La filière porcine française, longtemps considérée comme un pilier de la souveraineté alimentaire, est actuellement confrontée à un défi majeur : la baisse de production et des contraintes de plus en plus lourdes pour les éleveurs. Cette situation soulève des questions cruciales sur la capacité du secteur à maintenir son équilibre économique et environnemental.
Ces différentes hausses de charges conduisent à l’augmentation sans précédent du prix de revient du kg de carcasse en 2023 chez les naisseurs engraisseurs. Il atteint en moyenne 1,912 €, soit + 28 cts en un an. Toutefois, avec un marché porteur et un prix de vente situé à 2,172 € du kg de carcasse, les éleveurs naisseurs engraisseurs ont pu rémunérer, en moyenne, leur travail au-delà de 2 SMIC par exploitant. La progression de la rentabilité permet un doublement du revenu disponible par UTAF. Le taux d’endettement global régresse de cinq points pour s’afficher à 56 %. Malgré la bonne conjoncture 2023, des écarts entre élevages persistent. En effet, 20 % des exploitations porcines sont encore en situation financière fragilisée.
Si le prix de l’aliment a entamé son recul à partir du second semestre 2023, il reste à un niveau élevé jusqu’à ce printemps par rapport à la période d’avant Covid, la faute aux prix des céréales, du soja et de l’énergie qui n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise. Le coût alimentaire sur 12 mois devrait toutefois diminuer jusqu’à la récolte 2024. Aussi, en intégrant une inflation modérée sur les biens et les services, le prix de revient en juin 2024 peut être estimé à 1,71 € du kg de carcasse, soit une baisse de 20 cts en un an. Or depuis le début de l’année 2024, le prix du porc au MPB est relativement stable, au-dessus de 2 € le kg. Malgré une offre en retrait, celle-ci répond à la demande. La météo reste peu propice à la reprise saisonnière des pièces à griller.
Avec un prix de revient moyen en baisse pour 2024, et un prix de vente qui se maintient jusqu’ici, l’écart prix de vente / prix de revient devrait être à nouveau favorable aux producteurs à court terme.
Depuis plus de vingt ans, le cheptel porcin français a continué de se contracter, avec une perte d'environ 200 000 truies depuis 2012. Cette tendance s'accompagne d'une réduction du nombre d'élevages, notamment ceux de taille moyenne et grande diminuant de 28 % depuis 2012. De plus, après 2 ans de crise due à la flambée du coût des matières premières pour l’alimentation des porcs, beaucoup d’éleveurs avaient cessé leur activité en France.
Selon Thierry Meyer, “la consommation en 2024 a progressé de +1,4 % en 2024 par rapport à 2023”. Face à ce défi, il souligne : “la priorité est bien au maintien de la production pour répondre à la demande et ainsi empêcher un déferlement d’importations. Malgré le retour à la stabilité de la production française de porc en 2024 (+0,3%) et une légère augmentation à + 1,1 % des tonnages produits (2,08 millions de TEC), sa capacité à couvrir la demande nationale a reculé à 98 % contre 99 % en 2023”.
Thierry Meyer, premier vice-président de l'interprofession porcine, éclaire sur les enjeux et les perspectives de la filière.
La filière porcine française a toujours été caractérisée par un équilibre subtil entre importations et exportations. Thierry Meyer précise : “on ne consomme pas un porc en entier, on mange en réalité des morceaux”. Certaines parties ne sont pas utilisées en France car elles ne font pas partie de nos habitudes alimentaires. Ces pièces sont donc exportées.
"On a la chance d'avoir comme premier client la Chine, qui consomme des produits à base de pieds, à base d'oreilles, des produits qui apportent de la valeur". Cependant, la Chine connaît un contexte économique en berne, et exporte moins. A cela, s’ajoute une baisse de production française qui fragilise la balance entre exportation et importation.
Contrairement à certaines rumeurs, Thierry Meyer clarifie : “la France n’importe aucun produit porcin de Chine, ni des pays tiers”. Bien qu’elle soit quasiment autosuffisante, la France importe exclusivement de l’Union européenne, principalement d'Espagne, soumise elle-aussi à des normes strictes. Ce sont des produits typiquement espagnols, patanegra, jambon sec … L’évolution de la production nationale peine à répondre à la demande croissante.
