Nestlé Le Chocolat : Histoire et Fabrication

Le chocolat culte commercialisé à la fin du siècle dernier revient dans les rayonnages. L'histoire d'un come-back amorcé sur les réseaux sociaux.

Les Origines Suisses d'Henri Nestlé

D’origine allemande, Henri Nestlé (Francfort-sur-le-Main, Allemagne, 1814 - Montreux, Suisse, 1890) s’installa à Vevey (canton de Vaud) en 1843 comme simple « négociant », vendant moutarde, graines, lampes à pétrole, etc. Henry Nestlé, pharmacien installé à Vevey, a la passion de l'innovation et le sens du commerce. Très jeune il se lance dans les affaires.

Il perfectionne et commercialise avec succès des produits aussi différents que l'eau de Seltz, la limonade gazeuse, la peinture à base de plomb, le gaz liquide pour l'éclairage des villes ou encore les briques en ciment! Chimiste et chercheur de nature, il créa, avec des artisans de Vevey, une petite société pour la production d’engrais artificiel, améliora la formule de fabrication du gaz liquide et, entre 1858 et 1863, approvisionna en gaz les réverbères de sa localité.

Il crée la farine lactée, mélange de lait de vache, de farine de froment et de divers sels minéraux. Le nouveau produit est testé sur un enfant prématuré qui ne peut se nourrir de lait maternel. L'événement fait grand bruit et l'invention de Monsieur Nestlé est considérée comme un véritable produit miracle. Ensuite Henri Nestlé contribue à l'invention du chocolat au lait, créé en 1875 par Daniel Peter, en fournissant le lait en poudre nécessaire à sa fabrication.

En 1929, la fusion des chocolatiers Peter, Cailler et Kohler avec Nestlé, fait de celui-ci le premier fabricant de chocolat suisse.

Expansion et Diversification de Nestlé

C’est en 1904 que Nestlé fit une entrée, prudente, dans la branche chocolatière. Comme l’explique Jean Heer (3), « Un de ses administrateurs délégués, Auguste Roussy, avait en effet trouvé avec les chocolatiers suisses, Daniel Peter, de Vevey, et Jean-Jacques Kohler (voir ce nom), de Lausanne, une combinaison confiant à la “ Société Générale Suisse de Chocolats Peter et Kohler réunis ” la direction de la fabrication d’un chocolat au lait de marque “ Nestlé ” - le premier d’une longue série […]. » En échange, Nestlé devenait le principal agent de vente des marques Peter et Kohler à l’étranger.

L’année suivante, en 1905, la rivalité précédemment évoquée finit par déboucher sur un mariage : la société anonyme Nestlé & Anglo-Swiss Condensed Milk Co., avec deux sièges sociaux (Cham et Vevey) et dix-huit usines [neuf de part et d’autre (4)]. Émile-Louis Roussy assura la présidence de la compagnie.

Les années 1920 allaient être particulièrement importantes pour la Nestlé & Anglo-Swiss Condensed Milk Co. Elles débutèrent, en 1920, avec son installation industrielle en Amérique du Sud, en commençant par Araras, au Brésil, et, en 1921, par de graves problèmes financiers, générés à la fois par la « grande crise des changes », la baisse des prix des matières premières et la crise commerciale, qui réduisit le pouvoir d’achat du consommateur, puis par une réorganisation directoriale rationnelle, séparant d’abord la présidence de la direction du marché de Londres (6), et opérant ensuite une centralisation administrative, en 1922, sous la férule du grand expert Louis Dapples (1867-1937) [7].

Devant la nécessité d’ouvrir sa production à d’autres articles destinés aux mêmes consommateurs, la firme se tourna alors vers la vente de beurre, de fromage en boîtes… et vers le chocolat. Elle avait pris, au cours des années 1920, des participations dans plusieurs sociétés : la Société anonyme belge des Chocolats Peter, Cailler, Kohler (Anvers), l’Industria Riunita Cioccolata (Intra, Italie), la chocolaterie Sarotti A. G. (Berlin, Allemagne). Cet intérêt pour la chocolaterie devait aboutir, au terme de longues discussions, à la fusion de la Nestlé & Anglo-Swiss Condensed Milk Co.

Le Chocolat "Merveilles du Monde" et son Retour

Souvenez-vous : le chocolat Merveilles du monde, ses gros carreaux aux noisettes et amandes pilées, sur lesquels apparaissent des animaux en relief, son emballage décoré d'un dessin de lion, son image cartonnée à collectionner… On le dégustait en regardant une VHS de La Boum ou en papotant au téléphone en entortillant le fil du téléphone autour de notre index. Après l'avoir créé à la fin des années 1970, Nestlé en avait abandonné la production en 2006, lorsque son usine de Marseille avait fermé ses portes : las, le Merveilles du monde n'était plus assez rentable. Treize ans plus tard, le chocolat star est de retour dans les rayons des supermarchés. Et c'est un événement pour ceux qui ont grandi dans les années 1980.

