L'élevage Porcin en Batterie: Une Analyse Approfondie

L'élevage en batterie est un mode d'élevage intensif où les animaux sont élevés dans des batteries, des dispositions linéaires de cages métalliques superposées. Décrié et combattu pour des raisons éthiques, le mot « batterie » est devenu très mal connoté. D'autres termes techniques spécialisés sont utilisés tels que « flat-deck » (littéralement « pont plat » en anglais). Ce terme est utilisé pour désigner les cases collectives d'élevage de porcelets, surélevées sur un seul niveau, qui sont utilisées dans la période de post-sevrage, après la période de maternité, au contact de la mère, en case individuelle et avant l'élevage en case d'engraissement, en case collective au sol. Ce mode d'élevage, sous cette appellation, est principalement utilisé en aviculture, pour l'élevage de poules pondeuses, le gavage des canards destinés à la production du foie gras, en cuniculture et pour l'expérimentation animale.

Si les projets de ferme urbaines verticales, installées au cœur de la ville, se multiplient ces dernières années, l’installation récemment implantée en Chine impressionne par ses dimensions. Au centre de la Chine, près de Wuhan, la plus grande porcherie au monde vient d’être mise en service: un immeuble de 26 étages capable d’accueillir 650 000 animaux. Ce projet, qui frappe par son gigantisme, traduit une tendance de fond en Chine. À Ezhou, une deuxième tour de 26 étages est déjà construite. Le complexe prévoit au total cinq immeubles pouvant accueillir plus de trois millions de cochons. La ferme porcine de 26 étages est comme la « suite logique » de cette course à la rentabilité, le prolongement vertical d’un modèle de fermes-usines d’abord horizontal.

Pour Mathilde Le Boulch, ingénieure d’études économiques à l’Ifip, citée par Porcmag, « cette nouvelle mode des usines porcines sur différents étages avec parfois même la présence de l’usine d’aliment sur place, a été soutenue par le récent épisode de fièvre porcine africaine en Chine qui a abouti à l’arrêt progressif de l’élevage individuel et familial. Le gouvernement a encouragé cette industrialisation et cette augmentation de la production dans le but d’atteindre l’auto-suffisance ».

Ce modèle, qui accumule tous les aspects de l’élevage, de la gestation à l’abattage, répond d’abord à un objectif affiché de rentabilité : tout concentrer en un même endroit devrait permettre de produire beaucoup plus efficacement, grâce aux économies d’échelle. Mais c’est précisément cet objectif - lequel pousse à entasser toujours plus d’animaux dans un espace toujours plus limité - qui est justement en cause dans nombre de critiques de l’élevage intensif. Pour répondre à cet impératif, les bêtes sont parquées dans des boxes où elles s’entassent les unes sur les autres. Les blessures occasionnées sont nombreuses, de même que les manifestations de détresse psychique. « Les porcs n’ont dans les fermes modernes d’élevage intensif rien d’autre à faire que manger, dormir, se mettre debout et se coucher. Ils n’ont généralement ni paille ni autre litière, parce que cela compliquerait la tâche du nettoyage.

En France, il existe 3 systèmes d’élevage pour les porcs : en bâtiment sur caillebotis, en bâtiment sur paille, en plein air. En fonction de ses aspirations et des caractéristiques de son exploitation (ancienneté, surface, nombre de personnes, climat…), l’éleveur fait le choix de l’un ou l’autre mode d’élevage.

Dans l’Hexagone, 95% des porcs sont élevés en élevage intensif, en bâtiment fermé sans accès extérieur, sur un sol bétonné et ajouré sans paille appelé caillebotis. Ils n’ont pas la moindre opportunité d’exprimer leurs comportements naturels. Sans atteindre les dimensions colossales évoquées précédemment, les exploitations porcines françaises peuvent elles aussi regrouper des milliers d’animaux. C’est par exemple le cas en Bretagne.