“Les contraintes réglementaires empêchent les investissements nécessaires pour l’avenir”, appuie Thierry Meyer. La concurrence internationale, notamment de l'Allemagne et de l'Espagne, est également un défi majeur. Ces pays ont modernisé leurs élevages pour réduire les coûts et augmenter la concentration d'animaux. Entre nuisances pour les voisins et image catastrophique de l’élevage intensif en France, les installations et les modernisations des bâtiments sont compliquées.
“Mais qu’est-ce que l’élevage intensif ?”, s’est interrogée la présidente d’INAPORC, Anne Richard lors de la conférence de presse de l’interprofession le 20 février dernier. “Ce n’est pas une question de taille. Vous pouvez avoir 300 truies dans un espace de 50 m2, c’est considéré comme un élevage intensif”.
La production porcine biologique européenne est estimée à 1,4 millions de porcs en 2018. En 2019, la production française de porcs bio dépasse les 207 000 porcs, + 32 % par rapport à 2018. Sur le territoire, 3 grandes régions de l’Ouest représentent près de 70 % du cheptel national de truies :
Les chiffres de la production biologique en Bretagne et Pays de la Loire sont disponibles en ligne.
Pour valoriser ses produits, la filière a mis en place un logo apposé sur les emballages alimentaires contenant du porc pour mieux guider le consommateur. La qualité du porc français est reconnue grâce à des démarches rigoureuses. Le logo "Porc Français" garantit que l'animal est né, élevé et transformé en France selon des cahiers des charges stricts.
Le bien-être animal est un autre enjeu crucial pour la filière. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à cette question. Ce que promet une autre initiative “Demain le porc”, une démarche de responsabilité sociétale de la filière avec pour objectif de réduire de 25 % l’impact carbone d’ici 10 ans à volume de production constant. Ce qui implique des investissements dans des installations plus spacieuses et confortables pour les animaux, ainsi que la formation des éleveurs aux meilleures pratiques en matière de bien-être animal.
Pour faire face à la baisse de production, la filière porcine française repense à son modèle économique et environnemental. La production porcine a en effet des conséquences sur l'environnement, notamment en termes d'émissions de gaz à effet de serre et de gestion des effluents. Selon Thierry Meyer, "les producteurs ont plein de projets d'investissement afin de répondre et s'ils ont des projets d'investissement, c'est qu'économiquement ça va bien".
Cependant, le défi principal reste de maintenir l'auto-approvisionnement, pour préserver l’équilibre économique, compétitif et environnemental de la filière.
« La production porcine est aujourd’hui fragilisée par la raréfaction des élevages, a indiqué François Valy, vice-président d’Inaporc et président de la FNP. Avec une autosuffisance à 98 %, quand on produit 100 kg de viande de porc pour la charcuterie et la viande, il nous manque donc 20 kg, donc on se dirige dangereusement vers un manque. »
Sur l’évolution du cours du porc, « depuis cet été, le cours a baissé de 11 % sur un an, ajoute-t-il. La rentabilité pour les éleveurs n’est plus là, mais malgré cela on est le pays européen le mieux rémunéré pour les éleveurs, mais cela ne veut pas dire que nous gagnons notre vie en tant qu’éleveurs. Après les fêtes, nous sommes toujours dans une période difficile, nous avons surtout l’effet de la peste porcine africaine en Espagne qui a fait chuter les cours de plus de 30 centimes. Or, l’Espagne qui était ce marché porteur ne peut plus jouer son rôle. Ce qui entraîne une situation très compliquée pour les producteurs européens et donc français.
La situation commence à être catastrophique pour certains jeunes investisseurs, il nous manque aujourd’hui 20 à 25 € par porc en moyenne. On se trouve pratiquement dans la même situation qu’il y a 3 ans, où il manque 30 à 35 €. Il ne faudrait pas que le prix du porc continue à baisser et surtout que la FPA arrive en France, ce serait catastrophique pour les éleveurs. »
Aussi, il défend la démarche Le Porc Français : « Si demain Le Porc Français n’est plus défendu et demandé par les concitoyens, alors demain face à une grande distribution qui veut du moins cher, les salaisonniers iront s’approvisionner ailleurs où le prix du cochon est moins élevé, où les coûts de main-d’œuvre sont moins élevés. Aujourd’hui, on courbe l’échine. Et dans cette situation, il est important que les banques et les OP nous suivent.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Prix de revient moyen du kg de carcasse | 1,912 € |
| Augmentation du prix de revient sur un an | + 28 cts |
| Prix de vente moyen du kg de carcasse | 2,172 € |
| Taux d'endettement global | 56 % |
tags: #production #porcine #France
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