Les requins jouent des rôles cruciaux dans leurs milieux marins. Des coraux aux herbiers marins, de la santé des populations de proies jusqu’au climat, ils sont vitaux dans les océans. En assainissant les populations de proies, ces "dents de la mer" ont des fonctions très subtiles et extrêmement variées. Ils ont même un rôle positif dans la captation du CO2 et la limitation du réchauffement.
Représentation d'une pyramide trophique, illustrant les niveaux de la chaîne alimentaire.
Plusieurs lois régissent les principes du Vivant :
Il existe en réalité que trois espèces de requins filtreurs : le requin baleine, le requin grande-gueule et le requin pèlerin.
Le requin baleine est de loin le plus gros poisson du monde, allant jusqu’à 20 mètres pour plus de 30 tonnes. Ce colosse est un filtreur omnivore qui mange du plancton et de tout petits poissons.
Le deuxième filtreur est le requin grande-gueule, découvert seulement en 1976. Le dernier filtreur célèbre, c’est le requin pèlerin, le deuxième plus grand du monde après le requin baleine. Ce géant qu’on trouve sur les côtes françaises et britanniques peut atteindre et dépasser 12 mètres.
Tous ces filtreurs sont, un peu comme les baleines, des “vers de terre des océans”. Leurs déjections favorisent des blooms planctoniques, c’est-à-dire que leurs nutriments sont captés par le phytoplancton, les petites algues qui sont LE démarrage des chaînes alimentaires océaniques.
Un requin pèlerin se nourrissant de plancton.
Les requins prédateurs se situent tout en haut des chaînes alimentaires, en général plus longues et plus complexes dans les océans que sur terre. Sur terre, il y en a moitié moins.
Au commencement de la chaîne alimentaire marine, il y a la diatomée, une petite algue, puis le rotifère, un tout petit animal qui la mange, pour être ensuite lui-même mangé par un copépode, une toute petite crevette qu’on surnomme le “pain de la mer”. Ces petits copépodes sont partout et sont mangés à leur tour par du krill par exemple, de plus grosses crevettes.
Ce krill est lui-même ingéré par des sardines, qui sont ensuite avalées par des maquereaux qui eux-mêmes sont dévorés par de petits thons eux même dégustés par des requins moyens, grignotés par de plus gros requins, eux même mangés par des orques. Si vous comptez ça fait 10 niveaux, trois fois plus que “herbe gazelle lion”.
Les requins sont les garants d’un écosystème sain et fonctionnel : c’est entre autres grâce à eux que la pompe à carbone bleu peut fonctionner dans les océans. Les petits poissons comme les sardines sont mangés par des moyens puis par des plus gros et en fin de chaîne, si les plus gros prédateurs - comme les requins - ne sont pas pêchés, leurs cadavres retombent dans les abysses, plein de carbone.
Sur terre, les cadavres libèrent leur carbone dans l'atmosphère après leur mort, mais dans l’océan, les cadavres des grands poissons marins coulent. Le carbone qui compose leur corps est séquestré dans les profondeurs de l'océan, grâce à la pression de l’eau.
Une étude de 2007 menée en Australie montre que la présence des requins tigres favorise la dispersion des populations de brouteurs herbivores (des tortues marines et des dugongs notamment). Concrètement, la présence des requins empêche que les brouteurs se bâfrent à outrance jusqu’à épuiser certaines zones.
Or ces herbiers sont aussi des puits de carbone. Ces plantes, les fameuses posidonies emmagasinent du carbone comme le font les arbres sur terre. Le maintien de populations de requins en bonne santé favorise donc la captation du carbone, dont celui du CO2 responsable du réchauffement.
Infographie illustrant le rôle du carbone bleu dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Les requins, qu’ils mangent des proies ou les dispersent par leur simple présence, ont un rôle-clé dans l’océan. Des enquêtes sur la pêche à la palangre dans le Pacifique tropical ont montré que les taux de capture de 12 grands prédateurs pélagiques (thons, espadon, marlin, et requins) ont été divisés par 10 entre 1950 et 2000.
Dans le même temps, les captures de raies et d'autres mésoconsommateurs de petite taille ont été multipliés par 10 ou 100, ce qui aboutit à des déséquilibres dans les milieux.
