Classement des principaux producteurs de viande bovine en Afrique : Défis et opportunités

Le secteur de l’élevage en Afrique de l’Ouest est à un tournant, avec une demande croissante en produits animaux, stimulée par la diversification des systèmes alimentaires et la croissance démographique. Comme dans les autres pays en développement, le secteur de l’élevage a été particulièrement touché par ces recompositions : les viandes et les produits laitiers sont en effet parmi les produits alimentaires dont la consommation augmente le plus rapidement avec le niveau de vie.

Le développement agro-industriel a constitué certainement le côté le plus spectaculaire de ces transformations. Suite aux Plans d’ajustement structurel initiés dans les années 80, la privatisation des grandes laiteries, des fermes d’État ou des abattoirs a constitué une rupture qui a dans un premier temps freiné l’essor d’une industrie de l’élevage, mais qui a ensuite laissé le champ libre au développement de nouvelles entreprises privées.

Cependant, il subsiste aujourd’hui de nombreuses interrogations sur la capacité de l’élevage africain à répondre à l’explosion de la demande locale. L’élevage familial extensif majoritaire en Afrique, enchâssé dans des sociétés traditionnelles et dans des territoires enclavés, serait-il resté à l’écart de la « révolution de l’élevage » observée en Amérique du Sud et en Asie ? Le développement agro-industriel basé sur l’intensification des filières d’élevage, que l’on observe dans de nombreux pays du Sud, aurait-il laissé l’Afrique « en rade » de cette importante transformation ? Quelles stratégies convient-il d’adopter pour encourager la participation des producteurs locaux aux échanges marchands ?

Face à ces questions, plusieurs approches sont défendues par les acteurs du développement et les experts. Plusieurs industries se sont récemment ré-engagées dans la collecte de lait local. Des fermes modernes se sont installées en périphéries des grandes capitales, en moins grand nombre cependant que dans les zones d’altitude d’Afrique de l’Est.

Parallèlement, on a assisté à l’augmentation des surplus commerciaux issus des systèmes extensifs ou semi intensifs. Dans le même temps, la production de ruminants s’est étendue aux zones agricoles situées plus au Sud, et a constitué un facteur d’intensification des systèmes de production dans les zones soudaniennes. Ces régions plus humides ont aussi constitué des zones de développement de l’embouche bovine et ovine.

La croissance de l’offre et l’efficacité de systèmes commerciaux relativement anciens ont ainsi permis aux marchés de viande rouge de rester très majoritairement approvisionnés par les systèmes pastoraux et agropastoraux. Les complémentarités régionales ont joué favorablement pour approvisionner les villes en bétail sur pied. Dans le domaine du lait, l’augmentation des volumes commercialisés s’est faite essentiellement grâce à l’amélioration des circuits de collecte, plutôt que par l’augmentation de la productivité des fermes.

Enfin, de nombreux pays ont fait le choix de recourir à des importations croissantes de produits animaux. De nouveaux usages sont apparus, de nouveaux marchés se sont créés, notamment autour de la poudre de lait, mais aussi du lait UHT, par exemple. Par ailleurs, de nombreuses industries laitières ont pu se développer sur la base de la poudre de lait importée.

Devant ces recompositions profondes des marchés, plusieurs enjeux relatifs à l’avenir de l’élevage en Afrique apparaissent encore mal pris en compte par les organisations de producteurs, les décideurs publics et la société civile. La question du modèle alimentaire est récemment apparue dans le débat public sous l’effet de plusieurs éléments conjugués : l’émergence d’associations de consommateurs, d’étudiants ou de militants revendiquant un modèle de consommation plus « durable » et « sain » ; le développement de nouvelles exigences des consommateurs sur les liens entre alimentation et santé ; la montée de revendications nouvelles sur la « souveraineté alimentaire » portées par les organisations professionnelles agricoles et les organisations de la société civile, et insistant sur le recours aux aliments « locaux ».

Le deuxième enjeu majeur concerne les discussions relatives aux règles commerciales. Dans le cadre de l’Uemoa et de la Cedeao, l’Afrique de l’Ouest est engagée dans un processus d’harmonisation de ses règles commerciales et en particulier du Tarif extérieur commun (Tec) qui se met en place aux frontières de la région. Aujourd’hui taxée dans l’espace Uemoa à hauteur de 5% seulement car considérée comme un intrant pour l’industrie, la poudre de lait est l’objet d’intenses discussions dans les arbitrages sur le TEC Cedeao. Ce cas illustre particulièrement bien la difficulté pour les décideurs de réconcilier les intérêts des différents acteurs, et les intérêts à court et long terme.