L'horreur d'un élevage intensif de cochons dans le Finistère, a été révélé par une enquête de l’association L214. Truies reproductrices piégées dans des cages métalliques, porcelets morts, cochons dévorés vivants par leurs congénères… Selon les lanceurs d'alerte, dans les bâtiments de cet élevage, des centaines de truies restent cloîtrées en permanence dans la pénombre sur un sol bétonné. Une fois inséminées artificiellement, elles sont emprisonnées dans des cages de gestation dont elles mordillent frénétiquement les barreaux. Ces mères captives mettent au monde des porcelets à la chaîne, jusqu’à épuisement.

Selon l’association, qui a porté plainte pour mauvais traitement et sévices graves auprès du procureur de la République de Brest, ces images seraient « révélatrices de la quasi-totalité des élevages de cochons en France ». Plutôt que de se contenter de pointer du doigt une exploitation en particulier, les lanceurs d’alerte ont souhaité dénoncer tout un système, dont les animaux ne sont pas les seules victimes.

En élevage intensif, les cochons sont engraissés durant 3 à 4 mois dans des enclos sans aucun accès à l’extérieur. La surface minimale qui leur est allouée est fixée par la réglementation en fonction de leur poids. Dans 9 élevages français sur 10, le sol est couvert de béton ajouré (caillebotis), sans paille.

Privés d’espace, de litière et de toute stimulation, les cochons ne peuvent assouvir aucun de leurs besoins fondamentaux. La frustration et le stress engendrent des troubles du comportement : agressivité, stéréotypies (marcher d’avant en arrière, mordre les barreaux), morsures des oreilles et de la queue des congénères (caudophagie). Pour prévenir la caudophagie, les porcelets ont la queue coupée sans anesthésie.

Les truies passent la moitié de leur vie enfermées dans des cages si étroites qu’elles ne peuvent pas se retourner. D’abord en cages de gestation (durant 4 semaines après la saillie et 1 semaine avant la mise bas) puis en cages de maternité (durant la période de mise bas et d’allaitement des porcelets, qui dure 3 à 4 semaines). Incapables d’interagir avec leurs petits et privées de paille pour construire leur nid, les truies souffrent d’un stress intense. Elles peinent à se lever, glissent, se cognent aux barreaux, souffrent de lésions aux pattes et d’escarres.

L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) conclut qu’il n’existe aucun moyen d’améliorer le bien-être des truies en cage. Elle recommande donc de les remplacer par des enclos individuels de 7,8 m2 minimum.

La truie met bas pour la première fois autour d'un an. Elle est élevée en groupe. La durée de gestation est de 3 mois et 3 semaines et 3 jours. En France, les porcelets sont sevrés au plus tôt à l’âge de 21 jours et généralement à l'âge de 28 jours. Pendant la période de lactation, la truie n’est pas féconde. Après le sevrage de ses porcelets, la truie est remise à la reproduction et pour les porcelets deux phases suivent : une phase dite de post-sevrage pendant 2 mois, puis une phase d'engraissement, jusqu'à 6 mois d'âge.

Parmi les comportements normaux du porc, ce dernier a besoin d'exprimer le fouissage : le fait d'explorer avec le groin, mais également le mâchonnement. Il lui est donc nécessaire d'avoir à disposition des matériaux manipulables qui lui permettent de fouir et mâchonner. Comme la plupart des espèces domestiques, le porc est une espèce sociale qui vit en groupe organisé selon une hiérarchie. Toutefois, il peut avoir tendance à l'agressivité, notamment en cas de stress (lorsque la densité est forte, le groupe est changé, la température varie brutalement, etc). Ces agressions se traduisent par des morsures entre porcs. Le plus souvent, ils se mordent la queue, on parle alors de caudophagie, voire les oreilles.

