La Technique de la Pâte de Verre : Un Art Millénaire

Le verre, un matériau à la fois rare et précieux, a traversé plus de mille ans, se manifestant dans une palette de couleurs variées et vives, bien que souvent opaques. Initialement utilisé pour la fabrication de petits objets liés à la toilette, à la bijouterie, au décor ou au culte, tels que flacons, perles, éléments d'incrustation ou sculptures, le verre a connu une évolution constante.

Vase en pâte de verre

L'Ère Vénitienne et la Naissance du Cristallo

Au XIIIe siècle, le Grand Conseil de Venise prit la décision stratégique de déplacer les verreries sur l'île de Murano, motivé par des impératifs de sécurité et de contrôle. À cette époque, la Guilde des verriers était déjà une entité influente et puissante. La première innovation marquante fut l'invention du "Cristallo", un verre d'une transparence, d'une finesse et d'une légèreté exceptionnelles, évoquant le cristal de roche.

Malgré les efforts des autorités vénitiennes pour maintenir un monopole sur la production, parfois par des moyens extrêmes, les techniques se sont diffusées et des verreries "à la façon de Venise" ont été établies dans toute l'Europe. La publication de l'ouvrage de A. Neri en 1612 a accéléré la diffusion de ces secrets.

L'Évolution des Techniques et des Styles

Le verre vénitien, apprécié pour sa transparence, était souvent comparé au cristal de roche. Au début du XVIIe siècle, la technique de gravure, bien que connue depuis l'Antiquité, était principalement réservée aux pierres dures et semi-précieuses. Caspar Lehmann (1570-1622) eut l'idée d'appliquer cette technique au verre, d'abord sur des plaques, puis sur des gobelets.

Pendant le Moyen Âge, la déforestation causée par les verriers pour alimenter les fours était paradoxalement bénéfique, car elle ouvrait les forêts à l'agriculture et aux communications. Diverses adaptations furent nécessaires pour maintenir la qualité du verre. L'ajout d'oxyde de plomb permit d'inventer un verre lourd, d'une grande pureté et d'un éclat inégalé, connu aujourd'hui sous le nom de cristal.

Au XVIIIe siècle, il était courant de déguster plusieurs vins au cours d'un même repas, mais l'idée de présenter une série de verres spécifiques pour chaque type de vin se répandit au début du XIXe siècle. Le verre devint la première industrie des colonies nord-américaines, et vers 1840, l'Europe importa une nouvelle révolution technologique des États-Unis : le verre pressé-moulé, qui accéléra la production et simplifia l'apprentissage grâce à l'utilisation de machines.

L'Émergence des Artistes Verriers au XIXe Siècle

Alors que la production verrière en France au début du XIXe siècle était marquée par l'établissement de manufactures puissantes et modernes, l'originalité et la force des contributions à l'histoire de la verrerie depuis la seconde moitié du siècle sont indissociables des parcours individuels.

François-Eugène Rousseau, marchand-éditeur parisien spécialisé en céramique et verre, fut le premier à introduire le goût japonisant dans les arts du feu dès 1867. Ses verreries, apparues en 1878, ouvrirent de nouvelles voies esthétiques que Gallé lui-même reconnut comme celles d'un précurseur. Leveillé, Eugène Michel et Alphonse-Georges Reyen formèrent le noyau des verriers parisiens japonisants.

L'année 1878 marqua également l'émergence d'Émile Gallé, qui reprit la direction de la maison familiale de commerce et d'édition de faïence et de verrerie à Nancy. Ses écrits pour les expositions de 1884 et 1889 témoignent de ses qualités de chercheur, d'écrivain et de polémiste. Après 1889, les Salons artistiques de Paris s'ouvrirent aux créations d'objets d'art, offrant un écrin aux "poèmes en verre" d'Émile Gallé.

Les années 1890 furent marquées par la mise au point de la technique de la marqueterie de verre, fruit d'une coordination remarquable entre la conception, le travail à chaud et le travail à froid. Après 1889, les recherches d'Henry Cros, sculpteur passionné de polychromie, furent soutenues par la direction des Beaux-Arts, donnant une nouvelle vie aux mythes anciens dans un esprit symboliste moderne.

See how the Daum Crystal Balaji is made

Daum : Une Maison, un Style

La maison Daum, fondée en 1878 par Jean Daum, s'est imposée comme la cristallerie des artistes grâce à ses nombreuses collaborations. L'entreprise a su se moderniser et s'adapter aux évolutions stylistiques, passant de l'Art Nouveau à l'Art Déco, puis au cristal après la Seconde Guerre mondiale.

Les signatures des pièces Daum ont évolué au fil du temps, reflétant les styles et les époques. Les pièces les plus anciennes sont signées en relief, tandis que les pièces récentes présentent une signature gravée dans le matériau. La croix de Lorraine a été incluse dans la signature jusqu'en 1945.

Depuis 1965, Daum collabore avec de grands noms de l'art moderne et contemporain, tels que César, Arman et Ben Vautier.

Le Processus de Fabrication de la Pâte de Verre chez Daum

Le processus utilisé par Daum, s’apparentant à une sculpture à la cire perdue, est le suivant selon plusieurs étapes :

  1. À partir d’une esquisse, le sculpteur réalise un modèle en terre cuite.
  2. Un moule en élastomère est ensuite confectionné en négatif, par-dessus le modèle, et vient épouser tous les détails de la sculpture. Il permet de tirer 50 à 200 exemplaires.
  3. L’objet en cire est noyé dans du plâtre réfractaire, dans lequel un trou est pratiqué. Le plâtre constituant un moule en négatif de l’objet et l’ensemble est placé dans une étuve, où la cire fond sous l’effet de la chaleur et s’évacue par le trou.
  4. L’ensemble est placé dans un four à 900° pendant une durée de 10 à 20 jours, selon la taille de l’objet.
  5. Le groisil, fondant sous l’effet de la chaleur, génère les nuances de couleurs.

De par une palette de couleurs riche et subtile ainsi obtenue, il n’y a pas deux pièces identiques. La mise au point d’une pièce requiert au minimum un an de travail.

Autres Figures Clés et Innovations

Pour Lalique, la métamorphose qui transforme ce génial artisan bijoutier en industriel verrier, débute par ses interventions dans le flaconnage de parfumerie. François Décorchemont reste beaucoup moins connu du grand public car il choisit la création artisanale en petit atelier, donc rare et chère. Après quelques années dans la lignée des verreries fines comme des pétales de fleur et fragiles comme des coquilles d’œuf d’Albert Dammouse, il réinterprète, vers 1910, les principes de la pâte de verre d’Henry Cros.

Pâte de verre par Georges Despret

Maurice Marinot, qui ne reçoit pas sa formation dans le milieu des arts décoratifs puisqu’il était peintre, exposant avec les « Fauves », découvre le verre par hasard en 1911. Fasciné par le travail artisanal du verre à chaud, il va consacrer plus de vingt ans de sa vie à la création en verre s’astreignant au long et difficile apprentissage de la technique millénaire du soufflage.

Mais sa démarche, refusant toute autre possibilité que l’œuvre unique et artisanale, trouvera son aboutissement, véritable synthèse de la maîtrise du geste et de la pensée, avec ses objets soufflés et modelés à chaud à partir de 1922. La nouveauté de son esthétique du verre épais, lourd et « charnu » animant la transparence de toutes les possibilités d’inclusions d’oxydes colorants ou de bulles est un des apports du XXe siècle à l’histoire mondiale de la verrerie.

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