au dessus. Bref, en sexe, on a tendance à penser quand les choses sont plates, alors elles sont lisses, sans relief, sans ampleur.

Et pourtant cette verticalité de la sexualité est remise en question par la nouvelle génération qui est en train de réinventer les rapports horizontaux. Qu'est-ce que ça veut dire si les deux personnes dans la pièce ont exactement autant de pouvoir? Qu'est ce qui reste de la sexualité quand on la met dans de beaux draps, à plat ? Plein de choses : par exemple une crêpe, ça se retourne donc dans les rapports hétéro classiques, les filles peuvent prendre le pouvoir. Il y a même un mot spécial pour décrire ce renversement le "power bottom", ça veut dire le pouvoir de la personne qui est en dessous, donc la personne qui fait la crêpe. Et ça, c'est intéressant parce qu'au lieu d'avoir une personne en charge, généralement l'homme, les deux partenaires prennent l'initiative. Les deux non seulement disposent, mais proposent. D'où un solide bénéfice au royaume de la crêpe. Pas de souci de consentement. On collabore, on apprend à lâcher prise, à se laisser faire. Et ça, pour certains hommes, ça peut être une véritable émancipation.

Les traditions qui y sont liées ont la vertu de stimuler nos papilles, tout comme celle de nourrir la langue française. «Qui mange des crêpes quand la Chandeleur est arrivée, est sûr d’avoir argent pendant l’année», dit un dicton français. Célébrée 40 jours après Noël, la Chandeleur, «fête des chandelles», est un rendez-vous incontournable des petits et des grands.

Aux origines, il était d’usage chez les Romains, une fois la fin de l’hiver venu, de célébrer Lupercus, dieu de la forêt et des troupeaux, porteur de fertilité, en arborant des flambeaux dans les champs. En 472, sous l’instigation du pape Gélase Ier, la cérémonie fut christianisée pour finalement célébrer la présentation de Jésus («lumière du monde») au Temple et la purification de la Vierge. La légende raconte que le souverain pontife aurait alors offert des galettes dorées aux pèlerins qui se rendaient à Rome. Est alors née la tradition de confectionner des crêpes à la Chandeleur.

Comment l’aimez-vous? Blanche, dorée, tachetée? Selon le temps qu’elle passe dans la poêle, la crêpe prend différents aspects et se pare de couleurs diverses. Il en va de même pour nos corps, une fois l’été venu. Alors que certains tentent, en vain, de se protéger des rayons du soleil, d’autres, tranquillement installés sur leur serviette de plage, se tournent et se retournent pour obtenir un teint hâlé à faire pâlir les envieux.

La crêpe, symbole de légèreté et de gourmandise, est ainsi devenue une image parlante pour décrire un changement brusque et inattendu.

Il existe d'autres expressions liées à la crêpe, témoignant de son ancrage dans la culture populaire française :

  • «Se battre pour la crêpe de chat» : Locution bien connue des pays breton et normand, «se battre pour la crêpe de chat» fait référence à la dernière crêpe d’une tournée, faite avec l’ultime louche de pâte. Considérée comme ratée ou incomplète et, de fait, «bonne pour le chat», cette crêpe (aussi appelée le «galichon») est traditionnellement offerte au plus jeune de la tablée. Mais les guerres de fratries sont légion et il est coutume de se battre pour obtenir la denrée tant attendue. C’est ainsi que de nombreuses crêperies portent l’enseigne «La Crêpe du Chat» ou «Le Galichon».

Nicolas Le Breton, maître crêpier nous explique comment faire tourner une crêpe

En conclusion, l'expression "tomber comme une crêpe" est une image savoureuse qui illustre la fragilité, la versatilité ou le manque de consistance. Elle témoigne de la richesse de la langue française et de sa capacité à utiliser des éléments du quotidien pour exprimer des idées abstraites.

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