Le Pôle Viande de Bourganeuf : Un Nouveau Départ pour les Circuits Courts en Creuse ?

Après deux liquidations judiciaires, l'avenir du site de découpe et de transformation de viandes locales à Bourganeuf, en Creuse, est de nouveau en question. Initialement connu sous le nom de Pôle Viande, puis repris sous l'appellation Paysans et consommateurs, ce projet avait pour ambition de valoriser les circuits courts. Cependant, les difficultés financières ont persisté, menant à la fermeture du site et laissant une quarantaine d'éleveurs sans leur outil de travail.

Malgré ces revers, un groupe d'agriculteurs et de consommateurs n'a pas baissé les bras. Conscients de l'énergie et des ressources investies, ils se sont constitués en association, "Paysans du Limousin et consommateurs", pour tenter de sauver le site. Olivier Thouret, éleveur de chèvres et de porcs à Soubrebost et ancien utilisateur de la structure, témoigne : "L'activité marchait bien. Il y a eu énormément d'investissement humain et beaucoup d'argent public mais aussi de la part des paysans investi dans ce site. Laisser tomber serait un grand gaspillage d'argent et de réflexion alors qu'on voit bien qu'on a besoin de cet outil localement".

La viabilité du site passerait par un système d'abattage de porcs selon Paysans du Limousin et consommateurs (photo d'illustration).

Un Projet de Reprise Axé sur l'Abattage de Porcs

L'association Paysans du Limousin et consommateurs s'est constituée peu après la mise en liquidation judiciaire au printemps. Elle travaille avec un avocat et des experts pour monter un projet de reprise, en tirant les leçons des expériences mais aussi des erreurs du passé. L'idée centrale est de faire revivre la chaîne de découpe et de transformation, en intégrant un petit système d'abattoir, notamment pour les porcs. Pour que la troisième soit la bonne.

L'Abattoir, un Point Clé

Jean-Luc Seignez, président de Paysans du Limousin et consommateurs, souligne l'importance de l'abattoir : "Dans le premier projet, un certain nombre d'investisseurs étaient intéressés par la partie abattage. Comme celle ci n'a pas pu voir le jour, grosso modo, la moitié des actionnaires de l'époque n'ont pas utilisé l'outil. Repenser une partie qui permet un abattage, c'est donner la possibilité à ces personnes-là et d'autres de se servir de cet outil mais aussi éventuellement des ateliers de découpe ou de transformation".

La fermeture de la chaîne d'abattage de Limoges est perçue comme un atout potentiel, car de nombreux animaux d'élevages creusois y étaient envoyés. L'association est d'autant plus convaincue de la nécessité de ce système d'abattage pour les porcs que celui de l'abattoir de Limoges est désormais fermé. "On a travaillé avec des experts au niveau national sur des abattoirs de petite taille, concède Olivier Thouret. On sait qu'il y a des outils qui fonctionnent, pas en France mais en Italie, qui permettent d'abattre notamment des porcs. On s'est rapproché de ces personnes-là".

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Des Solutions Innovantes et Adaptées au Territoire

"Ça reste très cohérent, poursuit Jean-Luc Seignez. Il y a des possibilités aujourd'hui de repenser des unités d'abattage de dimension différentes, avec des coûts complètement raisonnables, envisageables à l'échelle de nos petits territoires". Un investissement de 100.000 euros serait nécessaire pour un système permettant l'abattage de porcs, mais aussi de petits ruminants. "Et puis, dans un avenir peut-être un petit peu plus lointain mais qui n'est pas du tout exclu, on pourrait reprendre la partie abattoir telle qu'elle a été conçue pour les gros bovins" imagine encore le président de Paysans du Limousin et consommateurs.

Un Financement Participatif pour un Nouveau Départ

Pour l'heure, aucune structure de gestion n'est définie, "tout est envisageable affirme Jean-Luc Seignez, ça pourrait par exemple être un acteur privé avec un mode de gouvernance qui associerait les éleveurs et les consommateurs". En revanche, ce ne sera pas l'association qui pilotera le site, "on est en quelque sorte une association de préfiguration" précise son président. Elle s'attèle à constituer un dossier de reprise et trouver des partenaires financiers. Elle s'apprête à lancer cette fin novembre un financement participatif pour constituer une mise de fonds.

Le dépôt des dossiers de reprise auprès du liquidateur doit se faire avant le 12 décembre, mais via son avocat, Paysans du Limousin et consommateurs va demander un report de cette date limite. Pour l'heure, l'association compte une cinquantaine de membres, pour moitié des éleveurs, pour moitié des consommateurs.

En Creuse, les éleveurs doivent parcourir des kilomètres pour faire abattre leurs bêtes, sauf pour la volaille abattue à Guéret. L’abattoir de Bourganeuf a vu le jour le 1er mai 2020. Seulement la partie abattage n’a jamais fonctionné et le site a déjà connu deux liquidations judiciaires. La dernière a eu lieu le 10 mai 2023. L’abattoir de Bourganeuf a vu le jour le 1 mai 2020. Il devait abattre, découper et transformer la viande. Après la coopérative C’est qui le patron, un collectif d’éleveurs et de consommateurs s’engage pour tenter de sauver cette infrastructure, au travers d’une association intitulée : "Paysans du Limousin et consommateurs".

Aujourd’hui, nos bovins sont abattus à Limoges. Les volailles à Guéret. Les porcs à Ussel ou à la Châtre dans l’Indre, mais ça fait loin. On y passe beaucoup de temps et de carburant. Pour les animaux, c’est loin aussi. L’association veut relancer l’activité du site. Pour ça, ce mercredi 13 décembre 2023, elle a demandé au tribunal de commerce un délai supplémentaire pour présenter une offre de reprise. "On est confiant. On est bien accompagné parce qu’aujourd’hui ces problématiques autour de la valorisation des viandes se posent partout en France. En attendant, l’association doit réaliser une levée de fonds de 30 000 euros afin d’effectuer plusieurs audits qui lui permettront d’établir le modèle économique à venir."

Nous devons notamment faire un audit sur les questions énergétiques, car ce sont des installations très gourmandes en énergie et son coût a évolué, donc on a absolument besoin de voir quelles sont les marges de manœuvre", précise son président. En plus d’être un lieu de valorisation de leurs produits, ces paysans en vente directe pensent cet abattoir comme un lieu d’échanges et de diffusion des savoirs.

Les éleveurs de la Creuse espèrent un avenir meilleur pour l'abattoir de Bourganeuf.

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