La Porcelaine de Chantilly et l'Influence Kakiemon : Une Histoire d'Art et de Raffinement

Découverte par les Européens au XVIe siècle lors des échanges commerciaux avec l’Orient, la porcelaine a tout de suite fasciné par sa blancheur, sa transparence, sa finesse et son élégance. Nombreux alchimistes, esprits scientifiques et céramistes sont soutenus par des têtes couronnées et mécènes pour trouver le secret de la porcelaine orientale.

« Ville princière » et « capitale du cheval », c’est ainsi qu’apparait Chantilly dans la plupart des brochures et articles qui lui sont régulièrement consacrés. Au-delà du slogan touristique, il s’agit d’une réalité historique, urbaine, économique et sociale qui marque encore aujourd’hui fortement le paysage et l’identité de la ville. Mais Chantilly c’est aussi une ville à la campagne où les espaces naturels et protégés déterminent sa forme et son expansion.

Théière en porcelaine de Chantilly, Metropolitan Museum of Art

La Manufacture de Chantilly : Naissance d'une Tradition

A Chantilly, le prince Louis-Henri de Bourbon-Condé (1692-1740) va nommer Cicaire Cirou « maître de manufacture », qui va créer une pâte à porcelaine « tendre » - sans kaolin. Le prince de Condé nomme Cirou maître de manufacture et l’établit dans un ensemble de bâtiments situés dans le bourg de Chantilly, dans une rue bientôt appelée symboliquement « rue du Japon ».

La manufacture est installée dans le hameau des Petites Fontaines, dans la rue du Japon (actuelle rue de la Machine). Le bâtiment abrite différents ateliers pour les tourneurs, les mouleurs et les peintres mais aussi des fours, des entrepôts, des magasins, des logements le tout sur une superficie qui atteint 1200 m2 en 1781. Dans les ateliers on dénombre plus de trente ouvriers : tourneurs, mouleurs, graveurs, peintres et des ouvriers en charge de l’entretien des fours.

C'est à l'instigation de Louis de Bourbon, prince de Condé et dans son propre domaine, que fut créée en 1725 la manufacture de Chantilly dont l'activité se maintint jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

L'histoire de la porcelaine française - La manufacture de Sèvres - Francéclat

L'Inspiration Kakiemon : Un Style Exotique

Louis-Henri de Bourbon-Condé, propriétaire du domaine de Chantilly est, au début du 18e siècle, un homme très riche et un amateur d’art averti. Grand collectionneur d’arts d’Extrême-Orient, il possède près de 2000 pièces de porcelaine dont la plupart viennent de Chine et du Japon. Afin de compléter sa collection, mais aussi fasciné par le mystère que constitue encore alors la fabrication de la porcelaine, il fait venir à Chantilly un porcelainier de la manufacture de Saint-Cloud nommé Cicaire Cirou.

Le premier style adopté à Chantilly répond au goût dominant en Europe à l’époque : le goût des « chinoiseries ». Chantilly produit donc des porcelaines dans le style « japon » aussi connu sous le nom de « Kakiemon », composé de bambous, pagodes, dragons, phénix, papillons, jeux d’enfants… La riche collection de porcelaines japonaises d'Imari du style Kakiemon, que possédait le prince de Condé, fournit aux céramistes de Chantilly leur première source d'inspiration.

Paire d'éléphants Kakiemon, Metropolitan Museum of Art

Évolution du Style et Production

Le style de la porcelaine de Chantilly correspond au goût dominant et passe du « Kakiemon », vers le style « rocaille » et le camaïeu bleu. Cette mode de l’exotisme est remplacée à partir de 1750 par le style rocaille avec un décor plus réaliste, des motifs floraux ou animaliers des scènes de genre et paysages.

La manufacture produit pendant près de 70 ans des porcelaines de table (jattes, plats, seaux à rafraichir, tasses, théières, sucriers…), de toilette (pots à eau et cuvettes, pots à crème ou poudre…), et de décoration (vases, brûle-parfums, fontaines et quelques autres pièces d’exception comme des pendules).

La notion de service de table apparaît à cette époque et Chantilly est la seule manufacture avec Vincennes-Sèvres qui parvient à vaincre les difficultés techniques relatives à la production en série d’assiettes de table. Elle assure ainsi sa survie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

En effet, dans les années 1760, les privilèges croissants de la manufacture royale de Sèvres et un interdit royal réservant à celle-ci l’usage de l’or et de la polychromie limitent fortement les possibilités de décoration des manufactures françaises. Certaines ferment, d’autres s’exilent. Chantilly va poursuivre son activité jusqu’à la Révolution française et au-delà en se consacrant définitivement aux services de table en camaïeu bleu. Ornés d’œillets ou de brindilles mais aussi de roses ou de tulipes, ces services connaissent un beau succès.

Leur moindre coût facilite leur diffusion. Le service à l’oeillet sort par milliers de pièces de la manufacture, préfigurant ainsi une « industrialisation » de la porcelaine. Le service à la brindille permet quant à lui une adaptation du motif sur toute la variété des pièces des services de table.

Marques et Périodes

La marque de la manufacture de Chantilly est un cor de chasse en bleu ou rouge au dos de pièces. Pendant une période, la marque a été accompagnée par les initiales des ouvriers potiers. Le cor de chasse était l’emblème de la manufacture de Chantilly.

Dans le Manuel de la porcelaine européenne, on trouve l’historique de cette manufacture :« Chantilly I : (France, Oise). Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, y fonda en 1725 une manufacture de porcelaine. L’entreprise eut pour directeurs : Ciquaire Cirou, de Montvallier et de Roussière, de Montvallier, Pierre Peyrard, Louis-François Gravant, dame Gravant, Antheaume de Surval.

En 1792 la manufacture fut acquise par un anglais, Christopher Potter, également possesseur de la manufacture de la rue Crusol à Paris, qui ferma l’entreprise en 1800. Suite à la Révolution française, lors de la vente des biens des princes de Condé, c’est un Anglais, Christophe Potter, qui rachète la manufacture pour y produire de la faïence fine jusqu’en 1800.

La production de l’époque de Cirou était tout à fait remarquable, surtout pour ses décors imités des porcelaines de kakiemon. Les pièces de cette époque, en porcelaine tendre à couverture stannifère, sont louées pour leur belle couverture blanche. Celle-ci devint ensuite plombifère et prit un ton jaunâtre jusque vers 1755 ; mais à cette époque, les produits avaient une grande valeur artistique.

Dans la période de 1755 à 1780, importante pour la manufacture, on fabriqua des pièces simples mais pleines de goût. Parmis les modeleurs figurent les célèbres frères Gilles et Robert Dubois (plus tard à Vincennes) ainsi que Louis Fournier.

Chantilly II (France, Oise). Pigorry y établit en 1803, quelques années après la fin d celle du prince de Condé, une manufacture de porcelaine qui fabriqua de la vaisselle courante et des services à thé. Il eut pour successeurs Bougon et Chalot jusqu’en 1845. Ensuite Michel Aaron père, de Limoges, repris l’affaire que son fils continua. Les statuettes en biscuit sont célèbres ; dix-neuf d’entre elles copient des modèles de Pradier. Sous les Aaron, père et fils, on utilisa comme marque en creux le cor de chasse de l’ancienne manufacture ainsi que les lettres MA (initiales du propriétaire) ou le nom de Chantilly.

Les différentes marques indiquées dans l’ouvrage ne correspondent malheureusement pas à la totalité de votre description.

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