Pierre Jourde et "Confitures de culture": Un regard critique sur la littérature à l'ère numérique

Dans l'univers foisonnant de la littérature française contemporaine, Pierre Jourde se distingue par son approche incisive et son regard critique sur les médias et les dérives culturelles. À travers ses essais, son œuvre littéraire et son blog "Confitures de culture", il offre une perspective unique sur les mutations de la critique littéraire à l'ère numérique.

Cet article explore l'influence de Pierre Jourde, notamment à travers son blog "Confitures de culture", sur la critique littéraire à l'ère numérique, en analysant son impact sur la prescription et la communauté des lecteurs.

Littérature : à quoi sert la critique ?

L'auteur et son œuvre

Pierre Jourde (1955-) est un écrivain, critique littéraire et professeur d'université français. Diplômé en lettres modernes, il est connu pour ses pamphlets, ses essais sur la littérature moderne et son œuvre littéraire entre poésie et récits. Il tient également le blog "Confitures de culture" sur le site du Nouvel Observateur.

Son dernier livre, "Le voyage du canapé-lit", est paru en poche chez Folio en juin 2020.

En plus de trois décennies, l’écrivain a pratiqué tous les genres. Mais c’est bien le roman, d’une veine obscure et trouble, qui l’obsède. L’attestent les « théâtres fantasmatiques » qu’il déploie dans « La Marchande d’oublies ».

"Confitures de culture": Un blog engagé

Son blog, "Confitures de culture", hébergé par le "Nouvel Obs", est un espace où il partage ses réflexions sur la culture, l'éducation et la société. Il y dénonce le rôle catastrophique des médias, la destruction de l'éducation et les politiques culturelles qu'il juge déplorables.

Dans sa courte préface à cet ouvrage, Jérôme Garcin remarque que l'auteur est sans cesse en colère à peu près contre toutes les dérives de son époque, ce qui suggère-t-il n'est pas loin d'en faire un réactionnaire. Enfin, pas tout à fait, puisque ces articles, rassemblés ici par thème, sont d'abord parus dans un blog hébergé par le « Nouvel Obs », « confitures de culture », qu'il continue d'ailleurs à entretenir pour la plus grande joie de ses lecteurs dont je suis depuis « Petit déjeuner chez tyrannie » écrit avec Éric Naulleau.

Jourde critique avec virulence les médias, les gadgets, les conformismes, l'université, la recherche, la littérature et les écrivains considérés comme relevant de la culture bourgeoise. Il s'interroge sur l'utilité de la littérature, affirmant que "toute beauté est superflue, mais les hommes se nourrissent de beauté".

La thèse d'Aneta Bassa et la critique littéraire numérique

L'universitaire polonaise Aneta Bassa s'est intéressée aux mutations de la critique littéraire en France à l'ère du numérique. Elle a consacré une thèse de doctorat à l'étude des sites et blogs littéraires, des nouvelles formes de prescription et de débat. Sa soutenance s'est déroulée à Paris, sous la double tutelle de la Sorbonne et de l'Université de Varsovie.

La thèse d'Aneta Bassa met en lumière l'importance de la "prescription" dans le web littéraire. Elle souligne que les lecteurs, à travers leurs blogs et commentaires, contribuent à la fabrication d'un canon littéraire alternatif. Elle analyse la nature de la conversation en ligne, les échanges entre lecteurs et les digressions généralisées.

Elle s’est immergée depuis des années dans les plis et replis de la Toile littéraire française, ce qui vaut déjà un coup de chapeau dès lors que l’on prend la mesure de l’épreuve subie. Elle en a donc tiré une thèse de doctorat en littérature française sur « Les mutations de la critique littéraire en France à l’ère du numérique : sites et blogs littéraires, nouvelles formes de prescription et de débat ».

La soutenance, sous la double tutelle de la Sorbonne (Littératures française et comparée) et de l’Université de Varsovie (Institut d’études romanes), s’est déroulée le 12 juin dernier à la Maison de la recherche à Paris.

Quatre heures passionnantes, instructives, édifiantes à analyser une quinzaine de blogs d’écrivains (notamment Près, loin de Paul Edel, Stalker de Juan Ascensio, Confitures de culture de Pierre Jourde, Le Bateau livre de Frédéric Ferney, Lettres ouvertes de Raphaël Sorin, la République des livres…), des blogs de lecteurs (Sur la route de Jostein, Sandrine en promenade, Actu du noir, Livres et merveilles, Fin de partie, Clara et les mots, Dans la bibliothèque de Noukette…) des sites d’information littéraire (notamment Onlalu de Pascale Frey) et même, curieusement, des sites marchands (notamment Babelio).

Selon Aneta Bassa, la recommandation collective dans l'univers littéraire ne vise pas à vendre, mais à partager un enthousiasme pour un livre ou un écrivain. Elle note que les lecteurs marginalisent la critique esthétique au profit d'un résumé de l'histoire et de l'émotion ressentie.

Communauté et interactions en ligne

Les commentateurs sur le blog de Pierre Jourde adoptaient volontiers un format épistolaire, avec des formules de courtoisie, ce qui pouvait apparaître comme anachronique.

Aneta Bassa souligne que les auteurs des commentaires sur les blogs littéraires constituent une communauté. Elle observe que leur activité dans l'ordre du savoir profane ne manque pas d'images de fraternité et de convivialité. Elle met en évidence l'existence d'un groupe important de contributeurs fidélisés, qui instaurent une hiérarchisation des voix de manière quasi naturelle.

Quand on ne s'y engueule pas, on y recommande des livres, on y plaide le génie d'un auteur. On vient autant pour s'exprimer que pour apprendre, connaître, découvrir. L'originalité vient de ce que la recommandation est collective dès lors qu'elle s'inscrit dans l'espace des commentaires, celui où la proximité relationnelle est la plus forte et, on peut en témoigner à la « République des livres », la plus… intense, disons.

Conclusion

La thèse d'Aneta Bassa révèle la complexité et la richesse de la critique littéraire à l'ère numérique. Elle met en lumière le rôle des blogs et des communautés de lecteurs dans la prescription et la fabrication du canon littéraire. Elle souligne également les limites de cette critique, notamment la marginalisation de l'analyse esthétique et la prédominance de l'émotion.

Elle dégage déjà un doux parfum nostalgique, surtout lorsqu'elle se demande si le blog ne serait pas une résurgence du romantisme. Car nous avançons dans un monde où il y aura de moins en moins de gens avec qui évoquer la blogosphère littéraire. Un jour, nous pourrons dire que nous en étions.

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