On touche ici la question des priorités politiques, qui constituent le troisième point de débat. Or, les arbitrages en matière commerciale sont souvent difficiles : doit-on ouvrir les marchés pour favoriser l’approvisionnement des consommateurs urbains les plus pauvres en produits de base ? Ou bien faut-il protéger les filières domestiques pour offrir des opportunités de croissance aux secteurs agricoles et agro-industriels locaux ?

Finalement, l’histoire de l’élevage en Afrique de l’Ouest reste encore à écrire. Les phénomènes de développement des marchés urbains sont relativement récents. Et la plupart des ajustements politiques sont encore en négociation. La capacité de l’élevage africain à participer aux échanges marchands dépendra en grande partie de la faculté des acteurs et des décideurs à s’accorder sur des objectifs de développement communs, sur des modèles de développement respectueux des réalités locales.

L’élevage en Afrique de l’Ouest et du Centre est typiquement un secteur dont l’économie repose sur l’intégration des marchés. On estime le cheptel bovin de l’Afrique de l’Ouest à 60 millions d’animaux et le cheptel de petits ruminants à 160 millions. Les trois grands pays sahéliens enclavés - le Burkina Faso, le Mali et le Niger - exploitent plus du tiers du cheptel bovin régional (22 millions). Les exportations d’animaux sur pied de ces trois pays sont estimées à 560 000 têtes par an.

L'élevage bovin wallon : évolution, enjeux et défis pour le futur

La consommation des produits animaux est mal connue en Afrique de l’Ouest en raison d’une forte part de l’autoconsommation (lait et ses dérivés, oeufs, viandes), et en raison d’une connaissance très approximative des échanges commerciaux et de l’importance des circuits d’approvisionnement informels (échanges de proximité). Seul le niveau des importations est assez bien connu.

Selon les calculs rapportés dans l’étude CSAO/OCDE-Cedeao, sur la base des données de la FAO, la consommation toutes viandes confondues s’élèverait à 8,6 kg par habitant. Les importations de produits animaux représentent 13% des importations agroalimentaires des 15 pays de la Cedeao.

Les principaux pays producteurs de produits carnés dans le monde sont le Brésil, les Etats-Unis, la Chine et l’Union Européenne. Pour chaque filière, que ce soit la filière bovine, ovine/caprine, porcine ou la volaille, des dynamiques de production, d’exportations et de consommation se distinguent.

Ainsi, pour le Brésil les dynamiques sont très positives et se poursuivent depuis plusieurs années avec tout d’abord une hausse du cheptel bovin (+1,8%, soit +4,3 M de têtes) qui lui permet de maintenir sa position de 1er cheptel mondial. Au niveau de la production de viande bovine, il se retrouve en seconde position, derrière les Etats-Unis bien qu’il progresse de 8,2% en 2024 par le biais notamment de la hausse des poids de carcasse.

Cette forte production brésilienne a eu deux impacts majeurs : d’une part l’importante disponibilité du produit a induit une pression sur les prix intérieurs et a en partie favorisé la hausse de la consommation de +2,7%, d’autre part le Brésil a pu maintenir sa place de 1er exportateur mondial de viande bovine avec des exportations en hausse de 23,4% pour atteindre ¼ des volumes mondiaux (combiné à une dépréciation du real).

Les Etats-Unis ont rencontré plusieurs difficultés sur les filières d’élevage en 2024 tels que des conditions climatiques défavorables combinés à des coûts de production élevés et un niveau de rentabilité relativement bas pour les élevages porcins. Ces différentes contraintes ont induit une baisse du cheptel bovin national, 3ème cheptel mondial, de 3,2%, soit 2,9 M de têtes en moins qu’en 2023. Ils gardent néanmoins la 1ère place de producteur mondial de viande bovine, facilité, comme pour le Brésil, par une hausse des poids carcasse, avec 12,3 M de tonnes équivalent carcasse (tec) en 2024.

L’Océanie est composée de deux pays majeurs dans la production carnée mondiale que sont l’Australie, avec son cheptel bovin de 29,9 M de têtes en 2023 (+22.5%) et son cheptel ovin de 72,1 M de têtes, et la Nouvelle-Zélande avec son cheptel ovin de 24,4 M de têtes, fortement tournés vers l’exportation.