L'histoire de cette renaissance a débuté il y a cinq ans : des investisseurs spécialisés dans le rachat de marques historiques s'emparent de la marque de Nestlé, puis lancent un appel d'offres pour revendre à des chocolatiers ce qui constitue une madeleine de Proust pour les quadras et plus. Krokola, une start-up française toute jeune spécialisée dans le chocolat « éthique, bio et responsable », se positionne et remporte le morceau, en remettant au goût du jour les clefs du succès de l'époque : le cacao sera issu du commerce équitable et labellisé Max Haavelar, 1 % du chiffre d'affaires sera reversé à des associations, un partenariat sera scellé avec Bioviva pour « l'expertise scientifique » des espèces à protéger imprimées sur les cartes à collectionner, qui seront d'ailleurs désormais imprimées à l'intérieur-même du paquet, afin d'éviter le suremballage… On est en 2023 qu'on se le dise.

D'ailleurs, une version « chocolat noir » est testée, pour être en adéquation avec les nouvelles habitudes des consommateurs. Mais malgré tous ces beaux projets, l'affaire est loin d'être jouée. Car de « Merveilles du monde », il ne reste plus que le nom. Pas de traces des moules ni de la fameuse recette qui a fait son succès. « On a travaillé avec des historiens pour retrouver la recette historique, mais aussi avec des anciens ouvriers de l'usine pour déterminer la liste des ingrédients, ainsi que des « groupes de fans » », raconte Amélie Coulombe, cofondatrice avec Alexandre Kanar de la petite entreprise.

Car oui, sur les réseaux sociaux, les nostalgiques du Merveilles du monde sont légion, sont organisés, militent depuis des années pour le retour de leur chocolat adoré et se font entendre en organisant des pétitions. Et leur attente est immense. La notoriété du produit n'a rien perdu avec les années : 30 % de la population française connaît la marque. Nombreux sont ceux qui ont un attachement émotionnel à ce chocolat, et voudraient partager ce souvenir avec leurs enfants.

Alors lorsqu'il s'agit de trouver des fonds pour amorcer la pompe et financer les premières tablettes, les fans en délire répondent présents. Une campagne Ulule est lancée en janvier pour trouver la trésorerie nécessaire : en un mois, 50 000 tablettes sont prévendues par ce biais. Quelques semaines plus tard, le lancement a lieu en exclusivité à la Grande Épicerie de Paris : le Merveilles du monde, c'est le chocolat chic. Progressivement, la grande distribution se met à le vendre. Dans certains points de vente, ce sont quelque 200 tablettes qui s'envolent quotidiennement. Signe du niveau d'impatience des consommateurs, les chanceux qui en trouvent se ruent sur les rayons et dévalisent les stocks.

Krokola ajuste sa production, mais ne s'attendait pas à un écoulement si rapide. En deux semaines, tout le stock de la première production s'est littéralement envolé : 300 000 tablettes ont été vendues.

Que ceux qui n'ont pas - encore - eu la chance de faire ce retour dans le temps ne se bilent pas : fort de ce succès, Krokola n'a pas l'intention d'arrêter la production maintenant.

Krokola et la Relance de la Production

La production est relancée par une jeune entreprise française, la société Krokola. Cette dernière connaît l'attachement du public au goût inimitable de ces plaquettes de chocolat et a donc mis un point d'honneur à en reproduire la plus subtile des saveurs. L'entreprise n'a pas hésité à faire appel aux fans inconditionnels de ce chocolat pour en retrouver le goût exact. Pendant tout le processus de conception, la société a échangé avec un échantillon de testeurs pour s'assurer d'avoir retrouver la saveur historique du fameux chocolat.

En effet, nous avons tous vécu l'expérience, ô combien décevante, de retrouver avec une joie immense un bonbon ou un biscuit de son enfance, puis de le tester pour s'apercevoir que le goût n'est plus du tout le même. Pour ceux qui en douteraient encore, la plaquette de chocolat contient toujours ces 6 grands carrés avec ses amandes et noisettes grillées, dans lesquels on croquait avec tant de délectation. Afin de régaler le palais du plus grand nombre, la société Krokola propose deux versions de la célèbre tablette de chocolat : l'une au chocolat au lait, l'autre au chocolat noir.

L'Usine de Pontarlier : De l'Absinthe au Chocolat

Convertie en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale, l’usine ferme définitivement ses portes suite à l’interdiction de la fabrication de l’absinthe en 1915. Elle est vendue en 1919 à la Compagnie des chocolats Peter-Cailler-Kohler (PCK), qui y implante une fabrique de confiserie.

En mai 1921, la société PCK demande l’autorisation de démolir la "grange Bourdin", située au n°41 du faubourg Saint-Etienne, pour y construire une maison afin d’y loger son personnel. Un logement pour directeur est bâti à la pointe sud de la parcelle dans l’entre-deux-guerres. Deux habitations ouvrières, renfermant un total de 20 logements de quatre pièces, sont construites en 1928-1929 au sud du site. Elles seront détruites dans les années 1960 ou 1970.

