Pierre Hinard : Un Combat de 15 Ans pour la Vérité sur la Viande Avariée

L'histoire de Pierre Hinard est celle d'un homme qui a osé dénoncer des pratiques inacceptables au sein de l'industrie agroalimentaire. Son licenciement, survenu après avoir révélé le recyclage de viande avariée chez Castel Viandes, a été jugé "nul" par la cour d'appel de Rennes, marquant une victoire importante pour les lanceurs d'alerte.

Image d'illustration d'un abattoir.

Les Révélations Choc de Pierre Hinard

Éleveur, fils d’éleveurs, ingénieur agronome et ancien créateur de marchés bio à Paris, Pierre Hinard entre il y a dix ans dans une importante société d’abattage et de découpe de Loire-Atlantique qui sert tout le bottin de l’agroalimentaire, de McDonald’s à Flunch, d’Auchan à William Saurin. Un parcours exceptionnel et très spécialisé, des vertes prairies normandes aux steaks hachés en barquettes, via le monde secret des abattoirs.

Pierre Hinard était employé comme responsable qualité par Castel Viandes lorsqu’il a informé, en décembre 2008, les services vétérinaires que le groupe pratiquait la « remballe », autrement dit le recyclage de viande avariée issue d’invendus. Il découvre les dessous pas très propres des « usines à viande » : des asticots dans la viande hachée, des pièces congelées, décongelées, recongelées, des analyses faussées, des dates truquées, du sang déversé dans les champs.

Face à ces manquements, les services vétérinaires sont absents ou corrompus et les pouvoirs publics pour le moins… distraits. En bout de chaîne, des consommateurs lésés, méprisés et trop souvent malades. Entre 2006 et 2008, alors qu’il travaille pour Castel Viandes, un fournisseur de grandes enseignes de distribution et de restauration rapide, il découvre des manquements graves aux règles sanitaires : viandes plusieurs fois décongelées et recongelées, réétiquetage frauduleux, pièces impropres à la consommation, parfois infestées d’asticots, remballées en toute illégalité. Il alerte alors sa direction et les services vétérinaires.

L’après-midi même, Pierre Hinard était convoqué par sa direction et mis à pied, avant de faire l’objet quelques jours plus tard d’une procédure de licenciement pour « insuffisance professionnelle », avaient rappelé ses avocats lors de l’audience le 15 février.

La Bataille Judiciaire et la Reconnaissance du Statut de Lanceur d'Alerte

Son signalement est ignoré. Pire : l’inspecteur vétérinaire prévient la direction au lieu de saisir les produits, et Pierre Hinard est immédiatement mis à pied, puis licencié. Ce mercredi 10 avril 2024, la cour d’appel de Rennes a prononcé la nullité de son licenciement : « La cause réelle de la rupture du contrat de travail est la dénonciation auprès des services vétérinaires. Et le tribunal considère que les insuffisances qu’on m’attribuait n’étaient pas caractérisées. C’est une grande victoire pour les lanceurs d’alerte », souligne-t-il. Son ancien employeur est condamné à lui verser 30 000 € de dommages et intérêts.

« Compte tenu de l’absence de caractérisation de la cause invoquée par l’employeur pour procéder au licenciement, la cause réelle de la rupture du contrat de travail de M. Hinard est la dénonciation auprès des services vétérinaires au sein même de la société de pratiques de "remballe" (…) Son licenciement est en conséquence nul comme ayant pour cause l’exercice de sa liberté d’expression », estime la cour d’appel.

Il aura attendu près de 15 ans pour que la justice lui donne enfin raison. Le 10 avril 2024, la Cour d’appel de Rennes prononce la nullité de son licenciement, reconnaissant que la véritable cause de la rupture de contrat est son signalement aux services vétérinaires. La justice écarte les griefs professionnels qui lui étaient reprochés. « C’est une grande victoire pour les lanceurs d’alerte. Je suis reconnu comme ayant lancé une alerte justifiée, bénéfique à l’intérêt général et à la santé publique », déclare-t-il.