Le cheptel bovin de l’Union Européenne, poursuit une lente mais constante érosion depuis 2016 et a atteint en 2024 un total de 30,2 M de vaches (-0,9% avec 2023). La production de viande bovine européenne a quant à elle progressé en 2024 en combinant une hausse du nombre de têtes abattues ainsi qu’une hausse du poids carcasse pour atteindre 6 M tec, soit +3,7%.

En 2025, l’inflation devrait ralentir permettant aux consommateurs de retrouver des équilibres de prix sur l’ensemble des viandes de boucherie. La gestion des épizooties, qui touchent toutes les filières de l’élevage, sera primordiale pour assurer le maintien et le développement des productions ainsi que d’assurer les débouchés, notamment sur le grand export.

Si les foyers occidentaux ou océaniens se maintiennent, une carte inédite s’ébauche avec l’émergence de nouveaux producteurs qui alimentent leurs marchés intérieurs ou exportent.

Le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine, dont il fournit près de 20 % des échanges. Son industrie exportatrice concentrée et internationalisée bénéficie d’importantes économies d’échelle et de soutiens publics massifs.

Enfin, la Chine ne produit que 10 % de la viande bovine mondiale, mais connaît un fort développement de l’ensemble de son élevage. Sa croissance agricole, liée à une explosion du marché intérieur et de la consommation de produits animaux, a des répercussions sur le commerce international des aliments pour le bétail et notamment du soja principalement originaire d’Amérique du Sud.

Ainsi, avec l’apparition de ces nouveaux acteurs, le « paysage productif mondial » est en plein bouleversement.

Plusieurs sources indiquent une possible conclusion de l’accord entre l’Union européenne et quatre pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) d’ici la fin de 2024. Les quatre pays membres historiques du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) comptent parmi les principaux producteurs et exportateurs de viande bovine. A eux quatre, ils concentrent un quart de la production mondiale et plus d’un tiers des exportations mondiales.

En 2023, le Brésil occupait le 2ème rang mondial de production de viande bovine derrière les Etats-Unis, avec 9,7 millions de téc produites. L’Argentine était au 6ème rang, avec 2,8 millions de téc. Année après année, ces quatre pays figurent au sein du « top 10 » mondial des exportateurs de viande bovine. En 2023, le Brésil a conservé son rang de numéro un, avec 2,7 millions de téc de viande bovine exportées. L’Argentine était 5ème (890 000 téc), l’Uruguay 9ème (460 000 téc) et le Paraguay 10ème (420 000 téc).

Les destinations des exportations restent variées bien que la Chine soit désormais, et de loin, le premier client des exportateurs du Mercosur. En 2023, la Chine (dont Hong-Kong) concentrait plus de 57% des envois originaires des quatre membres historiques du Mercosur.

Si le Brexit a un peu changé la donne, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay restent de loin les principaux fournisseurs à l’import de l’UE à 27. D’après nos estimations, entre 2018 et 2021, un peu moins de trois quarts de la viande bovine non transformée importée en UE l’a été a droit réduit.

Le projet d’accord UE/Mercosur, dont les négociations ont été lancées en 1999, pourraient être conclu dans les prochaines semaines. Jusqu’ici, après de multiples échecs, un premier accord politique était déjà intervenu en juin 2019.

D’après les propositions retenues, l’accord, une fois appliqué, libéralisera de nombreuses ligne tarifaires :

  • Le Mercosur supprimera les droits de douane sur 91% des biens importés depuis l’UE-27 dont les véhicules (droit actuel de 35%), la machinerie (droit de 20 à 35%), les produits chimiques (droit de 14%), les vêtements (droit de 35%).
  • L’UE-27 exemptera de droits de douane 95% des produits importés depuis le Mercosur, dont 83% d’importations de produits agricoles.

Au sein de l’agriculture européenne, huit filières ont été classées en tant que produits sensibles. Pour la viande bovine, le projet d’accord de libre-échange prévoit de nouvelles concessions européennes avec l’ouverture progressive de 99 000 téc de nouveau contingent (dont 45% de congelé et 55% de réfrigéré) à 7,5% de droit de douane et la suppression immédiate des 20% de droit de douane des contingents Hilton.