La directive européenne 2008/120/CE du Conseil du 18 décembre 2008, transposée en droit français par l'arrêté ministériel du 16 janvier 2003 consolidé renforce la protection des porcs en élevage. Des contrôles des services vétérinaires sont réalisés pour vérifier les conditions d'hébergement des animaux, la qualité de l'identification, le bon état général des animaux, les soins vétérinaires éventuellement apportés. La réglementation s'applique à tous les élevages. Toutefois, certains porcs sont élevés selon des cahiers des charges plus stricts qui ont pour but de différencier les produits.

Sous l'impulsion de l'Union européenne, la France s'est dotée fin 2017 d'une stratégie visant à arrêter la pratique de la caudectomie systématique.

La section porcine de la coopérative Cooperl et sa filiale Calipro, fournisseur de matériel d'élevage, ont donné rendez-vous aux éleveurs de porcs le 9 janvier à Bréauté où la SCEA du Hertelay a investi dans des maternités liberté, de nouvelles salles de post-sevrage, un robot de lavage et une couverture de fosse Nénufar.

Pour les Foubert, la volonté première est d'offrir plus de liberté aux truies, qui sont encore logées en stalles individuelles dans les élevages porcins du département. Et bien sûr, le choix du 100 % maternité liberté leur permettra d'être aux normes au cas où. " Nous serons prêts si la norme tombe ", dixit Maxime Foubert.

Au niveau énergétique, les éleveurs ont investi dans une couverture de fosse à lisier Nénufar et une chaudière biogaz pour être moins dépendants des énergies fossiles et moins émetteurs de GES (gaz à effet de serre). La couverture Nénufar installée sur la fosse à lisier collecte le biogaz qui alimente une chaudière pour chauffer les maternités et les salles de post-sevrage.

Dès le départ, cet investissement de 4,3 millions d'euros a été réfléchi pour le bien-être des animaux et des hommes : " Nous souhaitions un espace de travail lumineux avec une bonne visibilité sur l'ensemble de la maternité. Maintenant toutes les truies seront dans la même salle, ce qui est beaucoup plus pratique pour le suivi ", explique Maxime Foubert.

Les éleveurs ont répondu à l'invitation de la Cooperl, très intéressés par la maternité liberté, car, au-delà des aspects de contraintes réglementaires qui risquent d'arriver, cette technique récente a de nombreux avantages qui ont été présentés durant la journée par les différents intervenants : c'est une solution qui concilie bien-être animal et performance. La surface disponible est optimisée pour la mobilité de la truie qui a donc un comportement plus naturel. Une meilleure croissance des porcelets a été constatée grâce à un accès facilité à la mamelle. Dans la cage, deux ambiances sont adaptées aux besoins physiologiques des truies (plaque rafraîchissante) et des porcelets (plaque chauffante). Le sol technique assure le confort et la sécurité de la truie et un sol ascenseur réduit fortement les pertes par écrasement. Il a été constaté que dans des élevages équipés de maternité liberté, le nombre d'animaux sevrés par portée a légèrement augmenté. Le sol et l'environnement ont été conçus pour faciliter le nettoyage.

Concernant le nettoyage, le robot de lavage autonome Clean Buddy 4.0 ("eau sûre") va assurer 70 % du lavage des cases, des couloirs et du plafond. "Le reste sera encore à notre charge mais cette nouvelle technologie va nous permettre un gros gain de temps, moins de pénibilité et une consommation moindre d'eau ", souligne Guillaume Foubert.

Les premières truies ont été accueillies il y a quelques jours dans la nouvelle maternité. " Nous les laissons en liberté pour qu'elles prennent possession des lieux. Elles sont ensuite bloquées trois jours avant la mise-bas et libérées à peu près dix jours après la naissance. Nous avons un objectif de sevrage à 28 jours." "Les porcelets se dirigeront donc vers la salle de post-sevrage qui est à côté.