Débouté le 28 mars 2019, il avait fait appel de cette décision. Les débats avaient été âpres lors de l’audience devant la chambre sociale de la cour d’appel de Rennes, le 15 février 2024. Eva Joly, son avocate, avait évoqué un homme « courageux » d’avoir dénoncé ce « scandale sanitaire ». De l’autre côté, on avançait les « incompétences notoires » de l’ex-salarié.

Lors de ce procès en 2ème instance devant les prud'hommes, Pierre Hinard était soutenu dans la salle par une quinzaine de personnes membres de l'UFC Que Choisir, ainsi que l'avocate de l'association et la présidente de l'UFC Que Choisir 35.

Pierre Hinard soutenu par UFC Que Choisir.

Condamnation de Castel Viandes et Conséquences

A la suite de dénonciations faites par Pierre Hinard, un procès s’était tenu à Nantes en 2022. Le tribunal correctionnel avait condamné le PDG du groupe Castel Viandes, Joseph Viol, à six mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende notamment pour « tromperie sur la qualité d’une marchandise ». L’affaire de grande ampleur, 1 500 pièces au dossier, neuf ans de procédure et près de 160 enquêteurs, avait abouti à la condamnation de l’entreprise par le tribunal correctionnel de Nantes à 40 000 € d’amende pour tromperie sur la nature, la qualité et l’origine ou la quantité d’une marchandise et de mise sur le marché de produits d’origine animale préjudiciables à la santé.

« C’est la fin de l’impunité » pour les industriels, a déclaré à l’AFP Pierre Hinard. « J’ai juste fait mon boulot, j’aurais dû être soutenu », a-t-il ajouté. L’un de ses avocats, Me David Lemercier, a estimé que Pierre Hinard « a au moins gagné sur le plan des principes parce que sa qualité de lanceur d’alerte a été reconnue ». La société Castel Viandes « se pourvoit en cassation », a fait savoir mercredi soir à l’AFP son avocate, Me Marie-Pascale Vallais.

Le procès au Pénal de l’entreprise a eu lieu le 05 Mai 2022. Première victoire, le Procureur de la République a salué « le travail du lanceur d’alerte » et a pointé un « comportement irresponsable de l’industriel qui n’a d’autres motivations que sa recherche du profit ».

L’industriel a été reconnu coupable et condamné à 40 000 euros d’amende et 6 mois de prison avec sursis! C’est une victoire, même si la condamnation n’est pas à la hauteur de la mise en danger des consommateurs.

En alertant les autorités, Pierre Hinard a agit pour protéger la santé publique face à un système où la recherche du profit primait sur la sécurité alimentaire. Aujourd’hui, Pierre Hinard continue de militer pour un système alimentaire transparent et respectueux de la santé des consommateur·trices.

Événement Date Conséquence
Dénonciation de la "remballe" par Pierre Hinard Décembre 2008 Mise à pied et licenciement de Pierre Hinard
Procès pénal de Castel Viandes Mai 2022 Condamnation du PDG à 6 mois de prison avec sursis et 10 000€ d'amende
Décision de la cour d'appel de Rennes 10 avril 2024 Annulation du licenciement de Pierre Hinard et condamnation de l'employeur à verser 30 000€ d'indemnité

Viande et cancer : Décryptage des vérités de l'OMS sur les risques alimentaires

Quand il lance l'alerte, Pierre Hinard est licencié et, cinq ans plus tard, rien n'a changé. Il décide aujourd’hui de raconter de l’intérieur les dérives d’un système qui méprise paysans et consommateurs. Il présente des documents inouïs, et révèle tout le circuit de l’empoisonnement ordinaire.

LIRE AUSSI. Affaire Castel Viandes : le lanceur d’alerte devant la cour d’appel de Rennes - Pierre Hignard (à droite) contestait son licenciement après la dénonciation des agissements de son employeur, Castel Viandes.

Il propose des solutions concrètes pour trouver et consommer des produits de qualité. « En tant que père, je ne pouvais pas rester silencieux en sachant que des enfants étaient exposés à de la viande toxique.

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