Le 1er janvier 1929, la société PCK fusionne avec l’entreprise Nestlé. L’usine de Pontarlier emploie alors 508 ouvriers. Rebaptisée SOPAD (Société des Produits Alimentaires et Diététiques) en 1947, l’usine fabrique des tablettes de chocolat (jusqu’en 1954) et de la confiserie (bonbons, dragées, etc.) sous les marques Kohler et Nestlé. La fabrication de poudre chocolatée (Nesquik), lancée en 1961, nécessite la construction de nouveaux bâtiments au sud. Un bâtiment à vocation sociale (restaurant, douche, vestiaires) est construit en 1963-1964.

Tableau : Évolution de l'Effectif de l'Usine de Pontarlier

Année Effectif
1929 508
1949 900
1953 500

L’établissement est ensuite déplacé, puisque l’arrêté préfectoral du 20 septembre 1834 autorise "le sieur Pernod fils à maintenir la distillerie qu’il a établi dans la maison [le couvent] des Augustins". En 1844, la société Pernod Fils emploie quatre ouvriers et utilise quatre alambics. Louis-Alfred et Fritz Pernod, les petits-fils d'Henri-Louis, reprennent l’affaire en 1855. Très prospère compte tenu du succès que rencontre, notamment à l’étranger, la "Fée Verte", la distillerie produit à cette date 450 litres d’absinthe par jour. Une caisse de retraite pour les ouvriers est instituée en 1871.

Par arrêté préfectoral du 15 juillet 1876, Louis-Alfred et Fritz Pernod sont autorisés à transférer leur établissement et à "construire un bâtiment à l’usage d’une distillerie d’absinthe aux lieux dits aux forges et faubourg Saint-Etienne". L’usine, très moderne, est mise en service en 1879. Éclairée à l’électricité, elle est dotée de 16 alambics (1500 litres chacun) et 10 colorateurs (1200 litres), d’une capacité de production de 10 200 litres/jour, alimentés par deux générateurs à vapeurs (système Belleville). Son équipement technique comprend une machine à vapeur de 10 chevaux actionnant diverses machines (rinçage, bouchage, marquage), des monte-charges et des pompes, une machine à clouer (150-200 caisses/heure), une machine à compter, marquer et trier les bouchons (5000/heure).

Les caves renferment 144 foudres contenant 500 000 litres d’absinthe, et 11 bacs de tôle contenant 400 000 litres d’alcool (dit 3/6), acheminées par voie ferroviaire dans des wagons-réservoirs. Les entrepôts sont desservis par un embranchement ferroviaire et 300 mètres de quai (dont 200 m à l’intérieur des bâtiments). La distillerie emploie alors une soixantaine d’ouvriers, mais une partie importante des caisses et des tonneaux est fabriquée à l’extérieur. En 1884, l’usine fabrique en moyenne 8600 litres d’absinthe par jour. A la mort de Fritz Pernod en 1880, Louis Alfred reste seul aux commandes, soutenu par Arthur Georges et Edmond Charles, gérants de la banque Veil-Picard de Besançon, qui rachètent la société en 1888.

La matrice cadastrale signale un agrandissement de la distillerie en 1885. C’est peut-être ce qui explique qu’en 1896, la capacité de production soit très supérieure. La production journalière atteint 20 000 litres d'absinthe (à 72°) avec 26 alambics et 22 colorateurs. Cette production est conservée dans 230 foudres, et l’alcool stocké dans 19 bacs.

Le 11 août 1901, les bâtiments industriels sont détruits par un incendie provoqué par la foudre. En septembre, la société est autorisée à transférer ses alambics et colorateurs dans l’atelier de tonnellerie pour y poursuivre l’activité. Elle sollicite également l’autorisation d’exploiter « en qualité de locataire la distillerie établie par MM. Constant Paillard et Cie dans la propriété de M. Tréand, place des Bernardines, n°3 ».

La distillerie est reconstruite en 1902-1903 sur le même emplacement. La nouvelle salle de distillation s’étend sur plus de 1000 m². Elle est équipée de 60 alambics, capables de produire 25 000 litres d'absinthe par jour (soit quatre millions de litres par an), qui sont alimentés par quatre générateurs à vapeur. L’alcool est stocké dans 100 bacs de 500 hl chacun. Les machines de conditionnement se composent d’une soutireuse (remplissage d’une bouteille en 3 secondes) et d’une boucheuse automatique, d’une étiqueteuse (1200 bouteilles/heure) et d’une marqueuse-trieuse de bouchons. L’ensemble est mis en mouvement par une machine à vapeur auxiliaire d’une puissance de 100 ch. Installée dans un local situé sur la rive gauche du barrage sur le Doubs, une turbine de 100 chevaux fournit une partie de l’électricité de l’usine. Le personnel comprend huit employés de bureau, six contremaîtres, 120 ouvriers et 110 ouvrières. L’effectif monte à 265 personnes en 1912.

Nestlé l'histoire courte

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