Si les gros sont éliminés, les moyens prolifèrent et exterminent les petits, ce qui peut faire disparaître les moyens à leur tour où les faire migrer ailleurs pour continuer le pillage, le ratiboisage… Les requins ne font pas que réguler ou disperser les populations de proies, ils sont aussi d’une certaine manière les médicaments des océans. En éliminant les faibles et les malades, ils participent au maintien de populations de proies saines. Le fait de s'attaquer aux individus les plus faibles renforce également le patrimoine génétique de leurs proies. Les individus forts et en bonne santé donneront naissance à des populations plus saines.
Le grand requin blanc se situe au sommet de la chaîne alimentaire dans les océans. Du fait de sa taille, de son métabolisme et de ses capacités physiques exceptionnelles, il n'a que très peu de concurrents, hormis l'orque, qui n'est cependant pas un poisson comme le requin mais un mammifère. Il mange de tout, y compris les autres requins, les tortues, les dauphins, les mammifères et les oiseaux marins. Les jeunes se nourrissent exclusivement de poissons.
À noter que les grands requins blancs de la région du Cap ont adopté une technique de chasse unique en son genre. Pour surprendre une otarie, le requin se met à l'affût près du fond et, après avoir repéré une proie qui s'agite en surface, s'élance comme une torpille (sa vitesse est telle qu'il bondit hors de l'eau) pour la percuter, gueule grande ouverte, et la happer en retombant (un grand requin blanc est capable d'avaler un phoque entier en une seule bouchée). L'attaque est évidemment fatale pour la proie.
Il ne fait pas partie des espèces de requins qui attaquent souvent les hommes car la plupart des attaques se situent sous les tropiques alors que le grand requin blanc y est rarissime. Sa réputation de mangeur d'hommes est totalement exagérée car on ne recense que quelques dizaines de cas mortels lors des cinquante dernières années. Statistiquement, il y a des millions de fois plus de probabilités d'être tué dans un accident de voiture, de se noyer, d'être foudroyé ou de mourir d'une piqûre d'abeille que de se faire attaquer par un grand requin blanc. C'est, avant tout, un chasseur spécialisé dans la chasse des phoques et otaries, même s'il sait se montrer opportuniste (pas autant que le requin tigre).
Les rares cas d'attaque sur l'homme sont plus considérés comme des « accidents », en majorité sur des surfeurs ou véliplanchistes, une forme ovoïde battant des « nageoires » à la surface et rappelant à ce prédateur sa proie favorite. Il faut savoir que son attaque se décompose en plusieurs phases : d'abord le « coup de dents » qui va saigner la proie, le grand requin blanc n'avalant pas des quartiers de viande d'une grosse proie du premier coup. Puis, lorsque la proie est inerte, commence alors l'alimentation à proprement parler. Les attaques contre l'homme se terminent dans la majorité des cas après le coup de dents.
En effet, lors de la morsure, des récepteurs situés dans la gueule « goûtent » la proie, ce qui permet au requin de savoir si celle-ci est suffisamment riche en graisse. L'homme n'apporte assez de graisse pour le requin ; le squale ne reconnaissant pas le goût de sa proie l'abandonne, et les rares cas mortels résultent de l'hémorragie (artère ou membre sectionnés). Il est évident que la pression exercée par la mâchoire (plus de cinquante centimètres de diamètre) et les dents coupantes comme des lames de rasoir laissent un résultat impressionnant, souvent désastreux, sur un corps humain.
La couleur du dos de l'animal varie du gris-noir (Afrique du Sud, Australie, Californie) au marron clair pour la Méditerranée, où l'on a observé un comportement alimentaire différent, peut-être une adaptation alimentaire au milieu méditerranéen : des chasses de thons, de marlins, un comportement plus opportuniste et tourné vers les grands poissons plutôt que les mammifères marins devenus rares dans cette région. Ce qui a généré sa crainte viscérale est avant tout sa taille par rapport à l'homme et sa méconnaissance.
Et pourtant, le grand requin blanc, contrairement à tous les préjugés le concernant, a souvent une attitude prudente vis-à-vis de l'homme. Des plongeurs du monde entier se sont fait approcher par ce grand squale sans pour autant que celui-ci ne montre des signes d'agressivité. Le Great White a aussi démontré une certaine intelligence par rapport aux autres requins. Il est le seul squale à sortir la tête hors de l'eau pour observer son environnement extérieur. Certaines expériences scientifiques ont démontré qu'il était aussi capable d'apprendre des tours, à l'instar des dauphins et orques, pour obtenir du poisson. D'autres scientifiques ont réussi l'exploit de nager avec des grands requins blancs sans cage de protection, voire de s'accrocher à son aileron dorsal. Ce requin recèle encore beaucoup de surprises.