En Suisse, l'élevage en batterie est interdit depuis 1982, avec une période transitoire de 10 ans. Ainsi, depuis le 1er janvier 1992, la Suisse est exempte d’élevages en cage. En 1988, la Suède a adopté une nouvelle loi sur la protection des animaux et un nouveau règlement sur le bien-être animal. Le règlement sur le bien-être des animaux interdisait de garder les volailles en cages et les producteurs d'œufs avaient 10 ans pour mettre hors service l'élevage de volailles en cages. La mise en œuvre d'une interdiction totale des poules de batterie a été retardée mais à partir de 1998, toutes les cages doivent être équipées de nids, de bains de poussière et de perchoirs dans les cages. En Allemagne, à compter du 1er janvier 2010, les ligues de protection des animaux ont obtenu l'interdiction de l'élevage en batterie. Depuis 2009 déjà, en réponse à la désaffection des consommateurs, les supermarchés ne commercialisaient plus que des œufs « bio » ou de poules élevées en plein air. Les ligues ont également obtenu des grandes enseignes l'abandon de la vente des œufs issus de l'élevage intensif « en petits groupes » mais ces œufs sont toujours utilisés dans l'industrie agroalimentaire.

En Europe, à partir du 1er janvier 2012, après une période d'ajustement de 13 ans, l'élevage en batterie conventionnelle des poules pondeuses est interdit par la directive du Conseil européen 1999/74/CE, et remplacé par des cages aménagées. En Europe et dans les pays développés, l'application de cette réglementation a considérablement modifié la conception initiale de l'élevage en batterie. Il doit désormais respecter des normes minimales d'espace et d'équipement, en rapport avec la satisfaction des besoins comportementaux minimaux des animaux. Par exemple, la production dite industrielle de veaux de boucherie en batterie, c'est-à-dire bloqués en case individuelle telles que décrites dans les sites ci-après a été l'une des plus critiquées.

Parmi les points dénoncés par ces associations, concernant le « veau de batterie » tel qu'il était produit autrefois, les anciennes cages individuelles, souvent appelées « caisses », étaient conçues, entre autres, pour que les animaux ne puissent pas se retourner afin que leurs déjections puissent être récoltées mécaniquement, toujours du même côté. La correction règlementaire relative au logement a été assortie d'autres normes, imposant un apport minimal quotidien d'aliments en fibres et de fer.

Début 2017, 68 % des 47 millions de poules pondeuses françaises étaient élevées en batterie (la moyenne européenne étant de 56 %). En octobre 2017, de nombreuses sociétés de l’agroalimentaire se sont engagées à arrêter, prochainement, la commercialisation ou l’utilisation d’œufs de poules élevées en cage. Bannir les œufs de poules élevées en cages des chaînes d’approvisionnement est une décision qui devrait prendre effet pour 2025.

Quelques jours après l’annonce par le ministre de l’Agriculture de l’interdiction de la castration à vif des porcelets fin 2021, la Fondation 30 Millions d’Amis réclame un plan concret pour sortir de l’élevage intensif, conformément aux attentes de plus de 8 Français sur 10.

La France est le 3ème producteur européen de viande de porc avec 2,2 millions de tonnes produites en 2017. Un français consomme en moyenne 28 kg de porc par an. La viande de porc est la deuxième viande la moins chère pour le consommateur.

Alternatives et Améliorations

Face aux critiques, des alternatives et des améliorations sont explorées pour concilier bien-être animal et performance économique :

  • Maternités liberté : Offrir plus de liberté de mouvement aux truies, en remplaçant les stalles individuelles par des espaces plus vastes.
  • Amélioration des sols : Utilisation de sols techniques assurant le confort et la sécurité des truies, réduisant ainsi les pertes par écrasement.
  • Robotisation du nettoyage : Emploi de robots de lavage autonomes pour réduire la pénibilité du travail et la consommation d'eau.
  • Solutions énergétiques durables : Investissement dans des couvertures de fosses à lisier et des chaudières biogaz pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre.

Ces initiatives, bien que prometteuses, nécessitent des investissements importants et une volonté politique forte pour être généralisées et efficaces.

Un exemple d'élevage porcin aux Pays-Bas.

L'impact de la viande sur l'environnement expliqué en 4 minutes

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