Les conditions de production au sein des pays du Mercosur sont très différentes de celles observées au sein de l’UE. De la production de végétaux servant entre autres à la finition des bovins, aux antibiotiques en passant par le bien-être animal ou encore la traçabilité, les règlementations appliquées au sein du Mercosur tout au long de la chaîne de production sont le plus souvent largement moins-disantes que celles de l’UE.

Ces différences de règlementation, associées à des normes sociales et un coût du travail largement inférieurs à celui de l’UE accentuent le différentiel de compétitivité entre les viandes du Mercosur et les viandes européennes. Les coûts de production en élevages de bovins viande du Mercosur étaient inférieurs en moyenne de 40% à ceux des élevages européens et même de près de 60% pour les fermes brésiliennes d’après les données du réseau Agribenchmark.

Concernant l’abattage et la transformation, trois entreprises brésiliennes (JBS, Marfrig et Minerva) concentrent environ deux tiers des exportations de la zone, avec des capacités de production allant de 7 000 tonnes de viande bovine par mois pour Minerva à 22 500 tonnes pour le numéro un mondial, JBS. Très compétitives, ces entreprises réalisent ainsi des économies d’échelle importantes grâce à la taille de leurs outils d’abattage sans commune mesure avec les abattoirs européens.

Si la Chine reste la destination n°1, l’UE reste un client essentiel dans la gestion des équilibres carcasse des pays du Mercosur. Ainsi, au Brésil comme dans d’autres pays du Mercosur, les muscles ’ont chacun des destinations privilégiées afin de maximiser la valorisation des animaux abattus.

Dans ses communications sur la question, la Commission européenne a tendance à rapprocher les contingents ouverts à la production ou la consommation totale de viande bovine dans l’UE. Pour le Mercosur, le contingent de 99 000 téc représentait ainsi en 2019 « 1,2% de la consommation totale européenne de viande bovine (8 millions de tonnes par an) ». Aujourd’hui, ce serait plutôt 1,6%.

Et outre ces effets sur le marché européen, l’importation supplémentaire de viande bovine originaire du Mercosur pourrait également accélérer la déforestation alors que l’application du règlement anti-déforestation de l’UE a été repoussé d’un an et que son contenu reste limité. La déforestation supplémentaire sur 5 ans induite par l’augmentation des exportations de viande bovine liée à l’accord UE-Mercosur pourrait s’élever de 620 000 hectares à 1,35 million d’hectares, dans le scénario le plus pessimiste.

Certains observateurs évoquent une conclusion avant la fin de l’année, possiblement au moment du Sommet du Mercosur qui se tiendra du 5 au 7 décembre à Montevideo en Uruguay.

En cas de signature, il restera à savoir quel sera le processus de ratification à suivre. Théoriquement, cet accord d'association ne peut être adopté que si tous les États membres de l'UE l'approuvent en réunion du Conseil, à l'unanimité.

Avec cette opération visant à créer un accord commercial intérimaire, la France ne pourrait pas bloquer seule la ratification au Conseil, mais elle pourrait faire partie d’une minorité de blocage. Quelle que soit la formule, il faudrait également une minorité de blocage au Parlement européen.

Classement des pays importateurs de viande porcine en 2022

La Chine occuperait la première place dans le classement des pays importateurs, avec 31,9% du total mondial (11 Mt) pour un volume de 3,5 Mt, un chiffre qui représenterait une baisse de 19,2% par rapport à 2021. Il est important de mentionner le cas des Philippines, qui occuperaient la septième place dans le classement des importateurs et afficheraient une diminution de 18,1% de leur volume de produits importés.

Principaux exportateurs de viande de porc en 2022

Avec un volume de 4,8 Mt, l'Union européenne serait le principal exportateur de viande de porc en 2022, avec une part de 40,7% du total global (11,7 Mt). Les États-Unis occuperaient également la deuxième position, avec 25,6% des exportations, mais avec une baisse de 6,2% par rapport à 2021.

Production de viande bovine par pays

Voici un tableau récapitulatif des principaux pays producteurs et exportateurs de viande bovine :

Pays Position en 2023 Production (millions de téc) Exportation (millions de téc)
Brésil 2ème producteur mondial 9.7 1er exportateur mondial (2.7)
Argentine 6ème producteur mondial 2.8 5ème exportateur mondial (0.89)
Uruguay - - 9ème exportateur mondial (0.46)
Paraguay - - 10ème exportateur mondial (0.42)
États-Unis 1er producteur mondial 12.3 (en 2024) -

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