Un grand requin blanc faisant surface.
Au niveau mondial, un tiers des espèces de requins sont menacées d’extinction et certaines populations ont chuté de 90% depuis les années 1970. La plus grande menace qui pèse sur les requins est la surpêche. Beaucoup d’espèces sont pêchées pour la consommation de leur chair et de leurs ailerons. De plus, les requins sont les premières victimes des prises accessoires de la pêche des autres grands poissons (thon, espadon).
Enfin, la pêche récréative du requin joue un rôle non négligeable : aux USA, les prises sont même supérieures à celles de la pêche commerciale. Au total, on estime qu’entre 60 millions et 270 millions de requins sont tués chaque année.
Ailerons de requins, symbole de la surpêche et du déclin des populations.
Une étude révèle des traces de requin dans la composition d'aliments destinés à nos amies les bêtes. Les chercheurs ont découvert, grâce au code-barres ADN, la présence de requin dans différents aliments pour animaux de compagnie. Achetés à Singapour, ces produits présentent aussi un nombre considérable d’erreurs d’étiquetage des ingrédients. Cette découverte fait tache, alors que les squales sont en voie d’extinction dans tous les océans du globe.
Au-delà de la consommation de viande et autres soupes d’ailerons, le requin est ainsi utilisé pour des cosmétiques. Plus particulièrement, le foie de requin contient en abondance du squalène, une graisse que l’on retrouve dans de nombreux sérums. Mais le reste du requin est également utilisé comme une grande partie des produits de la mer: pour servir de protéine animale.
Une précédente étude de 2019 montrait déjà la présence de viande de requin dans les produits alimentaires pour animaux de compagnie aux États-Unis. Avec cette nouvelle publication, “nous avons voulu voir si les requins en voie de disparition sont également vendus dans les aliments pour animaux de compagnie asiatiques”, expliquent Ben Wainwright et Ian French de l’université de Yale-NUS. Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé le “code-barres” que constitue l’ADN pour vérifier cette théorie dans 45 produits alimentaires pour animaux de 16 marques différentes en vente à Singapour.
Et si aucun d’eux ne mentionnait la présence de viande de squale, sur les 144 échantillons prélevés, 31% contenaient de l’ADN de requin. Parmi les espèces les plus identifiées, on retrouve le requin soyeux (Carcharhinus falciformis) et le requin de récif à pointe blanche (Triaenodon obesus), tous deux classés “vulnérables” dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le requin soyeux figure également dans la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cela signifie que son commerce doit être contrôlé pour éviter toute surconsommation.
L’étude met également le doigt sur l’absence de transparence dans les produits utilisés, avec un étiquetage régulièrement erroné sur le contenu des aliments pour animaux de compagnie. Aucun d’eux, en effet, ne mentionne précisément les protéines de requin, se contenant de notes vagues, avec des mots fourre-tout.
“La majorité des propriétaires d’animaux domestiques sont probablement des amoureux de la nature, et nous pensons que la plupart d’entre eux seraient alarmés de découvrir qu’ils pourraient contribuer sans le savoir à la surpêche des populations de requins”, ont commenté les auteurs. Face à ce problème, ces derniers préconisent une plus grande transparence dans les étiquettes des ingrédients des produits alimentaires pour animaux de compagnie. Ils suggèrent également de mettre en œuvre des normes mondiales dans ce domaine, afin d’éviter la surexploitation des requins menacés.
La triste réalité, c'est que les requins ont désormais besoin de notre aide pour continuer à fournir leurs services écosystémiques vitaux. Le nombre de requins diminue à un rythme effrayant. Plus d'un tiers des espèces de requins sont actuellement menacées d'extinction. Il y a 71 % de requins en moins en haute mer aujourd'hui qu'il y a 50 ans. Le principal coupable est la demande mondiale de viande et d'ailerons de requin. Mais les requins voient également leur habitat disparaître rapidement, en particulier ceux qui résident dans des zones côtières qui sont développées sans réglementation appropriée.
Toutes les menaces auxquelles les requins sont confrontés sont amplifiées par le fait que la plupart des requins vivent leur vie au ralenti. Ils sont longs à atteindre la maturité et à se reproduire, et les humains éliminent de nombreuses espèces plus vite qu'elles ne sont capables de se reproduire.
La présence d'un plus grand nombre de requins pour assurer les fonctions essentielles de l'écosystème protège la santé des océans et réduit les effets du changement climatique mondial.
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